as ilhas dos Açores

et pour ne rien dire,

les déchirements l’océan vers ces îles ouvrent le jour

de la voix

le vent se mêle au noir et au silence

bleu la chaleur cogne en dessous

sans fond,

comme une muraille

la croix sur la voile crie l’extinction de la douleur

d’Afrique

les grands recouvrements de l’or et du sang

suivre les baleines, se coucher et mourir avec elles

as ilhas dos Açores

ilhas pigments Lamber sav 2010

la voix me prive de la mienne et je me couche à ses pieds pour dormir rêver au son des cordages quand le vent et les embruns présagent de l’île les flores de la mer et la déesse  porte le songe vers les fonds les roches d’un astre strié voilé de rouge

et filles tranchantes comme la lave du volcan, de toujours fières et noires, immobiles sur la jetée du temps semblables à l’écume ont le corps enveloppé de blanc

 

musique : Madredeus, « ao longe o mar »

résister c’est créer

Oui, mais la guerre est finie, Fleur, finir c’est imposer par le silence la voix forte de nos vies la-bas au creux de nos vert  si elles le veulent  l’essentiel de nos vies détourneront  le poison que les pouvoirs promettent: les vies de tôle qui nous enserrent nous les jetterons sans un regard ou perce de mépris à leur brodequins de ciment, nous cueillerons le brin d’herbe et le porterons à nos lèvres et nous murmurerons


tombera  le fer et la violence insensée  : constructeurs d’enfer, tordeurs de vie, empêcheurs de penser et rêver libre


dans le vent je lancerai


c’est un chant qui va très profond en moi


simple mais vrai

plonge

et me dit de m’en remettre aux étoiles à l’étrave d’un bateau, aux branches d »une fougère et au cri d’un oiseau

écarquiller les yeux et en silence laisser l’écho du voir répercuter

sève de cœur parvenu à mes pieds


(âme pieds)


consulter la roche et le feu en dessous


(l’âme au fond)


puis laisser le tout remonter vers les yeux

fort  au regard


âme main


de nouveau pouvoir chanter ou danser – est-ce se taire

et s’empreindre de la baie




sente

mais je crois qu’à force elles construisent une barrière de fer

 

à force de chercher à détacher l’air

à force de forcer la terre à lâcher l’air …

à force que l’air s’infiltre dans nos têtes

 

les paroles sous couvert

et les fossés

et l’habitude des bombes

finissent par ouvrir en soi

comme un chemin

 

par se retourner contre soi

 

contre la paix

le poids de l’enfance

d’un silence

et l’attente d’une rosée

 

ce sont  nos yeux qui s’éteignent

le fer et les paroles qui  ferment

 

les cris  entament  le corps
les rêves ne savent plus rêver

et l’esprit

ne parvient qu’à retourner vers les lieux de la  blessure

 

 

alors peut être il ne faut plus chanter

 

il faut baisser les bras

ramener à soi  le sol

et commencer à partir

loin d’une bouche close

 

vers cette ligne verte

qu’une voile te promet

et en chemin tout jeter à l’eau

pour une bouffée

 

l’espérance

 

 

et troquer son chapeau contre une semence de l’arbre

une senteur d’eucalyptus

une errance Rapa Nui

 

un sentier

et tout oublier

s’oublier

au fond du bleu de l’eau