vivre et que vivre

dixit  MaJi Holly (sénégalaise, jeune et déjà talentueuse)

photo Jaabi , Sénégal, c’est pas elle mais ça pourrait
« J’ai une envie obsédante de me barrer avec mon sac chaque matin au réveil.
A pieds ou avec une deux roues, on s’en fou! L’essentiel, c’est d’arriver!
Donc je raconte…
La vérité est que je ne supporte plus personne, même plus mon ombre.
C’est pour vous dire!!!
Sale crétin de prince charmant va chier, frère et père honte à vous, amis matérialistes et superficiels allez au diable, diplômes de merde de mes fesses à la bûche (je vais passer le reste de ma vie à formater la merde que toi éducation nationale, tu t’es acharnée à déverser dans ma tête).
Je n’ai ni rêves ni passions donc je devrais m’en sortir pas mal,
ni attache ni but précis donc je finirai surement par rater ma vie.
Ce qui, ma foi, ne me déplairait pas au fond!
J’emmerde mon « avenir radieux » (quand ils en parlent, ils me font tous rire), merde, je veux juste rater ma vie!

 

 

ouais vrai sujet , mais on est pas obligé de se conformer , on peut vraiment partir et on peut vraiment créer en s’en foutant de bien écrire d’être entendu, d’être lu, qu’on nous aime, que ça intéresse , ouais on s’en fout !  réussir, mais réussir quoi ? c’est comme péter dans un verre d’eau pour ce que ça rapporte, moi ce que je pense c’est qu’il faut au moins réussir à faire un truc qui nous ressemble, en tout cas sur l’instant, parce qu’on change et que c’est à chaque fois à recommencer, mais selon leurs critères, aux autres, les successeux, là je te l’accorde on s’en fout ! et bien ! de réussir ! parce que fuck !

on s’en fout puisque c’est vivre qu’on veut , quitte à rater , ou est ce l’art suprême ? moi je pense que l’on peut tenter de se trouver si l’on se cherche et que l’on s’est perdu ou pas , ! dépend ! quitte à jamais se trouver et si ça se trouve on ne se trouve pas , c’est peut être plus possible si on s’est perdu , pas possible peut être ?! p’têtre qu’on trouve que ce que l’on jette au loin en se défiant de l’attraper avant que ça retombe, comme si on pouvait en avançant trouver ce qui a été laissé loin derrière peut être jeté dans une poubelle ou écrasé par un camion, de toute façon on va pas se retourner et faire le chemin à l’envers , non on serre les dents on crie shit !!! merde et fuck !! 

et dans une colère verte on essaye en marchant de faire des trous dans le chemin suffisament profond pour s’y enterrer , on crie fuck ! et on continue à avancer on rase le poids lourd en tentant de l’envoyer dans le fossé quitte à y passer

enfin c’est ce que je fais , vrai ma soeur , j’appuie sur le champignon et j’ai qu’une idée c’est me foutre dedans accrocher un regard qui m’obligera à lui en flanquer une, même en rêve

photo : Angèle Etoundi Essamba

ou alors je je pose le sac à terre et m’en fout de ton appart, bon j’ai fini par en avoir un, je loue, j’ai pas grand chose dedans mais tout ce qu’il y a c’est choisi, ça a droit de cité, pacte d’amour, et vrai j’ai accumulé un tas de bouquin que j’ai lu ou pas et de trucs  importants comme des bouts de bois déposés par le vent d’est et des cailloux à tête de cheval et des histoire à n’en plus finir, mais la HD, l’ordi et l’ipad je te dirais que j’en ai rien à branler et je me branle oui , toi aussi ok , bon on s’en branle alors ok , bon d’la musique et des sacs qui trainent ok je dis pas même j’en rêve et un de ces quatres ça va me reprendre parce qu’ici y’a rien ou peut être que je suis pas ici que je suis déja ailleurs

ROTIMI FANI KAYODE

Le vrai désespoir s’écrit à l’encre de sang et là on commence à entrevoir le chemin, tous les jours se lever avec l’aube dans ses doigts et les cheveux en bataille, en ordre de guerre et des bouts de ficelles dans les cheveux et les rêves dans les yeux, avec cette lumière qui perce dans les yeux comme si c’était ton kérosène et que t’allais décoller avec tes idées à bord dans ton sac ou autours de tes hanches,n tu les mets ou tu veux et si t’en as pas , et ben , t’en as pas , peut pas faire plus léger, ça décollera mieux, enfin peut être , souhaitons le, porte dans les cheveux comme des airelle, la lumière dans tes yeux ça passe bien dans les texte, quand tu peins y’a rien de mieux et quand t’es amoureuse si tu y arrives c’est encore mieux, une bonne déchéance, laisse pourrir les fruits sur ta tête tu verra que ça finira par puer, moi je le passe dans ce qui pour moi est le plus important, quand je crée,  je vibre et je me fous de tout ou presque, puisque à deux ça semble être dur et quand à réussir sa vie on en a déjà parlé!

emily-kam-ngwarray

c’est pas ce que tu veux dire ma soeur, bon mais c’est pas loin, quand même, un sac, des pieds nus et le moment pour rêver , à l’impossible, à la façon de Pessoa sans espoir de retour pour la raison que je t’ai déja dit parce que le retour y’en a pas, y’a que rrien, y’a qu’à avaler de la littérature qu’on aime, la zik qui nous perfuse et invoquer les dieux et pousser la mêlée, les pinceaux, les textes tous les jours que j’enfile à l’ordi, que je m’envoie à moi-même, y’en a c’est la baise, l’alcool, ce que tu veux , moi non,  parce qu’un beau jour je me suis dit que ça voulait pas être pas beau ma vie alors je l’ai faite belle, en rêve et sans tout ce que tu aimes pas, parce que moi c’est autre chose qui m’attire, c’est nager, les arbres, les plantes sur la terrasse ou la fenêtre, le sourire des gens ou la tronche qu’ils tirent, m’en fous pas au fond, de ça, je résiste et j’accumule les histoires, et je chante les airs du Brésil, et j’aimerai que ça soit réciproque mais ça l’est pas,

alors je me rêve comme tu sors par les rues et comme tu vis ta vie sans make up,

mais tous les jours je fous un coup d’boule à ce confort, je gagne juste de quoi vivre et pour ce que c’est que vivre ça devrait suffire même si c’est pas vrai mais ça devrait, et mon envie au coeur que tous les soir je mets sous la douche, pour que ça pousse

si tu me comprends

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rire l’exil d’ici

tout-monde contre exil

ou bien

porte t’on l’exil en soi

ou bien

porte t’on le tout-monde en soi
malgré l’exil malgré la fraction du monde en trois malgré le monde et malgré soi

rire l’exil d’ici et quand la vague frappe plus fort qu’un crash à Hyde Park est une antidote à l’exil

qui défie d’exil d’être au monde ne répand pas d’exil s’il ne se retourne pas et réinvente ce qu’il a laissé qui l’a tué, abandonné et que meurtri il a du quitté comme une meurtrière dans la tour éperonner l’alezan et à travers champs peut être d’iles et de malédictions jeter aux corbeaux si le tout-monde en soi porte à bout de bras malgré l’âme qui plonge et braille en ressac

le monde enveloppe et ce poignard d’être d’un lieu à rebours ou à reculons ne vaut pas que l’on se terre même si cime-terre danse Mame luck plus fort qu’un dervish qu’un dare devil et qu’erre

puisque à t’entendre même dans les caves et dans les villes

l’on accepte d’être de tous les mondes ou d’un tout Monde qui signifie qu’il n’est plus besoin de retour ni de marche arrière et encore moins

de panne sèche

même en plein désert la rain forest et les villes fut elle Sao Paulo abrite bien dans un pot de fleur un hibiscus prélude à l’après midi d’un faune,

bacille de la forêt d’émeraude

et chant des pygmées dans ce concert de klaxon

quand on écoute stomp le coup de balai se confond avec la pluie et les poubelles rugissent si fort

sacré baile funk je veux bien baile funk toute la nuit au rythme de ballet stomp et grommeler en ouvrant  ma coquille un air

en quadrille

de conque et montrer ma binette

qui deux par deux

baile le funk

alors quoi la nostalgie cette douceur de l’âme est de tous les départ et ne se trouve qu’à l’arrivée quand touche terre terre les douceurs alizés emportent la tristesse et à Lyon les bouchons quand à Carcassonne et à Frankfort même le wurst chou krouté est poéllé

alors quoi il n’est plus besoin de se sentir des relents d’accents et d’épicer la tambouille

peut on vraiment, est ce vrai exploser au nom d’Allah les sanctuaires des saints de Tumbuktou  touareg du désert ou Buddah d’Afghanistan les signes de nos traces sont elles envolées effrités et rien ne fait il plus de différence quand on acquiesce au monde

il serait le monde et on serait à lui , on se donnerait sans compter et on ne se retournerait pas car devant les voiles du sexe nourrissent les seins et l’esprit saint tout d’un même tenant et la boussole n’est qu’affective

Angèle etoundi Essamba

tu étais bien parti mais tu commences à dire n’importe quoi ! me dit il , le perroquet du haut de son perchoir a tout vu et me le répète mot à mot

que veux tu donc dire ?

Ne comprends tu pas ?

l’être au monde est il et cela suppose t’il qu’il n’est besoin de lieu d’ou l’on parle car de fait « on parle » c’est donc que l’on parle et donc d’un lieu

d’un lieu mais pas du lieu ,

ah y a t’il le lieu ,  plutot qu’un lieu, le lieu de l’aimantation, un pole à soi d’ou l’on revient et qui nous manque

qui nous meurtri et nous rappelle les chansons la langue qui douce mère nous tisse et que l’on chérit même dans la violence ,

faut il faire ce deuil là et ira t’on dans les cimetières retrouver les traces perdues ou le soir sur la falaise jeter les yeux dans la mer

ce lieu qui est en moi ne m’appartient déja plus

c’est je pense le lieu de la souffrance et le lieu du rire et du jaccasse vaut mille fois plus pourvu qu’en son estomac la nasse mêle tous les poissons du monde

monde dont je suis

et que d’exil la tristesse comme les baleines viennent s’échouer , déesses de terre dans l’ile rompant la promesse et l’alliance des grands fonds, un enfant s’accroche à la mer et scelle le pacte.

mais sans être seul dire

et tram dans la ville indigeste le tube ingère

ils souhaiteraient que l’esprit mature que ne croissent plus les arbres ni les mains ne se touchent

que la carte soit feuille de route, les hautes pointes leur ont appris à penser la seule tracée tangible, leur courant le seul au mépris de ceux qui circulent. La machine à broyer, jusqu’au coeur de l’entendement, ignore l’inaudible, qui entre les fils barbelés laisse échapper des vides desquels poussent des désirs, pendent des fibres de laine qui dans le mécanisme détraque les rouages, hommes et femmes, bêtes et matières organiques, tout semble ficelé dans un même ensemble que eux contrôlent puisqu’ils le pensent. s’ils n’y avait la couleurs et les mains qui se touche victoire sur l’apparente de docilité réduite au silence quand gronde le tonnerre que l’on prend pour le canon

Angèle Etoundi Essamba, Symbiose

c’est pour cela que l’on peut écrire faussement que le monde est une enclume, que l’homme rentré chez lui se délaisse et invoque d’un jeu de mot le réel, entre quatre murs, saints ou au poids de l’imaginaire l’homme pense à s’évader mais seul, dans la cuve bout les fibres du parchemin

dans le silence de nouveau les corps se croisent, se reconnaissent, encore les regards saluent bien loin du coin de l’oeil la pétulance, une irradiation cette attraction et dans le lit de ce non dit s’opère les vieilles alliances et sans que rien ne soit dit,

on entend les éclats de rire et le reste des peaux qui se touchent, les voix sans que rien ne se dise, sons sans que soit convié le sens, à l’orée de la colère muée en retrouvailles pour que  l’indispensable circule, rétablisse  les courants d’homme à homme de femme à femme dans la violence et le rêve

dans la transe ouverte soit la Sibérie la prose du transsibérien, comme un rêve ou un rappel

un chien hurle, message à l’invisible

les vies comme nerfs à vif comme des virgules qui loin de réenchanter le souffle, ponctuent, ponctionnent la dynamique, comme une carte statique qui jamais ne gagnera sur les blancs, les code-barres se déplacent, les hommes se poussent et brouillent les cartes, en vie seulement,

c’est ce qui les trouble,

Angèle Etoundi Essamba, mains

dans les dissonances les harmonies  sécrètent à l’insu l’ordre nécessaire, l’énergie s’ingénie, le début d’une victoire sur l’inconscience quand en dessous le vivant continue de sourdre,

on dit que dans le temps du carnaval ou après les ombres se réunissent dans les cimetières, mais que sait-on des cimetières sinon qu’ils réunissent, et que l’esprit tente de réintroduire la joie, la langue occulte sur la langue pointe sans que l’on puisse la déchiffrer, le vivant aurait il besoin des morts et les rappelle t’elle? rejouer la farce, l’histoire à rebours qui fut mystère, tribunal et que la tombe témoigne

les bateaux autours de l’ile vont au loin à la recherche du poisson maintenant qu’il nait plus de poisson, que les traces encore présentes mènent à ce qui fut et écho de ce qui avant menait à l’eau et au-dela

partout où le regard porte les hommes se rassemblent, ils émettent en commun ce qu’ils savent du monde, fumet qui dans la langue et le toucher se forment, quand arrachés les arbres brûlent et laissent l’or à vif  et dans la plaie l’ancienne mémoire des transformations affleure la stérilité et que les mains attouchent, se forme la grande chaîne des ressemblances, tremblement de l’affinité, dans le toucher le savoir de la souffrance et le lien raffermi

la parole se partage et bout à bout tisse la trame indispensable

© Erykah Badu performing in Washington, DC. Filmed by Interact,Inc. for blackpgs.com video series

Angèle Etoundi Essamba

à  acheter de toute urgence « Voile et dévoilement » , édition Cheminement , 2008 ,

livre de photographies lumineux, zanzibar et les femmes, le voile vu autrement que ne le voit Laure Adler dans le livre « femmes hors du voile « , un autre regard qui rappelle le chemin du long désir d’Ananda Dévi.

Et justement Ananda Dévi et Houria Abdelouahed signent de très belles pages, qui comme les poèmes d’Angèle E E ponctuent de mots la fournaise de la bouche voilée du regard, braise à lire et dont je livre un extrait avant de courir au Musée Dapper voir l’accrochage d’autres photos d’Angèle Etoundi Essamba au cours de l’exposition « Femme dans les arts d’Afrique » . l’éclat de la beauté me ramène à Amina, à ce rivage entrevu et définitivement accosté dans le feu de l’ancre du rêve.

Loin s’en faut. Oubliez vos croyances, vos a priori, vos préjugés : ces voiles-là ne sont pas des voiles, loin s’en faut. Aurait-on au fil des siècles, oublié le pouvoir de la vrai séduction ? Croyiez vous contempler de femmes séduisantes en feuilletant des magazines de mode ? Dans les corps émaciés, retouchés, édulcorés, cadavérisés des top modèles portant sur la bouche et au bout des seins le goût fade de l’argent , du toc, du fac-similé, du factice, croyiez-vous trouver de la beauté ? La liberté des femmes se trouve-t-elle dans cet étalage sans âme, dans ces étranges postures, dans le vide de leurs yeux écarquillés ? Tandis que les adolescentes se transforment en midinettes vite désabusées par le pouvoir des média et de la téléréalité, quelque part ailleurs s’écrit une autre histoire que peu s’attachent à découvrir.

Venez laisser Angèle Etoundi Essamba  vous la raconter. Elle vous attire dans un guet-apens. Vous n’en reviendrez pas indemne. Comment ne pas se laisser prendre à son jeu ?  A  cette séduction qui ne repose pas, elle, sur le dévoilement littéral du corps, mais au contraire sur celui qui a lieu uniquement à travers le regard. Entrez dans le monde d’une beauté à fleur de plis, au cœur des silences, au versant des secrets. Y a-t-il de plus belle séduction que celle qui se chuchote entre deux sourires, celle qui danse entre deux esquives, celle qui se dissimule dans l’ourlure d’un regard.Ce n’est pas là une beauté étalée sur la page pour être cannibalisée.  Ce n’est pas celle que l’on consomme et que l’on oublie.  C’est celle qui se procède de la magie : magie du blanc, visibilité volée  sur un banc de sable comme une aile d’oiseau marin entrevu le temps d’un battement et qui, aussitôt après, disparaîtra. Magie du bleu magnétique qui est une porte sur des rêves interdits. Magie du noir, bien sûr, qui se passe d’explication car il nous vient du temps des mythes et des sorcières qui, d’un seul regard, foudroie le voyeur et le transforme en pierre !Le blanc s’envole, le bleu s’étale, le noir s’enracine. Le noir caresse, absorbe, aspire. Vu dans la fente du noir, le bleu se vêt d’or sombre, les yeux jaillissent de la paume de la nuit, les cous s’élancent en une grâce douloureuse et les poignets s’enlacent de bijoux de broderie ou de henné. Le noir ne masque pas, il magnifie.


On peut bien sûr imaginer un autre destin derrière ces visages et ces corps dont la magie semble venir d’un lieu bien au-delà du temps, un lieu atavique et songeur que révèleront les portes cochères une fois ouvertes. Ces femmes-là ne sont pas seulement des images qui font frissonner d’une envie secrète. Elles existent dans leur monde ; elles peuvent être aussi épanouies que semblent le dire ces photographies ou dissimuler au contraire de profonds désarrois.  Chaque image fixe un éternel présent autour duquel s’éploient un destin,une existence, un passé, un futur que l’on ne saura pas. Mais ce ne sont pas les voiles sinuant sur les courbes mobiles qui condamnent ces femmes à une tragédie annoncée : seuls les hommes sont capables de le faire. Une main qui s’arme d’une gifle, une bouche qui s’ouvre sur le mépris, un quotidien qui s’appesantit sur l’épaule et la ploie, chacune d’elle peut connaître cela, et chacun de nous qui les regardons, peut connaître cela. Souffrir et faire souffrir. Il n’y a pas de frontière. Un voile ne fait pas d’elles des désemparées. Tout comme un corps librement révélé ne fait pas d’une autre une femme libre.(…)

© Ananda Devi, voiles et dévoilements

Angèle Etoundi Essamba