mélangé ou notes contre la connerie ordinaire

Je sais que j’ai du sang noir

c’est lorsque je fleuri
je pleure je trahi te rattrape à terre JE SUIS I AM
je m’oublie  je désire je suis comme toi je valse  et tous les autres verbes en langue originale lassée d’être originale et qui se superposent pas plus novlangue que pidgin, JE TE PARLE par ma bouche tu sors  tu rentre ma langue dans ta langue sans précédent se fécondent sans que pour autant je baise la faconde déborde

(c) Eric Bridgeman 5, BLACK BEAUTY
(c) Eric Bridgeman 5, BLACK BEAUTY

Qu’est ce que le nous qui serait Je et non plus tue alors je ne dis rien je me contente de penser que les hommes circulent librement dans mon sang

Pourquoi ne puis je me contenter d’être, c’est un peu que je suis las de te voir faire des victimes d’entendre dire « Black lives matter » d’entendre parler de Baltimore et maintenant de Charleston IMG_0852 de voir ta beauté opposer la mienne alors que

je suis crépu je suis bronzé j’ai des poils sur le poitrail et mes ancêtres chassaient le phoque et la baleine à Terre Neuve ,

ahahahaha que c’est bon d’être tout mélangé !
refrain ,
ah la blanche n’est plus ce que c’était , elle à noircie elle a roussie elle a même des rayures jaune et le sang a fait des petits

notes sur ma Glissantéitude :
comme  je vois les choses ,  un vif mélange de tous les jours ou je suis noir blanc jaune, blonde et brune, pas juste parce que cj’ai envie pour une raison quelconque, pas juste que la couleur importe mais l’odeur, le parfum le gout, le son le geste le monde entier, mais   furieusement à l’écoute et que comme dit Césaire un seul mot qui manque et nous sommes incomplets , finalement je continue à être très glissantien
tumblr
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notes sur la connerie ordinaire et  que je déplore
Je suis ben content (last news from the library)
j'ai vu une qui faisait le ramadan foncer dans le lard du gros gars qui déblatérait sur les arabes lui a demandé de la fermer , ce que nous aurions du faire 
 moi et la stagiaire on se tenait pu de joie
 renseignements pris elle en avait assez d'entendre déblatérer sur son compte sans rien dire 
 je suis ben content
j'ai vu une beauté enturbannée dans un voile des plus seyant même que j'étais à deux doigts de faire le même 
 moi et la stagiaire on lui a demandé comment on faisait et on a juré que le lendemain on viendrait en boubou
je suis ben content 
 on a empêché un désespéré de sauter par la fenêtre et on lui a filé les oeuvres complètes de CAMI à lire avant la semaine prochaine et pi un DVD  
moi et la stagiaire on avait ben envie de faire une soirée pijama mais les gens étaient pressés de rentrer chez eux
la prochaine fois peut être
alors  à la française on a fait une énorme farandole à travers les rayons qui auraient bien voulu les pauvres mais pouvaient pas et on est parti en chantant lalalalalalala
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j’ai parlé avec elle après , elle souffrait d’être constamment immergée dans notre connerie ordinaire , comme je la comprends , elle a même cru bon de s’excuser tant elle voulait être au dessus de la mêlée , je crois qu’elle a compris que j’étais avec elle et qu’ell pouvait compter sur moi.

surgir de la crête

Ecouter un grand penseur et poète parler du monde, au petit déjeuner, est entrer en une relation complexe entre une vie et le temps et l’on se rend compte bien vite que l’on ne peut qu’ y entrer , non seulement écouter mais en tirer tous les débuts de prise de conscience (même si un long compagnonnage, il semble toujours que les implications sont à comprendre).

La nuit , pour y revenir, fut prise entre le discours de Stockholm de Toni Morrison (réflexion dense et émotionnelle sur le langage et la politique au sens fort du terme , l’imaginaire vibrant, comme un oiseau sur la paume, et la question : mais que faites vous de la vie ? du langage, de ce qui est dit , n’est que le pâle reflet de ce qui vit , est) et ce court moment intense  où Edouard Glissant,  vie de poète vue comme les deux mains qui accompagnent le mouvement vers le monde , l’imaginaire et la relation , un monde en poésie comme un morne.  Nuit, ne fut qu’un point vague entre ces deux crêtes et la crête n’est pas le point où l’on se repose mais l’endroit d’où l’on se propulse car alors complété par la pensée entière, culmination d’une vie attentive, moment où l’on ne peut se soumettre qu’ à l’entièreté du langage et de la présence, il nous est un devoir de se mettre en chemin et de commencer à répondre à la question (posée) qu’en est il pour toi …

… she holds in her hand , a bird, wether living or dead …

pas sùr que je me fasse bien comprendre, mais essayons

la philosophie peut elle amener l’être humain à décider en toute connaissance de cause de la direction à suivre,

existe t’il ce point d’équilibre où l’être atteint à une décision dans la simplicité conquise ou doit il surmonter le fatras qui est aussi bien extérieur qu’intérieur à lui même, si cette idée a quelque existence car ne sommes nous pas pris dans le flux ?

indépendamment des pulsions, caractères, pesanteur du passé et héritages, tous les héritages qui nous tordent comme le dit la psychanalyse ainsi que tous les incidents de la vie et l’existence qui nous contraint ou semble nous contraindre,

l’idée est belle

Je ne parle pas d’une connaissance théorique apprise, une adaptation forcée, un acquiescement et une acceptation de ce qui est donné, une somme qui servirait de lecture du monde, une carte par laquelle se repérer

la philosophie est elle possible dans un monde ou tout doute non raisonnable est exclu, dépend t’elle d’un héritage, cette fois-ci pris dans un sens de leg, de pragma d’une civilisation projetant un certain nombre de lignes qui forme un socle solide ou semblant telle, non soluble même au doute, les classicismes et archaïsmes semblent montrer que de tels mondes sont possibles

l’homme alors se conforme à ce qu’il voit des tensions

 

mais est ce possible dans un monde en mouvement incessant se nourrissant de lui même et nous poussant dans nos retranchements, en perpétuelle métamorphose et bouleversement, qui peut sembler inacceptable dans ses fondements/ qu’y faut il ? /

accepter déjà sans doute

mais l’égarement?

quand tous les éléments qui nous ont poussé là continuent leur dérive à nous presser, égarement, sont au delà de la compréhension, quand il semble que l’acceptation de ces poussées ne puissent n’être qu’anachronique, c’est à dire dépendante d’une vision antérieure à l’événement, est ce moi qui suis embourbé dans le passé ou l’idée que j’en ai, et le monde trop étrange ?

peut on se comprendre ou comprendre ce qui se passe dans sa nouveauté , dans le corps même et non dans un corps de pensée préexistant

ou bien comprendre un état dans un contexte d’altérité, où il n’est pas approprié ni adapté ni natif,

il y a conflit, friction, bouleversement, c’est le tragique dont parle Glissant, cet état conflictuel qui ne peut pas être laissé tel quel mais qui appelle une réponse, une décision, un bouleversement, une compréhension, un départ ?

cette compréhension devra sans doute se livrer à des transformations dans sa façon d’aborder les questions, peut être même inventer une tout autre façon de poser ou amorcer une réponse,

c’est pourquoi la pensée d’Edouard Glissant est si précieuse, car elle tente, sans évider les causes de l’impossibilité, d’amener une réponse tenant compte du choc.

 

Michael Riley, Hetti, 1990

 

Pourquoi cette photographie de Michael Ryley me conduit t’elle au sentiment, à l’interrogation surprenante qu’il n’est pas de vie quand pourtant tout semble en suspend, le langage à l’oeuvre mais que tout questionne, plastique ou abandon d’une figure qui se refuse à rien dire, paupières closes comme sous-titré : « spirit, land, image »

Michael Ryley est aborigène, de ceux qui sont d’Australie, de ceux pour qui le monde est devenu une énigme, les successeurs de ceux de Papunya et du cri au secours de la fourmi à miel sont maintenant projetés sommés de se conformer dans la modernité et la ville,

la carte urbaine a écrasé le  chant des piste et du sang de l’ancêtre jailli l’incompréhension, presqu’imperceptible mais qui est le tout de l’aborigène tant terre et vivant sont mêlés

l’homme désormais est déterré ? les photographies comme celles de Fiona Foley témoignent silencieusement et interrogent : est il une possibilité de rabattre la question, le visuel continue à s’en charger, le corps et l’esprit le peuvent ils ?

la question posée silencieusement, concentrée, comme au bord de quelque chose qui se tait et est toute la question même.

 

Le photographe déploie en oeil et expose, défile ce qui se pose à lui en suite, à voir et qu’on peut lire comme un énoncé dans cette présentation ( à lire , oui à lire …) 

 

par exemple car comme une rupture s’impose,

Riley’s final series, Cloud, combines his exploration of transient cloud formations with the astonishing presence of decontextualised objects rendered with such exactitude they seem totally unreal. There’s a sense of hope and liberated possibility in this series, and its placement at the end of the retrospective marks it as the culmination of Riley’s achievements. But there’s also an air of sadness around these images, borne of the knowledge that Riley himself is no longer here to explore the imaginative vistas opened by his final work. Riley was only 44 when he died—instead of an ending, Cloud should have marked the beginning of a mature vision.

Darrel, Michael Riley 1989/1990
kristina, michael Riley

à un monde ressenti comme mouvant ou inadapté une réponse doit être trouvée, Glissant et la pensée du tremblement qui suppose une adaptabilité constante, ou du moins un état de constante réponse à l’instabilité, cette réponse parce qu’elle prend en compte l’instabilité du monde et une certaine conception de l’épaisseur  qui n’est pas abstrait mais habité, chargé d’une teneur qui pèse, est-ce le monde et qu’est-ce que l’homme ?

la réponse est tentante mais je cherche à savoir si une autre est possible

car à la source, dirait IPB, choisir non l’opacité mais la transparence,

alors même que le monde est vu comme opaque,

mais le voit elle opaque mais il lui es peut être transparent,

il faudrait le savoir car la question que je me pose est celle de la transformation, de la pensée et de ce qui s’ensuit.

« morning glory, Carpentarie

 

mais de nouveau l’attitude de l’homme dépend du monde et du temps, celui accumulé et de la provenance

s’agit il d’adaptation ? être pris dans le morning glory ?

 

la question de la philosophie était posée, posée comme une tentation de réponse, libre et libérée ou en est elle acceptation ? la sublimation

un questionnement tendu et un affinement de la conscience peut il permettre une décision en fondement de la ligne à suivre, parce que tel est décidé,

et non le monde ?

peut on tordre le cou à ce qui nous sous-tend et accéder à un choix ?

et rompre la longitude et latitude

et faire fi du compas

est ce cela ou bien est-ce autre chose, je ne sais pas très bien.

Conférence de Romuald Fonkoua

à écouter, impossible de tout résumer ni retranscrire ,

sauf à dire que je m’y retrouve plus encore que je ne le pensais,

le langage vise à l’unité quand le monde vise à l’unité

dans un monde visant à la multiplicité le langage ne peut viser qu’à la multiplicité

d’où il ressort que l’essentiel du discours de Glissant l’équivalence ou le lien entre le monde et le langage et l’importance de l’irrésolu

Romuald Fonkua est Professeur à l’université de Strasbourg et à l’Ecole française de Middlebury College (Vermont, Etats-Unis), il est aussi le rédacteur en chef de la revue Présence africaine.

Spécialiste des littératures et cultures d’Afrique noire et des antilles, il a publié, entre autres, Essai sur une mesure du monde au XXe siècle. Edouard Glissant (Honoré Champion) et Les Discours de voyages. Afrique-Antilles (Karthala).

Césaire

i-je rien

Gauguin

en rebond à l’article de Gérard Larnac sur Poétaille que je cite :

L’Universalisme est sous le coup d’une double naissance : expansion globalisante du même à l’exclusion d’un tout autre qu’il s’agit systématiquement de nier, et dans ce cas totalitarisme au sens strict du terme ; trame unique de toutes les diversités assemblées, dans l’écoute, le respect et le partage – et l’invention d’une table commune.

 

 

La pensée de Glissant condamne l’universalisme comme un héritage des pensées globalisantes, qui, soit à l’aube de l’occident et de quelques autres civilisations à racine unique, impériales et totalisantes, soit à l’époque de notre « Renaissance » et c’est ce qui a permis à la science telle que nous la connaissons de pouvoir prendre le contrôle, elle pouvait avoir raison et je pense à Galilée mais ce n’est finalement qu’un regard qui, pour pouvoir penser le monde à besoin de s’en saisir comme d’un objet fini ou du moins « défini », il en résulte que l’univers obéit aux mêmes règles communes à tous. Valables pour tous , or en fait la pensée du monde est en accord avec la façon que l’on a de le vivre, y a t’il une vérité ou est ce question de point de vue, de vie .

Les secousses politiques et pratiques de cette pensée sont impérialistes. les grands empires occidentaux ont la main mise sur les mondes, pluriels, et c’est cette diversité qui rend la vie si étonnante, la conquête se fait aussi par l’emprise sur des systèmes de pensée comment les peuples pensent ils ?  les peuples pensent, leur vie sur terre et il émane une tentative d’élucidation, une hypothèse qui fonde la vie qui sera civilisation, l’occident en se lançant dans les mondes brise ces élans car même dans le cas d’une tentative de compréhension il y a préhension, la pensée de l’autre est asservie,  détruite pour être assimilée.  Les fondements de ces pensées ne sont pas compris, la diversité non relationnelle commence à faire des dégâts.

Edouard Glissant

Car  l’univers entier apparaît il de la même manière à tous ou est il dépendant d’une vision? d’une hypothèse à vivre , voyons nous tous que ce que nous voyons ? les différences ne sont elles pas au coeur même de l’être humain et de sa présence, et l’interpréter, n ‘est ce pas déja un début, non seulement de trahison mais de destruction. Il m’a toujours semblé impossible d’aller vers ces autres peuples en ayant ma propre proposition, définition, langue et habitudes,  et , c’est s’imposer soi à l’autre, anthropophagie et non pas anthropologie, l’ethnologie est condamnée. Seule la poésie et ce qu’elle suppose, l’intention poétique de Glissant mais aussi intuition, par laquelle on réussi à s’imprégner, à se prendre à l’autre, l’écoute, l’attention, et même comme le fait ressortir Ségalen, la présence de l’étranger, de soi dans l’autre lieu fait déjà basculer le monde, lire Nicolas Bouvier c’est s’en convaincre , mais alors ?

Il serait intéressant de se pencher sur l’histoire de la notion d’universalisme, de sa présence dans l’histoire, des temps anciens aux notres, il faudrait être philosophe, ou historien : l’idée que nous procédons tous d’une ligne unique et donc que nous pouvons être ramenés au même est combattu par Edouard Glissant .

Le penseur de la créolité en sent bien les dangers, et surtout l’inanité, car si sa pensée mène à la créolité, idée fabuleuse mais pragmatique, car à un point de l’histoire, il n’est pas de retour possible et surtout JE suis le produit de la diversité, dès lors comment me penser en dehors de notions d’ordre « rhyzomique » ou relationnel, et non comme le fait l’occident en en appelant à l’universel et à la pensée unique, idée qui le renvoie surtout à lui-même mais qui est désespérée, elle ne résiste pas au fait et aux conséquences du monde d’aujourd’hui.

La pensée créole est de tous les créoles (superbe article de Maxette Olson à lire ici ou sur potomitan  ) mais se pense dans un temps, les conditions de son avènement, et un lieu, qui peut être multiple ou étendu, ce point du lieu qui articule la pensée de Glissant est un point délicat, des auteurs comme le réunionnais Carpanin Marimoutou étendent le concept de créolité à l’outre-caraïbe et même s’il se sent plus proche de Glissant que des autres penseurs créoles, semble indiquer qu’il y a un développement possible, même nécessaire. C’est la définition même de la créolité de Glissant que d’échapper à ce qui le restreint puisqu’il est le contraire et est en devenir de vivre, la vie en mouvement, se construisant elle même et donc échappant.

Zoran MUSIC serie bizantina

Nous souffrons de strabisme, et nous pensons que chacun est plongé dans le même monde par les mêmes yeux que nous,les choses se ramenant à ce que nous croyons être, de manière scientifique ou aveugle, d’elles. Le monde en est rétréci, les poètes et les artistes, nous montrent que l’apparence que prend la diversité, pour ne pas la réduire, pourrait être un chemin vers la vérité plutot que comme nous le croyons une fantaisie. Des peintures rupestres du Tassili aux toiles de Roberto matta,  des sculptures de Chillida aux dessins de Zoran Music,  tous les voyages où les mots mènent, que ce soient en philosophie, en poésie ou autours d’un feu, au hasard de la marche, voyons nous un divertissement ou nous engouffrons nous par une porte vers ….  quoi au juste, l’humain, quelque forme qu’il ait, semblable et si terriblement unique. Avec l’intention poétique et ces oeuvres opaques, que l’ont pourrait appeler des metaromans, Glissant entame une réponse qui ne finira pas. mais qu’il sonde.

Mais la créolité vient après la lutte pour la négritude, Césaire, décrié, a quand même écrit « le cahier d’un retour au pays natal » qui est l’écrit de tous les retours, de toutes les reconnaissances, de la connaissance et de la différence. Abderrahmane Sissoko dans son film « un jour sur terre »,  ponctue son film , de l’écho du texte de césaire et du « discours », l’-An-deux-mille qu’est ce que cette notion a de commun avec un petit village du Mali, ou l’occident n’est présent que comme une blague, celle du téléphone, et nous dit clairement que ce que nous nommons le monde n’est pas le monde, et qu’il n’est même pas désiré.
Le cahier a ceci de surréaliste, je vois le surréalisme avant tout comme une reconquête de l’intériorité sur le monde extérieur, comme la recherche effrénée de la vérité dans les méandre du cerveau, de notre être véritable qui est à creuser plutot que le monde autours sauf à le penser pour s’en libérer, car sous-entendu, dehors la vérité humaine a déserté. Je pense que c’est pour cela, et parce que le temps était venu, que les reconquêtes des  identités bafouées par les colonisations ont pu se faire. Césaire a lâché les chiens. La pensée de la créolité si elle est obligé de penser l’Europe se pense avant tout au dela d’elle. Elle est une reconquête de soi. Tous les cahiers sont ici chez eux pourvus qu’ils s’ouvrent et s’écrivent, toutes les pages se tournent, l’homme noir se redécouvre, s’accepte, dans la souffrance, dans le regard sacrifié et estropié. Et s’accepter, entamer la reconquête dans la modernité.
Mais on ne peut voiler la face du monde. la guerre d’Europe jette un immense filet sur le monde ou l’homme blanc est présent, et les échos retentissent de Paris à Sao Paulo, de Madrid à Lima, de Budapest à New-York, la pensée issue de la guerre  vient jeter son ombre dans les mondes qui prennent conscience de leurs marges, elles sont partout, des non-lieux aux centres des villes, de la folie aux espaces hybrides où les pensées ont fusionné, dans les rues et les complexes industriels où la vie n’a plus rien de simple, en l’homme du commun se découvrant et en se découvrant est projeté  dans un siècle nouveau.

Lac malawi, vallée du rift

La prise de conscience est énorme et la diversité est indubitable, le monde ne se pensera pas sans elle, l’universalité devra être revue, les centres glissent vers les marges et occupe l’espace mental pendant que progresse la gangrène dans les villes et partout où la logique industrielle, post-industrielle et futuriste rejoint la forêt et le hululement des chouettes. Dès lors que comprendre, qui sommes nous au delà des brumes du conventionnel.

L’universalité insiste comme aveuglée, nous ne renonçons pas facilement au rêve d’antan, celui de la caravelle et du concorde, alors même que pousse la mère (terre mère) le déchirement dans les douleurs de l’enfantement, cet être hybride aux milles visages dont un seul contient tous les autres, qu’il n’est plus possible de penser en dehors de ces systèmes, mais l’être humain, le visage, le corps, le crime, l’effort, je pense à Salgado à ce réel impossible, que l’on nomme tout-monde et qui repeuple la tour de Babel, reconquise, et aussitôt détruite, de fait, dans la relation mère que nous annonçait le panthéon vodun, la ville et la mine de nouveau jette à bas les fondations possibles. Ou est-ce que nous ne savons pas voir et regardons nous de façon torve, sans se soumettre à l’évidence.
Infinité des possibilités, prédites et dissoutes ce que nous en voyons et sème le doute, au contraire, la libération de devoir se limiter à une vision factice.

Sans sortir de là, mais tu (l’autre) est sur la même ligne, recrée de la cendre, de la minute égarée, de la blessure et la souffrance, le monde est à naître et cela sans fin et perdu de vue, repousse à coté, incompréhensible, chaos-monde, alors il suffirait d’écouter sans ce projeter dans le discours mais faire la place aux bruissements des langues, aux imaginaires, au tremblement, signe de la fragilité et de l’instabilité de toute réalité, que nous sommes sommé d’écouter. mais qui inintelligible, fuit.

On recourt facilement, croyant bien faire, à l’idée d’universalité, philosophiquement l’idée est séduisante mais elle est aussi suspecte parce que si elle semble combattre l’obscurantisme et l’isolationisme, autres plaies de notre époque et de toutes celles qui nous ont précédées, l’idée en même temps s’acharne à nier la différence, et imposer, sans qu’il y semble, une autre pensée, celle là unique, terriblement pauvre, elle fut annoncée, encore et encore et le monde moderne accouche comme d’un mort né encore et encore à chaque naissance tué, dans l’oeuf. Comme le rappelle deleuze, si la philosophie ne se mêle plus de penser les concepts, la fonction en reviendra aux publicitaires et aux politiques et la quel monde quand nos mondes seront livré à la bêtise ! (à écouter plus loin sur ce blog)

Le tout-monde réclame à la fois le bruissement de tous en tous mais réclame le lieu, irrésistiblement collectif, de façon inattendue, le divers, le dévalement de la vie que la pensée enfin reconnait, mais peut être la reconnait elle déjà dans la modernité car la pensée moderne est si complexe que je n’y risquerait un oeil que par l’entrebâillement, encore n’y verrais-je rien ou un souffle capable de nourrir mon intuition.  La géographie, toute chose est située, mais je n’en suis pas sur, et le tout-monde n’est il pas aussi dans l’espace,  la notion de lieu comme essentiel au tout-monde, se situer même de façon contradictoire, le temps ne l’a peut être pas attendu, n’est-ce pas ce que pointe David Lewis dans sa pluralité des mondes ? Mais je ne saurai m’avancer . sables mouvants et il me suffit d’être.

peinture rupestre du Tassili, sefar

suspecte aussi tout de même par la grande difficulté/ ou l’impossibilité de comprendre la complexité qui nous est interdite, celle de la pensée aborigène par exemple, des mondes du Tassili ou des esprits de la forêt,  bantoue, amazone ou cubaine, native ou créole,  ou est-ce d’accepter les termes mêmes par lesquels les hommes se signifient / se pensent et établissent leur existence jusque dans le dit et le non-dit de l’autre  (que l’on trouve dan le geste rwanda par exemple, la Palestine de Jousse, le « qu’elle était vierge ma forêt  de Matta mais aussi de tant d’autres)

L’universalité battue en brèche, tous les uni_ du monde s’entendent au pluriel. Pour ma part , il m’a toujours semblé que la compréhension entre les différences ne pouvaient pas se faire d’emblée ( par perspiration mais aussi initiation, immersion, traduction, comparaison, hybridation, « révélation » (je pense à la réaction de malaurie face aux mondes inuit) mais généralement il est besoin d’une passerelle , ainsi l’Afrique que l’occident contemple, le pont qui le fait accèder à l’Afrique, mais l’Afrique de la rencontre, qui n’est plus l’Afrique des origines, que l’on a forcé à ressembler suffisamment à l’occident pour que le dialogue, ou le constat puisse s’envisager, l’Islam a fait de même, est-ce qu’elle a déja commencé à se perdre ou est ce qu’elle est rentré en relation et a commencé de se préparer à l’échange, entre ses deux idées, mais aussi l’hybridation créole dont nous nous obstinons à ne pas prendre en compte la fabuleuse avancée, car ces mondes sont de tous les mondes, dans la souffrance de tous les temps mais aussi dans l’aujour’hui quand hier rejoint les ombres et laisse la fascination d’être en vie, prendre le dessus, même dans les situations supposément les pires, l’être humain se révèle à renaitre, vivre quoiqu’il en coûte, puisque vivre il n’est rien d’autre et la souffrance et la négation ont été vaincu, je pense la plus grande richesse du monde créole dans ce sourire, ce rire, qui obstinément avance,
Et la question, les indiens de l’Amazone devaient ils être changés, les mondes étaient ils si différent que l’on ne pouvait pas entendre ou suffisait il d’écouter ?

Il y aurait besoin de transformation pour accéder à l’autre et communiquer, je suis perplexe et bien sur la vie est dans la transformation. (relire Coomaraswami et l’Inde ne nous l’a t’elle pas promis? )

or l’écoute et l’acceptation entière est nécessaire , car sinon l’autre sera t’il encore l’autre et ne sera t' »il pas amoindri, sombrant avec l’idée de différence, de diversité et d’entente.

L’ idée que suggère Ségalen (relayé par Clifford) est une idée de voyageur, eux ont su se glisser dans les étonnements et en faire une force, se vouant sans se renier à s’augmenter constamment, donnant tout son sens au voyage qui est de traverser l’alterité sans qu’il n’y ait de but, mais, chacun nous le dira, on en sort transformé, augmenté de connaissance, un soi qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, ayant traversé et imprégné tous les points du trajet, l’homme a eu l’intuition du tout-monde dans la rencontre, dans le lien le laissant en devant de lui, quand il y parvient.
Je relis « ébène », « le voyage avec Hérodote » de Kapuscinski tout entier dans ce qui pourrait arriver et qui arrive, et je me demande si le rapport à la différence qui devait être si criante, ou était elle ressentie comme moindre, parce que moins ancré dans sa propre différence et dans l’idée, à la bien penser, de l’universalité qui est un leurre si elle repose sur une constante, sur un rapport à une normalité fixe, à une norme quand règne le divers,  l’imprévisible et l’inacceptable, je me prends à me demander si cela a toujours été vrai ou s’il a toujours fallut user des passerelles et des moyens véhiculaires. Il y faut peut être seulement un carnet (gris) ou un claquement de langue qui amusée tente de reproduire en riant les sons. Tout alors parait proche. Même s’il n’est jamais à atteindre, cela en fait il un  lointain ou est on entre deux eaux. finalement heureux et sujet du destin.

Deux idées me viennent, l’antiquité ne faisait pas référence à la couleur comme critère et  certaines régions comme celle de  l’ancien Niger qui, selon Hampate Bâ, étaient des zones de partage du territoire ou chaque ethnie se répartissaient les fonctions, les lieux et les divinités, ainsi les Bozos étaient les maîtres du fleuve,  les bambaras les forgerons et les peuples, vision idyllique mais est elle sans fondement, vivaient un espace partagé.  En était il partout ainsi ? le Rwanda et les régions des grands lacs vivaient ils suivant ce mode, comment un pays comme le Cameroun et ses quelques deux cent langues parvient il à ne pas s’incendier en guerre tribales, quel est le miracle de cet équilibre ?

et surtout qu’en est il de nos villes et de nos mondes qui s’enchevêtrent formant un monde dissemblable toujours au bord de la rupture ?

Comment se sortir d’un tel étranglement, qui va croissant et ne connait plus de limites ?

Shanghai tower

ce qui nous reste des fureurs de cette nuit (- les sources

« En s’affrontant à la mémoire de ce terrible événement, avec toute la pudeur et la subtilité qui conviennent, Patrice-Flora Praxo vise moins à représenter l’insoutenable qu’à donner à voir et à ressentir le processus de déshumanisation qui affecte la figure humaine dès qu’elle se trouve privée de son essentielle dignité. »

© Galerie Agnès Dutko

à lire le formidable texte d’Edouard Glissant véritable réflexion sur l’histoire et la trace, la densité humaine et la matière de l’existence, secoué une fois de plus par la puissance du penseur poète, peut être dans la concision amené au plus près de sa réflexion qui se canalise dans la griffe des présences humaines sur ce qui nous reste des fureurs de cette nuit

et l’entretien sur potomitan

Oui, c’est un poème d’amour à Mycéa, oui. C’est vrai, c’est vrai! Mais je ne puise pas dans mon affect quotidien pour nourrir ma littérature. En revanche, j’essaye de remonter très loin.

Un des sous-entendus de ce que j’écris, disons de mon œuvre, un des sous-entendus c’est que avant la traite c’est-à-dire dans le pays d’Afrique d’où nous venons il s’est passé quelque chose entre les gens qui ont ensuite été déportés en particulier les Longué et les Béluse et que nous n’arrivons pas à savoir ce que c’était et que c’est cet impossible là qui crée la blessure. L’impossible de savoir ce qui s’est passé là, avant la déportation. L’impossible de revenir jusqu’à l’explication, à la source de l’explication ou l’explication de la source.

Remonter dans cette filiation d’une manière tout à fait tranquille, pas tranquille mais enfin, tout à fait sûr, on sait qu’on vient de là, etc. Je crois pas à ça. Je crois que il est plus beau d’envisager l’infini et l’illimité dans cet avant là, dans cet avant africain, que d’envisager la précision, la certitude, etc.

D’où la réalité même d’aller au delà de ces traces, griffures, zèbrage , fibrilles, biffures, fourbis (et non que je mêle Glissant à Leiris quoique les deux lignes en moi se réverbérent)  d’accéder à l’ avant, , réalité qui fut mais n’est plus, ne nous appartient plus, est demeuré en arrière et nous oblige, à devenir . dans ce devenir s’entremêle l’ incertain, du mélange,

Le trait doit, s’emparer de ce qu’il peut percevoir du passé annihilé, sacrifié, déjeté et de cette trace re naître le trait nouveau, par lequel l’être vieux se fraie un chemin dans la pluie et les griffures du présent qui demeure opaque et mystérieux,

des lianes un lignage mêlé, car accoster est aussi incertain en ce qu’il devient

D’où le tout-monde » , mot seul qui respecte l’insensé de ce qui mêle et démêle dans le respect de la source qui continue à œuvrer en secret ou en silence,  condition de l’appartenance à soi

Mais s’atteindre par delà le gouffre que dessine l’écart, que Glissant et Chamoiseau en conversation nomment la cale et que  fibrilles enserrent et remémorent, deuil mais aussi ferment de renaissance

  gif fibrilles qui constituent les parois cellulaires

D’où le mythe qui peut être le point d’ancrage de l’imaginaire auquel maintenir un équilibre possible, l’image, non seulement des traces noyées ou anéanties par l’esclavage mais de ce qui comme un chant peut invoquer  la survie,

Le prolongement mêlé de ces filets des racines s’élançant aux embranchements les plus imprévus rejaillissent non ce qui se rencontre mais ce qui se recompose. Le chant se transformera, s’appuyant sur la figure mythique, de Mycéa à Jémanja, évoquera une figure à partir de laquelle se reconstituer, la figure ramène au mythe ancien (d’où l’on provient) et incorpore des éléments rappelant la réalité actuelle, se mélangeant avec d’autres apports qui sont comme les croisements de la vie, le mythe grandit, change de direction et permet à l’exilé de se retrouver des deux cotés de la rive, en avant et se devançant.

On l’entend dans la langue et la syllabique même de la langue perdue se retrouve dans la langue acquise, créolisation qui est comme la sève recueillie des arbres nouveaux,

Ces si grands arbres qui s’élèvent et agrippent le sol créant un socle et s’augmentant, dérivant dans l’aujourd’hui l’impossible à contenir.

Par ce geste renouer la trace dans un filin des jours, liant les profondeurs aux nœuds de l’expérience, invoquant les feux de l’espérance, il a du en être ainsi dans ces rituels et cérémonies qui permettaient de se renforcer en essence et guérissant de la cale ou du fouet, de la mort inéluctable, lui donnant sens ou tentant.

«Parmi les taureaux un zébu veille il mord
L’odeur d’herbe est bleue il sommeille peut-être
Il fait troupeau de ce qui va paraître.
Il ensemence dans la mangle vérité.»

© Glissant, l’intention poétique

Les expériences multiplient, s’accouplent dans le mythe qui, récit de l’abstraction parvient à attirer le néant de la négation, la mort du fond des cales ou celle de l’esprit, et par là renouveler le miracle d’exister et de la survie,

Survivance et apprivoisement de la terreur, l’impossibilité du retour joint la trace au bord de l’invisible

Expérience ultime (Dachau-)  la trace, survivance béante, lucioles de la négation.

Et vainquant la peur, le mythe fait remonter des fonds l’insondable, nos être mystique, les peaux sont confiées à la matrice, mère de l’indéfini, le vivant suit sa propre marche qui désormais gouverne, ouvert se mêlant et entremêlant, là est l’étonnement des créolisations qui rebondissent, vies, quelque chemin qu’elles prennent, dénoncent l’entrave des refus, mort, blessure, anéantissement, asservissement, viol, meurtre, amour, déchirure, punition, on ne saurait le décrire tant l’être asservi est hors d’atteinte du récit.

Utopia necessaire

et comme en clin d’œil à Utopia (lui même renvoyant peut être à ce lieu du désert ou Emily Kngwarreye s’empare de la souffrance  en milieu désorienté et répare, où la vie blessée se réinvente, où l’immémorial se mêle à et démêle le présent, l’emmêlant d’ Utopia i-mémoire, à ronger le présent et préparer l’esprit à se survivre en confrontant le socle de la modernité, là où les mégapoles,

célèbrent la vanité comme nouveau genre, modernité insensé des anciennes vanités, où le crane mystique est remplacé par les signes reflet du commercial ambiant, la situation prévaut et  l’aborigène s’empare du concept et l’emplie de sens.

comme un clin d’œil à « la mémoire des esclavages »  dont Édouard Glissant a été un chantre et qui désormais mémoire bien ancrée et défendue, figures blanches sacrifiées dressées vers l’océan, l’eau dont elle parle, l’eau de mort de la traversée que l’inscription dans la langue de la mémoire, c’est le travail de l’opaque poésie, giacométisation comme créolisation, sculpture de l’humain dans la souffrance du bloc pour aborder le siècle comme un nouveau départ, non comme un retour mais une continuation permettant de laisser les fers défaits les corps et l’esprit  devenir moins lourd,

l’opacité gagnée au tremblement se laisse aller à la nécessaire utopie, ailes de papillon joignant les bords d’un présent d’incertitude, Fukushima est peut être le battement d’aile que Bonnard  entrevoyait , ou bien les couleurs sont elles à venir ? le peintre reprend les pinceaux et déterminé à incarner, soudain, les emplit de couleur – mais d’abord le blanc, le blanc comme impossibilité de se servir du noir trop proche, trop connoté, le blanc me renvoie au spectre de hantise,

la couleur démenti par le sourire viendra plus tard

Édouard Glissant – des attracteurs étranges

et comme un clin d’œil cette jeunesse arpente les « traces » écho aux fastes et chaos invoqué par Edouard Glissant, elle insiste sur les traces car on vit sur les traces, traces qui sont empreintes, restes et mémoire de ce qui fut vie, geste et souffrance qui se retrouve dans le quotidien antillais, même enfoui ou revécu sous d’autres formes, comme un recommencement dont il faut guérir,  les peintures de Patrice-Flora Praxo ramène aux lieu des « Abymes » de l’indicible, semblent tisser des liens le long des déchirements que la civilisation occidentales s’est infligé, a infligé à l’autre, à la peau noire pourtant nommée couleur donc puits de vie, des esclavages dont la jeunesse tente de refleurir la part d’elle même laissée là d’où l’on ne revient pas ou mal ,

Édouard glissant dit « Il faudrait une peinture réaliste pour montrer le gouffre… »

la peinture dit ce poids tout comme les livres « tout-monde, « Mahagony » et d’autres ont tenté de le dire.  L’esclavage après un bras de fer avec la bonne conscience blanche est finalement reconnu crime contre l’humanité, la colonisation n’est pas un bienfait qui aurait apporté la connaissance mais une déchirure, l’humanité tente de gué&rir d’une part d’elle même  – les holocaustes, mot poli pour dire le massacre, la peinture reçoit, tout comme la littérature,  (Césaire, Fanon, Glissant ont ramené à la surface ce qui stagnait dans l’âme intranquille, la fracture présence malgré le calme apparent, malgré la surface apparemment joyeuse, la volonté et la poussée tropicale, les chants de biguine ou calypso, zouk qui cachent la cassure mais maintiennent ouverte la force de vie, le bel air qu’ils célèbrent, que je vois dans la vitalité de qui sait l’anéantissement et heureux d’en être revenu, la force tatouée dans les plis de l’âme, qui dit pli dit envers et endroit qui finalement forment un tout vibrant dans le sourire de terre, l’obstination  inscrite profondément dans les rythmes sacrés, rappel du vital que les mains et les pieds revenant d’Afrique célèbrent, gwoka, samba, condamblé,  les échos semblent vouloir disperser l’entassement, la négation d »être quand la mort est préférable quand René Depestre dit que le zombi, image de mort vivant hante la condition.

© photo Patrice-Flora Praxo

Mais l’œil ne cligne plus et le peintre comme le poète pour résister au crime quand Celan dans la langue du crime finit et relance la poésie et que le peintre Zoran Music dessine les traits d’un voile jeté par les camps sur la mort ; la peintre antillaise les rejoint, supporte le poids pour traverser le gouffre, se libérer et se révéler en vie, colorée de nouveau, couleur que je trouve de la plus belle peau.

une pensée me vient, que loin d’éclipser la force tragique du tableau, la beauté rayonnante conquise sur la souffrance vient se superposer à la hantise et donne une direction nouvelle qui veut … être ? quoiqu’elle vienne de là, et malgré le poids, elle n’y est déjà plus et a rejoint le présent de celle qui en ce moment même est et  vie.

c’est réparer la souffrance toujours présente, même indistinctement chez les jeunes générations qui n’ont pas connu l’esclavage, mais comme dans « humus » de Fabienne Kanor, qu’elle évoque comme une figure importante du panorama créole, qui a cessé d’être créole pour être de ce temps, revivant la meurtrissure du passé voulant peut être rallier le lieux et les êtres d’avant avant que d’être là où les différences n’ont plus cours et que seuls demeurent les lieux où l’on se trouve , qui ne sont qu’à vivre, assurément pas intrus, en espérant que d’autres n’en entament pas la conquête,

il n’est d’autre solution que le Tout-monde et les traces des corps sur le tableau entasse un surplus à vivre, grave le support des arrachement qui sanglants encore affirment qu’il n’y a plus de là ni  de quand ni de lieu ;  le eux de chacun se résume à eux de ceux qui sortent de ses traces, humains dont les vies brisées giclent du mélange pigmentaire que la toile recueille , que l’on trace sur le sable et que le vent emporte chargé d’énergie de ceux qui tentent,

en attendant la jeunesse s’en empare, réactualise la mémoire et la tisse aux fibres les plus communes de la vie contemporaine, cinéma ou photographie, d’aujourd’hui le temps plonge ou chevauche le récit des ancêtres, trou béant et déchirure faite à l’humanité et que Glissant convoque dans son intuition et que l’on voit rêver assis sur le rivage à sa résolution, qu’il voudrait voir vivre et sortir de la brume, il y faut du réalisme pour franchir le gouffre .

elle dirait mettre sur pause, car le définitif est du domaine du sacré, preuve que ceux qui ont précédés ne sont pas loin,  pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, le siècle et tout ce qu’il recouvre de l’éphémère en ligne de mire, du présent que l’on veut vivre que le parcours de Patrice-Flora Praxo est important, elle nous ramène le siècle comme une trace venue de loin.

© photo Patrice-Flora Praxo

à lire l’article et interview de Patrice-Flora Praxo sur www.fxgpariscaraibe.com et le catalogue sur calaméo

Utopia

en hommage à Édouard Glissant, Agnès b.

 Utopia en lien cette touchante vidéo, loin des conférences figées mais teintée d’amitié, l’homme Glissant nous parle, enfants que nous sommes et croyant être les maîtres

Edouard Glissant chez Agnès b., news du tout-monde

La pensée du tremblement, c’est une pensée où on peut perdre du temps à chercher, … qui nous permet d’être en contact avec le monde et les peuples …

Utopia , quand les mots nous manquent, où est-ce le monde ? qui nous manque ce qui nous manque , nous , manque , Utupie ! on ne peut que l’imaginer et ce que cela produirait, comment le monde nous serait plus proche et serait le tout-monde

C’est peut être aussi et nous n’en avons pas le droit , que nous manquons au monde ; et nous avons le devoir d’imaginer comment y parvenir, liberté ?

Au delà des systèmes il faut trouver par soi-même, car les civilisation occidentales ne nous y mènent pas ou nous font retourner à une pensée unique,  pensée de système, alors qu’il la faudrait multiple, relationnelle  plutôt que pensée un instinct, une intuition du monde que la pensée de système ne nous procure pas

L’humanité, la reconnaitre,  nous sauve de la domination, nous aide par l’imagination à rejoindre l’autre en se  trouvant soi-même tel peut être que jamais l’identité close ne nous l’avait permis.

retour de flamme

Oui un retour d’une flamme … la colère est un sentiment que je comprends parfaitement mais que j’essaye de maitriser et qui m’interroge, ce sentiment doit je crois être utilisé à son bénéfice et non à sa destruction par plus fort que soi ou en effet l’injustice et le mépris (voir par exemple le numéro de la pensée de midi sur le mépris . Ici j’essaye de reconnaitre ce sentiment en faisant appel de façon plus ou moins déguisée, c’est à dire que je me l’approprie,  à l’expérience aborigène en Australie , .

Fiona Foley est une artiste aborigène contemporaine et cette peinture est  l’illustration idéale ; « l’image »situe le propos dans un contexte soudainement politico-métaphysique », tout simplement de souffrance.

Voila qui éclaire le sens que j’y mets,  même si je n’aime pas trop l’expliciter et que j’ essaye de garder une portée universelle (au sens où elle est offerte) à la réalité de mon expérience qui se rattache à un plus grand ensemble, social, politique et philosophique, esthétique et humain ; c’est le rôle de la poésie et de la pensée poétique , qui peut être pourra ainsi échapper au « non ce n’est pas moi », gardant un caractère opaque qui lui permet de résister, d’exister et de se développer comme ce prolongement en est la preuve, (suivant en cela la pensée première qui m’a inspiré: celle de Gandhi).

Le flux sur lequel nous vivons permet à la pensée de vivre et si nous nous en saisissons, d’infléchir la façon dont nous pouvons percevoir, peut être, loin d’un consensus social appauvrissant,
les réseaux sociaux en sont la preuve : d’un statut sur facebook  (Qu’est-ce qui vous fait croire que le mépris n’atteint pas la colère ? ) suivi de commentaires pertinents mais qui ne prenaient pas en compte une expérience vitale et sociale et privilégiaient la sagesse et l’acceptation candidienne (quelque part) mais finalement aboutissant au retrait (c’est comme cela que je le comprends l’ayant pratiqué) ou au renoncement (chose que je ne parviens pas à faire, je mets « l’habiter au centre de ma pensée et ne parviens pas à roder mais désire ouvrir ) et  le lendemain voyait mon envie développer les quelques mots en exergue et laisser dériver ou enfler dans un post  (https://aloredelam.com/2012/06/09/le-jus-presse/) qui aujourd’hui rallume le dialogue ; preuve que la flamme n’était pas éteinte et le sentiment vivant toujours à l’œuvre ; aujourd’hui le commentaire de M C T vient montrer qu’il y a une base sociale et révoltante : vivre avec 600€ et peut être même personnelle,  à la colère ou à l’injustice, à l’inadéquation de l’existence sociale nommée « mépris » à la réponse non tolérée (par les pouvoirs imbus) .

Je m’apprêtais à écrire un autre texte, encouragé par la vidéo d‘Angélique Ionatos sur Médiapart qui dans ses propos rejoint les statuts que j’avais publié quelques jours plus tôt sur la nécessité du rêve et de l’utopie et l’amplifiant, lui donnant un socle social et politique  : la situation en Grèce mais aussi celle que nous vivons et dont le mouvement des indignés témoignent, un texte de Dimitris Dimitriadis poète grec contemporain s’en faisant l’écho et donnant un poids immense à la notion d’être là dans ce temps de maintenant, prélude à un monde nécessairement nouveau ; une dimension philosophique, artistique et poétique : la conscience et l’intuition d’Odysseus Elytis toujours bien présente est la preuve que la poésie que l’on croit sage et enfermée dans les livres est un retour de flamme que le moindre souffle humain ranime ; car là est le cœur de l’art  et le fondement de l’engagement : l’humain et la relation (un autre de mes poètes, central, peut répondre : Edouard Glissant a basé son œuvre sur cette pensée et cette révolte qu’il nomme « tout monde »); idée que ce texte développe car sommes nous en train de faire si ce n’est un tour du monde de la révolte, du mécontentement et de la volonté de l’utopie née de l’insatisfaction et du mépris qui peut aller jusqu’à la négation, comme les esclavages en témoignent ;

http://www.dailymotion.com/embed/video/xrggsi
Et les rêves prendront leur revanche… par Mediapart

Il est fascinant de voir comment la pensée sur internet peut enfler et s’augmenter de l’apport de l’autre ; donner un souffle plus fort à la réaction, à l’action aussi infime soit elle, qui du fait de son énonciation, existe et fait fleur autour d’elle, empêchant l’adverse de s’établir, du moins on l’espère ;

Là, le commentaire que je comptais écrire devient « post » à part entière, me donnant l’occasion d’expliciter et de développer un propos et déjà j’envisage des thèmes futur, en gestation ou à délivrer, m’enflant de force et poussant  ma pensée plus loin, la faisant sortir du ghetto de l’opacité ou elle était confinée car en effet elle refuse de se soumettre et de se concensualiser ni de se radicaliser à outrance.

Ainsi  l’échange et la relation favorisent l’écriture et le contenu qui se diffuse a finalement la densité de  la pensée, oblige à plus de fermeté dans la tenue et l’élocution, au sens on l’on « dit » fait vivre une attitude au monde, trottoir qui déborde les maisons. l’écriture atteint son but en s’enrichissant de l’autre et s’amplifiant, donne envie de continuer la navigation de cabotage (Jorge Amado) l’exemple, ç’aurait pu être celui de José Saramago,  n’est pas innocent.

Comme le disait Barbara Glowczewski dans ses ouvrages sur les sociétés et la « politique » aborigène , nous pouvons mieux comprendre les logiques culturelles des sociétés aborigènes maintenant que nos sociétés ont intégré les logiques de réseau dans leur fonctionnement , bref notre pratique et l’existence d’internet permet un éclairage sur les pensées aborigènes que les penseurs de jadis ne saisissaient pas, l’ethnologie toute entière et la réalité des peuples autochtones est d’ailleurs à repenser, ou peut être faut il simplement se passer de les regarder (s’en saisir par la pensée) mais simplement les laisser parler et nous laisser happer ; la boucle se boucle ainsi ou plus exactement est renvoyée comme un boomerang à son point de départ, préparant à entamer une boucle de plus car ce sac de nœud qu’est l’univers quoique bouclé n’est jamais conclu.

Cela avec internet est possible et la réponse dont se nourrit le blog qui est conscient de devoir revendiquer sa position de libre-pensée en tant qu’action, vent-brouillon qui n’est jamais conclu mais toujours en mouvement même quand il semble au repos ; la pensée – écriture n’est pas uniquement mots mais est parole active ne cessant jamais.

glissement Glissant


il faut l’acter
les mots font aussi œuvre de détournement, ils détours- nent

détourner pour rapprocher et mettre en corrélation ce qui jusqu’alors s’opposait ; avoir détourné pour mieux entrevoir ;

comment s’y retrouver ? cette alchimie des mots peut elle  se révéler carcan et enfermement ? c’est de l’intérieur que les mots brillent, l’élan suppose un bras propulseur et une conscience vibrante,

que ce surgissement réapparait sans prévenir comme de multiples coups de langues de ci de là de par les lieux, de par les temps, sans logique apparente quand la stabilité du monde et celle des hommes sont soumis à pression ;

créer un état stable de l’énergie semble inconcevable, hasards des orages solaires et accalmies mais non de façon continuelle, bien que les êtres soient constamment  dans un emmêlement et un désordre imprévisible,

vu du dixième étage et en vitesse accélérée, embrouillamini des histoires et des chocs même minimes  comme ce papillon multicolore au battement  sismique d’ici au Japon, mais qu’en est il de langue à langue, de bouche à lèvre, de main à bras ?

dans ce foisonnement, la relation, mot clé pour ouvrir la rencontre ou à l’inverse l’impossibilité de continuer plus avant ni comme avant,

apparait la nécessité de transgresser, réunir mettre en relation, quand à chaque seconde la possibilité de l’asservissement ou de la violence parait probable, ceci de part et d’autre et c’est ce qui est émouvant ;

quand les mondes se mirent en parallèle et,  avant de s’entretuer, inventent le besoin qu’ils ont de l’un e l’autre et posent des passerelles;

s’augmenter de l’impalpable de l’autre à autrui puisqu’il est à coté et fait partie du paysage là où avant il n’était pas , le monde en est transformé!

le regard et la pensée que l’on en a doit suivre,  petit à petit se défossiliser ;

La mondialité, l’Europe et ses réfugiés des grands chambardements du siècle, dada et surréalisme et la démesure américaine,  de l’étendue et l’effondrement par la modernité de pair avec les déplacements des continents, l’Afrique entaillée par l’océan est obligée d’improviser une teinte et d’inséminer l’Europe

je pense à Aimé Césaire, e.e Cummings et  Ghérasim Luca ; ces embardées du temps et de l’espace sans prévenir fusaient dans un cataclisme du langage,

Aujourd’hui  un même temps et une élasticité de l’espace qui de l’un à l’autre semble maintenir un chaos opaque, de l’un à l’autre une incompréhension et un voisinage immédiat,

rhizome plutôt que racine , la reconnaissance du divers comme multiple dans un même temps, questionnement ouvert du temps, Ségalen s’était déja extasié et Deleuze éveillé, c’est ce que pointe Glissant, les Antilles un laboratoire et la créolisation une réponse au pari de l’identité multiple,

le monde moderne est fractal

le langage, cette pointe vibrante de l’être humain relève le défi ; Frankétienne, Brathwaite et quelques autres lorsqu’ils se rencontre à la poupe de l’Amazone et du Mississippi ;

le pari de la langue instable en perpétuelle mutation pour répondre à ceux qui perlent en contact permanent

or s’en remettre à une dialectique formant vocabulaire me semble figer ce tremblement du monde,
Sommes nous arrivés à un point ou les sociétés se déterminent? un refroidissement des laves? , mais alors ?

stable dans l’instable, la nature ne s’arrête jamais, le présent cette illusion est pourtant tout ce qui compte, le roulis projette le surf, et pourquoi l’endiguer, serait ce que nous appelons un autre pouls du temps?

le surgissement obéit à des règles qui le font ressembler à une vague, similaire à une courbe ascendante puis descendante, ellipse dirait la pensée indienne; tournoiement  mais s’agit il bien de cela ?

ce à quoi œuvrent les poètes et les anonymes, sans nom cette incertitude de la crête, de l’étalement de la durée et  dissolution de l’espace fébrilité de l’incertain des rencontres qui opère cette impulsion que Glissant appelle déparler

pour témoigner, les formes que finissent par prendre les mots et notre parole, -est-ce la même chose? -nous entendre sans laisser de coté l’essentiel d’une expérience pour que puisse aboucher un échange,

constamment à déjouer les pièges que nous même  ouvrons sous nos pas, grignotons à l’intérieur de nos mots,

comme s’ils penchaient en arrière et qu’il nous fallait à chaque fois rééquilibrer pour qu’ils aient suffisamment de force et d’énergie, d’où vient elle et ou allons nous,

oser défier la crête de nos présents basculant et éclaboussant ce qui nous sert d’avenir ;

l’ invention instable, toujours en équilibre, rythme de la formulation, inaudible, jazz libre obéissant à un canevas inédit, de là la fugue,

lorsque l’on se trouve emporté par le vent « vers en l’arrière ».

* à lire le très intéressant blog de la revue d’ethnologie « TERRAIN » et son article : Miroir du colonialisme (http://blogterrain.hypotheses.org/1377)

© Anne Slacjik