Haiku pour Francis Royo

 Vases communicants d’avril en hommage  à Francis Royo : Marie Christine Grimard et moi avons eu envie d’échanger autour du Japon que notre copain poète aimait tant. deux textes à découvrir ici même et sur son blog »Promenades en ailleurs »

Profitons de l’occasion pour rappeler son blog « analogos »  que nous vous invitons à lire

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Quand tu lis ses mots

Pensant à lui dans le noir

Le poète vit

*

Au bord de la vie

L’oiseau a perdu ses larmes

Le poète vole

*

Prends-le dans ta main

Il te dira le chemin

Où chante son cœur

*

Si tu lis ses mots

Immobile dans le soir

Il te sourira

 

Les autres rendez vous de ces vases communicants dédiés à Francis Royo

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Anne-Sophie Brutmann : Annesodiversetvariations

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Françoise Renaud : Terrain fragile
et Marlène Sauvage :Les ateliers du déluge
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et Christophe Sanchez :Fut-il

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Jeanne : Babelibellus
et François Bonneau : L’irrégulier
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et Franck Queyraud : Flannerie quotidienne

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Marie-Christine Grimard : Promenades en Ailleurs
et Lamber Savigneux : Les vents de l’inspire

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Eric Schulthess : Carnet de Marseille
et Dominique Hasselmann : Métronomiques

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Sylvie Pollastri :Chronique des pas perdus
et Marie-Noëlle Bertrand :La dilettante
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 http://lerendezvousdesvasescommunicants.blogspot.fr/2016/03/liste-des-vases-communicants-davril-2016.html

 

 

 

Rencontre avec Angèle Casanova

Vase communicant. Cela devient un rendez-vous récurrent le premier vendredi du mois, de publier ici une contribution d’un bloggueur amie, une dans le cas présent. Je vous propose, ce mois, de lire un texte d’Angèle Casanova et de découvrir son site « gadins et bouts de ficelles » où vous me retrouverez avec un texte sur le peintre japonais Inoue Yu Ichi. Le japon semble être notre point de rencontre.

 

celui-là je l’aime celui-là j’adore pas il pointe du doigt chaque rectangle énonce son verdict et passe au suivant

Lucario faites la vague

quelques détails techniques me sont fournis je les écoute consciencieusement

Dardargnan poison paralysant

lui il a plein d’évolutions j’aime bien quand il est bébé mais après non

Pikachu vive-attaque

les pages défilent usées craquantes elles portent les stigmates de la passion partagée le catalogue lui a été donné un cadeau inouï signe d’une nouvelle fraternité

Pironille fournaise

il le conserve tout près de sa tête sur sa table de chevet et le compulse des heures cartes en main étudiant qui attaque à 120 qui est super fort et qui il aura la prochaine fois le jour du cahier

Rattatac choisir une carte dresseur ou une carte supporter

et puis il me raconte le drame du moment la maîtresse a attrapé Nina elle a déchiré sa carte c’était sa meilleure en plus

 

 

Entre les gouttes

Ensuite
comme avant
les gouttes de pluie
la jeunesse
de la lumière
à grands coups de pinceau
est plutôt blanche

 

Gonflée d’eau
saturée
La montagne des pins
penche
une ondulation
lucide
pointe
le filtre
de l’enveloppe verte

Sans limite
le monde
une perle
une marelle à cloche
pied
aveuglante déchirante
main
posée
reposée
vacille

 

(c) Akiko Shibayama
(c) Akiko Shibayama

 

Ainsi
noirci
plonge assis
sans obstacle
la vue n’a pas la densité du bois
une amnésie
dépose dans le flacon
éloigné de la masse
un trait
mes fesses délavées
rassurées
sur la travée
couchée
adoucie par le coussin

la lueur citronée
l’aube humide
pattes
entre les lattes
en lamelles
douces
il fait chaud
dehors
les mots glissent
sur la feuille
lape
récipient d’air
de grands gestes
comme l’on parle à un ami

 

(c) Akiko Shibayama
(c) Akiko Shibayama

 

La pluie
nervure de
la nappe
le thé
on prend un bain
on se sèche
on sue
entre les jambes l’eau verte
mate
la peau
une fine bruine opaque
un linge
une pierre bleue dessine une grue de coton
éponge
la fuite
la pluie
et la lueur
recluse
dans la pêche
la pâleur de l’intérieur

(c) Akiko Shibayama
(c) Akiko Shibayama

Muette sur la lettre

Peinture inconnu

Passé de l’autre coté de la barre
poudreuse de rouge
le chemin d’ocre
ou le pole
aussi haut qu’il semble possible
avant de tomber

La pluie et la brume
ça et là des amas de matière
brumes noirs coulées blanches
ces accès du monde où l’écriture transpire
des laves épargnées

Ce sont des iles
l’ordinaire de l’humidité
ça et là
la suie où ça n’a pas séché
des embruns dégagent la calvitie
de l’ombre
muette sur la lettre

Origami

(Lettre à Megumi)

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Je te regarde, je suis si mélancolique et je te vois pensive.
les yeux perdus dans le vague. Tu es de ce pays que j’ai regardé de mes yeux émerveillé d’enfant, ce pays de bambous de papier et de cerisiers, ce pays du grand calme et de la fascination bruyante. Un songe flottant comme un kimono d’élégance,  de fleur et d’offrande. Peut être je t’en aime encore plus ou es tu  cette élégance?

Mais soudainement je suis triste, tu ne parle que peu, tu songes ou tu es fatiguée, verte non comme une chatte ou une plante mais comme une forêt, je cherche plutôt à comprendre pourquoi très tôt cet œil m’a saisi, il n’est pas pétillant aujourd’hui mais il attend que la petite grandisse. Dans les yeux je me perds je te vois rire et tu es la pointe de toutes les ivresses et si calme tu lances des vaisseaux vers chacune, tu ris et tu surveilles la vie éclose comme une eau flotte la sensibilité, les lignes végétales dans l’eau, les algues et les mousses humides. Par dessus tout, quand tu aimes ton regard glisse, il ne s’ouvre que peu , il n’en a pas besoin, tu attends avec les fleurs blanches. Ces lys qui surnagent d’un piano.Mais soudainement c’est la fête et tu parles de manger, sushi ou mets glacé , je te regarde ému, amoureux même, je t’envoie un poème , il est question de portugais et de navigateurs conquérants, une jeunesse sous la lune et le mont Fuji, je cherche à t’atteindre et sans doute la beauté, lancer des bateaux moi aussi vers la cote du Japon.

Comme du champagne, rêve si doux, nous deux dans l’avion, origami que j’ai mis près de Toshodaiji . Traduit de l’incertitude, j’ai peur de te voir partir .

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Une peau

Une main soumise dans la catastrophe des doigts sont enclins à penser, douce villégiature, courbe longitudinale, les neiges repartent dans une rasade longue, saccade de l’air secoue la chevelure, l’onde est défaite et tremble dans le toucher à la peau, revenant à Toi, la courbe des saillies s’ombre. La peau souffreteuse s’est tue, irradiations des sueurs sur les pores, comme une luge. Peu à peu, comme une ville soudainement élucidée, s’incarnent tous les points de nos affections, on est étonné des tremblements, ce corps sous l’œil et les doigts savants courent sur la nuque, d’un lait plus blanc qu’une rage joyeuse, fondre, voir, jaillir, étouffer le fracas de l’épiderme, se souvenir d’un blanc ondulant, sentir l’octave du sexe plus doux encore que la laque d’un rose appelant la navigation, doigt sur sa source, souvenue par les bords, dans le bain vert, le noir vient se perdre, la nacre s’emballe et convulsive, sur la bouche, rayonne l’attention d’un mont fier.

C’est l’honorer d’un pli poli, tige pressant sur les boutons prévenants du cerisier, de cognassier s’étoffant de la touffe de la lune.

cherry blossom (c) Masao Yamamoto
cherry blossom (c) Masao Yamamoto

une étoile luit

O marguerite Marguerite

me sentant penchant vers les cotes du Portugal

il n’est pas de mer ni de larme

je penche

enlevant un à un les pétales qui protègent ton cœur

laissant la tige

laissant le coeur

aller à la mer je laisse s’enflammer le bouquet

 

une photo de mode

rejoindre les cotes de l’archipel tous les jours à la même heure

horloge parlante

les jouets trainent sur le canapé j’effile les perles dans mes os

quel dommage

sur la barque dans la nuit un miaulement appuie sur le silence

 

une étoile luit

 

je décolle vers Tokyo et je souris dans la foule

gratte-ciel

le signe veut dire printemps dans l’effeuillement

cerisier

la joie de chat câlin qui s’exclame dans un rire

c’est la lune

 

et la Grèce ensoleillée dépose une écharpe sur tes épaules

quand la nuit dérivant sur ma barque je rêve de naviguer

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l’homme assis

 

quand il faut reprendre

le temps s’apaise

 

un silence éloigne les bruits

 

l’architecture

les lignes surgies d’une flute

 

la musique suspendue

le papier opaque retient l’encre créant un mouvement

 

lui donne asile

l’homme assis dans le coin en proie au vertige

 

la géométrie et l’espace se fie au temps

la promenade de l’âme

 

 

à l’opacité d’atténuer les charges de la mémoire

la pensée circule

 

la fenêtre est si fine que l’on entend gémir le vent

les étoiles

 

la pluie percer des nuages

le monde des hommes est à son comble

 

le signe un aimant

retenant et retranchant où la fatigue ici étanche

 

l’homme assis se laisse aller au monde

 

un papillon échut

au vent l’arythmie des enchantements céder aux accords de la consternation

 

sans heurts la destruction des désordres quand mentent les fuites contaminent

 

terres sillonnées des contrastes posées du souffle et la dévastation superposée

 

 

 

l’eau des ravages une fois encore l’ouragan

la radioactivité du désastre

réacteurs des mues

réactivée

la flore délavée

la brume du kojiki

frêles fractures dans les formules atomiques

 

 

la musique n’a pas asile ici dans le grand tremblement pas d’homme le naufrage des ailes des papillons

 

 

Une licorn (Koike)

Et quand il plantait ses yeux pleins de détresse dans les siens, elle sentait bien qu’il ne la voyait pas vraiment. Pour cette raison précisément, elle le fixait en retour.

Seule réalité palpable dans le champs de leur regards croisés, des petits insectes virevoltant dans un bruissement d’ailes

KOIKE Mariko ,je suis déja venue ici, Picquier

Barbara Hepworth par Herry Lawford