Haiku pour Francis Royo

 Vases communicants d’avril en hommage  à Francis Royo : Marie Christine Grimard et moi avons eu envie d’échanger autour du Japon que notre copain poète aimait tant. deux textes à découvrir ici même et sur son blog »Promenades en ailleurs »

Profitons de l’occasion pour rappeler son blog « analogos »  que nous vous invitons à lire

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Quand tu lis ses mots

Pensant à lui dans le noir

Le poète vit

*

Au bord de la vie

L’oiseau a perdu ses larmes

Le poète vole

*

Prends-le dans ta main

Il te dira le chemin

Où chante son cœur

*

Si tu lis ses mots

Immobile dans le soir

Il te sourira

 

Les autres rendez vous de ces vases communicants dédiés à Francis Royo

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Anne-Sophie Brutmann : Annesodiversetvariations

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Françoise Renaud : Terrain fragile
et Marlène Sauvage :Les ateliers du déluge
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et Christophe Sanchez :Fut-il

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Jeanne : Babelibellus
et François Bonneau : L’irrégulier
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et Franck Queyraud : Flannerie quotidienne

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Marie-Christine Grimard : Promenades en Ailleurs
et Lamber Savigneux : Les vents de l’inspire

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Eric Schulthess : Carnet de Marseille
et Dominique Hasselmann : Métronomiques

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Sylvie Pollastri :Chronique des pas perdus
et Marie-Noëlle Bertrand :La dilettante
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 http://lerendezvousdesvasescommunicants.blogspot.fr/2016/03/liste-des-vases-communicants-davril-2016.html

 

 

 

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doigt sur le déclencheur

Je suis retourné sur la colline

pour dérouiller mes mollets

une par une les bribes de peur

crient et glissent sur le gravier

les pelures d’incertitude se nouent

dans ma silhouette les tourterelles

je fais taire les sirènes les cordées d’ascenceur

mes émois d’attaque ma cage thoracique

jubilent je marche d’un pas sans précédent

mon oeil mes mains se sont accrochées

au feuillage érables trembles noyers pins perchés

la pente les troncs penchés ahuris et bavards poussent

dans mon dos

les maisons impeccables de ceux qui vivent ici

les beaux parcs, les haies taillées les voitures immobiles

les grilles fermées les cadenas les alarmes et les chiens

m’ont fait signe de passer mais vite

carrés plats traits barrés toit d’enceinte et bords en rond

humeur ovale déclivité maximale*

sur ma bonne mine

j’imagine

ne m’ont pas mordu

là haut tout là-haut pas d’hélicoptères pas de mirador ni de décharges

une pie glousse dans la baume du pin des insectes par milliers des abeilles  des papillons

des ailes le corps aérien rose de l’horizon

rien de cette féérie n’a hurlé quand je suis passé

abime qui déroule

Il y a un territoire qui ne nous est pas donné, il traine comme une ombre,  plutôt il est l’ombre lui même ou il est l’éclairage. Il n’est pas la chose , il n’est pas ce que l’on retient.  Ce n’est pas tant de parler du squelette, les histoires et les péripéties, la forme des choses que l’on croit suggérer pour être fidèle, la couleur palpable qui rend compte, les mots sont souvent dans le désordre, il faut faire appel à la divination et jeter les osselets, oser le vide ou lancer là où l’ombre est si épaisse qu’elle ne les recrachera plus, malaxera les mots et se mettra à parler à ce qu’on croira notre place, mais ce déplacement d’air dans la platitude des choses, cette prise en main de l’os et l’éboulement des mots attendant que la voix reconfigure le visage, c’est un abime qui déroule.

hepworth

cou tordu

eh quoi ! être poète, n’est-ce pas tordre la colère à la couillonnerie qui chavire/ le charivari rue quand une vache vêle / odeur sensationnelle des bouses / Agapes destitutoires / d’un mot rappé apparait comme un sabotage alchimique / des glycines l’essence des portes qui grincent / l’antre quand passent les mots qui ouvrent / la colère est l’ivraie virile est bien là / mais le poète l’ingère / le monde est bien là mais il le broie dans ses boyaux / un pet odorant est pris pour un poème / alors que c’est son sourire à l’heure où il parle de vérité / de la diarrhée oligarchique / de l’empoisonnement quotidien des sangs/ de l’estime qu’il ravale de soi pour laisser passer l’écaille de sa phrase / coincée en travers de sa gorge la plume le poète y voit le taureau / le col de l’utérus dans le fil d’Ariane / tailladé et pour faire court il soulève la mêlée qui s’écroule faute de combattant / n’y voit plus que la réverbération de l’ensemble de la lumière / la violence qui fascine dans ce raccourci abstrait obstrue / dénouement du traditionnel Harakiri il déchire le papier en parlant et forcené le ravive / est parti hurler dans la montagne / d’un trait rageur y restera peut être

Cy Twombly, Wilder shores of love, 1985
Cy Twombly, Wilder shores of love, 1985

lady with a broom

La langue: mémoire d’usages communs. Finalement qu’est ce qui est « mémoire » ? Est, ce qui ramène et que certains partagent , à leur insu , sans qu’il y ait conscience de se souvenir,
La mémoire, une ligne d’eau que nous descendons, au seuil, le moment d’avant et que surgit les fils emmêlés, le flot et devant

Fiona Foley, soul fish
Fiona Foley, soul fish

Car ce que j’ai en tête c’est la grande difficulté de celui qui ne se souvient pas, qui n’a pas la prescience de ce qui le précède, peuple, homme, lieu , temps incertain, étendu mouvante, vie, perméabilité des lieux qui pourraient être de tous les lieux, je vois là le pliage, reproduisant la trace dans la superposition du même sur la toile, approximativement approchant la teinte, la marque qui tourne et retourne , la mémoire pourrait être dans ce drap, fibres, recevant dans ce qui tord  prime impression sans expliquer et que cela choque, exister suppose bien qu’il y ait eu un avant et de ces avants portent toute chose en une liée, qui oublient.

Le fleuve devant soi approximativement neutre mais nous sommes portés, nous ne voyons que des reflets et le regard scénarise, s’arrêter et apprécier.

Chaque mot appelle les teintes, les ombres, les fosses et les allusions s’ils sont réflexifs des tas qui les ont formé, dispersé en provenance des brumes qu’en énonçant et s’appuyant sur l’incertain, mais ne faisant peut être que progresser retrouve des traces, les apercevant mal et de toujours les effaçant, ne fait que piétiner inquiet de toujours retrouver à cet endroit non la reconnaissance des choses mais le départ de la piste, l’odeur est un indice,  de courir l’exaltation retombe sur le sol comme le drap les mêmes surfaces. Cette envie pense échapper et dans la danse les renouvellements, se retourner sur son passage,  étonné d’y  retrouver les pots où l’on était tombé. La mémoire alors est là, n’est pas faite pour apparaitre mais suscite et c’est la chasse exaltée.

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intrigué pensif, en chemin s’arrêter

Chaque mot une interrogation , en chemin penser

 

cette obstination à lire,  se propagent les histoires consignées, trainent les traces appuyées comme des couvertures, enroulées comme des lignes,

mais est ce que le monde se dérobe ? ligne muette , soit que mes jambes ne me portent plus, soit que ce ne soit pas le transport adéquat pour atteindre à ce qui au delà de, est le monde , en soulever le poids ou la pellicule est apercevoir

humain dans le parcours ou l’arrêt

 

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dans le visage et le port une partance

 

Il y a du déchiffrement, de la patiente archéologie, un déterrement ou un assiègement du temps, est-ce un fard, se sentir pelure pour apprécier le vital du visage , l’offre , comment tenir ce jeu dans la paume, enlever les lunettes, dis, qu’est-ce un paysage et comment marcher ? ( un peintre , un calligraphe, s’y appliquent, l’un observe, l’autre devance, les deux déchargent – et pourquoi décharger le monde ? c’est que l’on charge – est-ce  que l’instant au monde ne suffit pas) – n’a jamais suffit depuis le moment initial où l’on croit voir , les questions sont sans cesse en mouvement , un train qui transperce et transporte, clos, hermétiquement à travers le monde , il faut s’en échapper ou du moins comprendre.  Il faudra y parvenir – car on ne se paye pas de mots, on met à contribution et l’effort reflète – témoigne ce qui est dit , lu – possédé, met à distance et procède – il y faudrait un détachement.

 

Car sans le mot plus besoin d’acharnement – mais surtout autre chose entre de plein pied – monde qui nous est vie –

Je me disais que la poursuite du livre compensait l’insatisfaction de ne pouvoir voyager, aimer, rentrer en relation , faut il le livre ou gène t’il ?

la plus juste distance oppose t’elle le livre et le nombre de pages, torsade de tous ces fils que nous nouons

 

mais ne plus être en voyage et ressentir le manque , ou être en voyage mais ne pas comprendre , sentir que quelque chose échappe et vouloir être attentif ,

 

comprendre – ne pas isoler , l’accompagnement le dit bien ,

 

façon de ne pas être seul, isolé, dépourvu, empêché

tracer un caractère dans l’espace de ce que fut vu pensé senti compris

toucher

garder

relier

revoir

voir

atteindre

 

l’alarme est là

 

l’aliment est là ,

 

c’est comme entendre l’histoire en chemin, écouter, entendre et partager cette vie autre qui nous croise, l’autre, qui nous raconte, parce que l’histoire est à un croisement du soir ou du chemin, ou que l’on s’apprête.

Y a ‘il autre chose ? est de se sentir démuni face au chemin, que l’on ne soit pas parti ou qu’il y ait tant à partir, que le monde pressenti, l’autre étant si vaste et la faim si grande

 

que l’on en a,

 

Le chef de gare met en circulation, bout à bout les wagons s’entrechoque forme une queue comme des osselets finissent par faire un corps, telle est la bibliothèque, qui est une circulation , un long travail des eaux et forêts , le voyageur n’en a cure , il voyage

 

 

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je vois plutôt un visage à travers les allées

 

un jour , il faudra formaliser, laisser le papier raconter de lui même ce que lui même sait

porter ce qui est au fond

 

le monde a faim

 

l’oubli, ce n’est plus voyager , c’est y remédier,

toujours le livre nous rappelle à ce qui quelque part, arrive

sans rémission quelque chose arrive

 

je pense à la veille , dans la nuit noire ou la vie froide ou vide

que dehors est à l’œuvre et que la récolte , au seuil , les mots contiennent en eux un gerbe de sensation, un devenir, une perte pressentie ou qui presse , le mot l’avait senti , se duplique , ces allées vides ou semblant semblables semblent vides, les lignes  porte de mystère c’est à dire qu’elles ne sont pas close mais reposent ouvrant sur le coffre, la malle

cet emmaillotement que le réel recèle , ces mailles sont un fil, une pelote, un archipel , un roman, énigmatique, opaque de nos vies même si le roman n’est que l’idée que l’on se fait des parcelles,

nos membres sont les mots que je saisis , j’en ai soif car ils conduisent, n’élucident pas , au contraire , ils dispersent, la croyance que la voie est claire

sont là sont fatigués ou repus , ils dorment et jacassent , se moquant du promeneur qui ramassent les feuilles – j’ai tort de m’irriter

je cherche à suivre le fil

lire m’y rappelle , me maintient en chemin quand par malheur je n’y suis plus ou que la vue se dérobe et que je veux voir.

 

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cette obstination à relever, on fini par accumuler et le nez les pattes contre terre se met à sentir , je parle de l’ours.

Est ce une croyance? que quelque chose circule dans les livres, est dans les mots, est-ce ce déroulement que l’on appelle le texte ?

rouages

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Dès les accoudements à angle droit des rayonnements brisés des règles boulonnées comme un bricolage, une phrase

s’accommoder d’un peu de vide, la fluidité de l’élancée

permet la vitesse et le crissement sur la page, là où l’encre s’enfonce et dérape , l’eau en fleuve inonde et délave les terres du mot

c’est accepter que le mot soit sur la page et que la lettre ne soit qu’une feuille hurlant à la Lune

 

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grip

Quand ou si les mots

ne font plus sens

[laissent une trace proche de l’évaporation]

qu’ils n’ont plus que la densité de la vapeur

dans le wok la cuisson de la crevette

la saveur enchante le temps de la cuisson

mais du mot que reste il ?

s’il n’y a que la trace de la fulgurance

et plus l’étoile

que l’on ne peut que soupirer

le cœur seul brille

mais l’on sait qu’il fut éteint depuis des milliers d’années

le temps n’est plus même cette enveloppe comme une peau

ni même ce mouvement qui faisait courir le crabe

ce n’est pas même un engloutissement

juste une lueur

saisi un instant dedans la capacité à voir

comme pour échapper au prédateur

la nuée dans la main déjà morte faisant sauter  au wok les crevettes

 

Crevette sautée au Wok
Crevette sautée au Wok

la haie

Il ne sert à rien de réclamer, de creuser des tranches tout autour de là où l’on présuppose qu’elle est,

à rien de passer entre les barreaux et surveiller les rameaux, faire le compte des fruits,  les tiges de la récolte supposée

à rien de tenter de l’amadouer, de faire le guet et de s’apprêter à sauter, elle n’est jamais où l’on la croit

ou du moins, repérée, elle n’y est plus , c’est flou

j’avais cette image en tête en te lisant, d’un enclos sans haies où il fallait mieux ne pas rentrer, peut être pour deviner

surement être assez loin pour continuer à entendre murmurer, de loin un bourdonnement, une mélodie vague

une cage sans oiseau où le chant est resté

une rivière que les herbes séchée du bord de la prairie, vaches et saules lamentent, de la voir filer

j’avais le sentiment qu’il fallait laisser l’arceau être comme un torii pour pouvoir chaque jour entrer dans le feuillage

et humer ce que toute la journée j’ai attendu

la femme des sables
la femme des sables

toits

Un livre est une maison, le toit des mots fait des branchages et entre les mots les sentiers, va vers la mer ou le lac papier de surface ou grain ce qui revient au même et le ciel sur le poil , de l’animal qui hante le lieu à la façon d’un dieu plus grand que le poème ou le lieu , le monde qui sert de couverture est une caresse ou tranche libérant la page qui va suivre dans une forte succession du temps, mais l’abri n’en est pas un et est ouvert au temporaire, il est toujours à temps de griffonner, et il le faut pour renouveler l’impact des mots, des traits qui sinon évanouissent, dans l’automne et l’apport de la neige qui recouvre ou renouvelle le lecteur chasseur cueilleur est migrateur n’a plus qu’à partir rechercher là où les traces l’ont mené et qui s’ensuivent.

Lamber Sav
Lamber Sav