le sens dans la marche

Je les imagine arpenter  les chemins, les rocs sans complaisance. En silence car le bruit est de fureur. Récolter la poussière, le front ridé et les esprits concentrés car ils sont éveillés. La sensation qui environne est l’existence. L’esprit lourd sent qu’il est emprunt dans la matière et qu’il serait vain de tenter une échappée. Plutôt la conscience que chaque pas sera pesé avec l’esprit du monde, un chant vient spontanément aux lèvre et irrupte de la gorge, tantôt par jeu tantôt pour s’étoffer de la force motrice,  lever la jambe prend tout son sens quand la course participe à la fragmentation des montagnes et du dévalement des ruisseaux. L’apport des pluies et les prises dans la glace. Les étoiles la-haut doivent y être pour quelque chose et un rameau sur le courant.  Ceci est comme boire, un vent qui balaye la poussière ramène les bris sur la plaine là où ou les pousses peuvent lever. Les roches sont le souffle de la terre car elles en ont la volonté et conservent le feu, le mouvement vers l’intérieur est comme une explosion, l’homme les entends et sait qu’il appartient à la nuit.

i-je rien

Gauguin

en rebond à l’article de Gérard Larnac sur Poétaille que je cite :

L’Universalisme est sous le coup d’une double naissance : expansion globalisante du même à l’exclusion d’un tout autre qu’il s’agit systématiquement de nier, et dans ce cas totalitarisme au sens strict du terme ; trame unique de toutes les diversités assemblées, dans l’écoute, le respect et le partage – et l’invention d’une table commune.

 

 

La pensée de Glissant condamne l’universalisme comme un héritage des pensées globalisantes, qui, soit à l’aube de l’occident et de quelques autres civilisations à racine unique, impériales et totalisantes, soit à l’époque de notre « Renaissance » et c’est ce qui a permis à la science telle que nous la connaissons de pouvoir prendre le contrôle, elle pouvait avoir raison et je pense à Galilée mais ce n’est finalement qu’un regard qui, pour pouvoir penser le monde à besoin de s’en saisir comme d’un objet fini ou du moins « défini », il en résulte que l’univers obéit aux mêmes règles communes à tous. Valables pour tous , or en fait la pensée du monde est en accord avec la façon que l’on a de le vivre, y a t’il une vérité ou est ce question de point de vue, de vie .

Les secousses politiques et pratiques de cette pensée sont impérialistes. les grands empires occidentaux ont la main mise sur les mondes, pluriels, et c’est cette diversité qui rend la vie si étonnante, la conquête se fait aussi par l’emprise sur des systèmes de pensée comment les peuples pensent ils ?  les peuples pensent, leur vie sur terre et il émane une tentative d’élucidation, une hypothèse qui fonde la vie qui sera civilisation, l’occident en se lançant dans les mondes brise ces élans car même dans le cas d’une tentative de compréhension il y a préhension, la pensée de l’autre est asservie,  détruite pour être assimilée.  Les fondements de ces pensées ne sont pas compris, la diversité non relationnelle commence à faire des dégâts.

Edouard Glissant

Car  l’univers entier apparaît il de la même manière à tous ou est il dépendant d’une vision? d’une hypothèse à vivre , voyons nous tous que ce que nous voyons ? les différences ne sont elles pas au coeur même de l’être humain et de sa présence, et l’interpréter, n ‘est ce pas déja un début, non seulement de trahison mais de destruction. Il m’a toujours semblé impossible d’aller vers ces autres peuples en ayant ma propre proposition, définition, langue et habitudes,  et , c’est s’imposer soi à l’autre, anthropophagie et non pas anthropologie, l’ethnologie est condamnée. Seule la poésie et ce qu’elle suppose, l’intention poétique de Glissant mais aussi intuition, par laquelle on réussi à s’imprégner, à se prendre à l’autre, l’écoute, l’attention, et même comme le fait ressortir Ségalen, la présence de l’étranger, de soi dans l’autre lieu fait déjà basculer le monde, lire Nicolas Bouvier c’est s’en convaincre , mais alors ?

Il serait intéressant de se pencher sur l’histoire de la notion d’universalisme, de sa présence dans l’histoire, des temps anciens aux notres, il faudrait être philosophe, ou historien : l’idée que nous procédons tous d’une ligne unique et donc que nous pouvons être ramenés au même est combattu par Edouard Glissant .

Le penseur de la créolité en sent bien les dangers, et surtout l’inanité, car si sa pensée mène à la créolité, idée fabuleuse mais pragmatique, car à un point de l’histoire, il n’est pas de retour possible et surtout JE suis le produit de la diversité, dès lors comment me penser en dehors de notions d’ordre « rhyzomique » ou relationnel, et non comme le fait l’occident en en appelant à l’universel et à la pensée unique, idée qui le renvoie surtout à lui-même mais qui est désespérée, elle ne résiste pas au fait et aux conséquences du monde d’aujourd’hui.

La pensée créole est de tous les créoles (superbe article de Maxette Olson à lire ici ou sur potomitan  ) mais se pense dans un temps, les conditions de son avènement, et un lieu, qui peut être multiple ou étendu, ce point du lieu qui articule la pensée de Glissant est un point délicat, des auteurs comme le réunionnais Carpanin Marimoutou étendent le concept de créolité à l’outre-caraïbe et même s’il se sent plus proche de Glissant que des autres penseurs créoles, semble indiquer qu’il y a un développement possible, même nécessaire. C’est la définition même de la créolité de Glissant que d’échapper à ce qui le restreint puisqu’il est le contraire et est en devenir de vivre, la vie en mouvement, se construisant elle même et donc échappant.

Zoran MUSIC serie bizantina

Nous souffrons de strabisme, et nous pensons que chacun est plongé dans le même monde par les mêmes yeux que nous,les choses se ramenant à ce que nous croyons être, de manière scientifique ou aveugle, d’elles. Le monde en est rétréci, les poètes et les artistes, nous montrent que l’apparence que prend la diversité, pour ne pas la réduire, pourrait être un chemin vers la vérité plutot que comme nous le croyons une fantaisie. Des peintures rupestres du Tassili aux toiles de Roberto matta,  des sculptures de Chillida aux dessins de Zoran Music,  tous les voyages où les mots mènent, que ce soient en philosophie, en poésie ou autours d’un feu, au hasard de la marche, voyons nous un divertissement ou nous engouffrons nous par une porte vers ….  quoi au juste, l’humain, quelque forme qu’il ait, semblable et si terriblement unique. Avec l’intention poétique et ces oeuvres opaques, que l’ont pourrait appeler des metaromans, Glissant entame une réponse qui ne finira pas. mais qu’il sonde.

Mais la créolité vient après la lutte pour la négritude, Césaire, décrié, a quand même écrit « le cahier d’un retour au pays natal » qui est l’écrit de tous les retours, de toutes les reconnaissances, de la connaissance et de la différence. Abderrahmane Sissoko dans son film « un jour sur terre »,  ponctue son film , de l’écho du texte de césaire et du « discours », l’-An-deux-mille qu’est ce que cette notion a de commun avec un petit village du Mali, ou l’occident n’est présent que comme une blague, celle du téléphone, et nous dit clairement que ce que nous nommons le monde n’est pas le monde, et qu’il n’est même pas désiré.
Le cahier a ceci de surréaliste, je vois le surréalisme avant tout comme une reconquête de l’intériorité sur le monde extérieur, comme la recherche effrénée de la vérité dans les méandre du cerveau, de notre être véritable qui est à creuser plutot que le monde autours sauf à le penser pour s’en libérer, car sous-entendu, dehors la vérité humaine a déserté. Je pense que c’est pour cela, et parce que le temps était venu, que les reconquêtes des  identités bafouées par les colonisations ont pu se faire. Césaire a lâché les chiens. La pensée de la créolité si elle est obligé de penser l’Europe se pense avant tout au dela d’elle. Elle est une reconquête de soi. Tous les cahiers sont ici chez eux pourvus qu’ils s’ouvrent et s’écrivent, toutes les pages se tournent, l’homme noir se redécouvre, s’accepte, dans la souffrance, dans le regard sacrifié et estropié. Et s’accepter, entamer la reconquête dans la modernité.
Mais on ne peut voiler la face du monde. la guerre d’Europe jette un immense filet sur le monde ou l’homme blanc est présent, et les échos retentissent de Paris à Sao Paulo, de Madrid à Lima, de Budapest à New-York, la pensée issue de la guerre  vient jeter son ombre dans les mondes qui prennent conscience de leurs marges, elles sont partout, des non-lieux aux centres des villes, de la folie aux espaces hybrides où les pensées ont fusionné, dans les rues et les complexes industriels où la vie n’a plus rien de simple, en l’homme du commun se découvrant et en se découvrant est projeté  dans un siècle nouveau.

Lac malawi, vallée du rift

La prise de conscience est énorme et la diversité est indubitable, le monde ne se pensera pas sans elle, l’universalité devra être revue, les centres glissent vers les marges et occupe l’espace mental pendant que progresse la gangrène dans les villes et partout où la logique industrielle, post-industrielle et futuriste rejoint la forêt et le hululement des chouettes. Dès lors que comprendre, qui sommes nous au delà des brumes du conventionnel.

L’universalité insiste comme aveuglée, nous ne renonçons pas facilement au rêve d’antan, celui de la caravelle et du concorde, alors même que pousse la mère (terre mère) le déchirement dans les douleurs de l’enfantement, cet être hybride aux milles visages dont un seul contient tous les autres, qu’il n’est plus possible de penser en dehors de ces systèmes, mais l’être humain, le visage, le corps, le crime, l’effort, je pense à Salgado à ce réel impossible, que l’on nomme tout-monde et qui repeuple la tour de Babel, reconquise, et aussitôt détruite, de fait, dans la relation mère que nous annonçait le panthéon vodun, la ville et la mine de nouveau jette à bas les fondations possibles. Ou est-ce que nous ne savons pas voir et regardons nous de façon torve, sans se soumettre à l’évidence.
Infinité des possibilités, prédites et dissoutes ce que nous en voyons et sème le doute, au contraire, la libération de devoir se limiter à une vision factice.

Sans sortir de là, mais tu (l’autre) est sur la même ligne, recrée de la cendre, de la minute égarée, de la blessure et la souffrance, le monde est à naître et cela sans fin et perdu de vue, repousse à coté, incompréhensible, chaos-monde, alors il suffirait d’écouter sans ce projeter dans le discours mais faire la place aux bruissements des langues, aux imaginaires, au tremblement, signe de la fragilité et de l’instabilité de toute réalité, que nous sommes sommé d’écouter. mais qui inintelligible, fuit.

On recourt facilement, croyant bien faire, à l’idée d’universalité, philosophiquement l’idée est séduisante mais elle est aussi suspecte parce que si elle semble combattre l’obscurantisme et l’isolationisme, autres plaies de notre époque et de toutes celles qui nous ont précédées, l’idée en même temps s’acharne à nier la différence, et imposer, sans qu’il y semble, une autre pensée, celle là unique, terriblement pauvre, elle fut annoncée, encore et encore et le monde moderne accouche comme d’un mort né encore et encore à chaque naissance tué, dans l’oeuf. Comme le rappelle deleuze, si la philosophie ne se mêle plus de penser les concepts, la fonction en reviendra aux publicitaires et aux politiques et la quel monde quand nos mondes seront livré à la bêtise ! (à écouter plus loin sur ce blog)

Le tout-monde réclame à la fois le bruissement de tous en tous mais réclame le lieu, irrésistiblement collectif, de façon inattendue, le divers, le dévalement de la vie que la pensée enfin reconnait, mais peut être la reconnait elle déjà dans la modernité car la pensée moderne est si complexe que je n’y risquerait un oeil que par l’entrebâillement, encore n’y verrais-je rien ou un souffle capable de nourrir mon intuition.  La géographie, toute chose est située, mais je n’en suis pas sur, et le tout-monde n’est il pas aussi dans l’espace,  la notion de lieu comme essentiel au tout-monde, se situer même de façon contradictoire, le temps ne l’a peut être pas attendu, n’est-ce pas ce que pointe David Lewis dans sa pluralité des mondes ? Mais je ne saurai m’avancer . sables mouvants et il me suffit d’être.

peinture rupestre du Tassili, sefar

suspecte aussi tout de même par la grande difficulté/ ou l’impossibilité de comprendre la complexité qui nous est interdite, celle de la pensée aborigène par exemple, des mondes du Tassili ou des esprits de la forêt,  bantoue, amazone ou cubaine, native ou créole,  ou est-ce d’accepter les termes mêmes par lesquels les hommes se signifient / se pensent et établissent leur existence jusque dans le dit et le non-dit de l’autre  (que l’on trouve dan le geste rwanda par exemple, la Palestine de Jousse, le « qu’elle était vierge ma forêt  de Matta mais aussi de tant d’autres)

L’universalité battue en brèche, tous les uni_ du monde s’entendent au pluriel. Pour ma part , il m’a toujours semblé que la compréhension entre les différences ne pouvaient pas se faire d’emblée ( par perspiration mais aussi initiation, immersion, traduction, comparaison, hybridation, « révélation » (je pense à la réaction de malaurie face aux mondes inuit) mais généralement il est besoin d’une passerelle , ainsi l’Afrique que l’occident contemple, le pont qui le fait accèder à l’Afrique, mais l’Afrique de la rencontre, qui n’est plus l’Afrique des origines, que l’on a forcé à ressembler suffisamment à l’occident pour que le dialogue, ou le constat puisse s’envisager, l’Islam a fait de même, est-ce qu’elle a déja commencé à se perdre ou est ce qu’elle est rentré en relation et a commencé de se préparer à l’échange, entre ses deux idées, mais aussi l’hybridation créole dont nous nous obstinons à ne pas prendre en compte la fabuleuse avancée, car ces mondes sont de tous les mondes, dans la souffrance de tous les temps mais aussi dans l’aujour’hui quand hier rejoint les ombres et laisse la fascination d’être en vie, prendre le dessus, même dans les situations supposément les pires, l’être humain se révèle à renaitre, vivre quoiqu’il en coûte, puisque vivre il n’est rien d’autre et la souffrance et la négation ont été vaincu, je pense la plus grande richesse du monde créole dans ce sourire, ce rire, qui obstinément avance,
Et la question, les indiens de l’Amazone devaient ils être changés, les mondes étaient ils si différent que l’on ne pouvait pas entendre ou suffisait il d’écouter ?

Il y aurait besoin de transformation pour accéder à l’autre et communiquer, je suis perplexe et bien sur la vie est dans la transformation. (relire Coomaraswami et l’Inde ne nous l’a t’elle pas promis? )

or l’écoute et l’acceptation entière est nécessaire , car sinon l’autre sera t’il encore l’autre et ne sera t' »il pas amoindri, sombrant avec l’idée de différence, de diversité et d’entente.

L’ idée que suggère Ségalen (relayé par Clifford) est une idée de voyageur, eux ont su se glisser dans les étonnements et en faire une force, se vouant sans se renier à s’augmenter constamment, donnant tout son sens au voyage qui est de traverser l’alterité sans qu’il n’y ait de but, mais, chacun nous le dira, on en sort transformé, augmenté de connaissance, un soi qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, ayant traversé et imprégné tous les points du trajet, l’homme a eu l’intuition du tout-monde dans la rencontre, dans le lien le laissant en devant de lui, quand il y parvient.
Je relis « ébène », « le voyage avec Hérodote » de Kapuscinski tout entier dans ce qui pourrait arriver et qui arrive, et je me demande si le rapport à la différence qui devait être si criante, ou était elle ressentie comme moindre, parce que moins ancré dans sa propre différence et dans l’idée, à la bien penser, de l’universalité qui est un leurre si elle repose sur une constante, sur un rapport à une normalité fixe, à une norme quand règne le divers,  l’imprévisible et l’inacceptable, je me prends à me demander si cela a toujours été vrai ou s’il a toujours fallut user des passerelles et des moyens véhiculaires. Il y faut peut être seulement un carnet (gris) ou un claquement de langue qui amusée tente de reproduire en riant les sons. Tout alors parait proche. Même s’il n’est jamais à atteindre, cela en fait il un  lointain ou est on entre deux eaux. finalement heureux et sujet du destin.

Deux idées me viennent, l’antiquité ne faisait pas référence à la couleur comme critère et  certaines régions comme celle de  l’ancien Niger qui, selon Hampate Bâ, étaient des zones de partage du territoire ou chaque ethnie se répartissaient les fonctions, les lieux et les divinités, ainsi les Bozos étaient les maîtres du fleuve,  les bambaras les forgerons et les peuples, vision idyllique mais est elle sans fondement, vivaient un espace partagé.  En était il partout ainsi ? le Rwanda et les régions des grands lacs vivaient ils suivant ce mode, comment un pays comme le Cameroun et ses quelques deux cent langues parvient il à ne pas s’incendier en guerre tribales, quel est le miracle de cet équilibre ?

et surtout qu’en est il de nos villes et de nos mondes qui s’enchevêtrent formant un monde dissemblable toujours au bord de la rupture ?

Comment se sortir d’un tel étranglement, qui va croissant et ne connait plus de limites ?

Shanghai tower

dans l’épaisse ombre

sur ma terrasse là où le soleil chauffe, je suis en train de lire ou d’écrire, bien que perdu dans la ville et étranglée par les voies rapides,  les grandes gueules par intervalles des lampadaires, ma terrasse résiste,  en plein coeur de la ville neuve,  elle rêve et se souvient qu’elle  était une ferme, plus de vaches, l’herbe est folle  et le chien n’aboie plus, la  terre presque glaise voisine  avec une plaque de béton où je passe la majorité du jour car il ne sert à rien de le nier, il fait meilleur vivre dehors et ma haie me protège des regards, j’aime vivre à l’aise et sentir l’air sur la peau, et même si je n’ai plus d’arbres pour suspendre mon hamac,  je m’assois dessus, mais plus important, ma terrasse de béton frelaté, creusée par l’eau et la chaleur,  les lézards y sont nichés, ils filent quand darde le soleil et paressent, je crois bien qu’ils se sont habitués à moi qui chasse les chats et réponds vertement aux pies, les goélands, eux, volent dans mon ciel citadin en criant à l’imposture et à qui mieux mieux, je les laisse en paix car il me parlent de la mer et moi aussi j’ai besoin de croire que je peux, d’un coup d’aile ou d’une salve de bec m’envoler et ne plus revenir, de toute façon ils n’en veulent pas des lézards… j’aime le croire, quoique le poisson sur le bitume ? mais les goélands ont leur raisons que je ne peux imaginer,

Lizardi, huile de Lamber Sav, 1995

les lézards sont poètes de la première heure et vrai,  de les voir traverser ce désert de béton et d’un coup se cacher dans les interstices de l’ombre transformer le ciment en roche et espiègles faire surgir leur monde reptilien à la face de la terre là où il n’y en a presque plus, ils me ramènent à ma résistance contre cette ville,  s’ils le peuvent, survivre ici sans que rien ne semble les toucher ni ne les concerner, ancêtres surpris de l’étonnement que je nourris face à ce traffic et aux défilés voila bien le miracle de ma terrasse d’être visité par ces présences, on ne peut plus ambiguës,  frère alchimique, signe et ouvreur des failles dans les murs, j’accueille toute ta population et je suis tes trajectoires comme un baume, je n’en connais pas le sens, lézards, créatures du soleil et mangeur des ténèbres du granit, fouilleur des cavités tu as de sombres activités, à quoi dévoues tu tes journées, quel dieux sers tu , en es tu un ?  l’ombre entre la queue et les pattes, l’oeil qui vert est un soleil, me trouble, me ressemble non que je perde ma queue, qui  le soir semble se détacher comme un hommage à la lune, ô  que le soleil me chante à en souffrir, douleur du jour je m’offrande à l’astre,  je lui livre ma tête,   je gravite et  iguane, de mes dents je ris comme eux, sorciers sont voisins des tours

 dans les herbes et les roches bien caché le lézard est là, on ne le voit pas parce qu’il se refuse à fixer l’objectif, avec détermination il m’assure que je ne le vois pas et qu’il n’est pas là, est ce un message à l’hostilité, ne me tolère t’il qu’en diagonale quand il vaque à ces poursuites ou qu’il dore au soleil, vrai,  lézard je jurerai que je n’e t’ai pas vu, même si rassuré je sais que je ne suis pas seul à faire comme si rien autour de moi n’avait d’importance, boucan que je tolère et n’entend qu’à peine,  vide d’imaginaire et silence alors que tout grésille, lézard, par toi la nature entre dans la maison qui de ce fait, est vraiment une maison, et j’attend la nuée des cigognes .

c’est entre les seins

céramique de wilfredo Lam

c’est entre les seins que jute le kaki,  une voyelle est tombée de l’arbre, de la raie  la feuille plane dans la poussière et la caravane passe, cela ne fait guère de sens et pourtant la trace avance de manière si soudaine que

souvent l’envie des mots arrive et se déchaine avec l’arrivée d’un seul, d’une image, d’une sensation , d’une pensée,

l’important c’est l’ébullition, mais parfois les mots qui arrivent à l’improviste se heurtent, cette généalogie peut ne pas présenter d’intérêt mais elle éclaire sur la psychologie du quotidien, indique aussi et c’est important que les mots ne sont pas placés là par gout de l’effet et de l’envie d’écrire quelque chose de joli

l’entourloupe est complète et les vendeurs à la criée des feuilles volantes font des poèmes cirés vernis, des récit de toute la crasse qui stagne et se mêle à la tienne pendant qu’au creux du bois dans la clairière monte un cri d’oiseau ou un bêlement de chèvre, l’assurance que quelque chose s’est réveillé

mais ça la grosse meringue montée en neige

non !

le cœur humain se fie au bouchon

ce qui est intéressant c’est  la pèche à la ligne, d’attendre que le bouchon soit agité par quelque chose de tangible, de vrai, poisson ou vieille chaussure, paquet d’algue ou est-ce’ un cadavre jeté là il y a longtemps , on ne sait pas ce qu’il y a dessous, mais on ne sait que si peu ce qui se passe que ce soit en dessus ou en dessous, ou où que ce soit

ce qui remonte nous permet de nous étoffer, de nous tenir droit, de nous retrouver, c’est donc un peu un rite qui re-raconte une vieille histoire le mot surgit,  krik krak ou sirandane kopek, n’importe quel mot, une couleur, une phrase, un modelé de la hanche ou un tissus, un regard qui frôle, ce claquement sur la peau réveille ce qui d’habitude dort dans la chaleur et le froid, reste dans les zones de l’arrière-vie sans se montrer et  laisse aller les vivants vaquer à leur illusions, aux corvées et aux arrangement pour assurer le vivre mais krik et krak et apparaît le mot

pendant que gratte le crin les cordes du violon

mais on sait bien que recouvert par nos hâtes insipides auxquelles nous ne croyons pas    , nos vies à la traîne,  ne sont que les restes de ce qui est bien vivant mais qu’il faut réveiller à chaque fois, nos êtres, une couche de poussière, convenances cris attentats recouvrent une rivière magique, en nous courent  sans qu’on y prête attention, toutes sortes d’élans, lumières d’histoires et vagues d’émotions et au dela même, comme la mer immense ou le ciel sans forme, l’être humain qui ne demande qu’à se déplier et sortir de l’armoire, pourquoi des armoires si ce n’est pour faire croire au carrés alors que c’est de musiQUES que nos os hantent, qui le soir s’évadent des turpitudes, enflent et d’un cri apaisant nous relie au plus haut sens de l’esprit qui dans le le corps s’incarne et s’enflamme

et c’est pour cela que nous attendons le mots, ou d’être prêt à s’en saisir, le déclic, ce peut être n’importe quoi, deux mains qui claquent et c’est l’histoire qui se déroule dans les plis des lèvres enfin libérées et le corps qui mime, la main qui s’agite, le pinceau, le tambour ou la caresse

se met à parler et se remémore ce qu’il ne sait pas encore,

car finalement cette cérémonie cèle le pacte de joie, le  vivre vivant circule entre deux peaux, resplendit dans le feu et les yeux percent et fait se perler la bouche qui intarissable et l’œil malin n’en finit pas de dire enfin ce que c’est que

de faire enfin taire le silence

mais l’homme sait qu’il lui faut retourner quelque chose en lui, sans trop savoir quoi et il fait appel à un mot,  une fibrille, zébrage, brisée, murmure, fourbis, tout ce dire qui s’accumule, un claquement de langue

et la vie sait que sans danger elle peut se dérouler,

douce

frénétique

vraie,

enfin sur le bout de la langue et au rythme des hanches

le réel libéré l’auditoire répond heureux de l’heure de la joie, choeur, choros ou répons, écho indispensable à la parole

c’est sur eux que sont braqués les yeux à travers celui qui parle, défile et coud le fil

mais les fauteurs de troubles, les prétentieux,  les envieux et ceux qui croient au destin suprême de l’ordonnancement rationnel des mots,  à la sémantique des couleurs, ceux-la prennent ombrage et claquent tout seul la porte, disparaissent entre les murs et se tapissent sous les tables, tournent à toutes vitesse les pages des livres à la recherche du verbe sacré par lequel tout à commencé, qui régit le souffle de toute chose et ne prête pas attention au courant d’air qui déchire les feuillets, mélangent les lettres de l’alphabet recréant une langue d’avant qui te ressemble

bien sur il y a un ordonnancement mais s’il ne se recommande pas de l’invisible il n’est guère crédible, s’il émane d’une bienséance, poète de la fierté tu parles une langue comme une cravate toutes rentrée en boule dans la bouche, gesticulation attentive il veut s’assurer que la soirée soit bien le prolongement du monde de la journée,

mais ça ne nous intéresse pas ;

Fiona Foley

l’homme fatigué de la journée qu’il n’a pas convié se fie à ce mot hasardeux qui le libérera du miroir que lui tend le monde, il regarde vaguement inquiet, secoue ses os et crie krik krak ou un truc comme ça jusqu’à ce que les os et la chair vieille tombent par terre et il voit l’histoire s’élancer et comme un gosse il s’en amuse, est terrifié ou se réjouit, content d’avoir encore un fois vaincu le monde enclume que le jour lui tendait et que l’on donnait vainqueur à 100 contre un ,

lui a été visité par le mot et le grand voyage à commencé

il a vu ce mur pluvieux qui porte les traces de la pluie et des coups de butoir du soleil

il a vu le graph du zèbre

il a vu la fille et le popotin magique,  les lèvres qui lui promettent, croit il, les plus belles bouchées et s’en ai régalé d’avance

il a été traversé par un mot et s’est souvenu d’un poème , aujourd’hui, ça été les deux en même temps et il a plongé, il a fait la chasse aux virgules et les a mis dans un sac et un moment,  il a su que c’est là que se cache sa vie ou dans les grands moments de rire ou quand il partage avec tous quand  il se jette à l’eau et que la grande marée l’emporte,

il s’est vu qui  chantent tous ensemble convoquant à l’aide du mot qui leur promet que cela recommencera et que ça n’a jamais cessé. et ne cessera pas.

l’aigrette

maitresse coupe moi mes tresses

je me sens à l’étroit et sur mon crâne poussent des palmiers des allusions multicolores au cri des singes

dans mes cheveux vibrent des quintaux de charges inélucidées et je me terre dans l’ombre qu’assaisonnent les mousses et les fougères

c’est suivant la saison et pas un souffle d’air ni de vent quand pourrissent à l’abri des cimes, la masse informe avec mes pieds j’en retire une feuille oblongue et je vois ce qui grouille

les aras font croire à la couleur dans l’épaisseur ou est-ce la couleur qui fait croire qu’ils sont là,

je donne un coup de pied et je casse la tige en voulant dire que je ne crois plus à l’ordre

la rivière me reprend , elle me tend et le bois et la flamme faire un trou pour que je navigue

mes yeux font le tour mais reviennent à chaque fois, je crois qu’ils sont repartis, bredouilles,  pour l’instant pas un bruit à part celui que je fais

ma jambe qui me fait mal me fait penser à la branche il n’y a pas vraiment de différence,  un peu de chair dessus mais finalement, il pourrait y avoir comme sur les cachalots des coquilles qui s’agrippent ou une aigrette qui grappille à coups de bec les pattes sur mes cotes casse-croutant les bouts de peau ou même les veines si elle a de la chance, je ne sentirai rien

je ne vois pas vraiment ce qui se passe car j’ai l’esprit ailleurs,  mon entendement s’arrête là,  mon œil pêche à la ligne je la démêle quand je suis bien calme et que  rien ne bouge et que  je n’essaye pas

près de ce gros tronc si souvent que des branches me poussent et mes cheveux, si tu ne les coupes ? s’ébouriffent des oiseaux, des verts et des rouges, surtout ils y font leur nid,

j’entends rugir, ce n’est que trois fois rien , à sept je ne dis pas, je me mettrai à courir

j’ai la lumière dans les yeux harassés

je pense à toi qui est loin et je me dis que ça ne veut rien dire être loin pas plus qu’être près, on y distingue si mal je n’y vois goutte j’ai des fourmis dans le cul et les bourses pleines et  je me dis que ça ne change rien,

au creux de l’arbre où rien ne bouge je me laisse jaguar aller à l’eau, ou l’eau dégringoler sans rigole je perfore les digues et je ris tout bas, comme un macaque, ou un python, un nénuphar, un de ces mots qui interpellent, anaconda c’est peut être ce que je fais, de mon œil qui rixe cherche la bagarre, le soir je provoque la journée et je lui plante des épingles, je l’étrangle je ne lui laisse plus un souffle,

je lui tourne le dos

Gaie à l’aise de la peau

dis

une belle entre sur la beauté
âpre
une amertume s’y glisse
qui câpre
ouvre les lèvres
déblatère avec la vigueur d’un pidgin qui s’invente sans discontinuer, à toute bastringue, bastringue comme une moto de course lancée à toute allure et qui ne démentira pas,ni n’en démordra la jupe s’envolant et découvrant la pulpe

photo Maria Gadu

il ne s’agira pas de s’élever mais même à plat de continuer mais même lent à onduler sans discontinuer

d’où me vient cette impression que morceau après morceau tombe de l’arbre des noms aux peaux de fauves

pelures d’oiseaux et pelage des terres indissociables, qu’on dirait mottes, labour le bœuf tire la charrue et déchire l’antre du muet prêt à parler pour s’entredéchirer même quand la voix se fait câline et que le sexe s’entrouvre déploie les textures des couleurs et s’expose à la couleur dans les gestes pressentis qui veulent assouvir

le grand bleu du ciel tendu comme un cou d’autruche vers un nuage qui réclame pluie

hors de terre la voix continue à défiler et enfiler nuage après nuages les mues des mots sages comme un tissage

se dévoile

pour moi si j’ai cette envie de parler et de plonger dans cette eau violette là où le gouffre s’engouffre et infiltre les tirets mal à l’aise de la peau même si parfois j’ai mal par où le bas vendre fini à raison de trop m’exposer

la marche des illusions et des regrets, pleures pelures du passé et que je vois se reproduire sans relâcher ni discontinuer, en rut bien ordonné en somme sans trop se soustraire

il eut fallut que

mais

est ce parce que je n’ai pas cette envie de parler de moi et que je me dérobe mais que le train qui s’en va et laisse inhabités les bâtiments en friche et l’argumentaire est bien là la preuve des égarements et les rouilles des déraillements là où se sont affairés les vautours quand moi bœuf, coup d’œil attristé aux quartiers vauriens et assis court sur pattes je me retire le je du sac j’ouvre la fenêtre du train et je le jette dans la vitesse

les gens étonnés s’en foutent

trop absorbés solubles dans leur conversations les oreilles prises ou se bécotant ou tout simplement méprise ne sont pas là, qui peut le dire, moi cela m’est bien égal et le train n’y est pour rien ni les usines et les quartiers hasardeux de ce fatras d’immeubles qui loin de rire se partagent la vue mais qui sait, il faudrait leur demander si contre toute attente ils s’en trouvent bien et peut être exultent se croyant fort autant qu’ils sentent (puent) dans les jours de grève et que la plage se retire sous une poussée d’immondice issue des bouches, qui ne parlent pas mais poussent et hurlent tout dans cet accent qui se pousse indéfini et envahit tout mon champs de vision comme si de visions il n’y en avait pas d’autre.

ancienne carte postale de « Port of spain, trinidad-1900 – 1902

sans rapport aucun autre que des mots que je ne comprends pas mais que la chanson m’apporte, contradictoire comme mon envie de continuer et que le vent me porte.

allusif

cette rupture d’avec la définition me ramène à Glissant, à sans doute beaucoup d’autres,

je la voudrais entière sans filins de retours qui nous y ramènent

 

hélas ce n’est pas ce que je vois ; la tentation me semble toujours forte de revenir hanter les lieux

j’y vois comme une contradiction

 

j’appelle la trace et le fragment

l’allusif afin d’éviter le construit et le défini

 

D »ici là : l’immobilité qui met le monde en mouvement

L’immobilité de la pivoine | isabelle pariente-butterlin

Si je me suis assise devant mon ordinateur, c’est simplement que la douleur était trop vive. Elle venait de me transpercer de part en part, elle ne laissait rien intact, je sentais dans tous les méandres de mon être qu’elle avait pris les commandes de ma respiration, de ma vision, de mes gestes devenus minuscules, épuisés. Plus aucun de mes gestes n’avait la moindre ampleur.

 

traduire ou conduire ou reluire enfin ouïr…

Car en effet je crois que la langue de l’un doit se faire engrosser par la langue de l’autre et ne pas en rester aux préliminaires,
je refuse l’idée d’une langue littéraire figée, qui se satisferait d’être littéraire ,
il n’y a pas de littéraire il n’y a que  la langue et la jouissance.

Intéressant paradoxe du traducteur,ramener la langue de l’autre vers la sienne, mais la sienne quelle est t’elle?l’étranger que l’on invite à la maison ramène avec lui dans ses vêtement ses flagrances ses puanteurs ses accents ses façon de penser , tout un monde , le traduire en français ne change rien , le ramener telle une équation à un  produit de ce que nous connaissons change tout, c’est une erreur, même si on ne le comprend pas laisser l’étranger parler, il apporte ses richesses, d’autres contrées, il nous regarde de ses yeux différents – que voit il de ses yeux cerné d’étrange – il voit l’étrange – le dialogue peut commencer, il va nous apprendre beaucoup sur nous même et c’est pourquoi il faut taire notre langue quand on l’écoute, renoncer à faire croire que l’ailleurs c’est ici, gageure impossible , – mais c’est l’appel du large ! c’est la promesse de l’océan et du désert, du bidon ville et de la salsa ; il fzaut donc se taire et taire ; Segalen ne disait pas autre chose quand  i l écrit que le simple fait de la présence de l’étranger transforme l’ici, être dans l’ailleurs transforme ; l’énorme paradoxe.

Au fond j’aime plus la possibilité d’une langue étrangère, ou étrange, que le français ; la France ne m’évoque rien de merveilleux, juste un habituel de passage, un ailleurs qui serait ici et qui m’ennuierait ; la langue littéraire constituée, prétentieuse et figée, les quatre bords du pré carré de la pensée et de l’expression française, sous sa forme la plus convenue, les convenances (est-ce l’héritage des salons, est la possibilité d’un rationalisme qui évacue l’inquiétude) m’ennuie, cette langue bien pensante a été de tout temps bousculé ; c’est ce qui la fait vivre, bouger bouger rien n’est acquis!

Du français j’aime quand elle pulse par en dessous, quand le ciel tombe sur la tête et quand les vents ramènent l’inconnu !

De plus la langue aujourd’hui est ouverte à des possibilités infinies et n’est plus close sur elle même, le monde et tous les ailleurs poussent par nos bords, la frontière de verre n’a plus les rideaux tirés ; les limites et le sens de la supériorité a poussé à l’intérieur même des mots et des phrases, plus que ça, de l’esprit et d’une idée de finitude polie (polir) ou nulle brutitude tu quoque mi fili n’était permise, bref une langue paternaliste, royale et universelle dans son advenir, centre du monde pile poil sur les restes du marécage.

Moi, j’aime qu’on la torde ou la mette en doute car elle n’existe pas; Manciet se plaisait à dire que le français n’est qu’un dialecte du latin (et d’ailleurs la royauté et le centralisme universel de l’hexagone est bien Romain dans l’esprit.

Aujourd’hui on a le sentiment que la littérature s’est quitté sans doute pour mieux se retrouver, pour l’instant elle erre et s’arrête pour tenir de beaux discours  et  s’adresse le plus souvent à elle même ; pontifiant volontiers ; Mais la France elle même n’existe pas ; je ris de me rappeler ces hommes du milieux du vingtième siècle qui, l’ORTF nous le transmet, s’exprimaient dans un parler qui se semblait  singer et s’étendre à tous, quelle déception d’entendre un brillant esprit qu’on croyait exceptionnel déclamer dans un français d’usage mimétique : la langue existerait bien elle serait mimétique et nous ramènera au post-primate.

Moi qui croyais que la langue était invention ! que l’esprit se frayait des chemins à coup de machette et non de bouton de manchette; certains esprits et corps le font, en général ceux que j’aime, Cami, Rabelais (taisez vous! vous qui tentez de le récupérer, R est irrécupérable parce qu’il court libertaire devant et vous fait des pieds de nez et tire la langue), ils sont tous devant et s’amusent franchement, Mais la censure règne et le bourreau n’est pas loin, rions sous cape et feignons la bosse, n’est pas Σ qui veut – en attendant les libertaires sont conviés parfois à souper et se doivent de se tenir correctement sous peine qu’on leur coupe les mains et les doigts de pieds, ET il est important de souper ! Primordial !!!! j’ai beau verser dans la poésie mes chèvres disons le crûment croquent la marguerite et rabattent leurs oreille sur mes vers, il me faudrait donc soit souper ou m’enfermer dans ma cabane et me mettre à vitupérer de plus en plus fort à mesure que l’on ne m »écoute pas, parler pâtois jusqu’à en devenir pâteux (la pâte de la langue creuse creuse fais des tas empile des consonnes et envoie à la volée des voyelles! le pâtois pateux voila mon credo, pas le patois d’ici non le patois de partout rassemblé en un grand tas, un compost evolutif si vous préférez, c’est écologique c’est un nous en décomposition, un nous tiré jusqu’aux extrémités du nous sur lequel pousse le Je : en effet il  y a plein de crottes et de trous de taupes, de vers de terre et de palais cellulaires dans le jardin tiré au cordeau : non il convient de s’interroger, penser en toute liberté, laisser déborder, déplier le hamac et s’allonger dans nos rêveries et divagation philosophiques – oui je suis Sternien c’était donc inévitable et stern veut dire étoile ce qui aggrave le cas, le rend plus aigu selon le cas , l’empire sauf que je déplore les empires, la richesse commune ! Commonwealth my foot ! la richesse commune c’est le compost non-écologique parce que libre d’enfanter les plus belles déviances.

La langue même si elle existe d’une certaine façon, n’existe pas en soi, admettons que l »‘on puisse tracer un vague cercle autours de ce que l’on entend communément par français, cercle vague et impersonnel, la littérature c’est un peu forgé sur cette idée courtisane, cette idée du château, la littérature est un attrait  idéaliste, derrière elle l’écrivain s’efface à moitié, et harangue  dans un style supérieur qui me rappelle le singe mais ne nous égarons pas;

la langue celle que je parle c’est une langue qui s’étend sur des ramifications de langues possibles, enfouies et à venir. Que j’entends dans les intonations expressionnistes des mots que je comprends mal mais qui empathent le sens, que je parviens à donner à ceque je mesure mal, le mots devient abîme et montagne, mystère qui me plonge dans une méditation sur un sens vertigineux. La langue espagnole de Guillen a été pour moi cette musique ou ce tableau de lumière, qui me donne envie d’écrire parce que l’humain en moi c’est aussi ça, loin du pré carré, pourtant si proche car dans la voix de cette femme, sans apprêt j’y vois l’humanité pieds nus et courant

moi même quand j’écris de la sorte je me fixe des limites et évacue mes désirs de turpitude littéraire, mais vous l’avez remarquez vous que je ne remarque pas, ou pas encore, que j’ai le pied voyageur et que j’ai du mal à tenir en place dans le pré carré qui quoique un peu voltairien, quand même m’ennuie ;

les langues qui m’ont attiré faisaient appel (elles braillaient) à toutes les possibilités de l’univers, pèle mêle dans le domaine de l’écrit …. des tas de livres, de, disons VW, WF, St, WCW, EEC, TW, MT, JJ, R, M, BM, SLT, enfin un tas de monde écrivant auxquels il faut rajouter un tas d’anonymes ainsi que les langues dans leur libre exercice non appliquées à la littérature,

Quoi de plus jouissif que des enregistrements ou des transcriptions de langue inconnue que l’on ne comprend pas et qui nous chante un tas d’ânerie (j’aime les ânes) ou nous parle d’une sagesse inconcevable pour notre pré carré, c’est le cas des codex aztèques irrecevables en français pas plus qu’en español, magnificence  des langues aborigènes et inuits, de l’islandais et du caucasien, l’accent surtout est essentiel, c’est la source jaillissante

En fait je ne crois pas qu’il faille continuer à écrire – pas de la même façon qu’auparavant et nous  n’avons aucune réelle idée de ce que parler veut dire, réellement parler, s’adresser aux étoiles, au cri jaillissant de la jouissance et à la morsure du loup, à l’ombre immense de la sagesse de l’ours, nous ne savons plus nous adresser au réel (choses que nous faisons – mal) nous le décrivons car nous l’avons parqué dans l’enclos du pré carré et nous croyons que cela suffit, or une serpillière est un épopée en puissance et le bêchage est une action métaphysique pure, si l’on y réfléchi, taper sur un ordinateur est un cosmos ramené à une volubilité des doigts, excroissances de l’univers – le décrire est impossible – même pas essayer – ou alors plonger en rigolant dans un gros rire fin et inébranlable car le conte nous ramène à la profondeur infime quotidienne de ce que nous pouvons être, écrire n’est rien, ce n’est qu’essayer d’atteindre, de comprendre un peu, d’emporter avec soi.

Le sens imparfait, dès lors que les frontières ont implosées ne se laisse plus parquer, délimiter, il s’échappe démembré mais plus vif encore, ainsi les sons font des leurs et portent des sens qu’ils empruntent à d’autres, d’autres langues, réminiscences, le long de la ligne oblique de la faille, voyages entrevus, rêves et associations les plus diverses, des étincelles jaillissent de l’entrefilet, des lignes de fuites déchirent des épanchements couleurs et rayures tâchées s’emparent du bloc et le nient car elles sourient d’une irrévérence – on ne peut plus contenir – il ne fallait pas tenter de circonscrire et d’absorber car alors plus rien ne tient et comme dans le conte la vie sort de l’ogresse et s’en va batifoler – libre ou tentant de l’être – chemin fou, confronté à la vérité.

comme dit Boris Vian : jusqu’à la prochaine fois

(à suivre, car cela n’a pas de fin surtout lorsque l’on est un adepte de la digression, c’est à dire du chemin inexploré de traverse)