franc ou rire

Franc

ou comment je retrouve la trace de la langue dans la langue
ou bien quand tout n ‘est pas si simple
du moins pas tant que ne brille pas le bouleau ou la roche, ou l’illustre vocable qui court dans l’eau
sur l’eau comme une truite
ou une écrevisse

un caillou

comment c’est la trace de la brillance dans l’histoire
en levant les yeux
c’est se retrouver seul au milieu de l’été

sa colère

noyé

comme un pêcher sans fruit
et se rêver fructifié comme on dit crucifié
ou sanctifié

car n’être plus seul c’est se remettre à humer la piste

ramasser ou aimer les fleurs en chemin
comme un vol-au-vent
un cerf volant
une griffe sur l’arbre

car sans sa langue
sans son paysage
sans ses dents
sans sa chanson

et sans l’espace autour de soi
non qu’il soit à soi
mais qu’il soit soi

voulant dire que l’on hume

à la marge de sa peau chasser dans le bois

car alors on est pluie dans une foule indistincte
on est plus sans nom
l’on se met à suivre un nom
son nom

l’odeur que l’on en a
le chant illustre que l’on en a
accroché aux os de son nom
et de la langue qui nous sert d’échange

on se parle
comme on dit que parle
ou que traverse
ce qui à la marge
unie

inspiré de la francophonie ou d’un chemin qui réouvre tel que le dit Rita Mestokosho

dessin , Lamber Sav
dessin , Lamber Sav

francophonie

 

ce qui m’intéresse ce n’est pas le français mais les gens, les peuples etc. individualités qui transitent par cette langue, le français sans les français dirait Anna Moi, qui de toutes façon n’existent pas , c’est pour cela que l’on peut dire cette phrase,
néanmoins j’ai l’impression que l’on revient à une fiction de l’identité nationale qui est hors de propos, sauf dans les sphères du pouvoir , dont on se fout (enfin moi ) par contre des individus nageant dans le bain de la langue française .. écrivent, parlent, ramifient des expériences, etc. là ça devient intéressant dans ce qu’ils apportent de neuf, de différent, humainement et avec des codes souterrains différents, fondant un tout-monde, un dit plus libre sans référence à cet agrégat qu’est le français et qui nous échappe, qui nous contraint et où on ne se reconnait que par habitude,
revenir à une langue identité est asphyxiant, vive la langue qui se déploie
en fait ce qui m’embête c’est de mettre en premier plan la langue française et l’environnement culturel dit de France soit-disant universel et de fait colonial ; la notion de France n’est que secondaire sauf si elle est fondatrice mais l’est elle ?

photo , inconnu

 

esperanto desespérento

…les langues multipliées multiplient les imaginaires . En passant à l’acte d’écriture on en déstocke le trop-plein en restituant une bibliothèque d’histoires, d’énigmes et de rébus. A la parole spontanée se superpose la parole invisible, on passe du conscient à l’inconscient en dérivant de la langue au langage. on donne aux mots une deuxième dimension, élaborée inconsciemment à partir de sédiments, … sables, graviers limons en  proportions inégales selon le parcours de chaque vie dans des territoires inconnus .

…le vagabondage au milieu de syllabes qui changent de sens dès qu’elles changent de ton ou d’accent me projetterai sur une longue route aux multiples déviations … Ma palanche serait alourdie de mots agencés à la manière fantaisiste de colporteurs qui proposeraient le soja avec du sirop de sucre parfumé au gingembre, le manioc bouilli avec une poignée de bonbons à la banane confite  Des mots inégaux qui mettraient en déséquilibre les paniers au bout de la palanche . Des mots pour tomber à la renverse et pour marcher à reculons en broyant du noir aux cotés des âmes errantes, déambulatrices de l’autre monde, amputées de langage ou de sons et dotées seulement du don de hantise. Des mots à avaler, mâcher ou croquer en déambulant en compagnie de tous ceux qui s’agiteraient autours de moi, seuls ou en famille, souvent chargés eux mêmes de lourds fardeaux : canards vivants, arbres à cames, arbrisseaux, pianos à queue, bouquets de nénuphars équeutés.

© anna MoÏ ( esperanto desespérento)

Anna moï écrit aussi sur son blog dédié à sa passion des jardins, à lire ici

http://tropicalediblegarden.blogspot.fr/

Jacques Rabemananjara

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire.


Mais j’en ai marre, moi, marre jusqu’à la nausée
du clinquant et des fards sur les joues philistines
de la tare encombrant les ailes des narines
marre
de la virginité technique de l’ombilic et marque de fausseté
marre du cauchemard en forme d’hippocampe au bout des
boulevards.


ce ne fut que péché pubère, intrusion dans l’outremont,
le plongeon du nageur parmi les nacres des grands fonds.

Le coeur est resté comme un vol d’hirondelle au ras des vagues
matinales
et l’entaille dont j’ai griffé la poitrine de l’interdit
s’est mise à la couleur belle de ta nativité.


dans la courbe des longs sourcils
j’ai appris à l’apprivoiser, le vif hiéroglyphe,
qui d’un coup de paraphe a garanti pour nous les pages blanches
du bonheur.

Car ta beauté, charme impair,
ta beauté
la nudité du corps rythmique du printemps,
la nudité de l’âme offerte à l’appétit phallique du soleil.

C’est le cri du réveil d’entre les pierres lourdes de cent millions
de morts
brusquement arrachés à l’hypnose des âges,
la reprise à midi du refrain de l’aurore
pourqu’à l’ouïr
un sursaut vertébral s’empare à même du sol identitaire.

En toi tout est symbole, harmonie et synthèse,
point d’orgue et joint subtil de toute chose,
de mes entrailles pourpres comme des lèvres de volcans,
visible
invisible
ayant reçu comme toi-même en legs le monopole immémorial
du lourd dépot du capricorne.

Je te reconnaîtrais entre mille entre millions au seul pli du lamba
jaculatoire
sur le saillant de tes épaules,
la voile de mon boutre obsédé du retour au pays d’origine,
la retombée d’un bras
subite oasis d’ambre où rampe entre deux bonds le plus fauve de
mes désirs.

O semence ! O mystère ! O germination cosmique de la graine !
accord parfait des reins en râle !
et Toi fécondité
des ventres tout à coup graves comme la mort et doux de la
douceur de la paupière des pintades.

Mais quel esprit divin nous illumine, nous, les nouveaux
mystagogues.


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, oeuvres complètes poésie, Présence africaine)

Grand poète malgache que michel Leiris (« zèbrage » ) d’un coup de sublime indicateur des ailleurs m’a envoyer côtoyer, traçant en cela un chemin,
ce texte « Lamba »  nous place d’un seul coup au coeur de la grande civilisation malgache et sa force d’aimant, identitaire pli du vêtement qui autant que recouvrir pare d’un tissus ou le parcours et l’endroit d’où se tient l’homme est indiqué, enveloppé dans cet habit il désigne la femme et entrevoit tout un fil des jours de quoi l’éternité est faite,  se révolte contre le grand désidentiteur qui brade tout de  l’humain au marché aux puces du recyclage,
Le grand Césaire fera de même ,
Brêche ouverte, le surréalisme en Europe , car c’est bien toute cette reconquête de la parole partie au sein de l’Europe décomposée par la guerre et la destruction, à commencer par la place de l’homme et de ce grand imaginaire inconscient que l’est de l’Europe a tenter de résister à l’inconcevable et semé les cailloux de la retrouvaille, redécouverte et affirmation de soi que la langue française par le surréalisme poussait vers les contrées colonisées et dépossédées, des  poètes et intellectuels s’en sont saisis et l’on confronté à la force vive de la culture dénigrée, ont entrainé un peuple à leur suite, dont ils furent la voix,  réticente à l’assimilation des grands flux impériaux,

Les  mondes apaisés et des vallées cachées
Réaction à l’horreur de la guerre qui engloutit tout sur elle même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves des profondeurs de l’inconscient, la transe que l’homme moderne jeta comme un pont pour rejoindre le primitif ou l’essentiel de l’être humain, sur la disparition en gouffre du mythe, eux y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier
le mythe en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité et aborde à la vérité,
De notre embarcadère, l’ère de la consommation et la production industrielle clamant la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, l’homme perdu porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, de nouveau vivant au sein de la langue invocatoire, devient parole, redevient parole ployante au vent du souffle  de l’être .

un livre consacré aux auteurs conduits par césaire, nous le fait comprendre , et je m’accroche à sa suite, en plein accord avec l’idée soudée à mon exil, sublime sens de l’attachement , (Derouin, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…)
voila ce que dit la notice du livre , « L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery » , et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

 

© photo Angèle Etoundi Essamba

voila un peu quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel,
la recherche dans la chair même de la parole du sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, le poète clame la force irréductible de  l’île  et ouvre une sensualité elliptique ouverte .

le sel de la langue

(pris sur une émission de radio francophone, le thème, la poésie)

_un canadien_

… sans la langue c’est une espèce de chute dans l’autre,____ dans l’ambiance – il n’y a rien d’autre que de retrouver la langue ….


ce à quoi le français, qui ne comprend rien, mais les français, est ce du à leur histoire, à l’élaboration politique de leur culture, monolithique et carrée, classique, finie, ne comprennent rien, on le sait, heureusement, on commence à s’y faire

mais il faudrait en prendre acte et s’écarter …

dit quelque chose comme …

… on se retrouve toujours quelque part avec des gens qui ont une identité, ce qui est important c’est l’expression, en général douloureuse, de soi au milieu des autres quelque part,…

quelque part, où que ce soit, qui que l’on soit de par notre situation au monde ? mais il n’a rien compris au problème de la langue et de l’identité, le lieu et la langue de l’homme n’est il pas essentiel ! et le monde est en perpétuel mouvement!

car seul le squelette se morfond à s’inquiéter du froid de son caveau, les fesses bien chaudes l’homme se pavane au bras de sa charmante en mouvement

Mais pourquoi n’y arrivent ils pas à comprendre cela? ! est-ce d’avoir décidé depuis les religions et les lumière la suprématie de l’universel ?En fait ils ont décidé depuis longtemps d’évacuer l’existence du foyer de la langue la vraie, pour la remplacer par un pidgin du latin, dirait Manciet ou d’une construction latine,  sorte d’arbuste Babel privé, auquel nous sommes sommés de nous aggreffer,

la poésie se niche dans la langue et l’invente! s’invente ! comprends -le !

ou est-ce moi qui m’acharne !

jardin_flou_500

_un autre, heureusement_

…il y a toujours des gens qui seront poètes parce qu’ils seront des gens justement, c’est  à dire des individus conscients, pensants, se posant des questions, vivant leur inconfort mais vivant leu inconfort parce qu’ils ont cette conscience de quelque chose qui manque et qui peut être pleinier….

et moi, de me dire, oui c’est parce que la langue nous manque et en même temps qu’un manque du monde, que l’on écrit, que l’on peint, que l’on essaye de recréer retrouver et se prolonger,

mais prolonger notre derrière et se payer de mots pour faire partie du monde!

mais comment va votre mère? , Elle va, … Elle radote…

-un poète belge_

est ce que la langue est notre âme ou est ce que notre identité est dans la langue?

non, le monde et le temps nous sont sorcier, ils sont en nous. ils doivent resurgir

mais pourquoi la justesse ! c’est l’homme qui parle et qui y tient, qui la soigne sa parole, quitte à reprendre la route pour retrouver sa langue. seul ou non.

_ chercher à être solitaire pour être solidaire_ -dit le canadien ( et la poésie nous échappe, pourquoi, parce qu’ils doivent retrouver quelque chose, sans doute… comme une fatalité et je pense à wajdi Mouawad qui n’est pas loin de tout ça …)il continue ce canadien qui me plait, les français ampoulent, là aussi je suis d’accord même dans les traductions et c’est pour cela que c’est insupportable, fuir ….

et il est fan de William Carlos Williams :
« On n’apprend pas des nouvelles à la poésie, mais les centaines de milliers de personnes meurent misérablement du manque de ce qu’on y trouve »

puisais-je avoir  ni attache ni limite oh vie aux mille visage débordant pour pouvoir répondre à tes invites suspendu aux miracles des instants, de là il y a quelque chose à faire

il n’y a pas de mystère,  je suis fan de W C W,

2002 rencontre des écrivain au Québec animé par michel Garneau

notes pour un paysage

Ne te sers pas du réel pour justifier tes manques,
réalise plutôt tes rêves pour mériter ta réalité

« passionnément vivre un paysage. Le dégager de l’indistinct, le fouiller, l’allumer parmi nous. Savoir ce qu’en nous il signifie. porter à la terre ce clair savoir. »

(édouard Glissant, l’intention poétique, seuil)

© L S bosquet 2004

francophonie

Jean Pierre Siméon et la francophonie

dans l’introduction à « ma peau est fenêtre d’avenir » , « JEAN PIERRE SIMEON dit de Tanella Boni :
« 
L’invention de la langue et, à travers elle,des incertains secrets qui unissent les hommes sous le défilement incessant des ciels et des jours, telle est sans doute la première tâche du poète. Mais il faut préciser : la langue n’est pas un moyen, elle est bien davantage: un lieu, la demeure imprévue que se batie la conscience humaine, sa vrai résidence sur la terre. Voila qui fait l’idéale fraternité des poètes: leur engagement commun à élire dans la langue sa part réputée inhabitable, ses chambres closes, ses pièces interdites et ses fenêtres oubliées. Quand il ne s’agit pas comme c’est le cas le plus souvent, d’ouvrir des fenêtres et des portes où la langue est murée. Cette ouverture inespérée, ce bousculement des limites, ce réaménagement du lieu propre à la poésie, ils agissent doublement quand les poètes qui les opèrent sont eux même « étrangers dans la langue » . Langue alors refondée, régénérée par l’ailleurs.
… Si l’expression poésie française a un sens, ce ne peut être que dans la reconnaissance de cette appel d’air qu’elle provoque dans notre territoire mental, toujours menacé de confinement satisfait,. Oui, si la poésie est cet éloge de l’autre et de l’ailleurs dans la langue, nous avons tout intéret à prèter l’oreille à ces paroles des lointains qui offrent aux français une profondeur et un accent , au sens propre , inouïs. »