Frans Krajcberg : manifeste du Rio Negro

« Meus trabalhos são meu manifesto. O fogo é a morte, o abismo. Ele me acompanha desde sempre. A destruição tem formas. Eu procuro imagens para meu grito de revolta. »

Frans Krajcberg

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© Frans Krajcberg

(à lire sur le site : http://www.krajcberg.vertical.fr

MANIFESTE DU RIO NEGRO

DU NATURALISME INTEGRAL

L’Amazone constitue aujourd’hui sur notre planète l’ultime réservoir refuge de la nature intégrale.

Quel type d’art, quel système de langage peut susciter une telle ambiance exceptionnelle à tous points de vue, exorbitante par rapport au sens commun ? Un naturalisme de type essentialiste et fondamental, qui s’oppose au réalisme et à la continuité de la tradition réaliste, de l’esprit réaliste au delà de la succession de ses styles et de ses formes. L’esprit du réalisme dans toute l’histoire de l’art n’est pas l’esprit du pur constat, le témoignage de la disponibilité affective. L’esprit du réalisme est la métaphore, le réalisme est la métaphore du pouvoir, pouvoir religieux, pouvoir d’argent à l’époque de la Renaissance, pouvoir politique par la suite, réalisme bourgeois, réalisme socialiste, pouvoir de la société de consommation avec le pop-art.

Le naturalisme n’est pas métaphorique. Il ne traduit aucune volonté de puissance mais bien un autre état de la sensibilité, une ouverture majeure de la conscience. La tendance à l’objectivité du constat traduit une discipline de la perception, une pleine disponibilité au message direct et spontané des données immédiates de la conscience. Du journalisme, mais transféré dans le domaine de la sensibilité pure, l’information sensible sur la nature. Pratiquer cette disponibilité par rapport au donné naturel, c’est admettre la modestie de la perception humaine et ses propres limites, par rapport à un tout qui est une fin en soi. Cette discipline dans la conscience de ses propres limites est la qualité première du bon reporter : c’est ainsi qu’il peut transmettre ce qu’il voit en dénaturant le moins possible les faits.

Le naturalisme ainsi conçu implique non seulement la plus grande discipline de la perception, mais aussi la plus grande ouverture humaine. En fin de compte la nature est, et elle nous dépasse dans la perception de sa propre durée. Mais dans l’espace-temps de la vie d’un homme la nature est la mesure de sa conscience et de sa sensibilité.

Le naturalisme intégral est allergique à toute sorte de pouvoir ou de métaphore du pouvoir. Le seul pouvoir qu’il reconnaît n’est pas celui, purificateur et cathartique de l’imagination au service de la sensibilité.

Ce naturalisme est d’ordre individuel, l’option naturaliste opposée à l’option réaliste est le fruit d’un choix qui engage la totalité de la conscience individuelle. Cette option n’est pas seulement critique, elle ne se limite pas à exprimer la crainte de l’homme devant le danger que fait courir à la nature l’excès de civilisation industrielle à la conscience planétaire. Nous vivons à une époque de double bilan. A la fin du siècle s’ajoute la fin du millénaire, avec tous les transferts de tabous et de paranoïa collective que cette récurrence temporelle implique, à commencer par le transfert de la peur de l’an 1000 sur la peur de l’an 2000, l’atome à la place de la peste.

Nous vivons ainsi une époque de bilan. Bilan de notre passé ouvert sur notre futur. Notre premier Millénaire doit annoncer le Second. Notre civilisation judéo-chrétienne doit préparer sa Seconde Renaissance. Le retour à l’idéalisme en plein XXe siècle super-matérialiste, le regain d’intérêt pour l’histoire des religions et la tradition de l’occultisme, la recherche de plus en plus pressante de nouvelles iconographies symbolistes, tous ces symptômes sont la conséquence d’un processus de dématérialisation de l’objet initié en 1966 et qui est le phénomène majeur de l’histoire de l’art contemporain en Occident.

Après des siècles de  » tyrannie de l’objet  » et sa culminance dans l’apothéose de l’aventure de l’objet comme langage synthétique de la société de consommation, l’art doute de sa justification matérielle. Il se dématérialise. Il se conceptualise. Les démarches conceptuelles de l’art contemporain n’ont de sens que si elles sont examinées à travers cette optique autocritique. L’art s’est lui même mis en position critique. Il s’interroge sur son immanence, sa nécessité, sa fonction.

Le naturalisme intégral est une réponse. Et justement par sa vertu d’intégrisme, c’est-à-dire de généralisation et d’extrémisme de la structure de la perception, soit de planétarisation de la conscience, il se présente aujourd’hui comme une option ouverte, un fil directeur dans le chaos de l’art actuel. Autocritique, dématérialisation, tentation idéaliste, parcours souterrains symbolistes et occultistes : cette apparente confusion s’ordonnera peut-être un jour à partir de la notion de naturalisme, expression de la conscience planétaire.

Cette restructuration perceptive correspond à une véritable mutation et la dématérialisation de l’objet d’art, son interprétation idéaliste, le retour au sens caché des choses et à leur symbologie, constituent un ensemble de phénomènes qui s’inscrivent comme un préambule opérationnel à notre Seconde Renaissance, l’étape nécessaire à la mutation anthropologique finale.

Nous vivons aujourd’hui deux sens de la nature. Celui ancestral du donné planétaire. Celui moderne de l’acquis industriel urbain. On peut opter pour l’un ou pour l’autre, nier l’un au profit de l’autre, l’important C’est que ces deux sens de la nature soient vécus et assumés dans l’intégrité de leur structure ontologique, dans la perspective d’une universalisation de la conscience perceptive. Le Moi embrassant le Monde et ne faisant qu’un avec lui, dans l’accord et l’harmonie de l’émotion assumée comme l’ultime réalité du langage humain.

Le naturalisme comme discipline de la pensée et de la conscience perceptive est un programme ambitieux et exigeant, qui dépasse de loin les perspectives écologiques actuellement balbutiantes. Il s’agit de lutter beaucoup plus contre la pollution subjective que contre la pollution objective, la pollution des sens et du cerveau, beaucoup plus que celle de l’air ou de l’eau.

Un contexte aussi exceptionnel que l’Amazone suscite l’idée d’un retour à la nature originelle. La nature originelle doit être exaltée comme une hygiène de la perception et un oxygène mental : un naturalisme intégral, gigantesque catalyseur et accélérateur de nos facultés de sentir, de penser et d’agir.

Pierre Restany, Haut Rio Negro, jeudi 3 août 1978
En présence de Sepp Baendereck et de Frans Krajcberg

fiji plage

Jaabi

J’aime prendre le temps quand j’arrive dans un endroit de m’imprégner du lieu, deux ou trois jours, ressentir les vibes de la nature et après je me mets à peindre me laisse autant que possible traverser par le courant et même si il reste de moi c’est cette énergie de la nature que je voudrai qu’il reste sur la toile, c’est ma recherche … (mots souvenus à peu près)

moi: oui, comme une ascèse joyeuse mais entière ainsi qu’ un retrait pour laisser exprimer le flot de la nature, ce retrait ce n’est pas rien, il suppose une douceur de l’être et un lâcher prise, toute une mise en condition et un respect du monde et de l’existence  jusque dans les matériaux utilisés, le style de vie, l’attitude face aux choses, face aux gens, une ouverture et un oubli de soi …

DSCN8655© photo Jaabi
josiesart2013

Peintures Josie Crick

Les tremblements du monde

Créer, écrire, témoigner c’est demeurer fidèle à une certaine image de soi et de l’autre, c’est refuser ce qui nous nie

© Les tremblements du monde, écrire avec Patrick Chamoiseau, coll. les merles moqueurs 2009

DEUX_600© L S 2009


…réfléchir sur sa propre histoire. Comprendre le long chemin, souvent à travers des frontières et des murs de plus en plus difficiles à franchir, qui mène un homme, d’Afghanistan, du Liban, de la Pologne, d’Italie, du Cambodge, d’Algérie… ou de Quimper, sur les berges du Rhône ou de la Saône. Comprendre son rapport à son voisin, qui souvent a rencontré les mêmes difficultés, en empruntant parfois un chemin différent .

Le jasmin des fidèles d’amour

merci à Ariaga (que j’avais abandonné comme beaucoup d’autres blogs) de la référence au mystique iranien Rûzbehân Baqlî Shîrâzî
poésie persane à écouter au son du târ ou du santour qui tempère le détachement nécessaire.

Tantôt ardente de feu, tantôt vibrante de musique ; tantôt la substance même de l’argile humaine est consumée par le feu de l’amour, et tantôt le luth de prééternité accompagne la psalmodie. Tantôt dans l’ivresse mentale, tantôt dans la lucidité, tantôt abolie à soi-même. Tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’exultation ; tantôt dans la crainte, tantôt dans l’espoir; tantôt dans la séparation, tantôt dans la réunion. Pas d’étape où faire halte, quand elle est séparée ; pas même de séjour à demeure, lors de la réunion. Voilà ce qui est exigé d’un Fidèle d’amour que Dieu mène en ce monde par les degrés de l’amour humain à l’ascension de l’amour divin ; parce que dans le jardin de l’amour, il ne s’agit que d’un seul et même amour, et parce que c’est dans le livre de l’amour humain qu’il faut apprendre à lire la règle de l’amour divin. » Ainsi parlait Rûzbehân, le grand mystique de Shîraz, de son exceptionnelle expérience, proche du destin de Hallâj et de la vision de Dante, dans une prose lyrique d’une suprême beauté.

jasmin_fidele


CHEHEM WATTA

Et moi tout seul


tu le sais
si bien
je n’ai
jamais dansé
antant

que quand ma tête
en transe
chantait l’absence
des chemins
au goût olive

§

Enfin rien       sauf un           peu d’eau
rides          cils en faux – cils         de l’oubli
robe           syllabes              de nuages
toges          de vents                humides

les gosses
inondent
les arcades

nuées
ondulant de frissons

leurs têtes surgissent
sans passion
de la terre
entre leur mémoire
et                            demain
la faim                                                 tresse
le fil boueux de notre parole

où aller bon sang
cacher cette honte
infinie
dans la chute des temps


©Chehem Watta, Cahiers de brouillon des poèmes du désert, L’Harmattan

Chehem Watta, poète de Djibouti, issu d’une famille de pasteurs qui nomadisent encore entre l’Ethiopie et Djibouti, semble maintenir cette tradition dans l’écriture, la modernité l’ayant entrainé sur d’autre voies (les études supérieures et l’administration) l’écriture comme un brouillon, fragmentaire, au sens noble du mot, dans ces contrées où le vent relativise l’homme, soumet son pas au sable, le rappel de la terre, il semble nier Rimbaud et pourtant le poursuivre, comme s’il fallait résoudre une contradiction, un affrontement. Ces poèmes me semble autant de moments arrachés ou dispersés, aux vents, à la roche, à l’homme et sa survie, la femme et l’enfant, l’avancée millénaire et la nécessaire soumission, rêve de liberté, écho des lointains, misère obstinément rendue.

le cahier de brouillon est comme tracé sur le sable, entre le geste des ancêtres et une tentative de rejoindre la modernité, la joindre?

Arriskua

Tu aimais le risque.

de l’avis de certains, une enfance difficile
aurait définitivement gravé des ruisseaux taris dans les paumes
de tes mains

d’où cette tendance à briser les limites
à t’approcher de la marge, de l’abime.

Les camions venaient d’Irlande, du Danemark,
embarquer le poisson.
Tu aimais grimper en marche sur les pare-chocs arrière
et sauter quand ils prenaient de la vitesse,
faire deux ou trois pas, et te jeter à terre.

Tu prenais entre tes mains ces anciennes bombes
que l’on trouvait sur le front d’une guerre passée;
entre les buissons on apercevait des tranchées,
pareilles à des blessures trop profondes pour guérir un jour.

Tu aimais le risque,
et j’ai réalisé que, sans risque, on ne fait rien:
ni franchir une porte, ni embarquer, ni aimer.
Le temps à passé depuis ces années
et aujourd’hui, les yeux qui prédisaient ta fin
sont ceux des chardonnerets tués par l’hiver.

(Kirmen Uribe, entre-temps donne moi la main, ed. Le castor astral 2006

euca7_500© l S 2007

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Ken Bugul au Musée

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RENCONTRE LITTÉRAIRE AU MUSÉE DAPPER

Samedi 21 mars, à 15 h

AVEC KEN BUGUL

Pour son dernier roman Mes Hommes à moi (Présence africaine, décembre 2008)


Avec ce nouveau roman, Ken Bugul livre une parole forte, une introspection profonde d’une grande lucidité et d’une incroyable franchise.
Une histoire en forme de confession, que l’on voudrait entendre chuchotée à son oreille, une parole libre dont on a aussi envie de crier les moments de révolte.
L’écriture de Ken Bugul, toujours engagée et volontiers dérangeante, en fait une des grandes voix de la littérature africaine contemporaine.

l’intraitable beauté du monde !

dernier livre acheté :

l’intraitable beauté du monde , par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau , éd. Galaade-institut du tout monde ;

le chemin continue dans l’essentiel  et dans le présent du monde ! merci Edouard ! continuons à penser et à agir ,

merci Liciter de cette superbe vidéo , à voir sur rêves à emporter

http://www.dailymotion.com/video/x82txg_patrick-chamoiseau-edouard-glissant_news

it’s here and it’s now !

happy earth hour, day, year, time ! switch it off !

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