l’aube de l’ô se prononce « ou »

L’aube de l’ô se prononce « ou »

comme un acquiescement un baiser au bleu, on ne saurait à moins se parer mais ce n’est pas tant le bleu que l’on le voit que cet océan mouvant, vivant des ses mouvances,

l’errance est un vivier

du noir au gris se nourrit le bleu mais drapé de blanc demeure au bleu

bouchée

lumière des convives ils mangent le ciel et brassent les nuages les courants d’air

una cerbeza et la mousse est l’écume

le ventre héberge les vents les entrailles de la mer où les transports invisibles inscrivent les îles dans le parcours le recours à la cote et entre le désert et la forêt la dérive des cours de l’océan y mènent comme des points d’acupunctures aimantés de l’un aux autres

l’océan a la volonté propre de l’eau

qui pourrait mener de l’eau au sable, s’y sculpter comme un destin d’une embrassade, étreinte et baiser humide de l’eau au sable l’histoire de tant de marins  qui s’y sont fiés vouant leur prière à la mer, ce grand cheval d’en dessous et

vogue

cris des naïades plasma des nouveaux-nés
balancement des songes vers le soir
mouvement dorsaux des rameurs
allongée de l’autre coté des courants
l’océan a l’odeur femelle de la  belle
et rêve dans le haut le coeur à la proue

le filet est jeté l’homme au centre chante les clameurs que le choeur comme les vagues appelle

sont
mémoire
reflets de la mangeoire ou pourrit l’hermétisme
où court

gémissement la musique des sphère agit sur les cétacés

la puissance de la remontée est telle que dans ma voix s’extasie la jupe qui tourne

la prise remonte daurade et raies
le homard en salade et le poulpe
aux olives
à la grecque sans qu’à Madagascar
fuient les icebergs

et les pirogues d’antan continuent de s’échouer à jamais dans ce présent que ramène la barre

photo inconnu

partir en voyage le souvenir dans la mémoire le nom des mollusques et les mâchoires des prédateurs y font la morale aux cachalots et survolent les mouettes

Chu ta l’avait vu lui au bord du torrent
l’océan est le là musical dans la bouilloire
l’ici torride de l’atavisme
la zoologie marine ici se laisse aller
apéritif comme pris de mescaline
cactus des mers et motifs des sargasses

bain de la pieuvre

sargasses

sur terre ce sont gouttes,
pluie, fleuves et rivières
embarquement sur les flaques
filet cuits à la vapeur
rives où le rythme de la vague
et dans le coquillage
la musique de la déesse
le bruit du ressac
l’air emprunte les conques
et sous l’eau sifflent les baleines

ne donne pas l’idée de ce que Océan veut dire

création de Oumou Sy

L’immensité de O stagne en mouvance s’étend
est de partout
et file entre les doigts
dédaigne entre les doigts de pieds le grain de sable
et ravitaille dans les coques
transborde les plaisir des corps
et sans le pénétrer sauf à le détruire

asphyxie,

on appelle cela la noyade

l’eau

les eaux
comme un continent
la traversée infuse
la transe envoûte
ramène à l’origine le temps d’un transport
le trait attache lèche les pieds de la déesse
aboie s’il le pouvait
se ceint en chevelure de sa traîne
les yeux écarquillés
de points en points créent un sens d’une géographie
absorbe résorbe

imitant les délires des plaques et la tectonique un vent pousse par les fonds et bafouille les rires des rives en rives jusqu’à s’abandonner aux tropismes de la vague qui enroule la liane du corps alors pousse des palmes et un feuillage de corail

pousse l’eau rejette la gravité flotte la plante des pieds ce n’est que dire de se laisser couler dans les rouleaux qui émiettent

l’océan soupire après les îles,  pour elles un drap
charmante auberge où qui s’y baigne s’y fait manger
ou mange
dans l’assiette des milliers de formes biologiques
en expansions
pourchassées par les cargos et les baleiniers, les filets des pécheurs
poissons, algues, molécules, plancton, roche, sable adhèrent à l’ensemble
sont presque de < l’eau
L’homme sur le raffiot dans sa rêverie est happé dans le bleu
y descend scaphandre
et sur le pont prends des notes dans son calepin ou son ordinateur
la science a fait des progrès mais l’opaque se métamorphose
garde son secret et motus bouche cousue seul la vague épelées les voyelles

s

Erykah Badu

l’Océan est cette immense soupe je plonge ma cuillère, ôte ma chemise et en fait une voile et je me jette à l’eau comme un échange des salives

un langoureux enlacement des eaux

i-je rien

Gauguin

en rebond à l’article de Gérard Larnac sur Poétaille que je cite :

L’Universalisme est sous le coup d’une double naissance : expansion globalisante du même à l’exclusion d’un tout autre qu’il s’agit systématiquement de nier, et dans ce cas totalitarisme au sens strict du terme ; trame unique de toutes les diversités assemblées, dans l’écoute, le respect et le partage – et l’invention d’une table commune.

 

 

La pensée de Glissant condamne l’universalisme comme un héritage des pensées globalisantes, qui, soit à l’aube de l’occident et de quelques autres civilisations à racine unique, impériales et totalisantes, soit à l’époque de notre « Renaissance » et c’est ce qui a permis à la science telle que nous la connaissons de pouvoir prendre le contrôle, elle pouvait avoir raison et je pense à Galilée mais ce n’est finalement qu’un regard qui, pour pouvoir penser le monde à besoin de s’en saisir comme d’un objet fini ou du moins « défini », il en résulte que l’univers obéit aux mêmes règles communes à tous. Valables pour tous , or en fait la pensée du monde est en accord avec la façon que l’on a de le vivre, y a t’il une vérité ou est ce question de point de vue, de vie .

Les secousses politiques et pratiques de cette pensée sont impérialistes. les grands empires occidentaux ont la main mise sur les mondes, pluriels, et c’est cette diversité qui rend la vie si étonnante, la conquête se fait aussi par l’emprise sur des systèmes de pensée comment les peuples pensent ils ?  les peuples pensent, leur vie sur terre et il émane une tentative d’élucidation, une hypothèse qui fonde la vie qui sera civilisation, l’occident en se lançant dans les mondes brise ces élans car même dans le cas d’une tentative de compréhension il y a préhension, la pensée de l’autre est asservie,  détruite pour être assimilée.  Les fondements de ces pensées ne sont pas compris, la diversité non relationnelle commence à faire des dégâts.

Edouard Glissant

Car  l’univers entier apparaît il de la même manière à tous ou est il dépendant d’une vision? d’une hypothèse à vivre , voyons nous tous que ce que nous voyons ? les différences ne sont elles pas au coeur même de l’être humain et de sa présence, et l’interpréter, n ‘est ce pas déja un début, non seulement de trahison mais de destruction. Il m’a toujours semblé impossible d’aller vers ces autres peuples en ayant ma propre proposition, définition, langue et habitudes,  et , c’est s’imposer soi à l’autre, anthropophagie et non pas anthropologie, l’ethnologie est condamnée. Seule la poésie et ce qu’elle suppose, l’intention poétique de Glissant mais aussi intuition, par laquelle on réussi à s’imprégner, à se prendre à l’autre, l’écoute, l’attention, et même comme le fait ressortir Ségalen, la présence de l’étranger, de soi dans l’autre lieu fait déjà basculer le monde, lire Nicolas Bouvier c’est s’en convaincre , mais alors ?

Il serait intéressant de se pencher sur l’histoire de la notion d’universalisme, de sa présence dans l’histoire, des temps anciens aux notres, il faudrait être philosophe, ou historien : l’idée que nous procédons tous d’une ligne unique et donc que nous pouvons être ramenés au même est combattu par Edouard Glissant .

Le penseur de la créolité en sent bien les dangers, et surtout l’inanité, car si sa pensée mène à la créolité, idée fabuleuse mais pragmatique, car à un point de l’histoire, il n’est pas de retour possible et surtout JE suis le produit de la diversité, dès lors comment me penser en dehors de notions d’ordre « rhyzomique » ou relationnel, et non comme le fait l’occident en en appelant à l’universel et à la pensée unique, idée qui le renvoie surtout à lui-même mais qui est désespérée, elle ne résiste pas au fait et aux conséquences du monde d’aujourd’hui.

La pensée créole est de tous les créoles (superbe article de Maxette Olson à lire ici ou sur potomitan  ) mais se pense dans un temps, les conditions de son avènement, et un lieu, qui peut être multiple ou étendu, ce point du lieu qui articule la pensée de Glissant est un point délicat, des auteurs comme le réunionnais Carpanin Marimoutou étendent le concept de créolité à l’outre-caraïbe et même s’il se sent plus proche de Glissant que des autres penseurs créoles, semble indiquer qu’il y a un développement possible, même nécessaire. C’est la définition même de la créolité de Glissant que d’échapper à ce qui le restreint puisqu’il est le contraire et est en devenir de vivre, la vie en mouvement, se construisant elle même et donc échappant.

Zoran MUSIC serie bizantina

Nous souffrons de strabisme, et nous pensons que chacun est plongé dans le même monde par les mêmes yeux que nous,les choses se ramenant à ce que nous croyons être, de manière scientifique ou aveugle, d’elles. Le monde en est rétréci, les poètes et les artistes, nous montrent que l’apparence que prend la diversité, pour ne pas la réduire, pourrait être un chemin vers la vérité plutot que comme nous le croyons une fantaisie. Des peintures rupestres du Tassili aux toiles de Roberto matta,  des sculptures de Chillida aux dessins de Zoran Music,  tous les voyages où les mots mènent, que ce soient en philosophie, en poésie ou autours d’un feu, au hasard de la marche, voyons nous un divertissement ou nous engouffrons nous par une porte vers ….  quoi au juste, l’humain, quelque forme qu’il ait, semblable et si terriblement unique. Avec l’intention poétique et ces oeuvres opaques, que l’ont pourrait appeler des metaromans, Glissant entame une réponse qui ne finira pas. mais qu’il sonde.

Mais la créolité vient après la lutte pour la négritude, Césaire, décrié, a quand même écrit « le cahier d’un retour au pays natal » qui est l’écrit de tous les retours, de toutes les reconnaissances, de la connaissance et de la différence. Abderrahmane Sissoko dans son film « un jour sur terre »,  ponctue son film , de l’écho du texte de césaire et du « discours », l’-An-deux-mille qu’est ce que cette notion a de commun avec un petit village du Mali, ou l’occident n’est présent que comme une blague, celle du téléphone, et nous dit clairement que ce que nous nommons le monde n’est pas le monde, et qu’il n’est même pas désiré.
Le cahier a ceci de surréaliste, je vois le surréalisme avant tout comme une reconquête de l’intériorité sur le monde extérieur, comme la recherche effrénée de la vérité dans les méandre du cerveau, de notre être véritable qui est à creuser plutot que le monde autours sauf à le penser pour s’en libérer, car sous-entendu, dehors la vérité humaine a déserté. Je pense que c’est pour cela, et parce que le temps était venu, que les reconquêtes des  identités bafouées par les colonisations ont pu se faire. Césaire a lâché les chiens. La pensée de la créolité si elle est obligé de penser l’Europe se pense avant tout au dela d’elle. Elle est une reconquête de soi. Tous les cahiers sont ici chez eux pourvus qu’ils s’ouvrent et s’écrivent, toutes les pages se tournent, l’homme noir se redécouvre, s’accepte, dans la souffrance, dans le regard sacrifié et estropié. Et s’accepter, entamer la reconquête dans la modernité.
Mais on ne peut voiler la face du monde. la guerre d’Europe jette un immense filet sur le monde ou l’homme blanc est présent, et les échos retentissent de Paris à Sao Paulo, de Madrid à Lima, de Budapest à New-York, la pensée issue de la guerre  vient jeter son ombre dans les mondes qui prennent conscience de leurs marges, elles sont partout, des non-lieux aux centres des villes, de la folie aux espaces hybrides où les pensées ont fusionné, dans les rues et les complexes industriels où la vie n’a plus rien de simple, en l’homme du commun se découvrant et en se découvrant est projeté  dans un siècle nouveau.

Lac malawi, vallée du rift

La prise de conscience est énorme et la diversité est indubitable, le monde ne se pensera pas sans elle, l’universalité devra être revue, les centres glissent vers les marges et occupe l’espace mental pendant que progresse la gangrène dans les villes et partout où la logique industrielle, post-industrielle et futuriste rejoint la forêt et le hululement des chouettes. Dès lors que comprendre, qui sommes nous au delà des brumes du conventionnel.

L’universalité insiste comme aveuglée, nous ne renonçons pas facilement au rêve d’antan, celui de la caravelle et du concorde, alors même que pousse la mère (terre mère) le déchirement dans les douleurs de l’enfantement, cet être hybride aux milles visages dont un seul contient tous les autres, qu’il n’est plus possible de penser en dehors de ces systèmes, mais l’être humain, le visage, le corps, le crime, l’effort, je pense à Salgado à ce réel impossible, que l’on nomme tout-monde et qui repeuple la tour de Babel, reconquise, et aussitôt détruite, de fait, dans la relation mère que nous annonçait le panthéon vodun, la ville et la mine de nouveau jette à bas les fondations possibles. Ou est-ce que nous ne savons pas voir et regardons nous de façon torve, sans se soumettre à l’évidence.
Infinité des possibilités, prédites et dissoutes ce que nous en voyons et sème le doute, au contraire, la libération de devoir se limiter à une vision factice.

Sans sortir de là, mais tu (l’autre) est sur la même ligne, recrée de la cendre, de la minute égarée, de la blessure et la souffrance, le monde est à naître et cela sans fin et perdu de vue, repousse à coté, incompréhensible, chaos-monde, alors il suffirait d’écouter sans ce projeter dans le discours mais faire la place aux bruissements des langues, aux imaginaires, au tremblement, signe de la fragilité et de l’instabilité de toute réalité, que nous sommes sommé d’écouter. mais qui inintelligible, fuit.

On recourt facilement, croyant bien faire, à l’idée d’universalité, philosophiquement l’idée est séduisante mais elle est aussi suspecte parce que si elle semble combattre l’obscurantisme et l’isolationisme, autres plaies de notre époque et de toutes celles qui nous ont précédées, l’idée en même temps s’acharne à nier la différence, et imposer, sans qu’il y semble, une autre pensée, celle là unique, terriblement pauvre, elle fut annoncée, encore et encore et le monde moderne accouche comme d’un mort né encore et encore à chaque naissance tué, dans l’oeuf. Comme le rappelle deleuze, si la philosophie ne se mêle plus de penser les concepts, la fonction en reviendra aux publicitaires et aux politiques et la quel monde quand nos mondes seront livré à la bêtise ! (à écouter plus loin sur ce blog)

Le tout-monde réclame à la fois le bruissement de tous en tous mais réclame le lieu, irrésistiblement collectif, de façon inattendue, le divers, le dévalement de la vie que la pensée enfin reconnait, mais peut être la reconnait elle déjà dans la modernité car la pensée moderne est si complexe que je n’y risquerait un oeil que par l’entrebâillement, encore n’y verrais-je rien ou un souffle capable de nourrir mon intuition.  La géographie, toute chose est située, mais je n’en suis pas sur, et le tout-monde n’est il pas aussi dans l’espace,  la notion de lieu comme essentiel au tout-monde, se situer même de façon contradictoire, le temps ne l’a peut être pas attendu, n’est-ce pas ce que pointe David Lewis dans sa pluralité des mondes ? Mais je ne saurai m’avancer . sables mouvants et il me suffit d’être.

peinture rupestre du Tassili, sefar

suspecte aussi tout de même par la grande difficulté/ ou l’impossibilité de comprendre la complexité qui nous est interdite, celle de la pensée aborigène par exemple, des mondes du Tassili ou des esprits de la forêt,  bantoue, amazone ou cubaine, native ou créole,  ou est-ce d’accepter les termes mêmes par lesquels les hommes se signifient / se pensent et établissent leur existence jusque dans le dit et le non-dit de l’autre  (que l’on trouve dan le geste rwanda par exemple, la Palestine de Jousse, le « qu’elle était vierge ma forêt  de Matta mais aussi de tant d’autres)

L’universalité battue en brèche, tous les uni_ du monde s’entendent au pluriel. Pour ma part , il m’a toujours semblé que la compréhension entre les différences ne pouvaient pas se faire d’emblée ( par perspiration mais aussi initiation, immersion, traduction, comparaison, hybridation, « révélation » (je pense à la réaction de malaurie face aux mondes inuit) mais généralement il est besoin d’une passerelle , ainsi l’Afrique que l’occident contemple, le pont qui le fait accèder à l’Afrique, mais l’Afrique de la rencontre, qui n’est plus l’Afrique des origines, que l’on a forcé à ressembler suffisamment à l’occident pour que le dialogue, ou le constat puisse s’envisager, l’Islam a fait de même, est-ce qu’elle a déja commencé à se perdre ou est ce qu’elle est rentré en relation et a commencé de se préparer à l’échange, entre ses deux idées, mais aussi l’hybridation créole dont nous nous obstinons à ne pas prendre en compte la fabuleuse avancée, car ces mondes sont de tous les mondes, dans la souffrance de tous les temps mais aussi dans l’aujour’hui quand hier rejoint les ombres et laisse la fascination d’être en vie, prendre le dessus, même dans les situations supposément les pires, l’être humain se révèle à renaitre, vivre quoiqu’il en coûte, puisque vivre il n’est rien d’autre et la souffrance et la négation ont été vaincu, je pense la plus grande richesse du monde créole dans ce sourire, ce rire, qui obstinément avance,
Et la question, les indiens de l’Amazone devaient ils être changés, les mondes étaient ils si différent que l’on ne pouvait pas entendre ou suffisait il d’écouter ?

Il y aurait besoin de transformation pour accéder à l’autre et communiquer, je suis perplexe et bien sur la vie est dans la transformation. (relire Coomaraswami et l’Inde ne nous l’a t’elle pas promis? )

or l’écoute et l’acceptation entière est nécessaire , car sinon l’autre sera t’il encore l’autre et ne sera t' »il pas amoindri, sombrant avec l’idée de différence, de diversité et d’entente.

L’ idée que suggère Ségalen (relayé par Clifford) est une idée de voyageur, eux ont su se glisser dans les étonnements et en faire une force, se vouant sans se renier à s’augmenter constamment, donnant tout son sens au voyage qui est de traverser l’alterité sans qu’il n’y ait de but, mais, chacun nous le dira, on en sort transformé, augmenté de connaissance, un soi qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, ayant traversé et imprégné tous les points du trajet, l’homme a eu l’intuition du tout-monde dans la rencontre, dans le lien le laissant en devant de lui, quand il y parvient.
Je relis « ébène », « le voyage avec Hérodote » de Kapuscinski tout entier dans ce qui pourrait arriver et qui arrive, et je me demande si le rapport à la différence qui devait être si criante, ou était elle ressentie comme moindre, parce que moins ancré dans sa propre différence et dans l’idée, à la bien penser, de l’universalité qui est un leurre si elle repose sur une constante, sur un rapport à une normalité fixe, à une norme quand règne le divers,  l’imprévisible et l’inacceptable, je me prends à me demander si cela a toujours été vrai ou s’il a toujours fallut user des passerelles et des moyens véhiculaires. Il y faut peut être seulement un carnet (gris) ou un claquement de langue qui amusée tente de reproduire en riant les sons. Tout alors parait proche. Même s’il n’est jamais à atteindre, cela en fait il un  lointain ou est on entre deux eaux. finalement heureux et sujet du destin.

Deux idées me viennent, l’antiquité ne faisait pas référence à la couleur comme critère et  certaines régions comme celle de  l’ancien Niger qui, selon Hampate Bâ, étaient des zones de partage du territoire ou chaque ethnie se répartissaient les fonctions, les lieux et les divinités, ainsi les Bozos étaient les maîtres du fleuve,  les bambaras les forgerons et les peuples, vision idyllique mais est elle sans fondement, vivaient un espace partagé.  En était il partout ainsi ? le Rwanda et les régions des grands lacs vivaient ils suivant ce mode, comment un pays comme le Cameroun et ses quelques deux cent langues parvient il à ne pas s’incendier en guerre tribales, quel est le miracle de cet équilibre ?

et surtout qu’en est il de nos villes et de nos mondes qui s’enchevêtrent formant un monde dissemblable toujours au bord de la rupture ?

Comment se sortir d’un tel étranglement, qui va croissant et ne connait plus de limites ?

Shanghai tower

marinheiro


photo inconnu

et si l’on devait dire le bouleversement quand à la mer marche l’étendue de l’eau la poitrine inspire les flots, aspire à s’embrumer, brume d’eau aux surfaces des écailles

pour le marin c’est comme claquer la porte d’en bas de la rue qui monte et suivre les pavés jusqu’au bureau de tabac, et s’en revenir au port où l’attend le bateau, mais je ne suis pas marin ou pas assez ou trop poète, et attentif aux mots

laisse l’air fouetter les odeurs et les épices, je me sens de tous les mondes, j’ai intact l’étonnement de pouvoir demain jeter l’ancre au Cap vert et de là frétiller  d’île en île et à la conversation, quémander un pain et un grog et heureux écouter les vieux raconter le malheur de vivre ici, me sentir submerger par le corps et coq sacrifié chanter  l’âme des femmes mûr d’une torsade et ivre en rire

envisager l’avenir chantant des promesses non tenues, promettre encore et rendre aux flots le du du sang et n’en garder que la chanson, je la fredonne sur les chemins infidèle au milliers de visages et la joie en tête, sourire sous ma chemise et la flute entre mes jambes, d’un pas léger accepter d’être miséreux tant que les mots ont un air de fête

je revois l’écume, la poussières et les îles qui disparaissent de la surface

oubliées

semblables à des points ou est ce moi qui ai soufflé sur l’océan dispersant des bribes et repensant l’humanité, sans soucis de précédant l’oeil pétillant confondre danse et volcan et  commissures des lèvres et le corsage ouvert me fier aux hanches, poles de l’univers

pour ce que j’en vois

photo inconnu (droits réservés)

m’attacher au noeud du sari et pieds traîner la poussière, l’envoler vers les grains et s’envoler les mouettes, comme dans les rochers qui absorbent l’Océan, comme le sable qui s’ingénie d’une drôle d’arithmétique et comme la terre qui surgit du feu se couvre de maïs au beau milieu de l’eau, comme la rivière s’écoule entre les sables et émeraude chevauche les rochers comme crinière crépitante vers la bouche de l’ouverture

béat, s’y échappant et libre des courants

fil des échanges entre les terres le marin se laisse glisser et la voile lui sert de prise au-vent et s’en être marin, marinheiro je reçois les atomes des embruns

tanné sous les couleurs et la lumière de la nuit, j’invente pour me parler  une langue étrange, au vent celle des autres rives et des bancs de sardines, mérous et dans ma soute la poésie d’un matin

aquarelle, Lamber Sav 2005

as ilhas dos Açores

et pour ne rien dire,

les déchirements l’océan vers ces îles ouvrent le jour

de la voix

le vent se mêle au noir et au silence

bleu la chaleur cogne en dessous

sans fond,

comme une muraille

la croix sur la voile crie l’extinction de la douleur

d’Afrique

les grands recouvrements de l’or et du sang

suivre les baleines, se coucher et mourir avec elles

as ilhas dos Açores

ilhas pigments Lamber sav 2010

la voix me prive de la mienne et je me couche à ses pieds pour dormir rêver au son des cordages quand le vent et les embruns présagent de l’île les flores de la mer et la déesse  porte le songe vers les fonds les roches d’un astre strié voilé de rouge

et filles tranchantes comme la lave du volcan, de toujours fières et noires, immobiles sur la jetée du temps semblables à l’écume ont le corps enveloppé de blanc

 

musique : Madredeus, « ao longe o mar »

dans l’épaisse ombre

sur ma terrasse là où le soleil chauffe, je suis en train de lire ou d’écrire, bien que perdu dans la ville et étranglée par les voies rapides,  les grandes gueules par intervalles des lampadaires, ma terrasse résiste,  en plein coeur de la ville neuve,  elle rêve et se souvient qu’elle  était une ferme, plus de vaches, l’herbe est folle  et le chien n’aboie plus, la  terre presque glaise voisine  avec une plaque de béton où je passe la majorité du jour car il ne sert à rien de le nier, il fait meilleur vivre dehors et ma haie me protège des regards, j’aime vivre à l’aise et sentir l’air sur la peau, et même si je n’ai plus d’arbres pour suspendre mon hamac,  je m’assois dessus, mais plus important, ma terrasse de béton frelaté, creusée par l’eau et la chaleur,  les lézards y sont nichés, ils filent quand darde le soleil et paressent, je crois bien qu’ils se sont habitués à moi qui chasse les chats et réponds vertement aux pies, les goélands, eux, volent dans mon ciel citadin en criant à l’imposture et à qui mieux mieux, je les laisse en paix car il me parlent de la mer et moi aussi j’ai besoin de croire que je peux, d’un coup d’aile ou d’une salve de bec m’envoler et ne plus revenir, de toute façon ils n’en veulent pas des lézards… j’aime le croire, quoique le poisson sur le bitume ? mais les goélands ont leur raisons que je ne peux imaginer,

Lizardi, huile de Lamber Sav, 1995

les lézards sont poètes de la première heure et vrai,  de les voir traverser ce désert de béton et d’un coup se cacher dans les interstices de l’ombre transformer le ciment en roche et espiègles faire surgir leur monde reptilien à la face de la terre là où il n’y en a presque plus, ils me ramènent à ma résistance contre cette ville,  s’ils le peuvent, survivre ici sans que rien ne semble les toucher ni ne les concerner, ancêtres surpris de l’étonnement que je nourris face à ce traffic et aux défilés voila bien le miracle de ma terrasse d’être visité par ces présences, on ne peut plus ambiguës,  frère alchimique, signe et ouvreur des failles dans les murs, j’accueille toute ta population et je suis tes trajectoires comme un baume, je n’en connais pas le sens, lézards, créatures du soleil et mangeur des ténèbres du granit, fouilleur des cavités tu as de sombres activités, à quoi dévoues tu tes journées, quel dieux sers tu , en es tu un ?  l’ombre entre la queue et les pattes, l’oeil qui vert est un soleil, me trouble, me ressemble non que je perde ma queue, qui  le soir semble se détacher comme un hommage à la lune, ô  que le soleil me chante à en souffrir, douleur du jour je m’offrande à l’astre,  je lui livre ma tête,   je gravite et  iguane, de mes dents je ris comme eux, sorciers sont voisins des tours

 dans les herbes et les roches bien caché le lézard est là, on ne le voit pas parce qu’il se refuse à fixer l’objectif, avec détermination il m’assure que je ne le vois pas et qu’il n’est pas là, est ce un message à l’hostilité, ne me tolère t’il qu’en diagonale quand il vaque à ces poursuites ou qu’il dore au soleil, vrai,  lézard je jurerai que je n’e t’ai pas vu, même si rassuré je sais que je ne suis pas seul à faire comme si rien autour de moi n’avait d’importance, boucan que je tolère et n’entend qu’à peine,  vide d’imaginaire et silence alors que tout grésille, lézard, par toi la nature entre dans la maison qui de ce fait, est vraiment une maison, et j’attend la nuée des cigognes .

Deleuze : l’art libère la vie que l’homme a emprisonné

encre de Tal Coat

l’art ça consiste à libérer la vie que l’homme a emprisonné, l’homme ne cesse pas d’emprisonner la vie, ne cesse pas de tuer la vie,

la honte d’être un homme,

l’artiste,  c’est celui qui libère une vie une vie puissante une vie plus que personnelle , c’est pas sa vie,

libérer la vie

c’est ça résister

il n’y pas d’art qui ne soit une libération d’art, une puissance de vie ,

il n’y a pas d’art de la mort

 

… si on éprouve pas cette honte il n’y a pas de raison de faire de l’art

… les dangers partout

 

en philosophie aussi, nuire à la bêtise, résister à la bêtise,

s’il n’y avait pas de philosophie,,, on ne se doute pas du niveau de la bêtise,

la philosophie, elle empêche la bêtise d’être aussi grande que ce qu’elle serait s’il n’y avait pas de philosophie

et c’est sa splendeur,

on ne se doute pas de ce que ce serait,

créer c’est résister , mais c’est effectif ,

le monde ne serait pas ce qu’il est, s’il n’y avait pas d’art

ce n’est pas qu’ils lisent la philosophie mais c’est sa seule existence qui empêche les gens d’être aussi bête qu’ils le seraient s’il n’y avait pas de philosophie.

mots à plat-monde

les mots en  file avec retours à la ligne pour un perroquet ne sera que caquetage ou la souris qui rongera le livre ignorera l’alchimie à l’oeuvre , comme autant de points composant une ligne

mais l’homme les a placé là dans l’espace d’une page, en toute hâte ou patiemment il a tracé les lettres sur le blanc de la feuille ou il les a gravé,

dans le poids de son geste il les a choisi ou ils se sont imposés à lui, les mots s’ils se perdent dans les phrases ont un son bien distinct, ils aspirent au souffle de la bouche, mais dans quelle envolée

on ne peut pas parler de mots, seul l’ignorant le fait et prend le livre pour un chaos, masse informe, comme langue, dense et opaque, tout un maillage fait sens sortis de l’indistinct ou le rejoignant, le mot est une part du monde

rappelant  ce  paso doble où Miquel Barcelo et Josef Nadj, pas de deux ces deux disants se vautrant dans la glaise pour en extraire des formes, les détruisant, les malaxant et les jetant avec force extrayant de l’argile celui dont est fait l’âme humaine contre le mur abstrait de la représentation, de la psyché humaine, mur que l’on voit fixe dans les tableaux et qui est mouvant, qui nous échappe dans le signe et qui s’élance en question dans le mot, le poème ou le texte, alors qu’il est choisi, messager de l’homme

et disant

Mar ô Mar 1 , kalame de Lamber sav

ces pattes de mouches où  l’on voit que le mots comme le geste est dans le monde, est surgissant,  évènement la grande matérialité spirituelle dans le temps

mais c’est pourtant dans l’opacité que cela se joue

dans l’espace de l’écrit et bientot de la bouche,

cataclysme dans l’espace organisé de la vie humaine

le mot se trouve être un mouvement de la main, bave de l’esprit et énonçant par des mouvements de bouche ce mouvement intime qui comme une vague du monde va à l’homme, ou que le monde impulse à l’homme l’homme étant monde et le mots la trace de cette écume du temps dans lequel l’homme se meut,

le mot mouvement se réfère à la marche des planètes, crètes des chatouillements des molécules, du tour incessant de ce qui travaille en nous même qui sommes monde et que l’esprit anime

d’où le mot

où la suite de mot la phrase, musique organisée comme les muscles pulsent  l’organisation systémique du corps, humain dans le sens où on le nomme ainsi,

parlant c’est ce qui est sur

arbre palabre , kalame de Lamber Sav

on retient qu’à un moment de l’existant l’homme se charge du sens et le décharge en mot, geste, musique, couleur, qu’il reçoit du monde et dont il participe

dit autrement le mot écrit, est un raccourci de l’homme et de la Présence, Suite de l’être, comme crachat d’ocre, façonnant la main qui est l’esprit dans les contours, le mots posé est devenu statique, mouvance dansante en particules en attente de la bouche qui de nouveau le propulsera , non comme élément de la culture et certitude mais comme énergie rendue à l’énergie, plus vaste et incalculable, sans que les contours soient bien possible à cerner,

pouls car si le mot est choix et en tant que forme correspond à ce que l’homme peut dire , son étonnement, de sa révolte et l’affirmant, le son de nouveau livré à l’expression humaine  prendra le chemin de l’opacité, ayant pourtant un sens vivant qui est résonnance.

C’est ce que Maria Bethania, lâchant dans l’univers et l’esprit vif  les mots que Pessoa permet de sentir de façon éclatante, si ce n’est claire

les mots que l’ont croyait anodins ou inoffensifs, qui  au moins avaient résonné de manière intime, chargeant de sens la lecture des signes, dans cette nuit abstraite de l’intellect

Maria Béthania les rend à tout l’insoupçonné d’une quasi violence, passion comparable à la lave des volcans, à l’incantation du vivant au vivant qu’un grand disant à retiré de la fournaise, c’est à dire de sa vie même, et lecteur nous comprenons que ces mots sont les météorites de l’âme humaine

Pessoa – Alvaro de campos, « passagem das horas » / Maria bethania

* Marie Etienne me rappelle l’article d’ABdM (au bords des mondes) d’I PB, citant Renaud Barbaras d’où elle extrait les lignes suivantes consacrées à Merleau Ponty et au langage :

Que la pensée ne soit pas intérieure est une chose qui mérite l’attention : elle est dans le langage et dans le monde. Parce que précisément le langage est un moment du monde. On a pris l’habitude d’opposer le langage et le monde, les beaux parleurs et ceux qui agissent, les poètes et les hommes d’action, la contemplation et l’action, et ce sont là devenus des lieux communs de notre représentation binaire et brutale du monde, mais on oublie que le langage ne s’oppose pas au monde, qu’il fait partie du monde dans lequel nous sommes. Il y a une dimension libératrice dans cette fluidité que met en place Merleau-Ponty, dans la mesure où une telle conception fait céder les frontières et les oppositions de la représentation qu’on a du monde.

d’ours à ours

rapports parents enfants

qui est qui

qui de l’un montre à l’autre

et qui gronde

est grondé

le plus grand

le plus petit

celui qui a de plus grosses dents

ou qui malgré son age

sermone

la ramène, dans ce cas insolent et je sens la baffe

même pas peur qui pourrait venir

L’image transposée dans l’imaginaire car elle y réside déjà, a commencé à créer des histoire,  à prendre le ton rassurant des veillées, on est pas couché à écouter l’éveilleur des consciences qui raconte pour édifier, passer le temps ou simplement lancer un fil dans l’imaginaire et voir ce qui des fondements ramène,

la parole semble agir de même elle se hasarde et plonge, parfois selon un schéma établi et un rite ou l’itinéraire est tracé obéi à une vision du monde inscrite dans la relation, celle de l’écoutant et de la source

celle de cet enchevêtrement relationnel que contient l’histoire

celui qui parle puise à l’expérience commune que les bergers, laboureurs, guerriers, fous, prêtres et homme et femmes, enfants qui quittent la famille ramènent un jour,

en appeler à d’autres sources, et rêver, écouter l’oiseau est toujours utile, mais l’histoire est toujours la même…

c’est un puits commun, car tous ont pour vocation de revenir, remettre l’expérience en parallèle au tronc commun, établir des divergences, des convergences, un embranchement et une poussée,

couche superposées qui sont l’avancée du groupe, de ceux qui marchent ensemble car ils proviennent du même endroit, habitent  la même terre et se partagent la survie du jour

ce qu’ici on nomme le travail mais qui est plus vaste, qui est la survie du jour,

veiller à ce que la survie corresponde bien au jour, veiller à ce que l’enfant parte s’en assurer, prenne les chemin et rapporte la moisson comme une orientation, serait-ce son role, est ce le moment de sa vie où dans le groupe il doit veiller à la bonne phase

et face à l’océan jouer les notes et dire les mots qui font lever le soleil, le rite est essentiel, il ne faut pas y faillir

est ce cela qu’explique, le grand à l’enfant ou l’enfant au parent, convaincu d’être dans la bonne phase, de quelque tour que ce soit, la rumeur circule et la scène est édifiante, édifie, est prélude à ce qui se joue et qui doit se préparer

on sait que des deux extrémités de l’age se joue la survie

langue la montagne

est ce de nostalgie ?

ces mots ont murmuré les vieux hêtres dans la langue des premiers temps ont surgis les couleurs de l’écorce et le bruissement des jeunes pousses

l’aigle glissait entre l’air et le plomb la vallée embrassée dans l’envergure de ses ailes

les verts des forêts et la nudité des déserts

les brumes ont repoussés les glaces

les dos rougeatres des suds

dans l’ombre se sont retirées les vallées douces comme la descente des seins entre les pics dévalés des chemins escarpés à travers les fougères les arbres géants s’interpose gutturaux

le repos aux grandes pierres levées pour rendre grâce à la nuit

les chouettes gardiennes des écarts et les vautours sont la mémoire

c’est sans doute l’ours qui a murmuré une patte levée et cinq soleil sous la plante et griffant l’arbre-roi

la cosmologie du visage hérite des pétales et la fleur à désigner la pierre

le haut le bas

et le bois  là- bas au lointain de la mer et au dela vaincre la peur de la brume

c’est sans doute quand les moutons rassemblés que le premier chien a jappé et que l’homme taillant son couteau a chanté, mots qui reprenent le choeur de la montagne

que rugit le tonnerre et dans les yeux l’éclair

Etxea, Lamber sav, 2003, encre

ces mots les souffles enflés et rentrés dans le pas de la marche

succession des enfilades

comme une avalanche un son pour caresser la distance

échos des vallées en vallées

relié du fil si tenu

couloir dans les gorges

les phases alternatives  absorbent l’émotion

et mer qui frôle les sommets la langue est le tissages des franges

noeuds l’homme marche comme déroulent les mouvements de la journées

l’oeil a englouti le jour dans la marche

rude comme la sève

il grimpe le massif et effrite les roches et adouci cueille le brin d’herbe que fredonne la création

aux  plis du minéral il fut convenu que leur nom serait le nom même de la terre, copiant en cela l’ours,  le hêtre et le granit

c’est sans doute lorsque la première femme

enroulée dans l’étoffe

le lin ou les feuilles elle se fond au végétal enroulant ses racines dans la boue caline

se fendant pluie rude

son corps comme un printemps

le roc fleuri et la charge des vagues

lamber Sav, Euskal Herri, 2003, encre et pigments

nostalgie dans les sédiments du corps et plus profondément dans les prières

les arbres renvoient aux vents cette langue

les roches en surplomb de l’océan et le ciel quand attouche les étoiles libérant la soif  et le lait des pâtures

de la montagne montent les champs

le manteau lourd des forêts

vivre et que vivre

dixit  MaJi Holly (sénégalaise, jeune et déjà talentueuse)

photo Jaabi , Sénégal, c’est pas elle mais ça pourrait
« J’ai une envie obsédante de me barrer avec mon sac chaque matin au réveil.
A pieds ou avec une deux roues, on s’en fou! L’essentiel, c’est d’arriver!
Donc je raconte…
La vérité est que je ne supporte plus personne, même plus mon ombre.
C’est pour vous dire!!!
Sale crétin de prince charmant va chier, frère et père honte à vous, amis matérialistes et superficiels allez au diable, diplômes de merde de mes fesses à la bûche (je vais passer le reste de ma vie à formater la merde que toi éducation nationale, tu t’es acharnée à déverser dans ma tête).
Je n’ai ni rêves ni passions donc je devrais m’en sortir pas mal,
ni attache ni but précis donc je finirai surement par rater ma vie.
Ce qui, ma foi, ne me déplairait pas au fond!
J’emmerde mon « avenir radieux » (quand ils en parlent, ils me font tous rire), merde, je veux juste rater ma vie!

 

 

ouais vrai sujet , mais on est pas obligé de se conformer , on peut vraiment partir et on peut vraiment créer en s’en foutant de bien écrire d’être entendu, d’être lu, qu’on nous aime, que ça intéresse , ouais on s’en fout !  réussir, mais réussir quoi ? c’est comme péter dans un verre d’eau pour ce que ça rapporte, moi ce que je pense c’est qu’il faut au moins réussir à faire un truc qui nous ressemble, en tout cas sur l’instant, parce qu’on change et que c’est à chaque fois à recommencer, mais selon leurs critères, aux autres, les successeux, là je te l’accorde on s’en fout ! et bien ! de réussir ! parce que fuck !

on s’en fout puisque c’est vivre qu’on veut , quitte à rater , ou est ce l’art suprême ? moi je pense que l’on peut tenter de se trouver si l’on se cherche et que l’on s’est perdu ou pas , ! dépend ! quitte à jamais se trouver et si ça se trouve on ne se trouve pas , c’est peut être plus possible si on s’est perdu , pas possible peut être ?! p’têtre qu’on trouve que ce que l’on jette au loin en se défiant de l’attraper avant que ça retombe, comme si on pouvait en avançant trouver ce qui a été laissé loin derrière peut être jeté dans une poubelle ou écrasé par un camion, de toute façon on va pas se retourner et faire le chemin à l’envers , non on serre les dents on crie shit !!! merde et fuck !! 

et dans une colère verte on essaye en marchant de faire des trous dans le chemin suffisament profond pour s’y enterrer , on crie fuck ! et on continue à avancer on rase le poids lourd en tentant de l’envoyer dans le fossé quitte à y passer

enfin c’est ce que je fais , vrai ma soeur , j’appuie sur le champignon et j’ai qu’une idée c’est me foutre dedans accrocher un regard qui m’obligera à lui en flanquer une, même en rêve

photo : Angèle Etoundi Essamba

ou alors je je pose le sac à terre et m’en fout de ton appart, bon j’ai fini par en avoir un, je loue, j’ai pas grand chose dedans mais tout ce qu’il y a c’est choisi, ça a droit de cité, pacte d’amour, et vrai j’ai accumulé un tas de bouquin que j’ai lu ou pas et de trucs  importants comme des bouts de bois déposés par le vent d’est et des cailloux à tête de cheval et des histoire à n’en plus finir, mais la HD, l’ordi et l’ipad je te dirais que j’en ai rien à branler et je me branle oui , toi aussi ok , bon on s’en branle alors ok , bon d’la musique et des sacs qui trainent ok je dis pas même j’en rêve et un de ces quatres ça va me reprendre parce qu’ici y’a rien ou peut être que je suis pas ici que je suis déja ailleurs

ROTIMI FANI KAYODE

Le vrai désespoir s’écrit à l’encre de sang et là on commence à entrevoir le chemin, tous les jours se lever avec l’aube dans ses doigts et les cheveux en bataille, en ordre de guerre et des bouts de ficelles dans les cheveux et les rêves dans les yeux, avec cette lumière qui perce dans les yeux comme si c’était ton kérosène et que t’allais décoller avec tes idées à bord dans ton sac ou autours de tes hanches,n tu les mets ou tu veux et si t’en as pas , et ben , t’en as pas , peut pas faire plus léger, ça décollera mieux, enfin peut être , souhaitons le, porte dans les cheveux comme des airelle, la lumière dans tes yeux ça passe bien dans les texte, quand tu peins y’a rien de mieux et quand t’es amoureuse si tu y arrives c’est encore mieux, une bonne déchéance, laisse pourrir les fruits sur ta tête tu verra que ça finira par puer, moi je le passe dans ce qui pour moi est le plus important, quand je crée,  je vibre et je me fous de tout ou presque, puisque à deux ça semble être dur et quand à réussir sa vie on en a déjà parlé!

emily-kam-ngwarray

c’est pas ce que tu veux dire ma soeur, bon mais c’est pas loin, quand même, un sac, des pieds nus et le moment pour rêver , à l’impossible, à la façon de Pessoa sans espoir de retour pour la raison que je t’ai déja dit parce que le retour y’en a pas, y’a que rrien, y’a qu’à avaler de la littérature qu’on aime, la zik qui nous perfuse et invoquer les dieux et pousser la mêlée, les pinceaux, les textes tous les jours que j’enfile à l’ordi, que je m’envoie à moi-même, y’en a c’est la baise, l’alcool, ce que tu veux , moi non,  parce qu’un beau jour je me suis dit que ça voulait pas être pas beau ma vie alors je l’ai faite belle, en rêve et sans tout ce que tu aimes pas, parce que moi c’est autre chose qui m’attire, c’est nager, les arbres, les plantes sur la terrasse ou la fenêtre, le sourire des gens ou la tronche qu’ils tirent, m’en fous pas au fond, de ça, je résiste et j’accumule les histoires, et je chante les airs du Brésil, et j’aimerai que ça soit réciproque mais ça l’est pas,

alors je me rêve comme tu sors par les rues et comme tu vis ta vie sans make up,

mais tous les jours je fous un coup d’boule à ce confort, je gagne juste de quoi vivre et pour ce que c’est que vivre ça devrait suffire même si c’est pas vrai mais ça devrait, et mon envie au coeur que tous les soir je mets sous la douche, pour que ça pousse

si tu me comprends