i-je rien

Gauguin

en rebond à l’article de Gérard Larnac sur Poétaille que je cite :

L’Universalisme est sous le coup d’une double naissance : expansion globalisante du même à l’exclusion d’un tout autre qu’il s’agit systématiquement de nier, et dans ce cas totalitarisme au sens strict du terme ; trame unique de toutes les diversités assemblées, dans l’écoute, le respect et le partage – et l’invention d’une table commune.

 

 

La pensée de Glissant condamne l’universalisme comme un héritage des pensées globalisantes, qui, soit à l’aube de l’occident et de quelques autres civilisations à racine unique, impériales et totalisantes, soit à l’époque de notre « Renaissance » et c’est ce qui a permis à la science telle que nous la connaissons de pouvoir prendre le contrôle, elle pouvait avoir raison et je pense à Galilée mais ce n’est finalement qu’un regard qui, pour pouvoir penser le monde à besoin de s’en saisir comme d’un objet fini ou du moins « défini », il en résulte que l’univers obéit aux mêmes règles communes à tous. Valables pour tous , or en fait la pensée du monde est en accord avec la façon que l’on a de le vivre, y a t’il une vérité ou est ce question de point de vue, de vie .

Les secousses politiques et pratiques de cette pensée sont impérialistes. les grands empires occidentaux ont la main mise sur les mondes, pluriels, et c’est cette diversité qui rend la vie si étonnante, la conquête se fait aussi par l’emprise sur des systèmes de pensée comment les peuples pensent ils ?  les peuples pensent, leur vie sur terre et il émane une tentative d’élucidation, une hypothèse qui fonde la vie qui sera civilisation, l’occident en se lançant dans les mondes brise ces élans car même dans le cas d’une tentative de compréhension il y a préhension, la pensée de l’autre est asservie,  détruite pour être assimilée.  Les fondements de ces pensées ne sont pas compris, la diversité non relationnelle commence à faire des dégâts.

Edouard Glissant

Car  l’univers entier apparaît il de la même manière à tous ou est il dépendant d’une vision? d’une hypothèse à vivre , voyons nous tous que ce que nous voyons ? les différences ne sont elles pas au coeur même de l’être humain et de sa présence, et l’interpréter, n ‘est ce pas déja un début, non seulement de trahison mais de destruction. Il m’a toujours semblé impossible d’aller vers ces autres peuples en ayant ma propre proposition, définition, langue et habitudes,  et , c’est s’imposer soi à l’autre, anthropophagie et non pas anthropologie, l’ethnologie est condamnée. Seule la poésie et ce qu’elle suppose, l’intention poétique de Glissant mais aussi intuition, par laquelle on réussi à s’imprégner, à se prendre à l’autre, l’écoute, l’attention, et même comme le fait ressortir Ségalen, la présence de l’étranger, de soi dans l’autre lieu fait déjà basculer le monde, lire Nicolas Bouvier c’est s’en convaincre , mais alors ?

Il serait intéressant de se pencher sur l’histoire de la notion d’universalisme, de sa présence dans l’histoire, des temps anciens aux notres, il faudrait être philosophe, ou historien : l’idée que nous procédons tous d’une ligne unique et donc que nous pouvons être ramenés au même est combattu par Edouard Glissant .

Le penseur de la créolité en sent bien les dangers, et surtout l’inanité, car si sa pensée mène à la créolité, idée fabuleuse mais pragmatique, car à un point de l’histoire, il n’est pas de retour possible et surtout JE suis le produit de la diversité, dès lors comment me penser en dehors de notions d’ordre « rhyzomique » ou relationnel, et non comme le fait l’occident en en appelant à l’universel et à la pensée unique, idée qui le renvoie surtout à lui-même mais qui est désespérée, elle ne résiste pas au fait et aux conséquences du monde d’aujourd’hui.

La pensée créole est de tous les créoles (superbe article de Maxette Olson à lire ici ou sur potomitan  ) mais se pense dans un temps, les conditions de son avènement, et un lieu, qui peut être multiple ou étendu, ce point du lieu qui articule la pensée de Glissant est un point délicat, des auteurs comme le réunionnais Carpanin Marimoutou étendent le concept de créolité à l’outre-caraïbe et même s’il se sent plus proche de Glissant que des autres penseurs créoles, semble indiquer qu’il y a un développement possible, même nécessaire. C’est la définition même de la créolité de Glissant que d’échapper à ce qui le restreint puisqu’il est le contraire et est en devenir de vivre, la vie en mouvement, se construisant elle même et donc échappant.

Zoran MUSIC serie bizantina

Nous souffrons de strabisme, et nous pensons que chacun est plongé dans le même monde par les mêmes yeux que nous,les choses se ramenant à ce que nous croyons être, de manière scientifique ou aveugle, d’elles. Le monde en est rétréci, les poètes et les artistes, nous montrent que l’apparence que prend la diversité, pour ne pas la réduire, pourrait être un chemin vers la vérité plutot que comme nous le croyons une fantaisie. Des peintures rupestres du Tassili aux toiles de Roberto matta,  des sculptures de Chillida aux dessins de Zoran Music,  tous les voyages où les mots mènent, que ce soient en philosophie, en poésie ou autours d’un feu, au hasard de la marche, voyons nous un divertissement ou nous engouffrons nous par une porte vers ….  quoi au juste, l’humain, quelque forme qu’il ait, semblable et si terriblement unique. Avec l’intention poétique et ces oeuvres opaques, que l’ont pourrait appeler des metaromans, Glissant entame une réponse qui ne finira pas. mais qu’il sonde.

Mais la créolité vient après la lutte pour la négritude, Césaire, décrié, a quand même écrit « le cahier d’un retour au pays natal » qui est l’écrit de tous les retours, de toutes les reconnaissances, de la connaissance et de la différence. Abderrahmane Sissoko dans son film « un jour sur terre »,  ponctue son film , de l’écho du texte de césaire et du « discours », l’-An-deux-mille qu’est ce que cette notion a de commun avec un petit village du Mali, ou l’occident n’est présent que comme une blague, celle du téléphone, et nous dit clairement que ce que nous nommons le monde n’est pas le monde, et qu’il n’est même pas désiré.
Le cahier a ceci de surréaliste, je vois le surréalisme avant tout comme une reconquête de l’intériorité sur le monde extérieur, comme la recherche effrénée de la vérité dans les méandre du cerveau, de notre être véritable qui est à creuser plutot que le monde autours sauf à le penser pour s’en libérer, car sous-entendu, dehors la vérité humaine a déserté. Je pense que c’est pour cela, et parce que le temps était venu, que les reconquêtes des  identités bafouées par les colonisations ont pu se faire. Césaire a lâché les chiens. La pensée de la créolité si elle est obligé de penser l’Europe se pense avant tout au dela d’elle. Elle est une reconquête de soi. Tous les cahiers sont ici chez eux pourvus qu’ils s’ouvrent et s’écrivent, toutes les pages se tournent, l’homme noir se redécouvre, s’accepte, dans la souffrance, dans le regard sacrifié et estropié. Et s’accepter, entamer la reconquête dans la modernité.
Mais on ne peut voiler la face du monde. la guerre d’Europe jette un immense filet sur le monde ou l’homme blanc est présent, et les échos retentissent de Paris à Sao Paulo, de Madrid à Lima, de Budapest à New-York, la pensée issue de la guerre  vient jeter son ombre dans les mondes qui prennent conscience de leurs marges, elles sont partout, des non-lieux aux centres des villes, de la folie aux espaces hybrides où les pensées ont fusionné, dans les rues et les complexes industriels où la vie n’a plus rien de simple, en l’homme du commun se découvrant et en se découvrant est projeté  dans un siècle nouveau.

Lac malawi, vallée du rift

La prise de conscience est énorme et la diversité est indubitable, le monde ne se pensera pas sans elle, l’universalité devra être revue, les centres glissent vers les marges et occupe l’espace mental pendant que progresse la gangrène dans les villes et partout où la logique industrielle, post-industrielle et futuriste rejoint la forêt et le hululement des chouettes. Dès lors que comprendre, qui sommes nous au delà des brumes du conventionnel.

L’universalité insiste comme aveuglée, nous ne renonçons pas facilement au rêve d’antan, celui de la caravelle et du concorde, alors même que pousse la mère (terre mère) le déchirement dans les douleurs de l’enfantement, cet être hybride aux milles visages dont un seul contient tous les autres, qu’il n’est plus possible de penser en dehors de ces systèmes, mais l’être humain, le visage, le corps, le crime, l’effort, je pense à Salgado à ce réel impossible, que l’on nomme tout-monde et qui repeuple la tour de Babel, reconquise, et aussitôt détruite, de fait, dans la relation mère que nous annonçait le panthéon vodun, la ville et la mine de nouveau jette à bas les fondations possibles. Ou est-ce que nous ne savons pas voir et regardons nous de façon torve, sans se soumettre à l’évidence.
Infinité des possibilités, prédites et dissoutes ce que nous en voyons et sème le doute, au contraire, la libération de devoir se limiter à une vision factice.

Sans sortir de là, mais tu (l’autre) est sur la même ligne, recrée de la cendre, de la minute égarée, de la blessure et la souffrance, le monde est à naître et cela sans fin et perdu de vue, repousse à coté, incompréhensible, chaos-monde, alors il suffirait d’écouter sans ce projeter dans le discours mais faire la place aux bruissements des langues, aux imaginaires, au tremblement, signe de la fragilité et de l’instabilité de toute réalité, que nous sommes sommé d’écouter. mais qui inintelligible, fuit.

On recourt facilement, croyant bien faire, à l’idée d’universalité, philosophiquement l’idée est séduisante mais elle est aussi suspecte parce que si elle semble combattre l’obscurantisme et l’isolationisme, autres plaies de notre époque et de toutes celles qui nous ont précédées, l’idée en même temps s’acharne à nier la différence, et imposer, sans qu’il y semble, une autre pensée, celle là unique, terriblement pauvre, elle fut annoncée, encore et encore et le monde moderne accouche comme d’un mort né encore et encore à chaque naissance tué, dans l’oeuf. Comme le rappelle deleuze, si la philosophie ne se mêle plus de penser les concepts, la fonction en reviendra aux publicitaires et aux politiques et la quel monde quand nos mondes seront livré à la bêtise ! (à écouter plus loin sur ce blog)

Le tout-monde réclame à la fois le bruissement de tous en tous mais réclame le lieu, irrésistiblement collectif, de façon inattendue, le divers, le dévalement de la vie que la pensée enfin reconnait, mais peut être la reconnait elle déjà dans la modernité car la pensée moderne est si complexe que je n’y risquerait un oeil que par l’entrebâillement, encore n’y verrais-je rien ou un souffle capable de nourrir mon intuition.  La géographie, toute chose est située, mais je n’en suis pas sur, et le tout-monde n’est il pas aussi dans l’espace,  la notion de lieu comme essentiel au tout-monde, se situer même de façon contradictoire, le temps ne l’a peut être pas attendu, n’est-ce pas ce que pointe David Lewis dans sa pluralité des mondes ? Mais je ne saurai m’avancer . sables mouvants et il me suffit d’être.

peinture rupestre du Tassili, sefar

suspecte aussi tout de même par la grande difficulté/ ou l’impossibilité de comprendre la complexité qui nous est interdite, celle de la pensée aborigène par exemple, des mondes du Tassili ou des esprits de la forêt,  bantoue, amazone ou cubaine, native ou créole,  ou est-ce d’accepter les termes mêmes par lesquels les hommes se signifient / se pensent et établissent leur existence jusque dans le dit et le non-dit de l’autre  (que l’on trouve dan le geste rwanda par exemple, la Palestine de Jousse, le « qu’elle était vierge ma forêt  de Matta mais aussi de tant d’autres)

L’universalité battue en brèche, tous les uni_ du monde s’entendent au pluriel. Pour ma part , il m’a toujours semblé que la compréhension entre les différences ne pouvaient pas se faire d’emblée ( par perspiration mais aussi initiation, immersion, traduction, comparaison, hybridation, « révélation » (je pense à la réaction de malaurie face aux mondes inuit) mais généralement il est besoin d’une passerelle , ainsi l’Afrique que l’occident contemple, le pont qui le fait accèder à l’Afrique, mais l’Afrique de la rencontre, qui n’est plus l’Afrique des origines, que l’on a forcé à ressembler suffisamment à l’occident pour que le dialogue, ou le constat puisse s’envisager, l’Islam a fait de même, est-ce qu’elle a déja commencé à se perdre ou est ce qu’elle est rentré en relation et a commencé de se préparer à l’échange, entre ses deux idées, mais aussi l’hybridation créole dont nous nous obstinons à ne pas prendre en compte la fabuleuse avancée, car ces mondes sont de tous les mondes, dans la souffrance de tous les temps mais aussi dans l’aujour’hui quand hier rejoint les ombres et laisse la fascination d’être en vie, prendre le dessus, même dans les situations supposément les pires, l’être humain se révèle à renaitre, vivre quoiqu’il en coûte, puisque vivre il n’est rien d’autre et la souffrance et la négation ont été vaincu, je pense la plus grande richesse du monde créole dans ce sourire, ce rire, qui obstinément avance,
Et la question, les indiens de l’Amazone devaient ils être changés, les mondes étaient ils si différent que l’on ne pouvait pas entendre ou suffisait il d’écouter ?

Il y aurait besoin de transformation pour accéder à l’autre et communiquer, je suis perplexe et bien sur la vie est dans la transformation. (relire Coomaraswami et l’Inde ne nous l’a t’elle pas promis? )

or l’écoute et l’acceptation entière est nécessaire , car sinon l’autre sera t’il encore l’autre et ne sera t' »il pas amoindri, sombrant avec l’idée de différence, de diversité et d’entente.

L’ idée que suggère Ségalen (relayé par Clifford) est une idée de voyageur, eux ont su se glisser dans les étonnements et en faire une force, se vouant sans se renier à s’augmenter constamment, donnant tout son sens au voyage qui est de traverser l’alterité sans qu’il n’y ait de but, mais, chacun nous le dira, on en sort transformé, augmenté de connaissance, un soi qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, ayant traversé et imprégné tous les points du trajet, l’homme a eu l’intuition du tout-monde dans la rencontre, dans le lien le laissant en devant de lui, quand il y parvient.
Je relis « ébène », « le voyage avec Hérodote » de Kapuscinski tout entier dans ce qui pourrait arriver et qui arrive, et je me demande si le rapport à la différence qui devait être si criante, ou était elle ressentie comme moindre, parce que moins ancré dans sa propre différence et dans l’idée, à la bien penser, de l’universalité qui est un leurre si elle repose sur une constante, sur un rapport à une normalité fixe, à une norme quand règne le divers,  l’imprévisible et l’inacceptable, je me prends à me demander si cela a toujours été vrai ou s’il a toujours fallut user des passerelles et des moyens véhiculaires. Il y faut peut être seulement un carnet (gris) ou un claquement de langue qui amusée tente de reproduire en riant les sons. Tout alors parait proche. Même s’il n’est jamais à atteindre, cela en fait il un  lointain ou est on entre deux eaux. finalement heureux et sujet du destin.

Deux idées me viennent, l’antiquité ne faisait pas référence à la couleur comme critère et  certaines régions comme celle de  l’ancien Niger qui, selon Hampate Bâ, étaient des zones de partage du territoire ou chaque ethnie se répartissaient les fonctions, les lieux et les divinités, ainsi les Bozos étaient les maîtres du fleuve,  les bambaras les forgerons et les peuples, vision idyllique mais est elle sans fondement, vivaient un espace partagé.  En était il partout ainsi ? le Rwanda et les régions des grands lacs vivaient ils suivant ce mode, comment un pays comme le Cameroun et ses quelques deux cent langues parvient il à ne pas s’incendier en guerre tribales, quel est le miracle de cet équilibre ?

et surtout qu’en est il de nos villes et de nos mondes qui s’enchevêtrent formant un monde dissemblable toujours au bord de la rupture ?

Comment se sortir d’un tel étranglement, qui va croissant et ne connait plus de limites ?

Shanghai tower

Jacques Rabemananjara

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire.


Mais j’en ai marre, moi, marre jusqu’à la nausée
du clinquant et des fards sur les joues philistines
de la tare encombrant les ailes des narines
marre
de la virginité technique de l’ombilic et marque de fausseté
marre du cauchemard en forme d’hippocampe au bout des
boulevards.


ce ne fut que péché pubère, intrusion dans l’outremont,
le plongeon du nageur parmi les nacres des grands fonds.

Le coeur est resté comme un vol d’hirondelle au ras des vagues
matinales
et l’entaille dont j’ai griffé la poitrine de l’interdit
s’est mise à la couleur belle de ta nativité.


dans la courbe des longs sourcils
j’ai appris à l’apprivoiser, le vif hiéroglyphe,
qui d’un coup de paraphe a garanti pour nous les pages blanches
du bonheur.

Car ta beauté, charme impair,
ta beauté
la nudité du corps rythmique du printemps,
la nudité de l’âme offerte à l’appétit phallique du soleil.

C’est le cri du réveil d’entre les pierres lourdes de cent millions
de morts
brusquement arrachés à l’hypnose des âges,
la reprise à midi du refrain de l’aurore
pourqu’à l’ouïr
un sursaut vertébral s’empare à même du sol identitaire.

En toi tout est symbole, harmonie et synthèse,
point d’orgue et joint subtil de toute chose,
de mes entrailles pourpres comme des lèvres de volcans,
visible
invisible
ayant reçu comme toi-même en legs le monopole immémorial
du lourd dépot du capricorne.

Je te reconnaîtrais entre mille entre millions au seul pli du lamba
jaculatoire
sur le saillant de tes épaules,
la voile de mon boutre obsédé du retour au pays d’origine,
la retombée d’un bras
subite oasis d’ambre où rampe entre deux bonds le plus fauve de
mes désirs.

O semence ! O mystère ! O germination cosmique de la graine !
accord parfait des reins en râle !
et Toi fécondité
des ventres tout à coup graves comme la mort et doux de la
douceur de la paupière des pintades.

Mais quel esprit divin nous illumine, nous, les nouveaux
mystagogues.


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, oeuvres complètes poésie, Présence africaine)

Grand poète malgache que michel Leiris (« zèbrage » ) d’un coup de sublime indicateur des ailleurs m’a envoyer côtoyer, traçant en cela un chemin,
ce texte « Lamba »  nous place d’un seul coup au coeur de la grande civilisation malgache et sa force d’aimant, identitaire pli du vêtement qui autant que recouvrir pare d’un tissus ou le parcours et l’endroit d’où se tient l’homme est indiqué, enveloppé dans cet habit il désigne la femme et entrevoit tout un fil des jours de quoi l’éternité est faite,  se révolte contre le grand désidentiteur qui brade tout de  l’humain au marché aux puces du recyclage,
Le grand Césaire fera de même ,
Brêche ouverte, le surréalisme en Europe , car c’est bien toute cette reconquête de la parole partie au sein de l’Europe décomposée par la guerre et la destruction, à commencer par la place de l’homme et de ce grand imaginaire inconscient que l’est de l’Europe a tenter de résister à l’inconcevable et semé les cailloux de la retrouvaille, redécouverte et affirmation de soi que la langue française par le surréalisme poussait vers les contrées colonisées et dépossédées, des  poètes et intellectuels s’en sont saisis et l’on confronté à la force vive de la culture dénigrée, ont entrainé un peuple à leur suite, dont ils furent la voix,  réticente à l’assimilation des grands flux impériaux,

Les  mondes apaisés et des vallées cachées
Réaction à l’horreur de la guerre qui engloutit tout sur elle même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves des profondeurs de l’inconscient, la transe que l’homme moderne jeta comme un pont pour rejoindre le primitif ou l’essentiel de l’être humain, sur la disparition en gouffre du mythe, eux y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier
le mythe en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité et aborde à la vérité,
De notre embarcadère, l’ère de la consommation et la production industrielle clamant la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, l’homme perdu porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, de nouveau vivant au sein de la langue invocatoire, devient parole, redevient parole ployante au vent du souffle  de l’être .

un livre consacré aux auteurs conduits par césaire, nous le fait comprendre , et je m’accroche à sa suite, en plein accord avec l’idée soudée à mon exil, sublime sens de l’attachement , (Derouin, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…)
voila ce que dit la notice du livre , « L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery » , et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

 

© photo Angèle Etoundi Essamba

voila un peu quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel,
la recherche dans la chair même de la parole du sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, le poète clame la force irréductible de  l’île  et ouvre une sensualité elliptique ouverte .