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(c) Marlene Dumas, Feathered Stola

Il parait que le sexe est l’endroit le plus odorant

du corps

et que certains n’embrassent pas car la bouche et les canines

aussi voient de près la viande les exubérances du végétal

la langue est plus douce l’amande et l’eau et la salive sont parents

la cascade quand vu du pont

j’écoute, je meurs et je regarde j’humecte et hume

je vois les odeurs et les sonorités le lavis trouble dans la glande et dans la glotte j’attends

AND SUDDENLY THERE IS BEAUTY

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j’ose le dire un seul de ses regards d’où qu’il vienne et la soie de ses cheveux et sans que j’ai vue sur son corsage chien que je suis

m’ont mis par terre il y a cette eau qui m’a noyé

encore une fois je le murmure en aparté ce torrent qui gronde les pépites entre les mains

(c) Marlene Dumas
(c) Marlene Dumas

par elle il y a les ambivalences

les équivalences les aller retours qui me ramènent toujours

au point de départ qui est le

point de non retour

et cela est
le résumé de la
journée
en 3 images

Un échafaudage pour que l’ombre puisse s’y
asseoir
sujet au frottement
et au déplacement
– comme des couches frottant recouvrant la terre de bruns dont le gris constitue l’armature et laissant crisser les crayons inciser – les directions que les grandes entailles donnent à la toile

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(c) Richard Diebenkorn, drawing

Sur une liste accumulant les voyelles
ou le départ des trains
comme les plis du sable  ou des vagues
parce qu’elles entament ou
laissent apparaître par un subtil plus clair
un redémarrage de l’ensemble
à la faveur d’un repli
où un oubli
le cru ou le blanc
est gris est écru la toile des commencements
enduit d’un présent pesant
de multiples aller-retours du bras
des terrains vagues d’avant le béton
des ponts de fer et de la terre sous l’asphalte
c’est une histoire
de tous les passages des traversées des chemins

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richard-diebenkorn-untitled-albuquerque

il  y a toujours un corps immobile ou du moins
inclus repris dans un présent
la notion de temps est là très importante
car ce qui apparait comme sur le fil de la crête ou
comme sali par le plus récent des événements  est assis sur une succession de strates que l’on a cousu ensemble, creusé ou juxtaposé
laissant paraitre une densité
un voisinage
un cousinage
une parentèle de la couleur
de coups de traits qui font plus que marquer la toile
lui donne une direction
un sens
une succession d’amplitude en dehors de la chronologie
mais qui d’emblée place face à un présent d’épaisseur
qui se monte jusqu’à nous
pendant que s’écaille les couches anciennes
là où sont pris les notes fossiles
les sédiments et les couleurs
de la peau sous le vêtement de l’épaisseur réduite du tissus comme dans toute recette  sous un fard  couche et sous couche
ou la crevasse
non recouvert
une tentative noyée dans la matière
une peau
un tissu
une intention
poétique
radicale
médicale
une formulation de la vie incomplète qui oublie les contours
se résorbe dans un visage qui de ce fait
semble immobile.

(c) Richard Diebenkorn, albuquerque-no-11
(c) Richard Diebenkorn, albuquerque-no-11

Il n’y
a aucune place
pour un Instant.  c’est une histoire qui flirte avec la peau
Ensuite il faut voyager
prendre un départ
accepter de chevaucher
partout où il perle une précision comme appelant les gris
qui lorsqu’on les laisse – par temps de pluie- éclairer de l’intérieur
former une semblance
qui n’ait que la stature
de la ressemblance
un fond de rouge
s’affaisse en  un lieu aussi profond
que la remontée
des ages

Il y a ces points d’acuponcture que je lie à la couleur et sous ce voile toujours la question de l’incertitude, ces yeux qui se posent pendant mon sommeil, ce besoin dans ma gorge sèche d’un peu de sa salive  soit de cette sève pour un peu plus de vert de quand je la vois et resplendis, c’est dire mon épanouissement ma végétation ma floraison quand je me tourne à la lune, c’est dire qu’elle me fait du bien, que je hurle silencieusement (howl) même si je ne sais pas, si je ne sais rien suspendu à un pan de son visage sa robe safran étalée de toute ma question non pour m’agripper mais pour m’envoler m’envoler toujours me rapprochant car je la confonds avec le soleil, le ciel la pluie et les nuages les tempêtes les coups de gel et ce trou sans fond où je tombe où je m’évanouis je disparais ces moments où je détourne les yeux et que je la vois en dessous comme un cétacé que l’on ne voit plus à la surface et qui est tout au fond sans doute chassant le plancton et qui peut être demain remontera crachant son geyser me dira tout des abysses me mouillera comme une plante que l’on arrose et me redonne vie juste en la voyant s’il y a un sourire, une ouverture dans le visage, un interstice par où je peux me faufiler et tenter de semer mon ivraie dont je ferai mon alcool retrouverai l’usage de la parole.

Rene Gruau Moonlight Lady, 1962
(c) René GRUAU, femme au clair de Lune

temps que la pluie ose

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David Bomberg

Largement comme porteur d’eau au désert sur le visage est un périple bleu fait d’ombre qui revient à l’ambre
Couleur de sable et plutôt lumière c’est un vitrail et non une mappemonde
Il y a les hauts faits sur la barre du front et les crevasses qui entassent le vécu couches du passé et le repassé qui commence à craqueler
Les touches de la touffe qui ont été amoureuses et le vent froid du désert blanc
Dans les fissures dans les abris des petits tas l’ocre des entailles dessinent le visage
tout comme posés pour un temps
Temps que le vent les disperse et tant que la pluie ose.

Dans un visage

Qu’y a t’il de si magnifiquement apaisant à saisir à deux main un visage et l’approcher de soi, la main et le visage si proches à ce moment là le visage ne se contemple pas et se détache presque de soi où il se sait planté, le corps, la certitude, la psychologie, la relation vient rompre ou cueillir comme une fleur le simple fait de s’approcher, mouvement lent des sens et du toucher, l’haleine et la rugosité des mains corps de brune et parfumée si ce n’est la douceur, la prescience et la confirmation que l’immobilité solitaire et son angoisse a cessé, le portrait est flamboyant mais l’œil est apaisé, il est calme et complice, il sait qu’il ne risque plus rien.

Portrait of Kitty , David Bomberg  (c) DACS; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Portrait of Kitty , David Bomberg
(c) DACS; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Dans le cas contraire tout se fait flou et pesant, aucun nom ne conforte  mais là dans le calme il y aussi ces moments et ces endroits ou la spatule est allée vite  à grands traits pressée de soupeser hors de l’aléatoire les zones tendres qui lui sont permises, de la robe, de la bouche, de là où poser la main, le doigt et la pression douce, le visage est resté mystérieux, dans un visage et sans pluie, sans ces grandes allées et ces trainées de suie qui font craindre,  de disparaitre.

L’histoire, rien ne ment.

Comment peindre ce qui est indubitablement est, un portrait, fidèle avec ses envolées, dans cette série il y a le mystère qui indubitablement est. Des aplats, d’abord un regard, puis une surface, avec scratch ou aspérités, l’halène et l’aspic c’est un voyage de légende dans la toile. Le sable recourt le noir mais toute l’histoire des générations comme un instantané.

(c)  kerry james marshall
(c) kerry james marshall

Que me dit de toi cet ex-voto , tu signe la date, le nom, la peinture parle toujours d’un autre comme un témoignage en soi d’un mystère. Rehaussé au rang d’icône, les séances de psychothérapie ne disent pas tout de ce qu’il y a à voir et les traits immobiles, figés comme un photomaton ne sont pas l’œuvre d’un instant mais d’une aptitude à tous les actes d’une vie, et pas une ride, comme une prédisposition semblable à celles que portent les spermatozoïdes  quand ils s’élancent, se fichent dans le monde, la tête la première au saut de l’élastique. Alors des grands coups de pinceaux plantent le décor, il n’y a pas d’épaisseur mais l’on devine le père, la mère, l’oncle, le grand père et les aïeuls d’Afrique et sur cet autel au seuil des lèvres, un tremblement, sorte de manifeste. Pour autant je serai mort demain ou après demain. clap de fin. Mais maintenant je vis, c’est manifeste, vibrant, criant tout est contenu ne demande qu’à sortir, s’exprimer. Il y a des roses comme à la naissance, tout autours de ce visage sans fard, beau, tout un champs de coton et les initiales d’un destin, il n’y a plus qu’à combler les vides et se laisser aller à être volubile. vita volubilis.

(c) Kerry James Marshall
(c) Kerry James Marshall

Au delà de la peau, contrefaçon de textures de bois d’ébène, patine des masques, clichés pour la revue « ebony » il y a des images ressassées qui n’en sont pas. La peau fait masse c’est qu’elle n’est plus la peau qu’elle est plus que la peau mais une sorte de densité, qu’elle soit habillée d’un polo Lacoste ou  nue, la couleur est pleine, semble attirer la peau à la vie, sans qu’il y ait d’extérieur ni que cette description ramène à la personne, celle décrite nommément, alors quoi ce serait une densité, une saturation telle que l’on n’y verrait plus rien d’autre qu’elle même et le rapport aux objets, qui tout de même, est possible, qui s’impose. Portrait à l’appartement rangé.

sob sob 004
sob sob 004

Gauguin dans les cauchemars l’avait peint, est-ce plus facile que le blanc ? le blanc est-il plus détaillé et sombre t’il dans la complaisance de détail qui, sans sembler appartenir à plus vaste que soi? le corps quoi qu’il fasse est ramené à ce qu’il n’est pas ou à ce qui le dépasse, ce n’est pas tant qu’il lorgne vers ses possessions, qu’il semble lié par une quelconque familiarité, occurrence ou simplement  l’occasion, la description d’un moment, état d’âme, car il y a de l’âme et d’une pensée. Je me sens aller vers la littérature et je voudrais citer Tony Morrison, celle de « Home », plutôt .  Il y a de la description de quelque chose de la faille intemporelle, d’une rupture dans le schéma, là le croquis, la planche de  BD ne fonctionne plus comme texte , alors il faut incorporer les éléments dans la chambre et redresser le schéma fictif. Le récit sanglote dans un seul tableau sans lien apparent avec  la figure centrale, les yeux démentent, le corps raconte l’histoire comme cousue de fil blanc et point par point coud l’improbable ensemble, c’est très ressemblant. c’est un roman, un canevas, les yeux crachent l’histoire jusqu’au bord des larmes, jusque dans les bords parfois trop bien peints, parfois comme un tag ou une reprise au pinceau de bâtiment. C’est facile, rien ne ment.

 (c)  kerry james marshall
(c) kerry james marshall

Il faut porter la fresque hors de la chambre. Mais alors on s’embarque pour une virée nocturne, alors le visage, la robe, les jeans ne sont plus l’histoire, elle s’échappe et c’est un leurre, à y regarder de plus cette succession d’histoire en une seule qui se répètent, c’est la voix qui la porte, la voile on souffle cette fumée de cigarette,  ces objets de la spiritualité du quotidien comme une offrande, sur la table de nuit le candomblé redouble d’intensité, c’est palpable, l’on parle de quelqu’un d’autre.  On a déjà parlé de densité, dans l’avenue il n’y a pas de bateau, il faut bien que ce soit une embarcation de l’intellect, un engagement dans l’avenue du sensible, sur les murs un recueillement  d’hymne Motown à la messe urbaine, est une faille, une assemblée, une rupture, un credo, on a trop longtemps mis sur leur dos l’archétype, comme si d’un il n’y en avait qu’un, que chacun n’était pas clos et qu’il suffise de crack en crack, krik krak et Zora sur le porche à enfiler le collier des perles des devinettes, le deep south, les South et les scats de Harlem sont une succession tout en épaisseur digne d’un masque du Congo, planter des clous plutôt que choux, de guimauve de déhanché de disco, sensualité qui aime à sortir et brille, l’hallucination étincelante, proclame l’avènement d’un style nouveau :  décrypter l’âme mais écouter, j’appelle à la barre la prochaine diapo, le témoin qui saura dire:

(c)  Kerry James Marshall:
(c) Kerry James Marshall:

Il y a de la sensualité, et mes fantasmes sur fond musical, assis à une table de jazz. Que dit le portrait ? Rien que je n’ai déjà rabâché, ou plutôt tout contenu dans cette attente, cette attention , cet attendu , la somme des possibilité l’étreinte de tous les parfums dans un gloussement, mais l’on va m’accuser de partialité, de ne savoir écouter. Mais voici qu’au delà de la poussée fictive de mes fantasmes, tous les signes distinctifs  y sont attachés dont on fait une peinture, black suburban middleclass my love, c’est bien sûr l’art  d’attacher, subtilement et  sans prétention c’est dans le poème, sur la toile étendue à l’accession au statut.

Et pour finir, l’auteur s’explique sur ces intentions, certes, le style est du plus pur comic strip mais n’est ce pas justement l’idéal pour laisser le portrait s’expliquer de ses intentions, dérives, contextes et subtilités inexpliquées.

(c)  Kerry James Marshall:
(c) Kerry James Marshall:

quelques liens utiles :

sur Kerry James Mashall
interview sur « bomb »
petit focus sur l’art noir américain
androphilia
sur contemporary art daily
Jack Shaiman Gallery
chez Forma es vacio …

(c)  Kerry James Marshall