à chaque moment un

Si l’on peut s’obliger à écrire quelque chose tous les jours, l’on peut aussi s’empêcher de ne pas ouvrir un livre à une certaine page et en laisser lire quelque passage ; ce fut le cas du livre de l’intranquillité ce midi ;laisser couler de la page en soi un peu de magie et inspirer dans la journée de cet air, si vital, étranger à l’insensibilité

les phrases comme un baume avant de glisser dans un rêve éveillé en guise de sieste, en suspend entre rêve et image du réel qui sont liés.

tiger_martyna zoltaszek

tension

La vérité littéraire existe dans la tension entre ces deux vérités qui semblent contradictoires

Pour moi ces découvertes de la réalité de l’art de la littérature – dire que le fait esthétique est l’imminence d’une révélation qui ne se fait pas, dire que d’un geste minime nait une nouvelle façon de faire de la littérature , et dire que dans le temps réel nous devons faire des choix, il y a soit la droite soit la gauche, mais que dans la littérature les deux coexistent – sont d’une intelligence et d’une profondeur qui font que nous ne pouvons plus lire la littérature de la même façon après Borges.

ça & 25 centimes, conversation d’Alberto Manguel avec un ami, l’escampette

 

 

C’est une réflexion analogue de Jean Marie Domenach dans « le retour du tragique » où il dit que la dramaturgie est l’art qui renvoie l’homme à sa vérité non tranchée, où la tragédie rassemble dans un même lieu et temps les différentes possibilités de la question humaine offerte d’un même tenant au spectateur le renvoyant à lui même, qui m’avait fait m’engouffrer dans la quête de l’art,

et aujourd’hui encore me semble essentiel dans la mesure où elle nous met face

peut on faire plus ?

Une licorn (Koike)

Et quand il plantait ses yeux pleins de détresse dans les siens, elle sentait bien qu’il ne la voyait pas vraiment. Pour cette raison précisément, elle le fixait en retour.

Seule réalité palpable dans le champs de leur regards croisés, des petits insectes virevoltant dans un bruissement d’ailes

KOIKE Mariko ,je suis déja venue ici, Picquier

Barbara Hepworth par Herry Lawford

 

Cap Horn – interrogations

assis auprès de moi même

peut être même au bord et m’apprêtant à écrire pour tromper l’ennui,

est-ce me tromper

ou se tromper

car abordant l’abstraction

fait d’attraction et amorçant un retrait

ne pas tomber étant au bord

et rester en deçà

peut être du temps

du pas enjambant ce qui me sépare du réel

étant compris comme

extérieur

mais se joignant à l’intérieur

ces distinctions n’ayant aucun sens

ou en ont elles ?

quelles sont les limites entre la fiction et le délire ,

quand atteint on à ce moment où jouer n’est plus jouer et où la fiction semble créer du réel ?

question qui se montrent

se permettent d’interroger l’homme qui attablé

semble se situer dans un entre-deux

où écrire dérive

est à dire qu’il faut resserrer le fil

qu’écrire c’est être en équilibre

dans ce croisement de la pensée et du désir, du rêve et de l’irréel

savoir se situer

ceci pour annoncer un changement de cap

Frida Kahlo et son reflet dans l’eau

car face au magma ramené par l’imaginaire, l’esprit est le lien entre les choses qui tendent à engloutir,  la posture de l’homme qui de tout temps a eu la sagesse de déterminer un cap, la bonne distance, garante de son action, de sa pensée et de sa décision

cette distance là doit être maintenue contre les assauts à la fois de l’omniprésence de la réalité ou de ce que l’on reconnait comme telle,  et de l’imaginaire, objet du désir ou soubassements du réel, sur lequel le monde habité est construit tout comme le langage qui cependant ne devraient pas être une construction abstraite, trompeuse

d’où la nécessiter de téter au réel

le poète reconnait l’imaginaire comme proche de lui mais devant être maintenu à juste distance, de la fusion avec la matière et l’esprit brut, le feu, combustible qui n’est que bénéfique qu’ inclus dans le réel, médiation sociale, les religions et les rites procèdent ainsi et permettent à l’homme de retrouver l’argile dont il est fait et l’étincelle, essentielle mais transcrites en termes lisibles par tous.

s’y soustraire est attiser le feu.

reconnaissance, donc, mais aussi sauvegarde, non par peur mais par précaution, reconnaissance à la fois de la nature de l’homme et de de l’intention de ne pas s’y perdre.

Le coeur gros, l’homme abandonne ces rivages avant d’être happé.

est ce de battre en retraite ou lutter pour sa place, le vide comme le plein est nécessaire à la survie, et de ce vide, installer le creusement ou installer le plein, le trait dans la maîtrise,  le coeur et l’oeil appellent le monde mais sages et déterminés s’en tenant éloigné,

comme de la confusion.

toute la difficulté dans la fiction est de maintenir le bon écart, entre le soi se sachant tel et les incursion d’un irréel, reflet ou double du réel, interrogation de la représentation et irruption,

ce n’est pas de représenter, ni d’identifier, ni d’invoquer, c’est sans doute de maintenir par le langage une bonne distance, garante de la réflexion, se maintenir dans le chaos en tenant fermement un fil, fil d’Ariane dans le labyrinthe, ne donnant pas caution au délire mais ouvrant les possibilités, soi toujours tendu sachant que le sacré est à portée de main mais avant tout en soi

non visible mais agissant.

du moins je crois.

traduire ou conduire ou reluire enfin ouïr…

Car en effet je crois que la langue de l’un doit se faire engrosser par la langue de l’autre et ne pas en rester aux préliminaires,
je refuse l’idée d’une langue littéraire figée, qui se satisferait d’être littéraire ,
il n’y a pas de littéraire il n’y a que  la langue et la jouissance.

Intéressant paradoxe du traducteur,ramener la langue de l’autre vers la sienne, mais la sienne quelle est t’elle?l’étranger que l’on invite à la maison ramène avec lui dans ses vêtement ses flagrances ses puanteurs ses accents ses façon de penser , tout un monde , le traduire en français ne change rien , le ramener telle une équation à un  produit de ce que nous connaissons change tout, c’est une erreur, même si on ne le comprend pas laisser l’étranger parler, il apporte ses richesses, d’autres contrées, il nous regarde de ses yeux différents – que voit il de ses yeux cerné d’étrange – il voit l’étrange – le dialogue peut commencer, il va nous apprendre beaucoup sur nous même et c’est pourquoi il faut taire notre langue quand on l’écoute, renoncer à faire croire que l’ailleurs c’est ici, gageure impossible , – mais c’est l’appel du large ! c’est la promesse de l’océan et du désert, du bidon ville et de la salsa ; il fzaut donc se taire et taire ; Segalen ne disait pas autre chose quand  i l écrit que le simple fait de la présence de l’étranger transforme l’ici, être dans l’ailleurs transforme ; l’énorme paradoxe.

Au fond j’aime plus la possibilité d’une langue étrangère, ou étrange, que le français ; la France ne m’évoque rien de merveilleux, juste un habituel de passage, un ailleurs qui serait ici et qui m’ennuierait ; la langue littéraire constituée, prétentieuse et figée, les quatre bords du pré carré de la pensée et de l’expression française, sous sa forme la plus convenue, les convenances (est-ce l’héritage des salons, est la possibilité d’un rationalisme qui évacue l’inquiétude) m’ennuie, cette langue bien pensante a été de tout temps bousculé ; c’est ce qui la fait vivre, bouger bouger rien n’est acquis!

Du français j’aime quand elle pulse par en dessous, quand le ciel tombe sur la tête et quand les vents ramènent l’inconnu !

De plus la langue aujourd’hui est ouverte à des possibilités infinies et n’est plus close sur elle même, le monde et tous les ailleurs poussent par nos bords, la frontière de verre n’a plus les rideaux tirés ; les limites et le sens de la supériorité a poussé à l’intérieur même des mots et des phrases, plus que ça, de l’esprit et d’une idée de finitude polie (polir) ou nulle brutitude tu quoque mi fili n’était permise, bref une langue paternaliste, royale et universelle dans son advenir, centre du monde pile poil sur les restes du marécage.

Moi, j’aime qu’on la torde ou la mette en doute car elle n’existe pas; Manciet se plaisait à dire que le français n’est qu’un dialecte du latin (et d’ailleurs la royauté et le centralisme universel de l’hexagone est bien Romain dans l’esprit.

Aujourd’hui on a le sentiment que la littérature s’est quitté sans doute pour mieux se retrouver, pour l’instant elle erre et s’arrête pour tenir de beaux discours  et  s’adresse le plus souvent à elle même ; pontifiant volontiers ; Mais la France elle même n’existe pas ; je ris de me rappeler ces hommes du milieux du vingtième siècle qui, l’ORTF nous le transmet, s’exprimaient dans un parler qui se semblait  singer et s’étendre à tous, quelle déception d’entendre un brillant esprit qu’on croyait exceptionnel déclamer dans un français d’usage mimétique : la langue existerait bien elle serait mimétique et nous ramènera au post-primate.

Moi qui croyais que la langue était invention ! que l’esprit se frayait des chemins à coup de machette et non de bouton de manchette; certains esprits et corps le font, en général ceux que j’aime, Cami, Rabelais (taisez vous! vous qui tentez de le récupérer, R est irrécupérable parce qu’il court libertaire devant et vous fait des pieds de nez et tire la langue), ils sont tous devant et s’amusent franchement, Mais la censure règne et le bourreau n’est pas loin, rions sous cape et feignons la bosse, n’est pas Σ qui veut – en attendant les libertaires sont conviés parfois à souper et se doivent de se tenir correctement sous peine qu’on leur coupe les mains et les doigts de pieds, ET il est important de souper ! Primordial !!!! j’ai beau verser dans la poésie mes chèvres disons le crûment croquent la marguerite et rabattent leurs oreille sur mes vers, il me faudrait donc soit souper ou m’enfermer dans ma cabane et me mettre à vitupérer de plus en plus fort à mesure que l’on ne m »écoute pas, parler pâtois jusqu’à en devenir pâteux (la pâte de la langue creuse creuse fais des tas empile des consonnes et envoie à la volée des voyelles! le pâtois pateux voila mon credo, pas le patois d’ici non le patois de partout rassemblé en un grand tas, un compost evolutif si vous préférez, c’est écologique c’est un nous en décomposition, un nous tiré jusqu’aux extrémités du nous sur lequel pousse le Je : en effet il  y a plein de crottes et de trous de taupes, de vers de terre et de palais cellulaires dans le jardin tiré au cordeau : non il convient de s’interroger, penser en toute liberté, laisser déborder, déplier le hamac et s’allonger dans nos rêveries et divagation philosophiques – oui je suis Sternien c’était donc inévitable et stern veut dire étoile ce qui aggrave le cas, le rend plus aigu selon le cas , l’empire sauf que je déplore les empires, la richesse commune ! Commonwealth my foot ! la richesse commune c’est le compost non-écologique parce que libre d’enfanter les plus belles déviances.

La langue même si elle existe d’une certaine façon, n’existe pas en soi, admettons que l »‘on puisse tracer un vague cercle autours de ce que l’on entend communément par français, cercle vague et impersonnel, la littérature c’est un peu forgé sur cette idée courtisane, cette idée du château, la littérature est un attrait  idéaliste, derrière elle l’écrivain s’efface à moitié, et harangue  dans un style supérieur qui me rappelle le singe mais ne nous égarons pas;

la langue celle que je parle c’est une langue qui s’étend sur des ramifications de langues possibles, enfouies et à venir. Que j’entends dans les intonations expressionnistes des mots que je comprends mal mais qui empathent le sens, que je parviens à donner à ceque je mesure mal, le mots devient abîme et montagne, mystère qui me plonge dans une méditation sur un sens vertigineux. La langue espagnole de Guillen a été pour moi cette musique ou ce tableau de lumière, qui me donne envie d’écrire parce que l’humain en moi c’est aussi ça, loin du pré carré, pourtant si proche car dans la voix de cette femme, sans apprêt j’y vois l’humanité pieds nus et courant

moi même quand j’écris de la sorte je me fixe des limites et évacue mes désirs de turpitude littéraire, mais vous l’avez remarquez vous que je ne remarque pas, ou pas encore, que j’ai le pied voyageur et que j’ai du mal à tenir en place dans le pré carré qui quoique un peu voltairien, quand même m’ennuie ;

les langues qui m’ont attiré faisaient appel (elles braillaient) à toutes les possibilités de l’univers, pèle mêle dans le domaine de l’écrit …. des tas de livres, de, disons VW, WF, St, WCW, EEC, TW, MT, JJ, R, M, BM, SLT, enfin un tas de monde écrivant auxquels il faut rajouter un tas d’anonymes ainsi que les langues dans leur libre exercice non appliquées à la littérature,

Quoi de plus jouissif que des enregistrements ou des transcriptions de langue inconnue que l’on ne comprend pas et qui nous chante un tas d’ânerie (j’aime les ânes) ou nous parle d’une sagesse inconcevable pour notre pré carré, c’est le cas des codex aztèques irrecevables en français pas plus qu’en español, magnificence  des langues aborigènes et inuits, de l’islandais et du caucasien, l’accent surtout est essentiel, c’est la source jaillissante

En fait je ne crois pas qu’il faille continuer à écrire – pas de la même façon qu’auparavant et nous  n’avons aucune réelle idée de ce que parler veut dire, réellement parler, s’adresser aux étoiles, au cri jaillissant de la jouissance et à la morsure du loup, à l’ombre immense de la sagesse de l’ours, nous ne savons plus nous adresser au réel (choses que nous faisons – mal) nous le décrivons car nous l’avons parqué dans l’enclos du pré carré et nous croyons que cela suffit, or une serpillière est un épopée en puissance et le bêchage est une action métaphysique pure, si l’on y réfléchi, taper sur un ordinateur est un cosmos ramené à une volubilité des doigts, excroissances de l’univers – le décrire est impossible – même pas essayer – ou alors plonger en rigolant dans un gros rire fin et inébranlable car le conte nous ramène à la profondeur infime quotidienne de ce que nous pouvons être, écrire n’est rien, ce n’est qu’essayer d’atteindre, de comprendre un peu, d’emporter avec soi.

Le sens imparfait, dès lors que les frontières ont implosées ne se laisse plus parquer, délimiter, il s’échappe démembré mais plus vif encore, ainsi les sons font des leurs et portent des sens qu’ils empruntent à d’autres, d’autres langues, réminiscences, le long de la ligne oblique de la faille, voyages entrevus, rêves et associations les plus diverses, des étincelles jaillissent de l’entrefilet, des lignes de fuites déchirent des épanchements couleurs et rayures tâchées s’emparent du bloc et le nient car elles sourient d’une irrévérence – on ne peut plus contenir – il ne fallait pas tenter de circonscrire et d’absorber car alors plus rien ne tient et comme dans le conte la vie sort de l’ogresse et s’en va batifoler – libre ou tentant de l’être – chemin fou, confronté à la vérité.

comme dit Boris Vian : jusqu’à la prochaine fois

(à suivre, car cela n’a pas de fin surtout lorsque l’on est un adepte de la digression, c’est à dire du chemin inexploré de traverse)

Brachial

J’ai demandé à l’interprète de nous aider mais elle m’a priée d’attendre que la traduction instantanée prenne fin, en fait cette jeune femme avait étudié de nombreuses années à l’étranger et n’était revenue que depuis quelques mois, …. les études qu’elle avait faite ne l’y avaient pas du tout préparé, c’était par son père qu’elle était parfaitement bilingue, mais quand elle s’était retrouvé à l’étranger elle s’était rendue compte   que la langue  qu’on lui avait apprise et que dans sa famille du coté de son père donc on parlait n’avait strictement aucun rapport avec celle qui était en usage sous la même appellation dans ce pays, elle a complètement paniqué se demandant ce que tout cela pouvait signifier et son père lui a promis des explications à sonretour, elle a travaillée énormément parce que tout était à reprendre à zéro pour elle et ce n’est qu’au bout de quelques mois qu’elle a pu rentrer chez elle, voir sa famille mais alors elle a été doublée en fait complètement parce qu’entre temps sa propre famille s’était mise aussi d’arrache-pied à cette même langue et en effet maintenant chez elle tous la parlait admirablement plus ou moins, ce qui fait qu’on ne l’a jamais cru ni son père, ni personne d’autre d’ailleurs et que maintenant bien sûr cette autre langue qui n’existe pas qu’on ne parlait que dans sa famille, comme elle ne la  pratique plus elle ne la connait pas.

© Jerome Mauche, Electuaire Du Discount, le bleu du ciel 2004

l’histoire

mais Set y voyait des éléments de l’histoire dans leur pureté et il lui fallait être fidèle à l’histoire, coûte que coûte. S’il échouait en cela, il se perdait pour toujours. Il lui fallait être fidèle à l’histoire , Il lui fallait être fidèle à l’histoire.Il lui fallait être fidèle à l’histoire. Il y a une histoire, une seule, se disait Grey, et nous la racontons à l’infini parce qu’il le faut ; c’est la définition même de notre être.

© N.Scott Momaday, l’enfant des temps oubliés