Ntozake SHANGE

La parole nous lit aux lianes chantées aux cordes vocales

Ntozake SHANGE nous nous dit ce qu’est poète :

« people keep tellin’ me to put my feet on the ground
I get mad and scream
there’s no ground/
only shit pieces from dog horses and men who don’t live anywhere
they tell me, think straight and make myself somethin’/
I shout and sigh / i am a poet / I write poems /
i make words cartwheel and somersault down pages
outa my mouth come visions distilled like bootleg whiskey
/i am like a radio but i am a channel of my own
i keep saying i do this an’ people keep asking what i m gonna do/
what in the hell’ s goin on ?

…….. there are no poets who go to their unemployment officer / saying / yes i wanna put down my profession as poet / They are sure to send you to another office / the one for aid to totally dependant persons /

people keep tellin’ me these are hard times/
what are you gonna be doing ten years from now/
what in the hell d you think / i am gonna be writin poems / i will have poems / inchin up the walls of the lincoln tunnel /i am gonna feed my children poems on rye bread and horseradish/ i am gonna send my mailman off with a poem for his wagon /give my doctor a poem for his heart / i am a poet / i am not a part time poet / i am not an amateur poet
/ i dont even know who that person could be / whoever that is authorizing poetry as an advocation /is a fraud /
put your own feet on the ground / writers don t have to plan another existence forever to live schizophrenically / to be Jane Doe and Medea in one body / i have had it / i am no goin to be ol’ and grey wizened and wise as aunt mamie / i am gonna write poems till i die and when i have gotten outta this body i am gonna hang round in the wind and knock over everybody who got their feet on the ground / i ‘ma let you run wild and leave a poem or two with king kong in his aeroplane to drop pieces of poems / so you all haveta comme together / just to figure out / how you got so far away / so far away from words / however /did you capture language / is a free thing. »

( Ntozake Shange , nappy edges )

Atahualpa Yupanqui

la voix scande et ouvre le poème

danza de la paloma enamorada

 

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poète et musicien argentin:

(préface à « airs indiens« )
« Il revendique et assume hautement le double héritage des aïeux qui lui « galopent dans le sang » . « Mes forces me viennent de loin dit ATAHUALPA YUPANQUI . De la la vie libre conseillée par mes ancètres basques, du silences de forêt et de pierre que mes ancêtres indiens mirent comme un dépot sacré dans cette étrange caisse de résonnance que m’a donné la nature en guise de corps et d’esprit … et je me suis trouvé face à un long chemin, attaché à une guitarre, me disant que c’était là une énorme responsabilité. Et dans les limites de ma capacité moins forte que ma conscience j’ai pesé chaque parole d’une chanson, chaque couleur d’une copla, chaque sentiment qui attendait le chant pour fleurir. »

podcast

españa en Guillen … salve!

espagne , le poète jorge Guillen , que j’ai lu et relu et dont la force des mots , l’espace qu’ils entrouvrent m’a absolument fasciné , ‘en espagnol’ en tout cas ,

soy , mas , estoy , .respiro

lo profundo es el aire

la realidad me inventa

soy su legenda. ! salve !

dirons nous la sensibilité ibérique , une attitude de pensée et de sentir qui fait des artistes et de l’art espagnol , malgré leur différences , quelque chose d’à part , je trouve , loin du cartésianisme français ,

je cite extr. d’un petit livre sur l’espagne : « 

« ver  » c’est en effet la première fonction de l’activité spirituelle espagnole comme manger est la principale préoccupation , l’oeil espagnol diffère de celui que nous nous appliquons à éduquer en cela qu’il saisit les limites, qu’il choisit l’essentiel, l’esprit et ne s’arrète pas sur d’inutiles détails , il regarde droit sur l’art . Voir c’est déja exprimer …. ce sens profond de ce qu’est la peinture comme provocation à regarder , comme prolongement sensuel de vue intérieure, de la joie spirituelle à saisir la lumière , les couleurs et les formes , et d’en créer par la main une existence seconde , qui relance indéfiniment le plaisir et l’inquiétudde de voir . »

je pense que la même chose est vraie de la poésie espagnole avec comme un espace ouvert , sensuel , par , entre les mots , sans doute les critiques et universitaires vous en diront plus , je ne fais que le ressentir et m’en imprègner ,

marti i pol , rafols casamada , antionio Gamoneda , jorge guillen qui inspire le basque Chillida et beaucoup d’autres artistes que je n’ai pas le temps de nommer ou que je ne connais pas , c’est l’espagne ,

oh joie de Guillen

( commentaires de Danièle Kuss dans son livre jorge Guillen, la lumière et les lumières)

 » oh lumière de l’univers
pour moi tellement natale
en joie de révélation
pleinement »

« je suis, mieux, j’existe. Je respire
le profond est l’air
la réalité m’invente
je suis sa légende. Salve! »

« C’est le monde en résurrection qui me sauve
le rayon de l’aurore invente tout »

des mots chrétiens utilisés pour désigner un rapport à l’univers et non à Dieu, pas anti chrétiens mais sur un rapport différent , j’aime le commentaire  » nous ne sommes pas un être pour nous mais vers le réel  » et percevoir le monde n’est pas seulement sentir le monde mais être présent au monde ; que la lumière ne devrait pas être reçue comme une offrande mais qu’elle devait être partagée et d’abord reconnue

« entre deux vies proches il n’y a qu’un abîme
derrière le parfait accord la dissonance assaille
et atteint un paroxisme
qui doit absorber enfin la lumière du jour »

dans la nuit, privé de lumière, l’homme est un esprit sans monde. il n’est plus cet accord entre « l’intérieur » et « l’extérieur » entre le « yo » et son au-dela, l’autre.

la forme d’une incarnationdans une de ces noces sublimesoù se fondent ensembles l’idée et la musique.
l’idée est alors signe de la réalité en état de sentiment.
tout éclate, tout resplendit, tout est dans cette clarté d’un temps spatial. Tout participe de cet équilibre suprème et nous invite à cueillir cet instant comme un fruit mûr, à sentir souus nos pieds la terre, à être le trait d’union entre l’air et la terre, l’espace et le temps, à faire de noqs deux bras la rayon du grand cercle.

« si je m’oubliais, si j’étais un arbre
tranquille,
des branches qui déploient du silence,
un tronc bienveillant »

la lumière glisse le long de l’ombre, l’ombre n’est pas hostile à la lumière, elle ne l’afronte pas, elle l’a laisse glisser …

« mais avec ce vert
qui peut tout se permettre
s’offre en donnant l’assaut,
vert, vert, vert.
feuilles! et la branche
fuse vers le soleil

… soif de vivre
dans la lumière, là
dans cette croisée des cieux
qui enveloppent tout »

« regardez: l’arbre
tend vers la délectation de son bleu immédiat »

« si pure l’ardeur du blanc
si pure, sans fl
ammes »

« mais le soleil rectiligne
vient…
accord, cloture, cercle! »

le monde est à nu, il n’est plus que symphonie d’angles aigus, d’arrètes brisées et de lignes droites qui fuient éperdument.
la lune n’est pas lueur diffuse mais présence ronde qui stylise la sveltesse d’une ligne dont l’esprit tend à cerner le monde
lumière: on la voit, on la touche, on l’entend, on la sent, mais elle n’est ni couleur, ni odeur ,ni son, ni toucher. elle à la fois une synthèse des quatres éléments et un cinquième.

bachelard et guillen

« Nous croyons possible de fixer, une loi des quatres éléments qui classent les diverses imaginations matérielles suivant qu’elles s’attachent à l’eau, à l’air, au feu ou à la terre … Pour qu’une rêverie se poursuive avec assez de constance pour donner une oeuvre écrite, pour qu’elle ne soit pas simplement la vacance d’une heure fugitive, il faut qu’elle trouve sa matière, il faut qu’un élément matériel lui donne sa propre substance, sa propre rèqle, sa poétique spécifique »

( Bachelard , l’eau et les rêves, cité dans ‘Jorge Guillen , D.Kuss)

« Sur le jour, bleu compact
Le firmament se voûte.
C’est le couronement
De la splendeur : midi
Tout est coupole. La rose
Au centre sans le vouloir, repose
Au soleil du zénith sujette.
Et le présent se donne tant
Que le pied sent en marchant
L’intégrité de la planète.

( jorge guillen, cantico)

JORGE GUILLEN

JORGE GUILLEN, la musique sonore aux sens de ce qui est dit , la lumière du son du mot , je carressais ma langue au palais de ses mots qui faisaient sens, musique, oeuvre, résumaient tout  » lo profundo es el aire » et tout était dit , un monde s’ouvrait bien au delà de ce que Chillida a répondu en sculpture , un monde poétique qui n’avait plus de fin , la lumière infinie du réveil du monde, dès lors j’avais envie de dire plus que ce que je peignais , mais comme une seule même chose bicéphale , l’écriture , même si elle est à gagner , par le travail , le pli et le repli, car il faut se laisser pénétré par cette matière , comprendre comment cela fonctionne et parvenir à créer , mais l’essentiel était là, qu’il y avait ce possible qui me faisait entrevoir la poésie, telle que je ne l’avais jamais vu. libre, aérienne, limpide;

mais c’est la respiration de cette langue de peintre, de musicien, de magicien, de lumière qu’il faut laisser résonner, c’est comme cela qu’il faut le lire, dans le brut de la langue, ouverte, à la lumière des silences :

( El alma vuelve al cuerpo
Se dirije a los ojos
Y choca.) – luz ! me invade
Todo mi ser. asombro!

Intacto aùn, enorme,
Rodea el tiempo. ruidos
Irrumpen. como saltan
Sobre los amarillos

Todavia no agudos
De un sol hecho ternura
De rayo alboreado
Para estancia diffusa,

Mientras van presentàndose
Todas las consistencias
Que al disponerse en cosas
Me limitan, me centran!

Hubo un caos? Muy lejos
De su origen, me brinda
Por entre hervor de luz
Frescura en chispas. Dia !

Una seguridad
Se extiende, cunde, manda
El esplendor aploma
La insinuada manana

Y la manana pesa,
Vibra sobre mis ojos,
Que volveran a ver
Lo extraodinario : Todo.

Todo esta concentrado
Por siglos de raiz
Dentro de este minuto
Eterno y para mi.

Y sobre los instantes
Que pasan de continuo
Voy salvando el presente,
Eternidad en vilo.

Corre la sangre, corre
Con fatal avidez.
A ciegas acumulo
Destino: quiero ser.

Ser, nada mas. Y basta
Es la absoluta dicha.
Con la esencia en silencio
Tanto se identifica!

Al azar de las suertes
Unicas de un tropel
Surgir entre los siglos,
Alzarse con el ser,

Y a las fuerza fundirse
Con la sonoridad
Mas tenaz: si, si , si
De veras real, en triumfo

Soy, mas , estoy. Respiro.
Lo profunde es el aire.
La realidad me inventa
soy su leyenda. salve!


plasticité de la lumière – Guillen 4

medium_Numeriser0028.jpg »La poésie nait sur la mémoire… soustraire à la contingence du temps, ( quid de l’instant ? L) le nom traduit et dévoile l’essence du réel, porter à la clarté de l’être le fourmillement obscur de l’apparence immédiate,
( denis Huisman: toute création est avant tout procréation… toute création devra se faire dans la joie même si la mélancolie, le doute , l’angoisse préludent à l’enthousiasme d’avoir triompher )
Quelle est cette présence qui le réalise et le situe, le révèle au monde, à lui même et aux autres, la forme, l’oeuvre d’art devient un possible salut ;

Seul le poème en tant que forme recréée répondra positivement à cette intention d’être toujours. surgissement… métamorphose fondamentale, l’artiste substitue son ordre à celui du monde ( ?/ pas vraiment d’accord , l’homme ne s’immisce t’il pas dans la création et prend sa place L) et par la même créée un monde irréductible à celui du réel

vision qui invente… découvre et dévoile les êtres dans la profonde affirmation tranquille d’eux même.

medium_vague.jpgretrouver l’eurythmie originelle, la reconquête de la lumière et et la reconstruction de la réalité ( forme) , mouvement perpétuel , masse palpitante , frémissement.

mais la lumière glisse sans fin
sur les limites
oh, perfection ouverte!
horizon, horizon
tremblant, presque tremblant
de son don imminent.

c’est au nom de cette même volonté de densité et d’exactitude que G ne laisse pas la ligne lumineuse s’étaler sur la surface. Ou s’il le fait c’est pour que cette surface de lumière soit un palier, une étape pour aboutir au volume pur, soit pour aboutir au modelé d’un volume ,les points de lumière latents donnent des indices d’une ombre secrète, ombre qui devient une masse, puis une forme puis un profil et enfin une présence.
Recréer les formes donc les sauver. Créer un espace et se créer en tant qu’espace. L’espace se propage, se diffuse sur les cimes comme un rayon de lumière et le poète parle « d’altitude de clarté active »,

la lumière du poème se manifeste dans la matérialité massive de sa splendeur, … la lumière naturelle géométrise l’espace,

elle est une donnée intégrale, spatiale et temporelle, immédiate et transcendante, mentale et sensible.
elle est son regard , sa main , sa voix ,
elle lui permet de regarder, de toucher, de dire le monde

l’oeuvre d’art est vie en face de la vie, mais elle est aussi animée (anima) par la coulée du temps des hommes qui la métamorphose et s’en nourrit

perception, traduction, construction et animation tout concourt à la recréation de la lumière perdue dans l’inspiration, la liberté et la rigueur, l’amour l’effort et le refus. L’affirmation du fait poétique en face de la réalité se situe au niveau de l’être, elle apporte l’éclat furtif d’une réponse à la question qu’au long des millénaires pose à l’homme en quête d’être cette part d’ombre qu’il renferme et qui ne mourra qu’avec lui »

( Danièle Kuss, Guillen, la lumière et les lumières , l’harmattan)

je suis fasciné de voir à quel point je retrouve en Jorge Guillen mes propres interrogations , mes tentatives de réponse , ma pensée profonde et jusqu’a mes propres mots ,

j’avais lu Guillen en espagnol et avait senti ce pressentiment lumineux d’une parenté, j’avais vu se recouper ses nombreuses traces , trajectoires , intuitions qui témoignent aussi de mon être profond , émerveillé de se sentir traversé par se sentier lumineux du silence à l’oeuvre au corps de l’oeuvre , silence qui dit la matière en ellipse , car pourquoi décrire ce qui est ( la matière) comme un roc qui ne se laisserait pas apercevoir même s’il hurle de présence au fil des jours à l’insu ,

la lecture m’avait donné cela qui s’était recoupé avec mes propres réflexions , s’était mélangé à d’autres lectures et visions , fabuleuse lanterne dans la nuit

prélude au corps environé de lumière , qui se pressent et finallement , urgent dans sa pression à vivre trace le poid du vivant , érotique enflamement qui dévoile toujours plus de présence, et zèbre de fissure la présence que l’on croyait apercevoir , sentir désir flamme du corps émerveillée

la langue étrangère dans son espace se révèle aux brumes ou l’être , l’homme ce corps ombré se tient , la lumière des mots, inattendue éclaire , évidence dans l’éclipse.

13:20 Publié dans poètes et poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
01.02.2007
¿poète? jorge GUILLEN 3

le poète affronte la bête et l’obscurité, appelle à son secours une lumière urgente. le poète refuse d’abandonner son moi personnel, il refuse la cessation intellectuelle,  » je ne cède pas , je ne m’abandonne pas  » la réalité lui fait face avec ses ombres et ses lumières , en voyant le néant prendre possession du monde il l’affronte ainsi :

« je me compose
pour ma souveraineté
la paix d’un ilot propre »

la création m’enchaine , la vie n’est pas un songe et le poète ne peut pas fermer les yeux au domaine de l’ombre, à l’au dela concret , être c’est être battu du flot extérieur , c’est accepter les vagues les plus fortes,
il fera partie de ceux qui maintiennent les choses vivantes, c’est à dire qui les créent , l’acte est la manifestation de l’existence , l’homme n’est pas ce qu’il cache, il est ce qu’il fait,
c’est dans l’acte même de son effort que l »être trouve à la fois sa raison de vivre et la preuve de son existence, exister, être , préserver dans son être , telle est l’oeuvre à accomplir , la lumière à créer,
l’obscurité gagne du terrain et ses pas le dirigent vers une lumière inconnue.

la lumière humaine rend mes yeux amoureux …

tout semble devenir clair et pourtant le poète est contraint de créer des ténèbres pour noyer l’émotion, la notion et l’affection car il souffre il est encore une créature de chair et de mémoire un corps sur terre et dans le temps
la lumière présente à l’homme dans un miroir l’image de sa réalité,

la seule présence de l’être aimé accorde l’homme et l’univers, la femme est décrite comme un paysage et plus précisément comme un fleuve, en étant soi même paysage l’être aimé dessine et situe le monde extérieur comme le fleuve dessine la plaine, ce monde qui réalise l’homme , lui donne existence et lui donne aussi l’essence en lui offrant un objet de désir et de création ;

la présence seule a offert à l’homme l’existence
le désir lui offre l’essence

désir, délire, fureur, plaisir
la plénitude juste
Aimer, aimer , aimer
Etre plus, être plus encore
Aimer dans l’amour
resplendir dans la lumière

le temps ainsi goûté par le corps et l’esprit s’attar’de comme trop lourd de son fruit mûr. le maintenant véloce ralentit sa marche et le point du temps semble s’élargir, ne plus s’achever, atteindre même aux dimenssions de la vie entière, de l’éternité

chercher la clartédans les moindres recoins de l’univers pour parvenir à être homme, il refuse l’état poétique, l’inspiration passive non réalisée, la confusion des rythmes , des images et des idées ,

la vie du monde entier a été sauvé par la perfection et la pérennité de l’instant. la nuit ramène chaque soir ses ombres mais il n’y a plus d’angoisse, la créature lui oppose mieux qu’un refus, une présence positive

toi, toi, toi, mon incessant
printemps profond,
toi, mon fleuve de verdeur
aigüe et d’aventure!
toi, fenêtre sur le diaphane:
dénouement de l’aurore,
modelage du jour
toi, midi en sa rose,
tranquilité de feu:
sieste de l’horizon

§

un tel bleu exige de tels
accords avec sa beauté
que le monde à nouveau recommence
avec toutes ses sources

nommer et exalter le monde, ce monde qui est né de la lutte de l’être et du néant, le verbe devient entre les mains du poète un talisman qui donne par son seul contact l’existence aux choses comme le faisaient l’aube du jour , le nom permet à la conscience de concevoir et de maîtriser la multiplicité des sensations, leur instabilité dans l’espace et dans le temps. le nom réduit la chose à sa nervure , le monde à sa quintessence. le poète doit ‘lutter(?) avec le mouvenent jusqu’à l’emprisonner dans un substantif, « un volume en repos »

william carlos williams

william carlos williams

le flux inévitable de l’oeil quand il voit et mesure ses limites face au monde qui l’entoure ne peut que se solder par une humiliation accablante pour l’individu sauf s’il parvient à trouver un prolongement à sa ressemblance dans l’étendue de l’univers. Ceci est possible à l’aide de l’imagination. Ce n’est qu’à travers l’action de cette force-là qu’un homme peut éprouver des vibrations de sympathie à l’oeuvre pour la remuer vivement.
Une oeuvre de l’imagination qui échoue à libérer les sens selon cette nécessité majeure- les connivences , l’intelligence en son monde sélectif , échoue à élucider, à soulager ce qui est –
lorsqu’il crée , l’artiste fait exactement ce que tout oeil doit faire de la vie , fixer le particulier avec l’universalité de sa personnalité propre – la grandeur de son imagination lui ayant appris à sentir chaque forme qu’il voit bouger en lui même , il doit en prouver la vérité par l’expression.
La contraction ressentie.(william carlos Williams , le printemps et le reste , unes)

a mi madre…

TXORIA TXORI
Hegoak ebaki banizkio,
nerea izanen zen,
ez zuen aldeginen ;
baina,
honela,
ez zen gehiago txoria izanen,
eta nik…
txoria nuen maite.

…Si je lui avais coupé les ailes
Elle aurait été mienne
Elle ne se serait pas enfuie
Mais alors
Elle n’aurait plus été un oiseau
Et moi
C’est l’oiseau que j’aimais

(Joxean Artze, 1965)

promenez vous de petites vidéos en vidéos en bas de l’écran , c’est si beau !

l’émotion étreint en écoutant le chant ravir la beauté

l’émotion étreint en écoutant le chant ravir la beauté

s’ouvrent les roches
les rousses douces sur l’aspérité

la mer en rive
gonflée dans mes paupières

mon ventre rythme la lancinance
mes lèvres en drapeau fières
ma langue le fer de mon à pic

lèvre et yeux se fondent à la brume

et rêve

sur le roc dressé

baton de voilier
planté

au loin la poésie et la voix riment à l’âme

pantelante

en écart

le visage
revient en symphonie

élancée polyphonique
les voix
tissent une histoire unique

en fond
le visage
en métamorphose obstinée
chante


en chaque femme

la fringale du corps
à l’orage du regard


en rire

le visage
ponctuent
des cents renoms


aux pigments

d’une peau
recommencée


en arbres

les corps
aux velours
des collines
s’accentent

les roches
en percement d’aigle
les ailes
fébrile aux bras des étendues

en équilibre
désordonnés
sur la poutre des temps


les regards

s’échouent
sentiers
les corps
rebondis

toujours les mêmes

 

ntozake shange



c’est à un jeu sur les mots , les langues , les sons , tels qu’ils vivent dans le corps de celui qui est traversé de ses multiples influences , qui est en voyage dans tous les tenants et aboutissants de sa vie , de ses frères , de l’humanité , de ces relations qu’inspirent les mots d’ailleurs si proches de son coeur , intime au plus profond de cette généalogie cachée , qui nous fait tourner en boucle et découvrir ce qu’il y a en nous de vibrant dans tous ce qui nous traverse , dans toutes les pluies et les soleils du monde , ( car se découvrir c’est aussi découvrir le monde , se tisser de rencontres , faire l’expérience du divers , être là à l’orée de l’autre et … , n’est ce pas m. Glissant -tout-monde)

mais Ntozake Shange , chantre de la fierté d’être noire , au féminin , aussi , qui me ramène à une de mes autres auteure-amour , noire elle aussi , Zora Neale Hurston , s’inscrit dans une réelle généalogie , diasporée , qui la ramène dans un effort de revenir à sa source à un nom zulu : Ntozake : ‘celle qui arrive avec ce qu’elle a’ ( en elle, ce qui lui appartient …..) Shange : ‘celle qui marche avec les lions ‘, à ces deux noms elle commente ntozake : je suis préparée , je me suffit à moi même , indépendante , shange : j’ai un grand courage , force , sagesse ,

elle rappelle cette grande fierté des ancètres , rois , guerriers , nobles , connaisseurs qu’étaient ceux avant d’être esclaves , elle traque les sources , décrit la vie de la diaspora noire partout où elle se trouve ( usa antilles amérique latine afrique ) , sans misérabilisme , sans utopie ni délire , elle affirme ‘haut et fort’ ce qu’ être noir veut dire dans les recoins de l’être , dans la réalité du jour , dans l’imaginaire , dans l’ailleurs de cet autrement , c’est donc une réflexion sur l’identité et c’est l’affirmation que la poésie est peut être ce lieu là qui rend possible cette crysalide-tissage de l’être , ce en quoi elle me rappelle aussi cette autre grande dame , Abbey Lincoln , chanteuse , poéte , peintre , vivante , chercheuse , dont le chant l’acte artistique rejoint l’être au plus profond de soi ( voire ma note sur ma peinture oû il est question de chant profond , de ‘cante jondo’ ,

Ntozake Shange , universitaire en lettres anglaise et études noire , s’est trouvée sur la scène californienne des années 70’s dans un groupe de danseur qui cherchaient les racines de l’afrique dans une dance afro-américaine , c’est en dansant , en faisant l’expérience de son corps par la danse que lui sont venus les mots , qu’elle a commencé à scander une parole qui lui venait de son corps ,

processus passionnant de recherche identitaire personelle , la découverte et reconnaissance du corps dansant , prélude à un surgissement de la parole qui devient poésie et qu’elle va traquer dans ses moindres recoins , dans le monde tel qu’il est , tel qu’elle le voit , et tel qu’elle le sent à l’intérieur d’elle , une quète d’affirmation poétique , au sens le plus fort , le plus vital du mot ( voire son intro de « for colored girls who…)

j’aime ce poème que reprend en improvisation la grande chanteuse jeanne lee ,

je l’aime parce qu’il se moque des frontières des mots , du sens enclos de la langue , il se soumet au plaisir d’exister dans un plaisir sensuel et réel des sons , des mots , mots-gestes , mots-paysages , mots-être qui touchent dans ce qui relie au plus profond de soi les parties qui nous constituent , qui nous touchent et sont une farandole de la joie d’exister ,

ajouter à cela la profondeur à fleur de peau de la voix aventureuse , ancrée et en avant d’elle même de J . Lee , le sens de la musique elle aussi libre et qui pour elle aussi est danse et on tourbillone alors dans une pure joie d’exister dans un mouvement insondable mais essentiel . comme une ode à la femme , à toutes les femmes , à toutes les façon d’être femme , à la mère etc… mais c’est à l’humanité entière , à la virilité que convie la femme au monde entier dans son principe , car un principe en appelle l’ autre et tant pis pour ceux qui ne le comprennent pas , de quelque bord soient , qui continue l’ignorance , la violence et le cloisonement de la vie

le titre est ambrosia mama , il est bien sur hors de question de traduire ces mots qui existent dans leur langue , dans leur musique inaliénable , qui sont comme un voyage ou les paysages sont stèles chinoise , mangrove , boccages , savannes , baobab , pain de sucre , rivières en saules pleureurs , vous voudriez les traduire , mais ils sont intraduisibles , sauf à vous les approprier , à leur faire violence ou à vous abstraire d’eux , les intérioriser , en faire votre chose , Ségalen nous dirait que notre simple présence transforme le paysage , mais la vie est mouvement et imprégnation , relation , vous en ressortez plus riche d’avoir rencontré traversé regardé entendu , en partage ( loin d’une colonisation de l’esprit)

alors écoutez : ( ce que je ne peux vous faire écoutez car le morceau est trop long et c’est bien domage …)

ambrosia mama lilac lalique mami honeysuckle nana heather m’dere
jardin madrina bougainvilea mami
mariposa mai magnolia
nani nani
lili lily lili lele loose tigre lele
agua lillie colline lili
corcovado fille

to-ca-me to-ca-me
to-ca-me to-ca-me
to-ca-me

minha mere minha mai
mama ouverte my mami

minha mere minha mai
mama ouverte mi tierra
alma sin sangrema la lila
muito lily
et toda lille
et toute la terre minha mai
ma vie lillie
ne quitte pas ici
lili lillie ne quitte pas ici
si lilliane oui sim ma vie
minha mai lillie

liliane liliane liliane
liliane liliane liliane

( ntozake shange , poète noire américaine )

jorge guillen

« La poésie nait sur la mémoire…
je suis fasciné de voir à quel point je retrouve en Jorge Guillen mes propres interrogations , mes tentatives de réponse , ma pensée profonde et jusqu’a mes propres mots ,

j’avais lu Guillen en espagnol et avait senti ce pressentiment lumineux d’une parenté, j’avais vu se recouper ses nombreuses traces , trajectoires , intuitions qui témoignent aussi de mon être profond , émerveillé de se sentir traversé par se sentier lumineux du silence à l’oeuvre au corps de l’oeuvre , silence qui dit la matière en ellipse , car pourquoi décrire la matière de ce qui est ( ) comme un roc qui ne se laisserait pas apercevoir même s’il hurle de présence au fil des jours à l’insu ,

la lecture m’avait donné cela qui s’était recoupé avec mes propres réflexions , s’était mélangé à d’autres lectures et visions ,
fabuleuse lanterne dans la nuit

prélude au corps environé de lumière qui se pressent et finallement, urgent dans sa pression à vivre trace le poid du vivant, érotique enflammement qui dévoile toujours plus de présence et zèbre de fissure que l’on croyait apercevoir,
sentir le désir la flamme du corps émerveillée

la langue étrangère dans son espace se révèle aux brumes ou l’être , l’homme, ce corps ombré se tient , la lumière des mots, inattendue éclaire,
l’évidence dans l’éclipse.

des mots chrétiens utilisés pour désigner un rapport à l’univers et non à Dieu, pas anti chrétiens mais sur un rapport différent , j’aime le commentaire  » nous ne sommes pas un être pour nous mais vers le réel  » et percevoir le monde n’est pas seulement sentir le monde mais être présent au monde ; que la lumière ne devrait pas être reçue comme une offrande mais qu’elle devait être partagée et d’abord reconnue

mais c’est la respiration de cette langue de peintre, de musicien, de magicien, de lumière qu’il faut laisser résonner, c’est comme cela qu’il faut le lire, dans le brut de la langue, ouverte, à la lumière des silences