L’autre jour de la pluie

森本順子

Inquiet
je regarde le ciel
et j’y cherche
l’étoile

Le ciel
joue à cache-cache
et me laisse
rêveur

Je me promène
les pensées
comme un pont
sur la rivière

Ta voix
me vient de loin
elle est le vent
auquel je me fie

Riant de moi
je me mêle au vent
et gronde
comme une oie

La pluie vive de l’automne

Farde les troncs de la forêt

Le feu d’argent se démène

La rivière dort dans son lit

Lézard se prélasse au soleil

Lézard se cache dans un trou

wabisuke

Le thé infuse lentement
Mes pensées vagabondent

La feuille colore l’eau
Libellule se pose sur les choses

Sans appesantir ni rien conclure

Le matin coule doucement
Difficile de dire si je dors

Un temps si court semble infini
tant par le nombre que l’amplitude

Le singe sait que cela est trompeur

Serait-ce que le monde infuse

Assis au bord du soleil à l’abri d’une pluie fine
sans rien penser je préfère infuser

Rien de ce que je vois ne me trouble.
Je voudrais oublier jusqu’à la respiration.

A l’intérieur du calme assis,
 les voix et les sandales trainantes

Je perds toute envie de comparer et de compter

Les corps insensibles allègent la sensation de poids.

L’air de flûte et mon contentement

Me font penser au papillon.

Fleurs dans l’herbe près du gravier

L’oisillon a manqué de vigilance

Ou est-ce qu’il s’est dérobé ?

peinture de 森本順子

Une étoile luit

Penchant vers les côtes du Portugal

Il n’est pas de mer ni de larme

Je penche,

Enlevant un à un les pétales

Laissant la tige

Laissant le cœur

Aller jusqu’à la mer, le bouquet s’enflamme.

Rejoindre les contes de l’archipel

Tous les jours à la même heure

Branché à l’horloge parlante

Les jouets trainent sur le canapé

J’effile les perles dans mes os

Quel dommage !

Sur la barque la nuit un chat miaule

J’appuie sur le silence une étoile luit.

Mais décoller vers Tokyo

Je souris dans la foule

Gratte le ciel

Le signe veut dire printemps

Ce cerisier fait un signe c’est la lune

Pour traverser ton cœur

Passe une barque chargée de bijoux et de fruits

Que tu pourras manger

Pour me pencher vers ta bouche

Je me suis accroché à une branche qui a plié

Sous la branche           Chargé de fruits
Me suis écorché          Au rocher

Robe vague
Chargée de fruits
Vers le large
S’en est allé

Le monde est une Mer !