si taire revient à bruyamment écrire

 

S’emparer de la lecture et qui plus est écrire est antisocial , cet acte défie le pouvoir, le livre même est un objet de pouvoir , le détenteur de la plume est le pouvoir ,

porteur et enfermeur des mondes dans la main le livre lecture contenue dans une tranche, contient la maitrise et le savoir et son usage en soi,  prolonge, codification transmission l’écriture cet instrument outre le contenu est la forme même dans l’emphasement de la langue et le déploiement de la syntaxe,

sens agissant les méandres structurants la pensée, non aventureuse mais canalisée tout autant qu’un système d’irrigation des jardins de Babylone parle mieux qu’une bouche du souterrain qui culturellement, politiquement nous agit, est bibliothèque le squelette et le schéma, l’articulation par lequel se perpétue profère et se fait entendre

 

pour autant qu’on en a l’accès, la clef, confiée au forgeron est de fer

 

dans celui ci dessin l’assemblage la succession est structuration du puisage dans les fonds des nutritions

écrire est se saisir de cette parole les signes, écrire est s’inscrire se porter comme la table

 

Barroso Tras os montes Portugal

 

ou s’en défaire et laisser mieux qu’une parole vague le langage atteindre à ce qui ne le dépassera pas, permettra d’extraire la pensée et la projeter en acte, action à l’encontre ou en travers,

participer se soumettre oublieux ? mais s’affranchir, établir des connexions libres non empesées mais libératoires

le langage soumis à la pesée du monde codifié par la structuration est surveillé à la fois par son ordonnancement au sein même mais par le jeu qui si l’on déroge vient bouleverser et nier l’ordre apparent,

celui qui s’en empare dans ses marges défie le pouvoir il faut donc le déjouer au sein même et l’abstraire pour s’en abstraire et décentré opérer une démarcation,

les mots pris isolément ont un puissance qui leur est propre, au delà de la pesée par laquelle l’homme,  réussi à signifier une densité qui ne doit rien au sens à moins que ce sens ne devienne critique ou opère sa mutation, gardant la saveur des sens traversés dont il est porteur

la porte

ouvrant le noyaux

 

Katia Chauseva

 

il ne s’agit pas d’énigme mais de délivrance, dans le feu n’est que le feu, de la flammèche  au feu métaphysique, le retrait permet de s’emparer de toute l’histoire et est pouvoir, à rebours délivrer les strates du suc le rendre au mot, concept et irisation articulation contenue sans qu’il n’ait besoin de chaine, causalité et ensemble incohérent quand brille

le mot suffit

scission  il le scribe c’est la mélodie qui nous guide et la poésie comme la lumière quand se lève les brumes recouvrant l’empire et de Byzance les ors d’une langue sacrée sur les hauts des monts dans le feu du taillis surplombe les recueils des bribes

mises en forme, conservatoire des poussière qui le soir dans la nuit brisent ou héros rayonnent

l’écriveur parle au nom de la société la culture il met bout à bout, s’en affranchir et la culture s’écrit dans ses marches , questionne le langage commun sacré, n’est plus docte celui qui marche et dont le pas s’éloigne, gravit, sur les sandales la poussière sur la robe les chardons les bris d’herbes déposés sur le tissu, non captés mais déposés

l’enseigneur alors comme une source jaillit et défie

comme la traîne une atmosphère

il s’agit de ne pas se laisser déborder, de résister

au moment où on sent se relâcher la tension, celle de l’intérieur qui fait se tenir le tout, droit, au muscle invertébré, la correspondance sans doute de cette énergie, une émergence qui se saisi du corps permet de se mouvoir, se cache derrière ce qu’il croit soi, se confondant avec le devant et s’effaçant, mine de rien une galaxie

ou un corps est un  paysage, des points entre les touches dépendent les circonstances de ce vide,

de la capacité à s’envisager et comme la traîne une atmosphère .

 

 

les végétations sont tenues à distance, suffisamment pour permettre les éclosions, les ravissements, sans subordination apparente,

se tenir prêt,

c’est peut être ça être mais  si l’être est rapiécé ou transpercé de touffes et d’aiguilles qui maintiennent le mouvement jusqu’à détruire le moindre souffle il me semble qu’alors on peut dire que la gravité c’est arrêtée.

On voit que l’être est arrêté lorsqu’il ne respire plus, qu’il est entamé par ce qui lui est externe et qui pèse sur l’autonomie, l’arrêt sur la position fixe est brutal, les grandes ellipses ne parviennent plus à enclencher un brassage, les jambes en l’air pendent et les bras ballants la tête semble ne plus comprendre, ce qu’elle contient et qui est ce que le monde normalement émet,

cet échange qui aboutit et rebondit soudainement si calme qu’il semble ne plus bouger

c’est alors que l’arrêt se fait

quand le flot des abstractions comme des pétales sont en prédation, heurtent l’esprit, le sentiment de se déprendre commence à se signaler, relâche l’envie enfin déliée.

 

et mâcher la machette

quand la pression du monde est si violente, que sur les tempes le monde appuie avec des barres de fer qui écrasent la pensée même

est t »il simplement possible de vivre et qu’est ce vivre ?

se dire c’est dire je suis et faire abstraction de la pesanteur, se délaisser du monde qui enserre

prendre la plume et écrire deux mots semble impossible, étrangler dans les langes d’un linceul, se fait croire pour la vie

UTOPIA

l’imaginaire est compressé, emprisonné dans une lente mort, les yeux eux mêmes ne voient plus autre choses que ce monstre qui  détruit,

l’autre, les autres car écrire cela n’est pas écrire

écrire c’est libérer l’étranglement, c’est desserrer l’étreinte

vaincre la mort et l’étouffement

rétablir l’équilibre et l’énergie,

56 EMILY KAME KNGWARREYE (c1910 – 1996). UNTITLED (ALHALKERE), 1995

asphyxié

rétablir l’équilibre, mentalement de sa place dans l’univers et ouvrir la main et relâcher un tant soi peu tout ce qui croupit dans cette tension de mare où pourrit la vie, délétère sous le couvercle d’une oppression qui empêche de respirer, inspirer et laisser aller le flot de parole garant de la vie

c’est l’imaginaire, cette porte ouverte, cette nappe intérieure d’où s’échappe le lotus

fleuri

pouvoir dire cela et ciller apercevoir un autre soi et se mettre à courir

EMILY KAME KNGWARREYE

i-je rien

Gauguin

en rebond à l’article de Gérard Larnac sur Poétaille que je cite :

L’Universalisme est sous le coup d’une double naissance : expansion globalisante du même à l’exclusion d’un tout autre qu’il s’agit systématiquement de nier, et dans ce cas totalitarisme au sens strict du terme ; trame unique de toutes les diversités assemblées, dans l’écoute, le respect et le partage – et l’invention d’une table commune.

 

 

La pensée de Glissant condamne l’universalisme comme un héritage des pensées globalisantes, qui, soit à l’aube de l’occident et de quelques autres civilisations à racine unique, impériales et totalisantes, soit à l’époque de notre « Renaissance » et c’est ce qui a permis à la science telle que nous la connaissons de pouvoir prendre le contrôle, elle pouvait avoir raison et je pense à Galilée mais ce n’est finalement qu’un regard qui, pour pouvoir penser le monde à besoin de s’en saisir comme d’un objet fini ou du moins « défini », il en résulte que l’univers obéit aux mêmes règles communes à tous. Valables pour tous , or en fait la pensée du monde est en accord avec la façon que l’on a de le vivre, y a t’il une vérité ou est ce question de point de vue, de vie .

Les secousses politiques et pratiques de cette pensée sont impérialistes. les grands empires occidentaux ont la main mise sur les mondes, pluriels, et c’est cette diversité qui rend la vie si étonnante, la conquête se fait aussi par l’emprise sur des systèmes de pensée comment les peuples pensent ils ?  les peuples pensent, leur vie sur terre et il émane une tentative d’élucidation, une hypothèse qui fonde la vie qui sera civilisation, l’occident en se lançant dans les mondes brise ces élans car même dans le cas d’une tentative de compréhension il y a préhension, la pensée de l’autre est asservie,  détruite pour être assimilée.  Les fondements de ces pensées ne sont pas compris, la diversité non relationnelle commence à faire des dégâts.

Edouard Glissant

Car  l’univers entier apparaît il de la même manière à tous ou est il dépendant d’une vision? d’une hypothèse à vivre , voyons nous tous que ce que nous voyons ? les différences ne sont elles pas au coeur même de l’être humain et de sa présence, et l’interpréter, n ‘est ce pas déja un début, non seulement de trahison mais de destruction. Il m’a toujours semblé impossible d’aller vers ces autres peuples en ayant ma propre proposition, définition, langue et habitudes,  et , c’est s’imposer soi à l’autre, anthropophagie et non pas anthropologie, l’ethnologie est condamnée. Seule la poésie et ce qu’elle suppose, l’intention poétique de Glissant mais aussi intuition, par laquelle on réussi à s’imprégner, à se prendre à l’autre, l’écoute, l’attention, et même comme le fait ressortir Ségalen, la présence de l’étranger, de soi dans l’autre lieu fait déjà basculer le monde, lire Nicolas Bouvier c’est s’en convaincre , mais alors ?

Il serait intéressant de se pencher sur l’histoire de la notion d’universalisme, de sa présence dans l’histoire, des temps anciens aux notres, il faudrait être philosophe, ou historien : l’idée que nous procédons tous d’une ligne unique et donc que nous pouvons être ramenés au même est combattu par Edouard Glissant .

Le penseur de la créolité en sent bien les dangers, et surtout l’inanité, car si sa pensée mène à la créolité, idée fabuleuse mais pragmatique, car à un point de l’histoire, il n’est pas de retour possible et surtout JE suis le produit de la diversité, dès lors comment me penser en dehors de notions d’ordre « rhyzomique » ou relationnel, et non comme le fait l’occident en en appelant à l’universel et à la pensée unique, idée qui le renvoie surtout à lui-même mais qui est désespérée, elle ne résiste pas au fait et aux conséquences du monde d’aujourd’hui.

La pensée créole est de tous les créoles (superbe article de Maxette Olson à lire ici ou sur potomitan  ) mais se pense dans un temps, les conditions de son avènement, et un lieu, qui peut être multiple ou étendu, ce point du lieu qui articule la pensée de Glissant est un point délicat, des auteurs comme le réunionnais Carpanin Marimoutou étendent le concept de créolité à l’outre-caraïbe et même s’il se sent plus proche de Glissant que des autres penseurs créoles, semble indiquer qu’il y a un développement possible, même nécessaire. C’est la définition même de la créolité de Glissant que d’échapper à ce qui le restreint puisqu’il est le contraire et est en devenir de vivre, la vie en mouvement, se construisant elle même et donc échappant.

Zoran MUSIC serie bizantina

Nous souffrons de strabisme, et nous pensons que chacun est plongé dans le même monde par les mêmes yeux que nous,les choses se ramenant à ce que nous croyons être, de manière scientifique ou aveugle, d’elles. Le monde en est rétréci, les poètes et les artistes, nous montrent que l’apparence que prend la diversité, pour ne pas la réduire, pourrait être un chemin vers la vérité plutot que comme nous le croyons une fantaisie. Des peintures rupestres du Tassili aux toiles de Roberto matta,  des sculptures de Chillida aux dessins de Zoran Music,  tous les voyages où les mots mènent, que ce soient en philosophie, en poésie ou autours d’un feu, au hasard de la marche, voyons nous un divertissement ou nous engouffrons nous par une porte vers ….  quoi au juste, l’humain, quelque forme qu’il ait, semblable et si terriblement unique. Avec l’intention poétique et ces oeuvres opaques, que l’ont pourrait appeler des metaromans, Glissant entame une réponse qui ne finira pas. mais qu’il sonde.

Mais la créolité vient après la lutte pour la négritude, Césaire, décrié, a quand même écrit « le cahier d’un retour au pays natal » qui est l’écrit de tous les retours, de toutes les reconnaissances, de la connaissance et de la différence. Abderrahmane Sissoko dans son film « un jour sur terre »,  ponctue son film , de l’écho du texte de césaire et du « discours », l’-An-deux-mille qu’est ce que cette notion a de commun avec un petit village du Mali, ou l’occident n’est présent que comme une blague, celle du téléphone, et nous dit clairement que ce que nous nommons le monde n’est pas le monde, et qu’il n’est même pas désiré.
Le cahier a ceci de surréaliste, je vois le surréalisme avant tout comme une reconquête de l’intériorité sur le monde extérieur, comme la recherche effrénée de la vérité dans les méandre du cerveau, de notre être véritable qui est à creuser plutot que le monde autours sauf à le penser pour s’en libérer, car sous-entendu, dehors la vérité humaine a déserté. Je pense que c’est pour cela, et parce que le temps était venu, que les reconquêtes des  identités bafouées par les colonisations ont pu se faire. Césaire a lâché les chiens. La pensée de la créolité si elle est obligé de penser l’Europe se pense avant tout au dela d’elle. Elle est une reconquête de soi. Tous les cahiers sont ici chez eux pourvus qu’ils s’ouvrent et s’écrivent, toutes les pages se tournent, l’homme noir se redécouvre, s’accepte, dans la souffrance, dans le regard sacrifié et estropié. Et s’accepter, entamer la reconquête dans la modernité.
Mais on ne peut voiler la face du monde. la guerre d’Europe jette un immense filet sur le monde ou l’homme blanc est présent, et les échos retentissent de Paris à Sao Paulo, de Madrid à Lima, de Budapest à New-York, la pensée issue de la guerre  vient jeter son ombre dans les mondes qui prennent conscience de leurs marges, elles sont partout, des non-lieux aux centres des villes, de la folie aux espaces hybrides où les pensées ont fusionné, dans les rues et les complexes industriels où la vie n’a plus rien de simple, en l’homme du commun se découvrant et en se découvrant est projeté  dans un siècle nouveau.

Lac malawi, vallée du rift

La prise de conscience est énorme et la diversité est indubitable, le monde ne se pensera pas sans elle, l’universalité devra être revue, les centres glissent vers les marges et occupe l’espace mental pendant que progresse la gangrène dans les villes et partout où la logique industrielle, post-industrielle et futuriste rejoint la forêt et le hululement des chouettes. Dès lors que comprendre, qui sommes nous au delà des brumes du conventionnel.

L’universalité insiste comme aveuglée, nous ne renonçons pas facilement au rêve d’antan, celui de la caravelle et du concorde, alors même que pousse la mère (terre mère) le déchirement dans les douleurs de l’enfantement, cet être hybride aux milles visages dont un seul contient tous les autres, qu’il n’est plus possible de penser en dehors de ces systèmes, mais l’être humain, le visage, le corps, le crime, l’effort, je pense à Salgado à ce réel impossible, que l’on nomme tout-monde et qui repeuple la tour de Babel, reconquise, et aussitôt détruite, de fait, dans la relation mère que nous annonçait le panthéon vodun, la ville et la mine de nouveau jette à bas les fondations possibles. Ou est-ce que nous ne savons pas voir et regardons nous de façon torve, sans se soumettre à l’évidence.
Infinité des possibilités, prédites et dissoutes ce que nous en voyons et sème le doute, au contraire, la libération de devoir se limiter à une vision factice.

Sans sortir de là, mais tu (l’autre) est sur la même ligne, recrée de la cendre, de la minute égarée, de la blessure et la souffrance, le monde est à naître et cela sans fin et perdu de vue, repousse à coté, incompréhensible, chaos-monde, alors il suffirait d’écouter sans ce projeter dans le discours mais faire la place aux bruissements des langues, aux imaginaires, au tremblement, signe de la fragilité et de l’instabilité de toute réalité, que nous sommes sommé d’écouter. mais qui inintelligible, fuit.

On recourt facilement, croyant bien faire, à l’idée d’universalité, philosophiquement l’idée est séduisante mais elle est aussi suspecte parce que si elle semble combattre l’obscurantisme et l’isolationisme, autres plaies de notre époque et de toutes celles qui nous ont précédées, l’idée en même temps s’acharne à nier la différence, et imposer, sans qu’il y semble, une autre pensée, celle là unique, terriblement pauvre, elle fut annoncée, encore et encore et le monde moderne accouche comme d’un mort né encore et encore à chaque naissance tué, dans l’oeuf. Comme le rappelle deleuze, si la philosophie ne se mêle plus de penser les concepts, la fonction en reviendra aux publicitaires et aux politiques et la quel monde quand nos mondes seront livré à la bêtise ! (à écouter plus loin sur ce blog)

Le tout-monde réclame à la fois le bruissement de tous en tous mais réclame le lieu, irrésistiblement collectif, de façon inattendue, le divers, le dévalement de la vie que la pensée enfin reconnait, mais peut être la reconnait elle déjà dans la modernité car la pensée moderne est si complexe que je n’y risquerait un oeil que par l’entrebâillement, encore n’y verrais-je rien ou un souffle capable de nourrir mon intuition.  La géographie, toute chose est située, mais je n’en suis pas sur, et le tout-monde n’est il pas aussi dans l’espace,  la notion de lieu comme essentiel au tout-monde, se situer même de façon contradictoire, le temps ne l’a peut être pas attendu, n’est-ce pas ce que pointe David Lewis dans sa pluralité des mondes ? Mais je ne saurai m’avancer . sables mouvants et il me suffit d’être.

peinture rupestre du Tassili, sefar

suspecte aussi tout de même par la grande difficulté/ ou l’impossibilité de comprendre la complexité qui nous est interdite, celle de la pensée aborigène par exemple, des mondes du Tassili ou des esprits de la forêt,  bantoue, amazone ou cubaine, native ou créole,  ou est-ce d’accepter les termes mêmes par lesquels les hommes se signifient / se pensent et établissent leur existence jusque dans le dit et le non-dit de l’autre  (que l’on trouve dan le geste rwanda par exemple, la Palestine de Jousse, le « qu’elle était vierge ma forêt  de Matta mais aussi de tant d’autres)

L’universalité battue en brèche, tous les uni_ du monde s’entendent au pluriel. Pour ma part , il m’a toujours semblé que la compréhension entre les différences ne pouvaient pas se faire d’emblée ( par perspiration mais aussi initiation, immersion, traduction, comparaison, hybridation, « révélation » (je pense à la réaction de malaurie face aux mondes inuit) mais généralement il est besoin d’une passerelle , ainsi l’Afrique que l’occident contemple, le pont qui le fait accèder à l’Afrique, mais l’Afrique de la rencontre, qui n’est plus l’Afrique des origines, que l’on a forcé à ressembler suffisamment à l’occident pour que le dialogue, ou le constat puisse s’envisager, l’Islam a fait de même, est-ce qu’elle a déja commencé à se perdre ou est ce qu’elle est rentré en relation et a commencé de se préparer à l’échange, entre ses deux idées, mais aussi l’hybridation créole dont nous nous obstinons à ne pas prendre en compte la fabuleuse avancée, car ces mondes sont de tous les mondes, dans la souffrance de tous les temps mais aussi dans l’aujour’hui quand hier rejoint les ombres et laisse la fascination d’être en vie, prendre le dessus, même dans les situations supposément les pires, l’être humain se révèle à renaitre, vivre quoiqu’il en coûte, puisque vivre il n’est rien d’autre et la souffrance et la négation ont été vaincu, je pense la plus grande richesse du monde créole dans ce sourire, ce rire, qui obstinément avance,
Et la question, les indiens de l’Amazone devaient ils être changés, les mondes étaient ils si différent que l’on ne pouvait pas entendre ou suffisait il d’écouter ?

Il y aurait besoin de transformation pour accéder à l’autre et communiquer, je suis perplexe et bien sur la vie est dans la transformation. (relire Coomaraswami et l’Inde ne nous l’a t’elle pas promis? )

or l’écoute et l’acceptation entière est nécessaire , car sinon l’autre sera t’il encore l’autre et ne sera t' »il pas amoindri, sombrant avec l’idée de différence, de diversité et d’entente.

L’ idée que suggère Ségalen (relayé par Clifford) est une idée de voyageur, eux ont su se glisser dans les étonnements et en faire une force, se vouant sans se renier à s’augmenter constamment, donnant tout son sens au voyage qui est de traverser l’alterité sans qu’il n’y ait de but, mais, chacun nous le dira, on en sort transformé, augmenté de connaissance, un soi qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, ayant traversé et imprégné tous les points du trajet, l’homme a eu l’intuition du tout-monde dans la rencontre, dans le lien le laissant en devant de lui, quand il y parvient.
Je relis « ébène », « le voyage avec Hérodote » de Kapuscinski tout entier dans ce qui pourrait arriver et qui arrive, et je me demande si le rapport à la différence qui devait être si criante, ou était elle ressentie comme moindre, parce que moins ancré dans sa propre différence et dans l’idée, à la bien penser, de l’universalité qui est un leurre si elle repose sur une constante, sur un rapport à une normalité fixe, à une norme quand règne le divers,  l’imprévisible et l’inacceptable, je me prends à me demander si cela a toujours été vrai ou s’il a toujours fallut user des passerelles et des moyens véhiculaires. Il y faut peut être seulement un carnet (gris) ou un claquement de langue qui amusée tente de reproduire en riant les sons. Tout alors parait proche. Même s’il n’est jamais à atteindre, cela en fait il un  lointain ou est on entre deux eaux. finalement heureux et sujet du destin.

Deux idées me viennent, l’antiquité ne faisait pas référence à la couleur comme critère et  certaines régions comme celle de  l’ancien Niger qui, selon Hampate Bâ, étaient des zones de partage du territoire ou chaque ethnie se répartissaient les fonctions, les lieux et les divinités, ainsi les Bozos étaient les maîtres du fleuve,  les bambaras les forgerons et les peuples, vision idyllique mais est elle sans fondement, vivaient un espace partagé.  En était il partout ainsi ? le Rwanda et les régions des grands lacs vivaient ils suivant ce mode, comment un pays comme le Cameroun et ses quelques deux cent langues parvient il à ne pas s’incendier en guerre tribales, quel est le miracle de cet équilibre ?

et surtout qu’en est il de nos villes et de nos mondes qui s’enchevêtrent formant un monde dissemblable toujours au bord de la rupture ?

Comment se sortir d’un tel étranglement, qui va croissant et ne connait plus de limites ?

Shanghai tower

dans l’épaisse ombre

sur ma terrasse là où le soleil chauffe, je suis en train de lire ou d’écrire, bien que perdu dans la ville et étranglée par les voies rapides,  les grandes gueules par intervalles des lampadaires, ma terrasse résiste,  en plein coeur de la ville neuve,  elle rêve et se souvient qu’elle  était une ferme, plus de vaches, l’herbe est folle  et le chien n’aboie plus, la  terre presque glaise voisine  avec une plaque de béton où je passe la majorité du jour car il ne sert à rien de le nier, il fait meilleur vivre dehors et ma haie me protège des regards, j’aime vivre à l’aise et sentir l’air sur la peau, et même si je n’ai plus d’arbres pour suspendre mon hamac,  je m’assois dessus, mais plus important, ma terrasse de béton frelaté, creusée par l’eau et la chaleur,  les lézards y sont nichés, ils filent quand darde le soleil et paressent, je crois bien qu’ils se sont habitués à moi qui chasse les chats et réponds vertement aux pies, les goélands, eux, volent dans mon ciel citadin en criant à l’imposture et à qui mieux mieux, je les laisse en paix car il me parlent de la mer et moi aussi j’ai besoin de croire que je peux, d’un coup d’aile ou d’une salve de bec m’envoler et ne plus revenir, de toute façon ils n’en veulent pas des lézards… j’aime le croire, quoique le poisson sur le bitume ? mais les goélands ont leur raisons que je ne peux imaginer,

Lizardi, huile de Lamber Sav, 1995

les lézards sont poètes de la première heure et vrai,  de les voir traverser ce désert de béton et d’un coup se cacher dans les interstices de l’ombre transformer le ciment en roche et espiègles faire surgir leur monde reptilien à la face de la terre là où il n’y en a presque plus, ils me ramènent à ma résistance contre cette ville,  s’ils le peuvent, survivre ici sans que rien ne semble les toucher ni ne les concerner, ancêtres surpris de l’étonnement que je nourris face à ce traffic et aux défilés voila bien le miracle de ma terrasse d’être visité par ces présences, on ne peut plus ambiguës,  frère alchimique, signe et ouvreur des failles dans les murs, j’accueille toute ta population et je suis tes trajectoires comme un baume, je n’en connais pas le sens, lézards, créatures du soleil et mangeur des ténèbres du granit, fouilleur des cavités tu as de sombres activités, à quoi dévoues tu tes journées, quel dieux sers tu , en es tu un ?  l’ombre entre la queue et les pattes, l’oeil qui vert est un soleil, me trouble, me ressemble non que je perde ma queue, qui  le soir semble se détacher comme un hommage à la lune, ô  que le soleil me chante à en souffrir, douleur du jour je m’offrande à l’astre,  je lui livre ma tête,   je gravite et  iguane, de mes dents je ris comme eux, sorciers sont voisins des tours

 dans les herbes et les roches bien caché le lézard est là, on ne le voit pas parce qu’il se refuse à fixer l’objectif, avec détermination il m’assure que je ne le vois pas et qu’il n’est pas là, est ce un message à l’hostilité, ne me tolère t’il qu’en diagonale quand il vaque à ces poursuites ou qu’il dore au soleil, vrai,  lézard je jurerai que je n’e t’ai pas vu, même si rassuré je sais que je ne suis pas seul à faire comme si rien autour de moi n’avait d’importance, boucan que je tolère et n’entend qu’à peine,  vide d’imaginaire et silence alors que tout grésille, lézard, par toi la nature entre dans la maison qui de ce fait, est vraiment une maison, et j’attend la nuée des cigognes .

Deleuze : l’art libère la vie que l’homme a emprisonné

encre de Tal Coat

l’art ça consiste à libérer la vie que l’homme a emprisonné, l’homme ne cesse pas d’emprisonner la vie, ne cesse pas de tuer la vie,

la honte d’être un homme,

l’artiste,  c’est celui qui libère une vie une vie puissante une vie plus que personnelle , c’est pas sa vie,

libérer la vie

c’est ça résister

il n’y pas d’art qui ne soit une libération d’art, une puissance de vie ,

il n’y a pas d’art de la mort

 

… si on éprouve pas cette honte il n’y a pas de raison de faire de l’art

… les dangers partout

 

en philosophie aussi, nuire à la bêtise, résister à la bêtise,

s’il n’y avait pas de philosophie,,, on ne se doute pas du niveau de la bêtise,

la philosophie, elle empêche la bêtise d’être aussi grande que ce qu’elle serait s’il n’y avait pas de philosophie

et c’est sa splendeur,

on ne se doute pas de ce que ce serait,

créer c’est résister , mais c’est effectif ,

le monde ne serait pas ce qu’il est, s’il n’y avait pas d’art

ce n’est pas qu’ils lisent la philosophie mais c’est sa seule existence qui empêche les gens d’être aussi bête qu’ils le seraient s’il n’y avait pas de philosophie.

vivre et que vivre

dixit  MaJi Holly (sénégalaise, jeune et déjà talentueuse)

photo Jaabi , Sénégal, c’est pas elle mais ça pourrait
« J’ai une envie obsédante de me barrer avec mon sac chaque matin au réveil.
A pieds ou avec une deux roues, on s’en fou! L’essentiel, c’est d’arriver!
Donc je raconte…
La vérité est que je ne supporte plus personne, même plus mon ombre.
C’est pour vous dire!!!
Sale crétin de prince charmant va chier, frère et père honte à vous, amis matérialistes et superficiels allez au diable, diplômes de merde de mes fesses à la bûche (je vais passer le reste de ma vie à formater la merde que toi éducation nationale, tu t’es acharnée à déverser dans ma tête).
Je n’ai ni rêves ni passions donc je devrais m’en sortir pas mal,
ni attache ni but précis donc je finirai surement par rater ma vie.
Ce qui, ma foi, ne me déplairait pas au fond!
J’emmerde mon « avenir radieux » (quand ils en parlent, ils me font tous rire), merde, je veux juste rater ma vie!

 

 

ouais vrai sujet , mais on est pas obligé de se conformer , on peut vraiment partir et on peut vraiment créer en s’en foutant de bien écrire d’être entendu, d’être lu, qu’on nous aime, que ça intéresse , ouais on s’en fout !  réussir, mais réussir quoi ? c’est comme péter dans un verre d’eau pour ce que ça rapporte, moi ce que je pense c’est qu’il faut au moins réussir à faire un truc qui nous ressemble, en tout cas sur l’instant, parce qu’on change et que c’est à chaque fois à recommencer, mais selon leurs critères, aux autres, les successeux, là je te l’accorde on s’en fout ! et bien ! de réussir ! parce que fuck !

on s’en fout puisque c’est vivre qu’on veut , quitte à rater , ou est ce l’art suprême ? moi je pense que l’on peut tenter de se trouver si l’on se cherche et que l’on s’est perdu ou pas , ! dépend ! quitte à jamais se trouver et si ça se trouve on ne se trouve pas , c’est peut être plus possible si on s’est perdu , pas possible peut être ?! p’têtre qu’on trouve que ce que l’on jette au loin en se défiant de l’attraper avant que ça retombe, comme si on pouvait en avançant trouver ce qui a été laissé loin derrière peut être jeté dans une poubelle ou écrasé par un camion, de toute façon on va pas se retourner et faire le chemin à l’envers , non on serre les dents on crie shit !!! merde et fuck !! 

et dans une colère verte on essaye en marchant de faire des trous dans le chemin suffisament profond pour s’y enterrer , on crie fuck ! et on continue à avancer on rase le poids lourd en tentant de l’envoyer dans le fossé quitte à y passer

enfin c’est ce que je fais , vrai ma soeur , j’appuie sur le champignon et j’ai qu’une idée c’est me foutre dedans accrocher un regard qui m’obligera à lui en flanquer une, même en rêve

photo : Angèle Etoundi Essamba

ou alors je je pose le sac à terre et m’en fout de ton appart, bon j’ai fini par en avoir un, je loue, j’ai pas grand chose dedans mais tout ce qu’il y a c’est choisi, ça a droit de cité, pacte d’amour, et vrai j’ai accumulé un tas de bouquin que j’ai lu ou pas et de trucs  importants comme des bouts de bois déposés par le vent d’est et des cailloux à tête de cheval et des histoire à n’en plus finir, mais la HD, l’ordi et l’ipad je te dirais que j’en ai rien à branler et je me branle oui , toi aussi ok , bon on s’en branle alors ok , bon d’la musique et des sacs qui trainent ok je dis pas même j’en rêve et un de ces quatres ça va me reprendre parce qu’ici y’a rien ou peut être que je suis pas ici que je suis déja ailleurs

ROTIMI FANI KAYODE

Le vrai désespoir s’écrit à l’encre de sang et là on commence à entrevoir le chemin, tous les jours se lever avec l’aube dans ses doigts et les cheveux en bataille, en ordre de guerre et des bouts de ficelles dans les cheveux et les rêves dans les yeux, avec cette lumière qui perce dans les yeux comme si c’était ton kérosène et que t’allais décoller avec tes idées à bord dans ton sac ou autours de tes hanches,n tu les mets ou tu veux et si t’en as pas , et ben , t’en as pas , peut pas faire plus léger, ça décollera mieux, enfin peut être , souhaitons le, porte dans les cheveux comme des airelle, la lumière dans tes yeux ça passe bien dans les texte, quand tu peins y’a rien de mieux et quand t’es amoureuse si tu y arrives c’est encore mieux, une bonne déchéance, laisse pourrir les fruits sur ta tête tu verra que ça finira par puer, moi je le passe dans ce qui pour moi est le plus important, quand je crée,  je vibre et je me fous de tout ou presque, puisque à deux ça semble être dur et quand à réussir sa vie on en a déjà parlé!

emily-kam-ngwarray

c’est pas ce que tu veux dire ma soeur, bon mais c’est pas loin, quand même, un sac, des pieds nus et le moment pour rêver , à l’impossible, à la façon de Pessoa sans espoir de retour pour la raison que je t’ai déja dit parce que le retour y’en a pas, y’a que rrien, y’a qu’à avaler de la littérature qu’on aime, la zik qui nous perfuse et invoquer les dieux et pousser la mêlée, les pinceaux, les textes tous les jours que j’enfile à l’ordi, que je m’envoie à moi-même, y’en a c’est la baise, l’alcool, ce que tu veux , moi non,  parce qu’un beau jour je me suis dit que ça voulait pas être pas beau ma vie alors je l’ai faite belle, en rêve et sans tout ce que tu aimes pas, parce que moi c’est autre chose qui m’attire, c’est nager, les arbres, les plantes sur la terrasse ou la fenêtre, le sourire des gens ou la tronche qu’ils tirent, m’en fous pas au fond, de ça, je résiste et j’accumule les histoires, et je chante les airs du Brésil, et j’aimerai que ça soit réciproque mais ça l’est pas,

alors je me rêve comme tu sors par les rues et comme tu vis ta vie sans make up,

mais tous les jours je fous un coup d’boule à ce confort, je gagne juste de quoi vivre et pour ce que c’est que vivre ça devrait suffire même si c’est pas vrai mais ça devrait, et mon envie au coeur que tous les soir je mets sous la douche, pour que ça pousse

si tu me comprends

vent l’insatiable veut

les mouettes ont fait taire les grenouilles et le vent souffle , apporte de la fraicheur avec le soir ,

des cris bizarres dans la nuit , un cormoran, si loin de la cote cela semble peu croyable mais qui sait ce qui franchit la distance

c’est la magie du vent d’écourter l’espace rendre l’improbable tangible et se rencontrer  ceux que rien ne rapproche , la géographie est mouvante et l’homme constamment en mouvement, ce vaste tourbillon cellulaire, ces rythmes des planètes dans l’espace, l’homme n’en différe pas, de l’endroit où sa vie comme des cercles se répercute il  semble immobile comme  un vent qui mets en mouvement, croise et entrecroise, parallèle et traverses, lignes de fuite et tension, magnétisme, tout concoure à mettre en relation ou  s’affronter les immobilismes, points de rencontre issus des départs et des escales, rapts et attractions, l’le voyageur porte en lui l’improbable d’être là mais n’est déja plus dans l’ailleurs ni le lieu dans le là.

Le monde n’a pas attendu les défrichages pour métisser

céder à l’impulsion et partir se laisser aller aux affinité sans fins, connections électriques et tempêtes les regards quand les pas et la démarche portent

les souliers vernis et pieds nus comme un visage

cuissardes, la peau est zébrée des tatouages, dessins et signes, la peau porte le monde incisée sur elle,  en est la carte , insignes de la perception et dont il se réclame, trame de l’imaginaire autant de voyages contés  du fond de ce qui semble bien être l’esprit l’intention remonte, actes

un pan de tissus recouvre les corps permet de s’entrouvrir au chemin quand la marche attire le monde à soi

je pense à ces vents qui ont poussé les voiliers, à ces courants qui poussent par dessous les eaux et  font s’attoucher les cotes, délivrant les hommes et les asservissant

brèche de contact

langue véhiculaire

pas de la jambe et de l’élan *

lave et des décombres surgissent la flore

que peut ‘on savoir de la vie si l’on omet les vents, les marées et les courants

les planches des géographes préfigurent le jour où tu te laisseras aller au vent, le souffle infléchit les tracés qui ouvrent l’espace, cible de là où où les pas atteignent, si seulement l’on savait que tout est mouvant, fluctue,  se déplace et suscite les écarts , les obsessions, les grandes marches inscrites dans l’effort de l’un à l’autre prend par surprise, autre carte, ces déclic où la photo dessine le pourtour de ce qui fut reconnu et rêve l’ouverture nécessaire à s’augmenter de la couleur ou l’odeur, quand on s’arrête, quand l’étonnement est le départ de la compréhension, quand la passion rase au fil de l’eau l’envie de ne pas continuer vers où  se perdrait  le pressentiment quand face à l’autre le contentement de rester à accompagner ce corps et voir avec ses yeux, 

en rester là , ici

quand nourrit le déchiffrement, la charade et l’inintelligible est le prélude satisfait s’ouvre l’éclaircissement du mystère en soi

proie du vent

le muscle allié à la détermination, l’envie de rencontrer, d’apprendre et de rejoindre, d’échanger la monnaie de son expérience pour étancher cette soif,  à la recherche partir remplir son sac de la connaissance

pendant que le vent colle une croute de terre et végétaux sur les mollets  durcit la plante et l’esprit dévoile son propre vent au centre de la vie

gronde le  filet déployé vaste et qui ramène au sens et à l’entendement la densité clairvoyante,  l’en vie et la source prénatale de la valeur du chemin dépend de ce qui traverse

devenant plus léger et imprévisible à chaque voyage

l’homme en se chargeant de la terre se charge d’un sourire et sous son silence la foison des histoires le rapproche de lui même, tel qu’il se retrouve , comme si l’autre, dans les roches et la boue, les étoiles et l’insondable, la mort et la souffrance et dans ce déchirement des entrailles ce cri que le monde est à découvrir

se découvre

soulève le bandeau qui cache aux yeux et maintient l’habitude alors que le regard doit se faire neuf s’il veut voir et c’est pour cela que l’on part

soulever le voile de l’oeil, trouver le chirurgien qui libérera de l’illusion

chevaucher le vent,  l’immobilisme que l’on gagne dans la cavalcade soeur de l’escalade et de l’outre-passement, orgasme malicieux de l’existence, gourmandise  insatiable de celui qui sait que le fil est ténu et est fait pour craquer.

© photo Andy Goldsworthy

tag les caprices d’un fleuve, Yeelen, waati, signares

le soir

le jour  à voix basse je marche, je fais ce qu’on me dit, sans bien écouter je m’exécute, de ce que j’en comprends ça n’a pas beaucoup d’importance ni de sens et le soir je reviens là vaguement en déroute et contrarié,  je m’assoie ou je me mets à chanter pour moi seul un air que personne ne comprend ni n’entend ni ne me prend, le soir je ne suis plus les mêmes ligne, je fracasse le moule et je laisse échapper les points de suture, le soir je provoque la journée et je lui plante des épingles, je l’étrangle je ne lui laisse plus un souffle,

je lui tourne le dos

retour de flamme

Oui un retour d’une flamme … la colère est un sentiment que je comprends parfaitement mais que j’essaye de maitriser et qui m’interroge, ce sentiment doit je crois être utilisé à son bénéfice et non à sa destruction par plus fort que soi ou en effet l’injustice et le mépris (voir par exemple le numéro de la pensée de midi sur le mépris . Ici j’essaye de reconnaitre ce sentiment en faisant appel de façon plus ou moins déguisée, c’est à dire que je me l’approprie,  à l’expérience aborigène en Australie , .

Fiona Foley est une artiste aborigène contemporaine et cette peinture est  l’illustration idéale ; « l’image »situe le propos dans un contexte soudainement politico-métaphysique », tout simplement de souffrance.

Voila qui éclaire le sens que j’y mets,  même si je n’aime pas trop l’expliciter et que j’ essaye de garder une portée universelle (au sens où elle est offerte) à la réalité de mon expérience qui se rattache à un plus grand ensemble, social, politique et philosophique, esthétique et humain ; c’est le rôle de la poésie et de la pensée poétique , qui peut être pourra ainsi échapper au « non ce n’est pas moi », gardant un caractère opaque qui lui permet de résister, d’exister et de se développer comme ce prolongement en est la preuve, (suivant en cela la pensée première qui m’a inspiré: celle de Gandhi).

Le flux sur lequel nous vivons permet à la pensée de vivre et si nous nous en saisissons, d’infléchir la façon dont nous pouvons percevoir, peut être, loin d’un consensus social appauvrissant,
les réseaux sociaux en sont la preuve : d’un statut sur facebook  (Qu’est-ce qui vous fait croire que le mépris n’atteint pas la colère ? ) suivi de commentaires pertinents mais qui ne prenaient pas en compte une expérience vitale et sociale et privilégiaient la sagesse et l’acceptation candidienne (quelque part) mais finalement aboutissant au retrait (c’est comme cela que je le comprends l’ayant pratiqué) ou au renoncement (chose que je ne parviens pas à faire, je mets « l’habiter au centre de ma pensée et ne parviens pas à roder mais désire ouvrir ) et  le lendemain voyait mon envie développer les quelques mots en exergue et laisser dériver ou enfler dans un post  (https://aloredelam.com/2012/06/09/le-jus-presse/) qui aujourd’hui rallume le dialogue ; preuve que la flamme n’était pas éteinte et le sentiment vivant toujours à l’œuvre ; aujourd’hui le commentaire de M C T vient montrer qu’il y a une base sociale et révoltante : vivre avec 600€ et peut être même personnelle,  à la colère ou à l’injustice, à l’inadéquation de l’existence sociale nommée « mépris » à la réponse non tolérée (par les pouvoirs imbus) .

Je m’apprêtais à écrire un autre texte, encouragé par la vidéo d‘Angélique Ionatos sur Médiapart qui dans ses propos rejoint les statuts que j’avais publié quelques jours plus tôt sur la nécessité du rêve et de l’utopie et l’amplifiant, lui donnant un socle social et politique  : la situation en Grèce mais aussi celle que nous vivons et dont le mouvement des indignés témoignent, un texte de Dimitris Dimitriadis poète grec contemporain s’en faisant l’écho et donnant un poids immense à la notion d’être là dans ce temps de maintenant, prélude à un monde nécessairement nouveau ; une dimension philosophique, artistique et poétique : la conscience et l’intuition d’Odysseus Elytis toujours bien présente est la preuve que la poésie que l’on croit sage et enfermée dans les livres est un retour de flamme que le moindre souffle humain ranime ; car là est le cœur de l’art  et le fondement de l’engagement : l’humain et la relation (un autre de mes poètes, central, peut répondre : Edouard Glissant a basé son œuvre sur cette pensée et cette révolte qu’il nomme « tout monde »); idée que ce texte développe car sommes nous en train de faire si ce n’est un tour du monde de la révolte, du mécontentement et de la volonté de l’utopie née de l’insatisfaction et du mépris qui peut aller jusqu’à la négation, comme les esclavages en témoignent ;

http://www.dailymotion.com/embed/video/xrggsi
Et les rêves prendront leur revanche… par Mediapart

Il est fascinant de voir comment la pensée sur internet peut enfler et s’augmenter de l’apport de l’autre ; donner un souffle plus fort à la réaction, à l’action aussi infime soit elle, qui du fait de son énonciation, existe et fait fleur autour d’elle, empêchant l’adverse de s’établir, du moins on l’espère ;

Là, le commentaire que je comptais écrire devient « post » à part entière, me donnant l’occasion d’expliciter et de développer un propos et déjà j’envisage des thèmes futur, en gestation ou à délivrer, m’enflant de force et poussant  ma pensée plus loin, la faisant sortir du ghetto de l’opacité ou elle était confinée car en effet elle refuse de se soumettre et de se concensualiser ni de se radicaliser à outrance.

Ainsi  l’échange et la relation favorisent l’écriture et le contenu qui se diffuse a finalement la densité de  la pensée, oblige à plus de fermeté dans la tenue et l’élocution, au sens on l’on « dit » fait vivre une attitude au monde, trottoir qui déborde les maisons. l’écriture atteint son but en s’enrichissant de l’autre et s’amplifiant, donne envie de continuer la navigation de cabotage (Jorge Amado) l’exemple, ç’aurait pu être celui de José Saramago,  n’est pas innocent.

Comme le disait Barbara Glowczewski dans ses ouvrages sur les sociétés et la « politique » aborigène , nous pouvons mieux comprendre les logiques culturelles des sociétés aborigènes maintenant que nos sociétés ont intégré les logiques de réseau dans leur fonctionnement , bref notre pratique et l’existence d’internet permet un éclairage sur les pensées aborigènes que les penseurs de jadis ne saisissaient pas, l’ethnologie toute entière et la réalité des peuples autochtones est d’ailleurs à repenser, ou peut être faut il simplement se passer de les regarder (s’en saisir par la pensée) mais simplement les laisser parler et nous laisser happer ; la boucle se boucle ainsi ou plus exactement est renvoyée comme un boomerang à son point de départ, préparant à entamer une boucle de plus car ce sac de nœud qu’est l’univers quoique bouclé n’est jamais conclu.

Cela avec internet est possible et la réponse dont se nourrit le blog qui est conscient de devoir revendiquer sa position de libre-pensée en tant qu’action, vent-brouillon qui n’est jamais conclu mais toujours en mouvement même quand il semble au repos ; la pensée – écriture n’est pas uniquement mots mais est parole active ne cessant jamais.