Cap Horn – interrogations

assis auprès de moi même

peut être même au bord et m’apprêtant à écrire pour tromper l’ennui,

est-ce me tromper

ou se tromper

car abordant l’abstraction

fait d’attraction et amorçant un retrait

ne pas tomber étant au bord

et rester en deçà

peut être du temps

du pas enjambant ce qui me sépare du réel

étant compris comme

extérieur

mais se joignant à l’intérieur

ces distinctions n’ayant aucun sens

ou en ont elles ?

quelles sont les limites entre la fiction et le délire ,

quand atteint on à ce moment où jouer n’est plus jouer et où la fiction semble créer du réel ?

question qui se montrent

se permettent d’interroger l’homme qui attablé

semble se situer dans un entre-deux

où écrire dérive

est à dire qu’il faut resserrer le fil

qu’écrire c’est être en équilibre

dans ce croisement de la pensée et du désir, du rêve et de l’irréel

savoir se situer

ceci pour annoncer un changement de cap

Frida Kahlo et son reflet dans l’eau

car face au magma ramené par l’imaginaire, l’esprit est le lien entre les choses qui tendent à engloutir,  la posture de l’homme qui de tout temps a eu la sagesse de déterminer un cap, la bonne distance, garante de son action, de sa pensée et de sa décision

cette distance là doit être maintenue contre les assauts à la fois de l’omniprésence de la réalité ou de ce que l’on reconnait comme telle,  et de l’imaginaire, objet du désir ou soubassements du réel, sur lequel le monde habité est construit tout comme le langage qui cependant ne devraient pas être une construction abstraite, trompeuse

d’où la nécessiter de téter au réel

le poète reconnait l’imaginaire comme proche de lui mais devant être maintenu à juste distance, de la fusion avec la matière et l’esprit brut, le feu, combustible qui n’est que bénéfique qu’ inclus dans le réel, médiation sociale, les religions et les rites procèdent ainsi et permettent à l’homme de retrouver l’argile dont il est fait et l’étincelle, essentielle mais transcrites en termes lisibles par tous.

s’y soustraire est attiser le feu.

reconnaissance, donc, mais aussi sauvegarde, non par peur mais par précaution, reconnaissance à la fois de la nature de l’homme et de de l’intention de ne pas s’y perdre.

Le coeur gros, l’homme abandonne ces rivages avant d’être happé.

est ce de battre en retraite ou lutter pour sa place, le vide comme le plein est nécessaire à la survie, et de ce vide, installer le creusement ou installer le plein, le trait dans la maîtrise,  le coeur et l’oeil appellent le monde mais sages et déterminés s’en tenant éloigné,

comme de la confusion.

toute la difficulté dans la fiction est de maintenir le bon écart, entre le soi se sachant tel et les incursion d’un irréel, reflet ou double du réel, interrogation de la représentation et irruption,

ce n’est pas de représenter, ni d’identifier, ni d’invoquer, c’est sans doute de maintenir par le langage une bonne distance, garante de la réflexion, se maintenir dans le chaos en tenant fermement un fil, fil d’Ariane dans le labyrinthe, ne donnant pas caution au délire mais ouvrant les possibilités, soi toujours tendu sachant que le sacré est à portée de main mais avant tout en soi

non visible mais agissant.

du moins je crois.

seul dans le flot en même temps que tous.


constamment il est fait référence au choeur, le plus qu’un, la famille, qui symbolise le groupe, l’ethnie, l’appartenance

l’un cesse d’être un pour se retrouvé augmenté d’une parenté charpentée, d’une ascendance, fut elle en rhyzome, fut elle mythique ou choisie, fut elle une charge asphyxiante

confusion aussi

ou bien est t’on pris dans une toile immense, d’où l’être aveuglé tente de se sortir, de prouver qu’il existe bel et bien malgré le monde qui comme une obsession le maintient enserré dans l’infiniment multiple, coercitif et constitutif

vain de se penser hors des trajets et des rejets, pour accéder à l’un, vers l’indéfini,

pourtant le chœur ne cesse de répéter la même phrase qui inlassablement gonfle, se détache de l’ensemble et revient au point de départ suivant en cela les rythmes primordiaux, association du vivant, analogies et rites pour que renaisse la phrase

la vie est un effort pour que les lignes se surajoutent, continuation de la précédente,

stoppons là,

pour que le point ne s’en sorte pas

tout seul

imaginons un point tout seul

observons le

.

même à la ramener au un tant cherché qui inclue tous les uns qui de fait ne sont plus un

encre, Lamber Sav 2007

or on a pour habitude de penser qu’il est préférable de se recréer dans un ensemble où se refléter, se relier, se recréer, sur d’autres bases

qu’elles soient reconnues comme telles, on peut parler d’affinité,

ou pas, ce sont alors meurtrissures et attachements subis,

perditions

acceptation

et danser pour rappeler à soi le beau corps

échapper au néant, si cela est possible, résorbé dans la relation, duelle, charnelle, parentelle, ventouse de l’être au monde, même parasite, asservissement, accouplement, accouchement, illusion de la continuation et cela même si elle semble impossible.

l’homme seul crie à l’abandon mais le cri se perd

mais le chant est beau car le chant est oubli en même temps que remémoration, c’est pour cela qu’il est bon de chanter

portant à ébullition l’utopie qui permet  de se réinventer au monde par la participation

cartographies , photo inconnu

mot clé qui permet d’inventer une inscription dans l’inaccompli,
car même sans peuple, même dans une cohue on ne peut imaginer un homme sans peuple, et dans les cas où l’homme est sevré, rompu de ses racines, rejeté au néant, il retombe inévitablement le cul sur ses fesses, aïe ça fait mal, et peut être même sur un congénère comme cela arrive si souvent, en tout cas sur le sol et une pierre, preuve irréfutable de sa constitution dans le réel, qu’il en aperçoive le bout ou non, et ce dès le début de son existence, isolé, l’homme ne l’est pas et un regard à ces pieds suffit à l’en convaincre

les noyés sont nombreux, peuples invisibles, même si l’homme d’exil est un homme sans peuple

il peut aussi se vouer à l’idée d’exil et ne jamais trouver prise

mais le prétexte de la rupture, de la cassure,  si elle induit une errance et l’acceptation d’une perte de repère, ramène forcément l’homme désorienté à la conduite des flots, des courants pour reprendre l’image, à une réorientation dans les flux du monde, redonner un ordre à la succession incohérente des points et des lignes, à plat tomber dans cet angle est se laisser pousser, prélude à une reconstruction plutôt qu’à une noyade, quoique vivre soit se sauver indéfiniment d’un naufrage et ce en se sauvant, s »inventer

seul dans le flot et en même temps que tous.

portant comme un flamboiement témoignage même à la marge de sa parenté.

Roberto Matta

dans l’épaisse ombre

sur ma terrasse là où le soleil chauffe, je suis en train de lire ou d’écrire, bien que perdu dans la ville et étranglée par les voies rapides,  les grandes gueules par intervalles des lampadaires, ma terrasse résiste,  en plein coeur de la ville neuve,  elle rêve et se souvient qu’elle  était une ferme, plus de vaches, l’herbe est folle  et le chien n’aboie plus, la  terre presque glaise voisine  avec une plaque de béton où je passe la majorité du jour car il ne sert à rien de le nier, il fait meilleur vivre dehors et ma haie me protège des regards, j’aime vivre à l’aise et sentir l’air sur la peau, et même si je n’ai plus d’arbres pour suspendre mon hamac,  je m’assois dessus, mais plus important, ma terrasse de béton frelaté, creusée par l’eau et la chaleur,  les lézards y sont nichés, ils filent quand darde le soleil et paressent, je crois bien qu’ils se sont habitués à moi qui chasse les chats et réponds vertement aux pies, les goélands, eux, volent dans mon ciel citadin en criant à l’imposture et à qui mieux mieux, je les laisse en paix car il me parlent de la mer et moi aussi j’ai besoin de croire que je peux, d’un coup d’aile ou d’une salve de bec m’envoler et ne plus revenir, de toute façon ils n’en veulent pas des lézards… j’aime le croire, quoique le poisson sur le bitume ? mais les goélands ont leur raisons que je ne peux imaginer,

Lizardi, huile de Lamber Sav, 1995

les lézards sont poètes de la première heure et vrai,  de les voir traverser ce désert de béton et d’un coup se cacher dans les interstices de l’ombre transformer le ciment en roche et espiègles faire surgir leur monde reptilien à la face de la terre là où il n’y en a presque plus, ils me ramènent à ma résistance contre cette ville,  s’ils le peuvent, survivre ici sans que rien ne semble les toucher ni ne les concerner, ancêtres surpris de l’étonnement que je nourris face à ce traffic et aux défilés voila bien le miracle de ma terrasse d’être visité par ces présences, on ne peut plus ambiguës,  frère alchimique, signe et ouvreur des failles dans les murs, j’accueille toute ta population et je suis tes trajectoires comme un baume, je n’en connais pas le sens, lézards, créatures du soleil et mangeur des ténèbres du granit, fouilleur des cavités tu as de sombres activités, à quoi dévoues tu tes journées, quel dieux sers tu , en es tu un ?  l’ombre entre la queue et les pattes, l’oeil qui vert est un soleil, me trouble, me ressemble non que je perde ma queue, qui  le soir semble se détacher comme un hommage à la lune, ô  que le soleil me chante à en souffrir, douleur du jour je m’offrande à l’astre,  je lui livre ma tête,   je gravite et  iguane, de mes dents je ris comme eux, sorciers sont voisins des tours

 dans les herbes et les roches bien caché le lézard est là, on ne le voit pas parce qu’il se refuse à fixer l’objectif, avec détermination il m’assure que je ne le vois pas et qu’il n’est pas là, est ce un message à l’hostilité, ne me tolère t’il qu’en diagonale quand il vaque à ces poursuites ou qu’il dore au soleil, vrai,  lézard je jurerai que je n’e t’ai pas vu, même si rassuré je sais que je ne suis pas seul à faire comme si rien autour de moi n’avait d’importance, boucan que je tolère et n’entend qu’à peine,  vide d’imaginaire et silence alors que tout grésille, lézard, par toi la nature entre dans la maison qui de ce fait, est vraiment une maison, et j’attend la nuée des cigognes .

écart

de ne pas trouver un écho                au contraire bifurquer par simple plaisir

la découverte                    l’envie de ne pas s’encombrer ou de ne pas l’être       encombré / et respecter ce pressentiment de la liberté naissante               percevoir les écarts        s’y blottir et tordre les mots pour ne pas les rendre à l’ennemi /y-a t’il un ennemi             soi peut être                      ou le monde                         ce  qu’ils en ont fait que je vois répercuté dans les yeux de presque chacun            la rareté est si chère qu’elle en est rare

alors l’embuscade aux abords              traquer le moindre souffle qui semble vivre                  vivifiant                libre                    en accord saisir juste le froissement ou le son qu’il fait

déployer l’espace qui s’étale prêt à mes yeux       le deviner

et surtout même si et tant pis si le son pas de bon sens à la basse-cour ni la haute contre et ni à aucune cour basse ou courte

leur yeux réconfortent à la flamme commune           il semble            mettre en commun                   se congratulent à l’abri du vide des vents                    du sens

leur pensée est un assemblage                       elle suit une rigole creusée dans le bon entendement à plusieurs mains                      toutes les mains y contribuent                               plus édifice QUE traverse                l’apport y est important     on rajoute en cumulant une succession d’accord qui fini par sembler irrépressible               mais      cela suppose /de ne pas se poser la question du contraire / de ne pas laisser la fenêtre ouverte et rêver d’un souffle d’air / de ne pas s’y engouffrer et laisser le ciel aérer les méninges /de ne pas avoir l’envie de griffer les ronces/ de ne pas s’aventurer seul/ ou alors                     et c’est ce que je fais simplement regarder et vagabonde          ils s’y sentent bien                moi non                      je rode à leur entour                    je m’énerve de ne pas m’y trouver à l’aise

je repart et j’arpente        les bois et les déserts         les franges parfois

mais je continue à regarder par là ce que je ne trouve pas            obstiné              fasciné par l’écoute mais il s’agit juste  de resserrer  l’écorce au fil du tronc

déçu                                  s’enfoncer au plus profond des forêts    plus profonds                plus loin                  sans personne            ou le coucou                     vague rappel de la présence plus loin devant                 il faudrait pouvoir                     ou au moins tirer une diagonale et garder le contact            tenter

cette question où la reconnaissance      au sens propre             trône              m’intrigue                        la parole  partage ce rapport de voix à voix

s’en libérer est sans doute illusoire                 s’en rapprocher impossible                            la colère s’entremêle au désir                       c’est ce que j’écris