Jacques Rabemananjara

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire.


Mais j’en ai marre, moi, marre jusqu’à la nausée
du clinquant et des fards sur les joues philistines
de la tare encombrant les ailes des narines
marre
de la virginité technique de l’ombilic et marque de fausseté
marre du cauchemard en forme d’hippocampe au bout des
boulevards.


ce ne fut que péché pubère, intrusion dans l’outremont,
le plongeon du nageur parmi les nacres des grands fonds.

Le coeur est resté comme un vol d’hirondelle au ras des vagues
matinales
et l’entaille dont j’ai griffé la poitrine de l’interdit
s’est mise à la couleur belle de ta nativité.


dans la courbe des longs sourcils
j’ai appris à l’apprivoiser, le vif hiéroglyphe,
qui d’un coup de paraphe a garanti pour nous les pages blanches
du bonheur.

Car ta beauté, charme impair,
ta beauté
la nudité du corps rythmique du printemps,
la nudité de l’âme offerte à l’appétit phallique du soleil.

C’est le cri du réveil d’entre les pierres lourdes de cent millions
de morts
brusquement arrachés à l’hypnose des âges,
la reprise à midi du refrain de l’aurore
pourqu’à l’ouïr
un sursaut vertébral s’empare à même du sol identitaire.

En toi tout est symbole, harmonie et synthèse,
point d’orgue et joint subtil de toute chose,
de mes entrailles pourpres comme des lèvres de volcans,
visible
invisible
ayant reçu comme toi-même en legs le monopole immémorial
du lourd dépot du capricorne.

Je te reconnaîtrais entre mille entre millions au seul pli du lamba
jaculatoire
sur le saillant de tes épaules,
la voile de mon boutre obsédé du retour au pays d’origine,
la retombée d’un bras
subite oasis d’ambre où rampe entre deux bonds le plus fauve de
mes désirs.

O semence ! O mystère ! O germination cosmique de la graine !
accord parfait des reins en râle !
et Toi fécondité
des ventres tout à coup graves comme la mort et doux de la
douceur de la paupière des pintades.

Mais quel esprit divin nous illumine, nous, les nouveaux
mystagogues.


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, oeuvres complètes poésie, Présence africaine)

Grand poète malgache que michel Leiris (« zèbrage » ) d’un coup de sublime indicateur des ailleurs m’a envoyer côtoyer, traçant en cela un chemin,
ce texte « Lamba »  nous place d’un seul coup au coeur de la grande civilisation malgache et sa force d’aimant, identitaire pli du vêtement qui autant que recouvrir pare d’un tissus ou le parcours et l’endroit d’où se tient l’homme est indiqué, enveloppé dans cet habit il désigne la femme et entrevoit tout un fil des jours de quoi l’éternité est faite,  se révolte contre le grand désidentiteur qui brade tout de  l’humain au marché aux puces du recyclage,
Le grand Césaire fera de même ,
Brêche ouverte, le surréalisme en Europe , car c’est bien toute cette reconquête de la parole partie au sein de l’Europe décomposée par la guerre et la destruction, à commencer par la place de l’homme et de ce grand imaginaire inconscient que l’est de l’Europe a tenter de résister à l’inconcevable et semé les cailloux de la retrouvaille, redécouverte et affirmation de soi que la langue française par le surréalisme poussait vers les contrées colonisées et dépossédées, des  poètes et intellectuels s’en sont saisis et l’on confronté à la force vive de la culture dénigrée, ont entrainé un peuple à leur suite, dont ils furent la voix,  réticente à l’assimilation des grands flux impériaux,

Les  mondes apaisés et des vallées cachées
Réaction à l’horreur de la guerre qui engloutit tout sur elle même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves des profondeurs de l’inconscient, la transe que l’homme moderne jeta comme un pont pour rejoindre le primitif ou l’essentiel de l’être humain, sur la disparition en gouffre du mythe, eux y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier
le mythe en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité et aborde à la vérité,
De notre embarcadère, l’ère de la consommation et la production industrielle clamant la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, l’homme perdu porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, de nouveau vivant au sein de la langue invocatoire, devient parole, redevient parole ployante au vent du souffle  de l’être .

un livre consacré aux auteurs conduits par césaire, nous le fait comprendre , et je m’accroche à sa suite, en plein accord avec l’idée soudée à mon exil, sublime sens de l’attachement , (Derouin, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…)
voila ce que dit la notice du livre , « L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery » , et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

 

© photo Angèle Etoundi Essamba

voila un peu quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel,
la recherche dans la chair même de la parole du sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, le poète clame la force irréductible de  l’île  et ouvre une sensualité elliptique ouverte .

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