dans l’épaisse ombre

sur ma terrasse là où le soleil chauffe, je suis en train de lire ou d’écrire, bien que perdu dans la ville et étranglée par les voies rapides,  les grandes gueules par intervalles des lampadaires, ma terrasse résiste,  en plein coeur de la ville neuve,  elle rêve et se souvient qu’elle  était une ferme, plus de vaches, l’herbe est folle  et le chien n’aboie plus, la  terre presque glaise voisine  avec une plaque de béton où je passe la majorité du jour car il ne sert à rien de le nier, il fait meilleur vivre dehors et ma haie me protège des regards, j’aime vivre à l’aise et sentir l’air sur la peau, et même si je n’ai plus d’arbres pour suspendre mon hamac,  je m’assois dessus, mais plus important, ma terrasse de béton frelaté, creusée par l’eau et la chaleur,  les lézards y sont nichés, ils filent quand darde le soleil et paressent, je crois bien qu’ils se sont habitués à moi qui chasse les chats et réponds vertement aux pies, les goélands, eux, volent dans mon ciel citadin en criant à l’imposture et à qui mieux mieux, je les laisse en paix car il me parlent de la mer et moi aussi j’ai besoin de croire que je peux, d’un coup d’aile ou d’une salve de bec m’envoler et ne plus revenir, de toute façon ils n’en veulent pas des lézards… j’aime le croire, quoique le poisson sur le bitume ? mais les goélands ont leur raisons que je ne peux imaginer,

Lizardi, huile de Lamber Sav, 1995

les lézards sont poètes de la première heure et vrai,  de les voir traverser ce désert de béton et d’un coup se cacher dans les interstices de l’ombre transformer le ciment en roche et espiègles faire surgir leur monde reptilien à la face de la terre là où il n’y en a presque plus, ils me ramènent à ma résistance contre cette ville,  s’ils le peuvent, survivre ici sans que rien ne semble les toucher ni ne les concerner, ancêtres surpris de l’étonnement que je nourris face à ce traffic et aux défilés voila bien le miracle de ma terrasse d’être visité par ces présences, on ne peut plus ambiguës,  frère alchimique, signe et ouvreur des failles dans les murs, j’accueille toute ta population et je suis tes trajectoires comme un baume, je n’en connais pas le sens, lézards, créatures du soleil et mangeur des ténèbres du granit, fouilleur des cavités tu as de sombres activités, à quoi dévoues tu tes journées, quel dieux sers tu , en es tu un ?  l’ombre entre la queue et les pattes, l’oeil qui vert est un soleil, me trouble, me ressemble non que je perde ma queue, qui  le soir semble se détacher comme un hommage à la lune, ô  que le soleil me chante à en souffrir, douleur du jour je m’offrande à l’astre,  je lui livre ma tête,   je gravite et  iguane, de mes dents je ris comme eux, sorciers sont voisins des tours

 dans les herbes et les roches bien caché le lézard est là, on ne le voit pas parce qu’il se refuse à fixer l’objectif, avec détermination il m’assure que je ne le vois pas et qu’il n’est pas là, est ce un message à l’hostilité, ne me tolère t’il qu’en diagonale quand il vaque à ces poursuites ou qu’il dore au soleil, vrai,  lézard je jurerai que je n’e t’ai pas vu, même si rassuré je sais que je ne suis pas seul à faire comme si rien autour de moi n’avait d’importance, boucan que je tolère et n’entend qu’à peine,  vide d’imaginaire et silence alors que tout grésille, lézard, par toi la nature entre dans la maison qui de ce fait, est vraiment une maison, et j’attend la nuée des cigognes .

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vent l’insatiable veut

les mouettes ont fait taire les grenouilles et le vent souffle , apporte de la fraicheur avec le soir ,

des cris bizarres dans la nuit , un cormoran, si loin de la cote cela semble peu croyable mais qui sait ce qui franchit la distance

c’est la magie du vent d’écourter l’espace rendre l’improbable tangible et se rencontrer  ceux que rien ne rapproche , la géographie est mouvante et l’homme constamment en mouvement, ce vaste tourbillon cellulaire, ces rythmes des planètes dans l’espace, l’homme n’en différe pas, de l’endroit où sa vie comme des cercles se répercute il  semble immobile comme  un vent qui mets en mouvement, croise et entrecroise, parallèle et traverses, lignes de fuite et tension, magnétisme, tout concoure à mettre en relation ou  s’affronter les immobilismes, points de rencontre issus des départs et des escales, rapts et attractions, l’le voyageur porte en lui l’improbable d’être là mais n’est déja plus dans l’ailleurs ni le lieu dans le là.

Le monde n’a pas attendu les défrichages pour métisser

céder à l’impulsion et partir se laisser aller aux affinité sans fins, connections électriques et tempêtes les regards quand les pas et la démarche portent

les souliers vernis et pieds nus comme un visage

cuissardes, la peau est zébrée des tatouages, dessins et signes, la peau porte le monde incisée sur elle,  en est la carte , insignes de la perception et dont il se réclame, trame de l’imaginaire autant de voyages contés  du fond de ce qui semble bien être l’esprit l’intention remonte, actes

un pan de tissus recouvre les corps permet de s’entrouvrir au chemin quand la marche attire le monde à soi

je pense à ces vents qui ont poussé les voiliers, à ces courants qui poussent par dessous les eaux et  font s’attoucher les cotes, délivrant les hommes et les asservissant

brèche de contact

langue véhiculaire

pas de la jambe et de l’élan *

lave et des décombres surgissent la flore

que peut ‘on savoir de la vie si l’on omet les vents, les marées et les courants

les planches des géographes préfigurent le jour où tu te laisseras aller au vent, le souffle infléchit les tracés qui ouvrent l’espace, cible de là où où les pas atteignent, si seulement l’on savait que tout est mouvant, fluctue,  se déplace et suscite les écarts , les obsessions, les grandes marches inscrites dans l’effort de l’un à l’autre prend par surprise, autre carte, ces déclic où la photo dessine le pourtour de ce qui fut reconnu et rêve l’ouverture nécessaire à s’augmenter de la couleur ou l’odeur, quand on s’arrête, quand l’étonnement est le départ de la compréhension, quand la passion rase au fil de l’eau l’envie de ne pas continuer vers où  se perdrait  le pressentiment quand face à l’autre le contentement de rester à accompagner ce corps et voir avec ses yeux, 

en rester là , ici

quand nourrit le déchiffrement, la charade et l’inintelligible est le prélude satisfait s’ouvre l’éclaircissement du mystère en soi

proie du vent

le muscle allié à la détermination, l’envie de rencontrer, d’apprendre et de rejoindre, d’échanger la monnaie de son expérience pour étancher cette soif,  à la recherche partir remplir son sac de la connaissance

pendant que le vent colle une croute de terre et végétaux sur les mollets  durcit la plante et l’esprit dévoile son propre vent au centre de la vie

gronde le  filet déployé vaste et qui ramène au sens et à l’entendement la densité clairvoyante,  l’en vie et la source prénatale de la valeur du chemin dépend de ce qui traverse

devenant plus léger et imprévisible à chaque voyage

l’homme en se chargeant de la terre se charge d’un sourire et sous son silence la foison des histoires le rapproche de lui même, tel qu’il se retrouve , comme si l’autre, dans les roches et la boue, les étoiles et l’insondable, la mort et la souffrance et dans ce déchirement des entrailles ce cri que le monde est à découvrir

se découvre

soulève le bandeau qui cache aux yeux et maintient l’habitude alors que le regard doit se faire neuf s’il veut voir et c’est pour cela que l’on part

soulever le voile de l’oeil, trouver le chirurgien qui libérera de l’illusion

chevaucher le vent,  l’immobilisme que l’on gagne dans la cavalcade soeur de l’escalade et de l’outre-passement, orgasme malicieux de l’existence, gourmandise  insatiable de celui qui sait que le fil est ténu et est fait pour craquer.

© photo Andy Goldsworthy

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