un jour comme un son

engendrer le réel ce n’est pas  arrêter

ce n’est pas continuer

laisser respirer comme le sang joue dans la jambe les yeux aussi affluent au réel qui stagne

comme une mare

ou une colline qui s’éloigne quand on marche

s’arrêter oui mais saisir un brin d’herbe le mâcher et songer

conscient de ce qui n’est qu’accessoirement visuel  qui n’errupte pas

 

Takeuchi Seihō
Takeuchi Seihō

il ne reste que l’encre la pulsation aux pins et la brume sur le papier

absorbé

 

un jour cela n’a pas d’importance ou tous les jours ou maintenant

 

voir ce n’est pas voir c’est laisser infiltrer

le moment n’est pas venu tant que l’on marche

une ridicule appréhension me fait me dire je dois peindre dehors

peindre ce que je vois       ou écrire       mais peindre

malgré que je n’en ai pas fort envie

j’aime la nature mais je préfère m’y promener

aujourd’hui je me suis posé près d’une petite cascade à un endroit où l’eau reposait dans une saine profondeur

y reposer a calmé la journée comme un ciel se vide et s’apaise

j’ai ensuite poussé à travers bois en montant un chemin encombré d’arbres échoué des pierres culbutées on dit des chutes de pierres chutées le bruit de l’eau aussi chutait et je le percevais dans les lacets

je n’aime pas décrire mais si j’omets ces impressions et la pression de mon corps sur le paysage  le pas et ce que je perçois voyais sentais dans ce voyage de garrigue

on me croirait parti dans un voyage et si je regarde c’est pour ne pas tomber ou parce que je suis saisi

mais c’est l’impression la plus forte stagne en moi

il faut la relancer

alors je peins

la masse et ce que je cède

je me peins moi dans le paysage ce qu’il a impressionné

ainsi rirait le maitre de Fabienne Verdier , mais pour quoi t’obstine tu à peindre ça

 

attends le moment de la peinture

Bona Magangu, encre
Bona Magangu, encre

quand il eut fallut saturer

Mandala sur la butte arrivé à ce contournement en sandale je semble parler vite et à qui cette adresse si ce n’est à toi de toujours le feu cherchant l’arbre qui le nourrit une sève qui ne pleure pas mais surgit dans l’élévation

pourquoi suis je ici dans ce lieu si éloigné ? pourquoi te vois je si loin mon aimée épargnée des épines et rêveuse quand sur le chemin  l’oliveraie m’a laissé partir et je ne suis plus comme un mendiant qui saupoudre un rêve mes hanches écroulent le royaume

les anges protecteurs de la maison je ne sens plus le froissement de leur aile et le regard versé de malice mais qui me faisait signe d’avancer ce lissage de ces plumes quand ta voix épice le regard

qu’une voie comme une toge la lumière et d’or l’inclusion des sillons laine de couleur la plus lumineuse parure rassemble au chant des oiseaux la ferveur emplie les choses de ta main

qu’une allée lumineuse ouverte sur les amas des pans laissés vides ou aucun trait ne brise l’harmonie ta présence seule silencieuse et répétitive répercutée par les becs des tiges des bougainvilliers les dieux s’y sont glissés s’ils resplendissaient ils oubliaient de jouer

cette lyre capricieuse pendant un instant je crus à ce flambeau mon cœur enlacé au tien me tendait par delà le mouvement intime de cette étoffe qui te recouvre la limpidité kabbalistique des insignes l’écriture de l’amour

quelque geste de ces doigts si fins qu’ils semblent la navette de la harpe l’argent et happent si violemment la terre ta main l’argile de ces arbres sont nos dieux et la mantille bleue affairée en franges frise semblant l’échappée de la vérité

fut ce en vain j’abordais là où la lumière fuse entre les brins ils présageaient à tous les départs comme une prévision des trajets d’une flotte concourue aux courants de l’Orient l’envoutement sidérant le séjour

là où les oliviers étaient les paroles antiques l’effort à l’œuvre labourant la taillade et l’arpent dans les filets plongés  ils voyaient comme une béance la liberté accordée à l’esprit pesamment le corps et le bois l’âme dans son travail

des lavements de la terre au jaillissement du fil de l’arbre la générosité prête et parcourue l’homme pendant que la femme à l’eau du fibre portant la cruche déversant la douceur défaire l’obstination des jours à courber

des immersions de la mer les monts pris en tenaille l’étincellement se réfugie dans tes yeux le prolongement de ta robe traverse la broderie des fleurs la couleur illumine et nie

dans cet effilement ton corps serré au plus près du coton laissée libre par la taille du monde

le regard et sourire amasse le fracas des étoiles que je sens dans tes gestes quand tu t’actives dans nul autre but que de prendre le temps de vitesse et surprendre la mort enfermée dans les troncs que tu dessines

une robe au monde laisse agir la transparence

quel but si ce n’est devenir cette torche que l’amour te promet être toi cet amour et offrir pour ne pas échouer cette flamme tu sculptes avec le pinceau les enjeux pour la vie ne croyant qu’à cela seulement et éclairant du bonheur cette dime la nuit une pile

quand il eut fallut saturer la feuille l’arbre insufflé du divin laisser libre la respiration et l’inaccompli

je te vois de la butte ou je suis caresser ce projet vibrer d’une musique magistrale la transe d’aimer dans ce chant où tout de nous est aspiré

callas_2 072

encre aire

St Ives

elles me semblaient retenir le sens caché de la féminité,

le sens profond dont les œuvres sont les remontées

Barbara Hepworth résumait sa philosophie de son art dans ces mots :

« significant form » le sens à même la forme ,

 

drawing d’après B H

moi au Yale center for british art j’allais tous les jours dessiner et tenter de mieux cerner le sens et sa relation avec la forme

sous-jacent est le sens qui détermine,  mais mêlé à l’œuvre, de sorte que le monde matériel et le sens sont mêlés, du moins leur expression ;

l’après midi j’allais à la bibliothèque dévorer les livres s’y rapportant ,

une période intense

 

est-ce charger la peinture d’une intentionnalité et d’un sens au cœur de l’abstrait ?

Moi je peignais avec énergie et intention, projetant dans l’opacité le sens caché, qui seul véhiculait une vérité, cachée elle aussi,

l’intention, l’attention tout autant présente, et il est sûr que la poésie dans les êtres et le sens, même impalpable, est une des choses les plus fortes que l’art ou la peinture puissent toucher

dont il n’est que la pythie

il l’annonce

 

mais faut il le vouloir ? le geste lourd de conséquences ?

le vide et l’espace et l’énergie du trait se substituent à la forme et même lui préexiste

l’intention poétique,

mais sans bien comprendre pourquoi

et pourquoi y être attaché ?

attacher sa vie à un trait c’est y accorder beaucoup d’importance

beaucoup trop

 

bleu, Lamber sav

le geste et la présence de la main pèsent beaucoup trop lourd sur le papier pour se prévaloir de faire surgir un sens,

autre que celui porté par la vie de ce corps et l’esprit

on ne le comprends qu’après avoir bataillé

le souffle de Michel Doneda et l’intuition et l’envie de la sérénité, me font légèrement convier l’encre dans l’eau du papier, j’entrevois cette légèreté pour l’aquarelle

je me sépare du trait ou de la tache qui affirme , pesamment

ce n’est pas de tenter d’être spirituel , c’est ne plus porter l’oreille aux bruits de l’intérieur qui me poussent à rivaliser avec le monde, d’une voix égale ,

se laisser porter ,

confier à la brise, sans qu’il n’y ait d’importance ni d’enjeu,

une mise en place simple, dans le corps du monde, de quelques épines ou aiguilles

attouchements, étreinte quand même s’il en faut

la poésie étant partout, la laisser se déposer
et l’aider d’un geste qui accompagne

l’envie se fait de plus en plus précise et j’attends le corps porté d’énergie à recueillir sur la feuille

l’esprit a envie de jouer

il n’oublie pas que le monde est diversité mais qu’il ne pèse pas plus qu’une plume

et comme de boire de l’eau le ciel en est plein

habité de l’intention le corps écoute

a penny for your thoughts

Zoran Music, paysage dalmate-1965

face à ces couleurs qui épongent les vies sur la vie, je veille,  et irradient le papier vierge, absorbent le carbone 14  et je me demande ce qui transparait là,

ce n’est pas mon habitude mais pourtant je regarde la peinture par en dessous et je cligne

me demandant qu’elle vie à fait se rejoindre ces points et la douceur du liant comme une peau

a penny for your thoughts ! mais c’est une tout autre histoire

sans doute

 

que me racontent ces traces que l’homme, il doit y avoir une

Zoran Music, alfabeto alpino

femme la dessous, ou un train, peut être un bateau , un pinceau des naseaux ou n’est ce qu’une marche à

l’horizon de soi, à n’en pas savoir ou n’en plus pouvoir,

 

mais je garde en haut du front l’intrigue et dans cette douceur alpine je suis sûr d’apercevoir les brunes d’une Venise ou de Trieste, sans doute Venise qui se voile et se de voile qui est un jupon, et une peau bleue sous les fards de la montagne je suis prêt à en jurer, le visage de la femme je l’ai vu dans un tableau aux Offizzi, good clue, cette caresse du ciel sur ses seins, cela en vaut une autre et surement que ça c’est passé ainsi et peut être dans un train ou dans cette appartement ocre, toutes les robes de l’Adriatique se frotte à mon regard alpin, au delà de la fatigue et vers le bout de ce que l’œil a peint

 

la je les ai perdu de vue quand

tout tend à s’ordonner, le regard que les autres t’assènent,  t’intime une distance comme si tu leur faisais peur, ils disent qu’il faut de la distance et de l’épure, et ils tiennent à l’histoire plus que moi je (ne) m’en soucie, que quelqu’un te regarde ou regarde ton dessin, lise tes mots et l’ordre contenancé comme on dit décontenancer se met en place comme un murmure doux qui ne dérangera pas le sommeil mais surtout n’atteindra pas à la réalité, c’est pourtant de réalité qu’il parlent, ces évidences de la raison sont un pré texte et semble maintenir le réel qui vient à nous, spectateurs et déjà spectre, du monde quand c’est le texte que l’on attend comme un lever de rideau, applaudir ne le fera pas venir, il faut plutôt huer, j’ose le dire

c’est d’ailleurs d’oser qu’il s’agit (et non de proposition de coordination)

 

 

Zoran Music, paysage

assagi par contrainte muette, faire comme si je ne parlais pas alors que je parle et je broie de l’air, conscient du silence lavasse enfermé dans les meubles, de la distance que suppose le yeux à yeux ; j’ai aussi conscience que toucher nécessite de devancer et d’anticiper,  de fendre le tissus du quant à soi quand on s’y attend le moins, l’estocade, quand pleure la sonate opus 116 et le rire quand il faut se pencher et en file indienne faire avancer les mots sous le préau et puisque rien ne peut arriver ni n’existe je lâche l’envie que j’ai de rendre flou les contours et de faire des tâches

exprès

pas par effet de style mais parce que je suis sûr qu’il y a des tâches aux vies,

qu’elles en ont besoin même , ce n’est qu’une affaire de tâche et on ne pourra jamais tirer les rideaux qui sont retombés des cintres ou de la falaise, et la femme que l’on attend à travers la peinture s’est recouchée, dans un clair-obscur d’ennui qui en dit long

 

Vasil Qesari, la femme que l’on attend

ce n’est pas mon habitude, je côtoie les peintures sans qu’il y ait besoin d’explication, je vois mal la main et le visage du peintre, qui photographié dans son atelier ou concentré, a l’air idiot, pas à son affaire, déplacé,

il ne se voit qu’en peinture

il aime se prendre au piège

s’il se peint alors c’est autre chose, il rejoint la peinture et devient large, aussi large que le paysage, il s’y entend à s’y fondre, on ne le voit plus, son être rejoint le coup de sang au plus profond de nous et sans qu’il y paraisse, à l’insu,

 

Mural of Jane Bown’s portrait of Samuel Beckett on a wall in Notting Hill

pourtant, une peinture te regarde toujours, mais c’est le monde qui te regarde, ou l’œil, on ne sait pas bien ce qui te regarde quand tu regardes une peinture

je sais que mes contemporains submergés dans un réel sans fondement et anonyme, à la limite de l’inexistence et de l’omniprésence, sont anxieux qu’on oublie pas qu’ils furent là, car ils n’y sont plus, chiures de mouches

l’omniprésence de l’inexistant forcément angoisse

Beckett ouvrirait la porte de la limite et Malone te sourirait sans dents, il est plus réel que nous , il se tapie dans les ombres de terre brûlée, dirait tous les visages contiennent toutes les histoires, il n’y a pas de distinction, c’est les mots et la tourbe qui plongent dans les yeux, il ne peut pas s’agir de vie, il ne peut s’agir que d’une lueur, seule trace que laisse dans les mots, s’ils survivent, le décollage des rétines qui te mène à l’histoire,

 

la tourbe des mots

on ne saurait qu’y lire

alors on les lit pas, on lit pas

on se laisse lire

 

on laisse les mots devenir le monde et perdre l’histoire, comique d’un coup, le fil est devenu pelote et on se pelote, mauvais jeu de mot mais il en fallait un, qui dise bien que devient toute les histoires sans qu’il n’y en ait une qui tiennent debout, ça on le sait, ou le savait et pourquoi prétendre , attendre, de Perreira à Godot, une qui puisse se signaler

on a reconnu la voix qui parle de et par toute les voix et donc n’est plus une seule voix mais la prête à d’autres ou se sont d’autres qui la prennent et se sont eux qui importent

c’est l »énergie du sens et le lien, en anglais Bond,

pas James mais Edward, mais qu’importe

trois dialogue n’apportent pas à la peinture

les histoires mais dans l’histoire en creux

ligne d’ombre

ligne d’ombre » bombée sur les éclairages

les lignes ne soulignent l’espace seulement dans les gris forment une

il ne s’agit pas de texture car c’est l’espace qui agit travaillé de torsion interne le gris même est soupesé comme une masse révélée seulement par les échancrures, ballonnements du fond

un lecteur attentif dirait que les rythmes sont à l’oeuvre dans le dessins qui dès lors mets en mouvement ascendance et contradiction

un sculpteur y verrait la matière infinie déclinant les tons témoignent et portent dans le discours l’équivalent perçu de la marche, en montagne et la fatigue ou les élans soudains, efforts qui déchirent l’opacité advenant une poussée quand dans le monde l’oeil ou le corps à perçu cette élancée

car on écrit bien que corps à corps et le dessin est l’écriture à même le corps

celui du monde et de ses évènements

quand une cabane à pic interrompt  le chemin

ce que le geste mime ce sont les détours de la matière

mais aussi de l’esprit

le mimisme joussien se rappelle à moi impression que le peintre sans l’avoir lu en arrive aux mêmes conclusions à regarder le monde dans lequel le papier n’esst qu’un intermédiaire négligeable

où se reflète
spirit in the mass

David Bomberg, fusain

le papier oublieux semble boursoufflé de lumière contenue

le dessin comme la matière même

est-ce ce tracé noir comme du charbon veine surajouté à la lueur pigments qui semble venir de dessous

crie catalogne !! valeur de mine et à grand traits le coucher rouge de sang fait barrage à la liberté

ou permet le passage

les vides ou les accalmies sont les tensions à vifs

le cri est sans appel étouffé dans les lignes de force qui enserrent à grand tempérament

ce geste qui est de ne pas accepter et qui ne cédera pas

la montagne semble nuage et repose sur la ligne, fonte d’horizon bleuté d’une douceur à peine émise sans que rien ne viennent troubler

sauf à venir de l’angle d’une trajectoire

la faille

Asturias

Ronda

la montagne est navire ou ciel

les traits cordages et les blancs voilures

la matière sourde tout autours et en dedans le cri

la plus grande pesanteur distille comme on dit pistil d’une fleur

l’ouverture au champs entre les tremblements comme des vagues qui voisinent la courbe la pâte toute entière concentrée dans l’épaisseur le trait pour moi est surgissement en dehors de la masse et enfermée
de larges crayonnement retiennent dans une tension retiennent dans l’épaisseur l’ombre comme un bord indépassable d’où l’air libère un espace qui a sa propre densité,

mer si l’on veut, ou ciel ou matière reposante

échappatoire

L’homme à du le voir ainsi

les lignes comme découpe et renfoncement d’un réel tout empris et non ce tracé qui induit le trajet ou en chante les point de contact

juxtaposition acupuncture des sympathies et affinités des points du monde ou les lignes ne sont là que pour le signaler sans réelle  pertinence

est ce le champs de la lecture, remémoration et énonciation dans le chant ou le dessin d’une présence sans que l’on parte d’un centre autre que celui de l’expérience

marinheiro


photo inconnu

et si l’on devait dire le bouleversement quand à la mer marche l’étendue de l’eau la poitrine inspire les flots, aspire à s’embrumer, brume d’eau aux surfaces des écailles

pour le marin c’est comme claquer la porte d’en bas de la rue qui monte et suivre les pavés jusqu’au bureau de tabac, et s’en revenir au port où l’attend le bateau, mais je ne suis pas marin ou pas assez ou trop poète, et attentif aux mots

laisse l’air fouetter les odeurs et les épices, je me sens de tous les mondes, j’ai intact l’étonnement de pouvoir demain jeter l’ancre au Cap vert et de là frétiller  d’île en île et à la conversation, quémander un pain et un grog et heureux écouter les vieux raconter le malheur de vivre ici, me sentir submerger par le corps et coq sacrifié chanter  l’âme des femmes mûr d’une torsade et ivre en rire

envisager l’avenir chantant des promesses non tenues, promettre encore et rendre aux flots le du du sang et n’en garder que la chanson, je la fredonne sur les chemins infidèle au milliers de visages et la joie en tête, sourire sous ma chemise et la flute entre mes jambes, d’un pas léger accepter d’être miséreux tant que les mots ont un air de fête

je revois l’écume, la poussières et les îles qui disparaissent de la surface

oubliées

semblables à des points ou est ce moi qui ai soufflé sur l’océan dispersant des bribes et repensant l’humanité, sans soucis de précédant l’oeil pétillant confondre danse et volcan et  commissures des lèvres et le corsage ouvert me fier aux hanches, poles de l’univers

pour ce que j’en vois

photo inconnu (droits réservés)

m’attacher au noeud du sari et pieds traîner la poussière, l’envoler vers les grains et s’envoler les mouettes, comme dans les rochers qui absorbent l’Océan, comme le sable qui s’ingénie d’une drôle d’arithmétique et comme la terre qui surgit du feu se couvre de maïs au beau milieu de l’eau, comme la rivière s’écoule entre les sables et émeraude chevauche les rochers comme crinière crépitante vers la bouche de l’ouverture

béat, s’y échappant et libre des courants

fil des échanges entre les terres le marin se laisse glisser et la voile lui sert de prise au-vent et s’en être marin, marinheiro je reçois les atomes des embruns

tanné sous les couleurs et la lumière de la nuit, j’invente pour me parler  une langue étrange, au vent celle des autres rives et des bancs de sardines, mérous et dans ma soute la poésie d’un matin

aquarelle, Lamber Sav 2005

l’éblouissement décontenancé

c’est cette grande vague qui s’échappe de leur bouches faite pour enlacer et qui sont comme des tambours qui résonnent de la puissance forte et tendue de leur poitrine arquées leurs jambes sont des troncs et leur corps une arche, l’enceinte du labeur se réjouie des paroles zèbrent à grands traits

l’éblouissement décontenancé

les fleurs dans quelques pots sont le signe de la résistance et le figuier contient le soleil quand éclatent les figues, il n’y faut y voir que cela

les hommes ne peuvent rien y faire, ils élèvent des cathédrales pour tenter de colmater cet élancement qui touche au vertige, les murs taillés à grand carrés d’angles effacent l’impression de sève qui s’agrippe aux colonnes et dans les travées la vie désordonnée rompt les lignes trop brisées,

les rondeurs s’enchevêtrent et gagnent sur l’édifice qui même de brique et de broc admet le collage si  le jour est rongé par la lumière

et le palmier qui s’élève

C’est la que commence la forêt dans le cœur des femmes  les arbres ne se voient pas bûches mais entendent les tambours des veines crier comme la couleur qui ne se maitrise plus

se mélangent dans la certitude le sens qu’il faut agripper le réel et n’en laisser qu’une goutte au blanc que lape l’air et souffrir la chaleur qui embrase, la touffeur  témoigne et quand souffle le vent et que rien n’est à sa place

le trait ne remplit pas

le trait ne tient aucun compte de la chaleur, les toits où on ne poserait pas le pied continuent de cuire comme le pain chaud et rougissent établissant l’ocre rouge comme la dominante tranchant sur un ciel qui est simplement chaud

le blanc ne tient aucun compte de la chaleur, ignore l’ombre qui aussi mince soit elle à cette heure sent bon le poisson qui cuit dans les âtres et la boisson qui lentement rafraichi les hommes assis au pied la où tempère un croquis d’obscurité vif de lumière

le noir ne tient aucun compte des hommes la transparence de l’après midi se reflète sur la chaux qui peut paraitre blanche mais est plutôt bleuté et si l’on pouvait voir les femmes rire dans les rues ou près des fontaines colorier le jour de rouge

 

le trait n’emplit pas mais signale l’espace.

écrire l’être-là

je voudrais me prendre dans un flot d’écriture et que tout soit sujet et retombe dans cette nasse qui m’envie, d’articuler, fameux mot qui renvoi aux mâchoires entre le plexus et la gorge s’emparant du monde pour le parler, les doigts ont remplacé la bouche mais sont aussi bavard, tout leur est un prétexte et ils ne s’encombrent pas de rituel,   l’envie d’être là que les mots renforcent, pour que l’écrire rende fort, et si à force de raturer un peu de sagesse tempère le savoir-faire est laissé loin derrière, ce n’est pas de cela dont il s’agit, mais de présence entre  cris et chant, murmure et oraison , sons et rythme, images et désir, poisson et ligne au fil plombé du bouchon, écrire reste comme être au bord de l’eau, ou simplement un pied, et c’est déjà beau, dans le présent, en devant du corps et du monde empêtré, on voudra que cette envie soit un refrain et que ce soit un festin, de mots,  sons de sens et non -sens,

écrire l’être-là.