Origami

(Lettre à Megumi)

ship 016

Je te regarde, je suis si mélancolique et je te vois pensive.
les yeux perdus dans le vague. Tu es de ce pays que j’ai regardé de mes yeux émerveillé d’enfant, ce pays de bambous de papier et de cerisiers, ce pays du grand calme et de la fascination bruyante. Un songe flottant comme un kimono d’élégance,  de fleur et d’offrande. Peut être je t’en aime encore plus ou es tu  cette élégance?

Mais soudainement je suis triste, tu ne parle que peu, tu songes ou tu es fatiguée, verte non comme une chatte ou une plante mais comme une forêt, je cherche plutôt à comprendre pourquoi très tôt cet œil m’a saisi, il n’est pas pétillant aujourd’hui mais il attend que la petite grandisse. Dans les yeux je me perds je te vois rire et tu es la pointe de toutes les ivresses et si calme tu lances des vaisseaux vers chacune, tu ris et tu surveilles la vie éclose comme une eau flotte la sensibilité, les lignes végétales dans l’eau, les algues et les mousses humides. Par dessus tout, quand tu aimes ton regard glisse, il ne s’ouvre que peu , il n’en a pas besoin, tu attends avec les fleurs blanches. Ces lys qui surnagent d’un piano.Mais soudainement c’est la fête et tu parles de manger, sushi ou mets glacé , je te regarde ému, amoureux même, je t’envoie un poème , il est question de portugais et de navigateurs conquérants, une jeunesse sous la lune et le mont Fuji, je cherche à t’atteindre et sans doute la beauté, lancer des bateaux moi aussi vers la cote du Japon.

Comme du champagne, rêve si doux, nous deux dans l’avion, origami que j’ai mis près de Toshodaiji . Traduit de l’incertitude, j’ai peur de te voir partir .

998783_10151619548563068_931655251_n(1)

Même noire

Astre Lune
même noire

je lève les yeux
fondée au blanc

te songe
la courbe

je scande la ronde
j’aime te voir

nénuphar nimbus
l’ovale
la tendre

te prendre pour eau et rire

Angèle Etoundi Essamba, Dialogue
Angèle Etoundi Essamba, Dialogue

comme des crépuscules comme en plein jour

Mais surtout nimbée le soir
sur le mat blanc
le cygne
la lune soufflée
entre les bois sombres
elle pleure
bleu brillance du noir
ou l’ange main
grains de lune
il faut descendre plus bas que les seins
je les aperçois
glisser plus encore à l’eau
dans le corps mis à la blancheur
mate et mure
il dévale de cette douceur
soie brune

 
comme des crépuscules comme en plein jour

 

nakashima
nakashima

chat à la lune

Sous la lune le pont bouge

rouge les feuilles de l’érable

et la bouche qui murmure

blanche les fleurs du cerisier

blanche la peau sous le jais

la peau enjambe un pont

et l’amour coule en dessous

l’eau et les feuillages et le halo

rouge fièvre un chat à la lune

embrase les feuillus d’un sourire

 

Monet, le pont japonais
Monet, le pont japonais

 

Sous la lune

Si tu me demandes où je veux être

avec toi sous la Lune

Je t’attends sur le pont rouge

une larme coule de la Lune

Le pont rouge est une bouche

veut il manger la Lune ?

Sous le pont il y a une barque

celle où je t’emmène

l’eau et les fleurs et ton sourire

la lumière inonde la Lune

sur la rivière sur le vieux pont

nous regardons les feuilles passer

(à Megumi)

 

moon

funiculaire

Repartir en pays inconnu

suppose les grandes montagnes

les grandes chaînes à traverser

et puis un moment l’envie

 

Quand la minute dans le vague est trop longue

que le vague a trop de poids

que je trace le caractère

tentant l’ascension

 

Sur la feuille

Sur le sable

Du doigt

Dans l’air

 

735872_519134204828014_649129327_o

 

C’est pourquoi je lis

les livres que je trouve

 

J’avais en tête funiculaire je descendais le long du fil

 

Le cœur bat plus vite que le tambour

je suis celui noirci d’une locomotive

 

La tourmente de neige écrit ton nom auprès du radiateur

 

Dans le train

il s’agit moins de l’axe ferroviaire

que de l’image de toi

ces ombres et ce flou de tes fossettes

que je fixe

 

Splendeur

 

La mer le long de la cote

ce dérapage à travers l’océan

cette fente dans ce sourire

ton nom  agit sur la montagne

 

Attends

 

Il y a un recoin où le vent n’entre pas

c’est une cavité où l’on ne peut penser

où même l’inquiétude n’agit pas

Si roulant je suis en marche, inquiet