sente

mais je crois qu’à force elles construisent une barrière de fer

 

à force de chercher à détacher l’air

à force de forcer la terre à lâcher l’air …

à force que l’air s’infiltre dans nos têtes

 

les paroles sous couvert

et les fossés

et l’habitude des bombes

finissent par ouvrir en soi

comme un chemin

 

par se retourner contre soi

 

contre la paix

le poids de l’enfance

d’un silence

et l’attente d’une rosée

 

ce sont  nos yeux qui s’éteignent

le fer et les paroles qui  ferment

 

les cris  entament  le corps
les rêves ne savent plus rêver

et l’esprit

ne parvient qu’à retourner vers les lieux de la  blessure

 

 

alors peut être il ne faut plus chanter

 

il faut baisser les bras

ramener à soi  le sol

et commencer à partir

loin d’une bouche close

 

vers cette ligne verte

qu’une voile te promet

et en chemin tout jeter à l’eau

pour une bouffée

 

l’espérance

 

 

et troquer son chapeau contre une semence de l’arbre

une senteur d’eucalyptus

une errance Rapa Nui

 

un sentier

et tout oublier

s’oublier

au fond du bleu de l’eau

 

vers s’aillent brandir

Les grands livres et la bonne façon d’écrire, qu’est-ce ? Le français cette vieille langue en fait si récente, de cour, le suzerain, astre commandait au langage, requérait des bouches qui proféraient un style, une parole délimitée qui ornait, une « beauté » qui soit avant tout un acquiescement, alors les  malins et les mutins préféraient la scène et les taillis, les envies des bardes enfermaient dans cet enclos un bétail rageur et saugrenu l’ulcère des courbêtes.

L’écriture écrite, ou se perd dans les bosquets et les clôtures , les chemins qui y mènent, la musique s’enferme aux closets, le vrai vieil air botte la dentelle, l’écriture aujourd’hui suit les traces de ces élégances travesties, poudrerie quicache la soute à canon

Ce singe s’en est emparé il s’en accoutre et fait rire il s’amuse, la moquerie lui est attaché, singe il n’obtempère pas,

le style est la marque du pouvoir

ou alors la volonté méditative s’est frayé un chemin et n’ose encore ambuler qu’à couvert, au grand jour seules les plantes tentent d’échapper au sécateur, les forêts sont des lieux des affranchissement, le danger est tapi et la nature à pleine gorge raille.

tentative de ruminations ratiocinantes d’une primaire

VASE COMMUNIQUANT d’octobre 2010 :

elle chez moi et moi chez elle (http://brigetoun.blogspot.com/)

Bienvenue à Brigitte Célérier (http://brigetoun.blogspot.com/

qui ce mois-ci m’offre la joie d’un beau « vase communiquant » sur le thème de la liberté, thème qui aujourd’hui s’impose dans ces temps douteux nous en avons convenus, mais qu’est ce que ce mot que nous avons sur la langue et que nous lançons par hasard?

bienvenue à toi Brigitte :

tentative de ruminations ratiocinantes d’une primaire

 

 

Mots, pauvres mots, nés, forgés pour un sens, pour dire. Mots, pauvres mots, sens perdu, détourné, modifié, en douceur, avec le temps. Mots, traitres mots, trop souples mots, adaptables, voix diverses.

 

Oh dîtes, Messire, qu’est ce que la liberté ?

 

Ça claque.

Un oiseau grimpant dans la lumière, un enfant qui abrite ses yeux et le regarde, et une petite brise fait chanter le bois derrière lui, et la lumière ruisselle, sous l’oiseau qui disparaît, sous l’enfant, sur la vallée. – Une petite fille, sa plus jolie robe et noeuds papillonnants sur tresses, main dans la main de son père, rejoint la foule qui chante en dansant «Indépendance, chacha…» comme l’ont fait les congolais, et la suite n’importe pas encore, la nouvelle dépendance qui n’effacera pas l’ivresse de ce jour. – Un corps debout sur une dune dans une nuit immense, qui s’y perd, s’y vide, y dépose sa douleur, et la retrouve transmuée en force.

 

Ça vainc.

Marcher dans les pierres d’une ville, avec, à travers, contre une foule, et allonger son pas joyeusement de tout l’espace que l’on peut obtenir, être en soi. Dégringoler l’escalier gras, s’enfoncer. Les portes du wagon de métro, glissent, claquent en se fermant, sur la foule tassée, des pensées jouent, hésitent, se déroulent, s’envolent et un coude me meurtrit le dos. – Salle de classe, tables alignées, des mots, ennui, voisine agaçante, les yeux partent en voyage furtif sur la montagne, ou le jardin, ou un bâtiment transfiguré, le coin de ciel, avec une branche d’arbre, dans la bande vitrée en haut du mur.

 

C’est délice.

Devant la machine à café, un moment, entre les cloisons vitrées des bureaux, petit sourire poli, corps droit, partie nul ne sait où, la laisse est détendue et la sentir rend aigu cet instant. – Un lecteur penché sur un texte où il se perd, dans le secret d’une chambre, dans une bulle au milieu des tables d’une bibliothèque, et l’horloge s’est arrêtée. – Un marin seul au creux d’une coque,  la mer s’est faite amie bienveillante, le temps s’est effacé, le vent est établi, le soleil descend très lentement.

 

C’est contrainte désirée.

Un moine marchant à pas comptés dans la paix d’un cloitre, traversant les arcades de lumière dessinées sur l’ombre des dalles, et en géométrie parfaite, le clocher de l’église se découpe sur le ciel.

 

Mais atroce, l’absence de liberté imposée – cellule surpeuplée ou non, colonne sous garde de  négriers en marche vers la mer ou le désert, une cale, un marché, des camps, une petite bonne – dures : contraintes qui nient, huit-clos familial, horaires, travail soumis – paralysantes : réserve, ne se fait pas, à crier, mais respecter liberté des visages autour.

 

Oh, Monsieur, elle m’a dit, yeux perdus, grand sourire : «avancer dans un bain de liberté». Mais qu’est ce que la liberté ?

 

La liberté d’y renoncer par amour. La liberté et la solitude de la vieillesse, au delà du corps prison. La liberté qui est la vie. La liberté qui est regard sur la vie. La liberté de finir.

La liberté de te dire que je ne sais pas, que tu m’ennuies.

Liste des participants aux « vase communiquant » d’octobre deuxmilledix :

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/

Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/ et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/

Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/

Juliette Mezenc http://juliette.mezenc.over-blog.com/ et Louis Imbert http://samecigarettes.wordpress.com/

Michèle Dujardin http://abadon.fr/ et Jean-Yves Fick http://jeanyvesfick.wordpress.com/

Guillaume Vissac http://www.omega-blue.net/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/

Marianne Jaeglé http://mariannejaegle.overblog.fr/ et Jean Prod’hom http://www.lesmarges.net/

David Pontille de Scriptopolis http://www.scriptopolis.fr/ et Running Newbie http://runningnewb.wordpress.com/

Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Gilda http://gilda.typepad.com/traces_et_trajets/

Matthieu Duperrex d’Urbain trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/ et Loran Bart http://leslignesdumonde.wordpress.com/

Geneviève Dufour http://lemondecrit.blogspot.com/ et Arnaud Maisetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique1

Jérémie Szpirglas http://www.inacheve.net/ et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

Maryse Hache http://semenoir.typedpad.fr/ et Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/

Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/ et Olivier Beaunay http://oliverbe.blogspirit.com/

Lambert Savigneux https://aloredelam.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/