temps que la pluie ose

2013AA52484
David Bomberg

Largement comme porteur d’eau au désert sur le visage est un périple bleu fait d’ombre qui revient à l’ambre
Couleur de sable et plutôt lumière c’est un vitrail et non une mappemonde
Il y a les hauts faits sur la barre du front et les crevasses qui entassent le vécu couches du passé et le repassé qui commence à craqueler
Les touches de la touffe qui ont été amoureuses et le vent froid du désert blanc
Dans les fissures dans les abris des petits tas l’ocre des entailles dessinent le visage
tout comme posés pour un temps
Temps que le vent les disperse et tant que la pluie ose.

Dans un visage

Qu’y a t’il de si magnifiquement apaisant à saisir à deux main un visage et l’approcher de soi, la main et le visage si proches à ce moment là le visage ne se contemple pas et se détache presque de soi où il se sait planté, le corps, la certitude, la psychologie, la relation vient rompre ou cueillir comme une fleur le simple fait de s’approcher, mouvement lent des sens et du toucher, l’haleine et la rugosité des mains corps de brune et parfumée si ce n’est la douceur, la prescience et la confirmation que l’immobilité solitaire et son angoisse a cessé, le portrait est flamboyant mais l’œil est apaisé, il est calme et complice, il sait qu’il ne risque plus rien.

Portrait of Kitty , David Bomberg  (c) DACS; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Portrait of Kitty , David Bomberg
(c) DACS; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Dans le cas contraire tout se fait flou et pesant, aucun nom ne conforte  mais là dans le calme il y aussi ces moments et ces endroits ou la spatule est allée vite  à grands traits pressée de soupeser hors de l’aléatoire les zones tendres qui lui sont permises, de la robe, de la bouche, de là où poser la main, le doigt et la pression douce, le visage est resté mystérieux, dans un visage et sans pluie, sans ces grandes allées et ces trainées de suie qui font craindre,  de disparaitre.

Tribute à un décor de Tennessee

Il y a vingt ans ,j’imaginais pour les décors d’une pièce de Tennessee Williams
des murs bleus aussi viciés que les vies allumées des voitures, des vies qui ne pouvaient manquer de se perdre quoiqu’on fasse et sans mélancolie ni sans l’aide de la bouteille, il fallait s’en tenir éloigné, tout était immobiles seuls les acteurs s’agitaient
j’avais peins cette fresque non par désespoir ni pour tromper le rouge mais parce que j’avais des souvenirs et que la campagne ne me consolait pas
les ravages d’un visage un mur que l’on ne peut repeindre, une madone de Bomberg ce n’est pas la pluie ce sont les jours qui s’éloignent je ne parvenais pas à la grisaille, je m’accrochai à la lumière pendant que leur voix tombaient

Bomberg encore, un nom , une ville,

Kitty 1929 David Bomberg 1890-1957 Presented in memory of the artist by Mr and Mrs J. Newmark through the Contemporary Art Society 1981 http://www.tate.org.uk/art/work/T03263
Kitty 1929 David Bomberg 1890-1957 Presented in memory of the artist by Mr and Mrs J. Newmark through the Contemporary Art Society 1981 http://www.tate.org.uk/art/work/T03263

sont devenu opaque comme une photo qui s’éloigne, un marée moins haute que le sédiment les jours sans bords, sans fond, sans couleur
parce qu’il fait nuit tôt en hiver, la lumière une lampée de beau whisky un reste d’ambre quand ils passent sous les phares
ils pouvaient se rencontrer sous un lampadaire dans un flou, sans effets de drame à l’abri des ghettos dans une ville anonyme mais ce qui ne changeait pas c’était la pluie sous la pluie accrochées aux manteaux des phares il y a les vies aussi inspirées que les balais des  essuies glaces
la voix caverneuse le halo des phares sous la pluie il y avait la crasse des jours sous le fard
ils n’avaient pas de visage, nous étions leur masque
moi le décorateur, à grand coup de brosse de peintre en bâtiment repeignant les murs et y laissant la trace des dialogues et les pleurs, la solitude accrochée au mur, délavée , eux les acteurs trouvaient cela dur, terriblement mélancolique
pour conjurer le sort nous parlions de lumière et de nature, de pique-niques à la rivière mais la ville se rapproche, il aurait fallu ne pas faire attention, écouter la musique de plus en plus fort et ne pas regarder en arrière, insensible et sans plans, sans idées grandioses de l’homme, ni petites, ni rien, se toucher immobiles
Il allait falloir s’en sortir faire comme si la pluie n’attachait pas.

parle moi comme la pluie, décors pour Tennessee Williams et une pièce à écrire
parle moi comme la pluie, décors pour Tennessee Williams et une pièce à écrire

ligne d’ombre

ligne d’ombre » bombée sur les éclairages

les lignes ne soulignent l’espace seulement dans les gris forment une

il ne s’agit pas de texture car c’est l’espace qui agit travaillé de torsion interne le gris même est soupesé comme une masse révélée seulement par les échancrures, ballonnements du fond

un lecteur attentif dirait que les rythmes sont à l’oeuvre dans le dessins qui dès lors mets en mouvement ascendance et contradiction

un sculpteur y verrait la matière infinie déclinant les tons témoignent et portent dans le discours l’équivalent perçu de la marche, en montagne et la fatigue ou les élans soudains, efforts qui déchirent l’opacité advenant une poussée quand dans le monde l’oeil ou le corps à perçu cette élancée

car on écrit bien que corps à corps et le dessin est l’écriture à même le corps

celui du monde et de ses évènements

quand une cabane à pic interrompt  le chemin

ce que le geste mime ce sont les détours de la matière

mais aussi de l’esprit

le mimisme joussien se rappelle à moi impression que le peintre sans l’avoir lu en arrive aux mêmes conclusions à regarder le monde dans lequel le papier n’esst qu’un intermédiaire négligeable

où se reflète
spirit in the mass

David Bomberg, fusain

le papier oublieux semble boursoufflé de lumière contenue

le dessin comme la matière même

est-ce ce tracé noir comme du charbon veine surajouté à la lueur pigments qui semble venir de dessous

crie catalogne !! valeur de mine et à grand traits le coucher rouge de sang fait barrage à la liberté

ou permet le passage

les vides ou les accalmies sont les tensions à vifs

le cri est sans appel étouffé dans les lignes de force qui enserrent à grand tempérament

ce geste qui est de ne pas accepter et qui ne cédera pas

la montagne semble nuage et repose sur la ligne, fonte d’horizon bleuté d’une douceur à peine émise sans que rien ne viennent troubler

sauf à venir de l’angle d’une trajectoire

la faille

Asturias

Ronda

la montagne est navire ou ciel

les traits cordages et les blancs voilures

la matière sourde tout autours et en dedans le cri

la plus grande pesanteur distille comme on dit pistil d’une fleur

l’ouverture au champs entre les tremblements comme des vagues qui voisinent la courbe la pâte toute entière concentrée dans l’épaisseur le trait pour moi est surgissement en dehors de la masse et enfermée
de larges crayonnement retiennent dans une tension retiennent dans l’épaisseur l’ombre comme un bord indépassable d’où l’air libère un espace qui a sa propre densité,

mer si l’on veut, ou ciel ou matière reposante

échappatoire

L’homme à du le voir ainsi

les lignes comme découpe et renfoncement d’un réel tout empris et non ce tracé qui induit le trajet ou en chante les point de contact

juxtaposition acupuncture des sympathies et affinités des points du monde ou les lignes ne sont là que pour le signaler sans réelle  pertinence

est ce le champs de la lecture, remémoration et énonciation dans le chant ou le dessin d’une présence sans que l’on parte d’un centre autre que celui de l’expérience