les ombres

arbre, encre de Lamber Sav

ferme sous les pieds
un sol
qui a été un lac
et s’est asséché
les tiges portant les graines
et se fier au vent
sachant que la terre
l’eau sur la roche
l’usure de la pluie

 

l’humus des hivers
la mort des vieux jours
un arc en berceau

 

plis de l’ombre, encre de Lamber Sav

sous  les mousses
le soleil
la terre ferme
le lieu luit
la nuit
le froid
pour reformer
la courbe du temps

voir
l’arbre enraciné
l’herbe
sèche
les branches tordre
la chaleur
les nuages
s’abandonner au vent
et saisir
les germes
les lieux de l’ombre
savoir
qu’il faut partir
et où
 

l’aigrette

maitresse coupe moi mes tresses

je me sens à l’étroit et sur mon crâne poussent des palmiers des allusions multicolores au cri des singes

dans mes cheveux vibrent des quintaux de charges inélucidées et je me terre dans l’ombre qu’assaisonnent les mousses et les fougères

c’est suivant la saison et pas un souffle d’air ni de vent quand pourrissent à l’abri des cimes, la masse informe avec mes pieds j’en retire une feuille oblongue et je vois ce qui grouille

les aras font croire à la couleur dans l’épaisseur ou est-ce la couleur qui fait croire qu’ils sont là,

je donne un coup de pied et je casse la tige en voulant dire que je ne crois plus à l’ordre

la rivière me reprend , elle me tend et le bois et la flamme faire un trou pour que je navigue

mes yeux font le tour mais reviennent à chaque fois, je crois qu’ils sont repartis, bredouilles,  pour l’instant pas un bruit à part celui que je fais

ma jambe qui me fait mal me fait penser à la branche il n’y a pas vraiment de différence,  un peu de chair dessus mais finalement, il pourrait y avoir comme sur les cachalots des coquilles qui s’agrippent ou une aigrette qui grappille à coups de bec les pattes sur mes cotes casse-croutant les bouts de peau ou même les veines si elle a de la chance, je ne sentirai rien

je ne vois pas vraiment ce qui se passe car j’ai l’esprit ailleurs,  mon entendement s’arrête là,  mon œil pêche à la ligne je la démêle quand je suis bien calme et que  rien ne bouge et que  je n’essaye pas

près de ce gros tronc si souvent que des branches me poussent et mes cheveux, si tu ne les coupes ? s’ébouriffent des oiseaux, des verts et des rouges, surtout ils y font leur nid,

j’entends rugir, ce n’est que trois fois rien , à sept je ne dis pas, je me mettrai à courir

j’ai la lumière dans les yeux harassés

je pense à toi qui est loin et je me dis que ça ne veut rien dire être loin pas plus qu’être près, on y distingue si mal je n’y vois goutte j’ai des fourmis dans le cul et les bourses pleines et  je me dis que ça ne change rien,

au creux de l’arbre où rien ne bouge je me laisse jaguar aller à l’eau, ou l’eau dégringoler sans rigole je perfore les digues et je ris tout bas, comme un macaque, ou un python, un nénuphar, un de ces mots qui interpellent, anaconda c’est peut être ce que je fais, de mon œil qui rixe cherche la bagarre, le soir je provoque la journée et je lui plante des épingles, je l’étrangle je ne lui laisse plus un souffle,

je lui tourne le dos

lettre de sol

LS 2007

la trace de l’encre , le sillon du burin , les pattes tachetées ou mouchetées viennent impulser un rythme , impulser ? témoigner ? révéler ? je préfère penser au dialogue et au répons, le monde est il autre chose, lorsque l’on observe ce qui est de manière plus scientifique ? structure rythme souffle et devenir, mouvement et progression,

l’homo europeanus scrute et codifie ce qu’il voit de loin , en restant extérieur à ce qu’il voit , gage de vérité ? d’où la question , mais qu’est ce que tu vois ? au lieu de poser la question mais qu’est ce que le voir ?

on est loin de ce qui a construit le figuratif en Europe, même si les première base de l’humanité européenne étaient elles aussi figurative mais d’une autre façon, plutot participative, quelqu’un comme Miqué Barcelo y participe encore.

de nombreux peintres le long du vingtième siècle se sont posés la question, certain y ont répondu sans trop s’éloigner du constructivisme européen (), d’autre ont pris d’autres « théorèmes » pour développer leur peindre au monde, la chine, l’Afrique et les civilisations premières, les arts aborigènes, indiens etc. à partir du moment ou le doute s’est immiscé dans le voir les peintres ont pris les chemins et ont réexplorés le réel, à commencer par leur propre ressenti, le réel commence là par leur être au monde, racine de la sensation et de l’élaboration d’une présence et de son expression,

le « dit » peut alors se déployer,

innombrables, multiples facettes de l’être humain en perpétuel devenir, c’est de cela qu’il est question,
comment ?  c’est en effilant le dire, le peindre, le penser et le vivre que l’être humain va tenter de redéfinir sa place, de façon plus juste,

ceci d’autant plus que la violence du monde, que la poussée de la civilisation se fera plus forte, que l’écart dans l’expérience humaine portera à la question, de façon multiple et un peu partout ;

mais cette poussée inéluctable du monde transformera de fond en comble le lien qui  nous unit, l’évidence est rompue, la question est partout et pousse sans arrêts, confrontation, hybridation, refus et destruction, regard porté sur les expériences autres, captation et errances, Édouard Glissant en parlant de tout-monde résume bien l’immense question qui se fait chemin rampant en nous, Frankétienne déplie les ailes de l’oiseau schizophone, Jousse émet la possibilité du mimisme, les modernes étudient la structure du vivant qui se mêle en reflet trompeur aux nouvelles organisations systémiques tandis que d’autres jouent à démêler l’écheveau des question et inventent une nouvelle forme d’écrire,

le monde perd de sa légitimité et de son évidence, tout est signe comme au premier jour, l’alphabet se reconstruit pendant que se retisse une posture,

assis sous l’arbre à contempler les graviers et les crottes des ramiers, les cosses vides et les brindilles sèches, je pense à la poussière imperturbable qui recouvre les rocher et je perçois le vert immense, les bulles qui dévalent le petit torrent semblent rire et en trombe une Ferrari balaye ma pensée, incompatibilité d’humeur comme un couperet, mais le ciel se zèbre indifféremment du trajet des dieux, d’un pictogramme d’hirondelles en transit que de la sifflure d’un jet qui vu de loin me ramène au tracé zen de l’encre, se dissout en vapeur d’eau tandis que les résidus viennent obstruer le vide médian creuser l’ozone , l’atmosphère déchirée la terre hurle de douleur l’homme se tient face à l’indistinct et souffle des rimes de beauté au vide, le disant devient beauté en déséquilibre instable ,

est ce ainsi qu’il faut le dire?

L S 2007

stèle

stèle 2004

L S stèle1 2004
L S stèle 2004

La  pierre qui, en tant que matière, est offerte à la mort- c’est à dire qu’elle nous réconcilie indifféremment avec ce qui est palpable et indestructible- s’est soumise à ce sens le plus élevé.

(Odysseus Elytis, les stèles de céramiques, l’échoppe)