Ce qu’ils en disent

Les mots de Colette Gibelin :

Quand on entre dans la poésie de Lambert Savigneux, on est tout de suite saisi par le sentiment étrange de s’approcher de quelque chose d’essentiel, on ne sait quoi. Et d’ailleurs le mot est là, dès la première page :

traversé le désert et tendu l’essentiel

C’est dire que cette poésie est une quête. Mais cette quête ne s’opère pas par le biais d’une réflexion intellectuelle, elle passe par la sensation. Et on ne s’étonnera pas d’apprendre que Lambert Savigneux qui est à la fois peintre et poète, s’est intéressé aux cultures africaines, caribéennes ou asiatiques Il me semble qu’il peint en poète, car ses tableaux donnent à rêver, ou plutôt à réimaginer le réel, comme s’il s’agissait de donner un sens à la matière. Et s’il peint en poète, il écrit en peintre. Sa poésie est très visuelle. On est frappé dès l’abord par l’abondance des couleurs. Les couleurs dans cette poésie sont partout présentes, mais aussi les formes, et formes en mouvement, avec une prédilection pour les courbes, peut-être celles de l’île femme ou de la mer en ses vagues « 

et la courbe féline de celle qui mord au cœur »

Si cette poésie est proche de la peinture, elle l’est aussi de la musique, par ses rythmes, ou ses jeux sur les sonorités. Constamment un son en appelle un autre

« la danse hisse et lisse »

Mais cette poésie de la sensation est également une poésie profondément lyrique, où chant et cri se confondent parfois. Tantôt de longues phrases, au déroulé ample, même si elles sont typographiquement découpées, tantôt de simples mots lancés sur la page, comme un flash, comme un cri. Ces poèmes chantent l’île, île femme, île monde, et peut-être cette île est-elle le symbole de la résistance à ce monde violent et technologique dans lequel nous baignons. Ils chantent aussi l’amour et la femme noire, Amina, femme monde. Ils sont un hymne à la beauté, à la nature, et nous invitent à nous laisser envelopper, bercer par celle-ci, « au creux des îles » pour détourner «le poison que les aciers promettent les vies de tôle qui enserrent » et appeler à une autre présence au monde. Entrez dans ces poèmes, ils vous apporteront une vision différente, et forte.

Laissez les chanter en vous, comme Lambert Savigneux lui-même s’est abandonné au chant :

« L’air perçait j’ai laissé chanter »

Et je ne peux pas m’empêcher, pour terminer, de citer en entier ce poème qui est à la fois un choix de vie et une poétique :

« Tombera le fer et la violence insensée/constructeurs d’enfer/tordeurs de vie/penser et rêver libre/Dans le vent je lancerai/C’est un chant qui va très profond en moi/Simple mais vrai »

(introduction de Colette Gibelin à « Amina mutine » publié aux éditions du petit véhicule. 2018 )

Les mots de Luc Vidal

Lambert Savigneux, poète aime le mot et son chant d’abeille, sa danse qui habille le silence. La Morna, ce chant doux et mélancolique traverse la poésie de ses lignes. Lambert est son voyageur  à rebours de  la destinée des Capverdiens. Cette île lointaine comme son île de prédilection. La notion du lointain, la notion du proche marient leurs exigences pour signaler l’amour cosmique qu’éprouve le poète pour son île-femme, simple mais vrai comme d’écrire ce chant qui va très profond en lui.

Ce livre, c’est une aubade, c’est une aurore. Il s’articule autour de deux verbes-force: penser et rêver qui appellent en leur sein la parole libre. Bleu, vert, vent, lointain, proche se métamorphosent en missives  du conciliabule et de la clarté géographique d’une ile sous les cieux étranges de la beauté. Baiser la beauté/n’a qu’une peau/elle rappelle/l’eau au matin.

Le poète Lambert Savigneux devient ainsi le scalde des alliances subtiles entre terre et ciel comme s’il voulait dévoiler la cause cosmique des offrandes du poème. Leurs voix et leurs blessures. L’ile qu’il aime au fond  cacherait une toison d’or inconnue.

D’autant qu’il ne faut pas oublier que les images de ses vers doivent beaucoup à ses yeux de peintre. Chanter, regarder, boire le silence et se fondre dans le bain du jouvence d’un vocabulaire poétique fait d’éclats, d’incises, de pause, de couleurs et de la chaleur africaine  des tropiques, voilà les lignes forces qui jouent et vibrent dans l’âme du texte. Il raconte la libre respiration sensuelle de « sa Marine à fleur de vent ».

Amina, ce nom/prénom en voici le talisman souverain. Signé par le soleil rouge du poète et de ses mains attentives.

(Postface de Luc Vidal à « Amina mutine » publié aux éditions du petit véhicule. 2018)

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