Tribute à un décor de Tennessee

Il y a vingt ans ,j’imaginais pour les décors d’une pièce de Tennessee Williams
des murs bleus aussi viciés que les vies allumées des voitures, des vies qui ne pouvaient manquer de se perdre quoiqu’on fasse et sans mélancolie ni sans l’aide de la bouteille, il fallait s’en tenir éloigné, tout était immobiles seuls les acteurs s’agitaient
j’avais peins cette fresque non par désespoir ni pour tromper le rouge mais parce que j’avais des souvenirs et que la campagne ne me consolait pas
les ravages d’un visage un mur que l’on ne peut repeindre, une madone de Bomberg ce n’est pas la pluie ce sont les jours qui s’éloignent je ne parvenais pas à la grisaille, je m’accrochai à la lumière pendant que leur voix tombaient

Bomberg encore, un nom , une ville,

Kitty 1929 David Bomberg 1890-1957 Presented in memory of the artist by Mr and Mrs J. Newmark through the Contemporary Art Society 1981 http://www.tate.org.uk/art/work/T03263
Kitty 1929 David Bomberg 1890-1957 Presented in memory of the artist by Mr and Mrs J. Newmark through the Contemporary Art Society 1981 http://www.tate.org.uk/art/work/T03263

sont devenu opaque comme une photo qui s’éloigne, un marée moins haute que le sédiment les jours sans bords, sans fond, sans couleur
parce qu’il fait nuit tôt en hiver, la lumière une lampée de beau whisky un reste d’ambre quand ils passent sous les phares
ils pouvaient se rencontrer sous un lampadaire dans un flou, sans effets de drame à l’abri des ghettos dans une ville anonyme mais ce qui ne changeait pas c’était la pluie sous la pluie accrochées aux manteaux des phares il y a les vies aussi inspirées que les balais des  essuies glaces
la voix caverneuse le halo des phares sous la pluie il y avait la crasse des jours sous le fard
ils n’avaient pas de visage, nous étions leur masque
moi le décorateur, à grand coup de brosse de peintre en bâtiment repeignant les murs et y laissant la trace des dialogues et les pleurs, la solitude accrochée au mur, délavée , eux les acteurs trouvaient cela dur, terriblement mélancolique
pour conjurer le sort nous parlions de lumière et de nature, de pique-niques à la rivière mais la ville se rapproche, il aurait fallu ne pas faire attention, écouter la musique de plus en plus fort et ne pas regarder en arrière, insensible et sans plans, sans idées grandioses de l’homme, ni petites, ni rien, se toucher immobiles
Il allait falloir s’en sortir faire comme si la pluie n’attachait pas.

parle moi comme la pluie, décors pour Tennessee Williams et une pièce à écrire
parle moi comme la pluie, décors pour Tennessee Williams et une pièce à écrire
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