l’ici qui marche dans l’ailleurs

Mais pourquoi raisonner uniquement en terme de territoire, d’identité de corps, vassalité et communauté ?

quid de l’esprit comme des courants qui ne sont pas que marins ou mammifères, s’inscrivent dans une mathématique, aussi surement que le soleil brille les aléas aimantent les affinités et gravitent, les pôles de nos circulations intérieures sont en mouvance, attirés les uns vers les autres selon des itinéraires qui doivent rester secret, rivés aux affinités déployant des attractions

loin en apparence, les corps ne cessent de s’alimenter l’un l’autre, de se bécoter en aller retours, le grand vide est un champs magnétique où les dérives en veulent aux rives, imperceptiblement se fondent dans un même esprit même si immobile en apparence, un fil à linge qui au jour semble relier les maisons comme les voix des commérages de la rue et ce de rues en rues descendant vers le port mélange de la lessive à la nuit et au large les voiles des navires

mouvement en forme de fleur, aquarelle de Lamber Sav 1997

Edouard Glissant : un champs d’îles, la terre inquiète, est-ce cela qu’il à voulu dire ? les êtres sur la terre sont en constant soucis de correspondance, déplacement hors de la place dans le mouvement et le temps, de façon récurrente ou par accident pour susciter la fécondation

ainsi fait le vent ou la grand marée sous le repicage de la lune

dans les trajets en dessous tout bouge et se rejoint, se déplace dans quel soucis, déposer les oeufs là à des milliers de lieues plutot que sur place bénéficie t’il à la grande circulation,

photo Vasil Qesari , Lisboa

ils échangent l’esprit comme ils mêlent les salives, le mouvement aide à l’éclosion et la posture statique ne fait que tromper l’incompatible pendant que la vitesse joint les bouts

et patchwork, les proximités sont trajets de bouts en bouts

des iles que nous sommes tous ou quelques uns, coques de noix naviguant de là en là où le monde ne va pas ? le monde des masses continentales est percé des veines qui irriguent et créent des voies établissant là aussi un réseau de correspondances, et on voit de îles couver un continent, maillage des chaumières circonvenir à une forteresse

sailing away (photo inconnu)

le monde n’est pas ce qu’il parait, si solide ou liquide et dans ces états des correspondances, attractions, répulsions, émulsion, révulsion et si on y parle toutes les langues, si le filet entre les mailles touche à l’émotion, les bouches s’abbouchent et sexe de femme en fleur éclosent, dans les yeux le fluide courant qui zèbre l’univers

un socle de terre traversé des mille faisceaux est comparable à l’archipel et , l’esprit en pluie fines gouttes scintillant d’arc en ciel porte et préjuge des transports, la matière en mouvement

bouillonnant  des alliances.

seul dans le flot en même temps que tous.


constamment il est fait référence au choeur, le plus qu’un, la famille, qui symbolise le groupe, l’ethnie, l’appartenance

l’un cesse d’être un pour se retrouvé augmenté d’une parenté charpentée, d’une ascendance, fut elle en rhyzome, fut elle mythique ou choisie, fut elle une charge asphyxiante

confusion aussi

ou bien est t’on pris dans une toile immense, d’où l’être aveuglé tente de se sortir, de prouver qu’il existe bel et bien malgré le monde qui comme une obsession le maintient enserré dans l’infiniment multiple, coercitif et constitutif

vain de se penser hors des trajets et des rejets, pour accéder à l’un, vers l’indéfini,

pourtant le chœur ne cesse de répéter la même phrase qui inlassablement gonfle, se détache de l’ensemble et revient au point de départ suivant en cela les rythmes primordiaux, association du vivant, analogies et rites pour que renaisse la phrase

la vie est un effort pour que les lignes se surajoutent, continuation de la précédente,

stoppons là,

pour que le point ne s’en sorte pas

tout seul

imaginons un point tout seul

observons le

.

même à la ramener au un tant cherché qui inclue tous les uns qui de fait ne sont plus un

encre, Lamber Sav 2007

or on a pour habitude de penser qu’il est préférable de se recréer dans un ensemble où se refléter, se relier, se recréer, sur d’autres bases

qu’elles soient reconnues comme telles, on peut parler d’affinité,

ou pas, ce sont alors meurtrissures et attachements subis,

perditions

acceptation

et danser pour rappeler à soi le beau corps

échapper au néant, si cela est possible, résorbé dans la relation, duelle, charnelle, parentelle, ventouse de l’être au monde, même parasite, asservissement, accouplement, accouchement, illusion de la continuation et cela même si elle semble impossible.

l’homme seul crie à l’abandon mais le cri se perd

mais le chant est beau car le chant est oubli en même temps que remémoration, c’est pour cela qu’il est bon de chanter

portant à ébullition l’utopie qui permet  de se réinventer au monde par la participation

cartographies , photo inconnu

mot clé qui permet d’inventer une inscription dans l’inaccompli,
car même sans peuple, même dans une cohue on ne peut imaginer un homme sans peuple, et dans les cas où l’homme est sevré, rompu de ses racines, rejeté au néant, il retombe inévitablement le cul sur ses fesses, aïe ça fait mal, et peut être même sur un congénère comme cela arrive si souvent, en tout cas sur le sol et une pierre, preuve irréfutable de sa constitution dans le réel, qu’il en aperçoive le bout ou non, et ce dès le début de son existence, isolé, l’homme ne l’est pas et un regard à ces pieds suffit à l’en convaincre

les noyés sont nombreux, peuples invisibles, même si l’homme d’exil est un homme sans peuple

il peut aussi se vouer à l’idée d’exil et ne jamais trouver prise

mais le prétexte de la rupture, de la cassure,  si elle induit une errance et l’acceptation d’une perte de repère, ramène forcément l’homme désorienté à la conduite des flots, des courants pour reprendre l’image, à une réorientation dans les flux du monde, redonner un ordre à la succession incohérente des points et des lignes, à plat tomber dans cet angle est se laisser pousser, prélude à une reconstruction plutôt qu’à une noyade, quoique vivre soit se sauver indéfiniment d’un naufrage et ce en se sauvant, s »inventer

seul dans le flot et en même temps que tous.

portant comme un flamboiement témoignage même à la marge de sa parenté.

Roberto Matta

Catendè

une des choses qui m »émeuve le plus, j’ai peins une toile la dessus ,

Meu catendê … de lá de China
Luante, meu catendê

Meu catendê … de lá de China
Luante, meu catendê

Varre a voz o vendaval
Perdido no céu de espanto
Meu barco fere a distância
No disparo da inconstância
Me encontrei sem me esperar
Quanto mais o tempo avança
Mais me perco neste mar
E no rumo do segredo
Caminhei todo o caminho

Ei lá
Maré brava maré mansa
Ei lá
Vou na trilha da esperança
Ei lá
Vou no passo da alvorada
Ei lá
Mar amor enamorada

De segredo e de procura
Fiz do medo o meu amigo
E de força sempre pura
O meu canto se encontrou
E no fim da jornada
Vi meu canto crescer
Há tanto escuro na estrada
Esperando o sol nascer
Vou cantar pela vida
O meu canto de amor
Há tanta dor escondida
Tanto canto sem cantor

Ei lá
Maré brava maré mansa
Ei lá
Vou na trilha da esperança
Ei lá
Vou no passo da alvorada
Ei lá

vinicius de Moraes

Samba en vert, acrylique sur toile (150/200) Lamber Sav 1994

le ouistiti là

hommage à Ouistiti, enchantement de vie

oui planté profondément en nous la vie se moque de toutes ces tempêtes et sans palliers remonte à la surface provoquant un infactus et nous laissant … libre , déchainant les vents de l’envie, contre tout ce que l’oeil et l’intelligence ont pu observer, le coeur lui, rit et surgit comme Pan , tout peut enfin refleurir de la mort, c’est cela la grande leçon,
je crois bien que perçant les brumes des nords des bières de la tristesse,  Vinicius de Moraes et Maria bethania et compère s’y sont mis à plusieurs,  un soir de candomblé faisant battre le tambour pour raconter les milles vies contenues dans un regard, merveilleuses, les vies et les corps luisants de la simplicité.
Pour moi ce motif répété et qui vient de loin, d’une voile cinglant vers le palmier où se tient la femme, émergeant de la nudité de l’eau, elle, promesse dans l’échevelé multicolore comme un chant dans une toile, femme reine et guerrière, douce panthère et les hurlements de la peau tendue à rompre quand les mains et vient la mer et que s’éveille la ville, que l’on voit enfin les habitants, peuple de chair mais des rêves et de misères, la ville des humbles et la parole que la musique réveille,  une blague, ou un espoir que toute la crasse cache une âme, beauté revenue avec les cales et que cachent les parois des trams, les pitbulls et les immeubles, les yeux qui se baissent et les samedis de beuveries.

voisin est ce que je me trompe ? ou crois tu qu’il faut s’enfermer dans nos murs, tourner la clefs, mais pour quel résultat ? la mort nous trouvera, puant et oublieux, égaré dans la musique, le corps incapable de samba.

à fuir!

cruda belleza

coin coin coin si l’on veut , ô pato, canard et le sourire en coin, coin coin, en anglais ou cogne et c’est l’obstination que je trouve en poésie, celle qui fronde et c’est d’obstination de chanter plus fort que les turbines, les engrenages fateux de la destinée occidentale.

Vinicius a vu les vies et Jorge Amado avec lui ; ils défilent en dansant remontant la vieille ville, des éclats de favelas dans les mains et s’en servant de poignard ( A favela é, um problema social, seu Jorge)  ) brandissant la fierté plus forte que le mépris retrouvée au creux du sourire qui a tout bravé et sait qu’il ne craint plus qu’une chose c’est de ne pas vivre et se laisser envahir par la mélancolie, mélancolie, belle de fado et morna ou poisse qui me colle à l’âme, espérer en guérir ? aime et trace, sois vivant me dit ce regard, regard d’elle mais que je retiens de même plus loin, de si loin et je traque cet instinct de vie et quand je l’aperçois,  je l’admire, je m’y laisse aller conscient qu’il est encore difficile de s’y plonger entièrement.
Et depuis retentissent les tambours et la voix qui répéte inlassablement vis vis vis , bat et dresse la table , parle, pare , et ne tient aucun compte de ce qui se dit, ton chant est en toi et tu entraînes la danse même si tu ne les vois pas, sois en sûr, ta voix, du seul fait d’exister rappelle tous les instincts de vie et redonne de la force au jour, seul auprès des flots de ma pensée, rêve comme scintillent les vagues, un seul sourire contient les mouvements de la danse de tout ce qu’il faut savoir, à répéter tant que l’on a un éclair de lucidité, puiser à toutes les sources de mon Cap-Vert qui agit comme une source,  au Brésil de Bahia, du forro et tous les Orixas yoruba, ou bel air, danse des dieux de Cuba, polyphonie pygmées et la nécessité d’inventer le présent là  où il est, je suis attentif à toutes ces sources, des plus modernes aux plus anciennes résonne cette faculté de ne pas lâcher la force, renaître même dans la violence et la rébellion.

Minha maï la fleur, encre de Lamber Sav

Moi j’ai eu besoin de me joindre à ce train et écrire, peindre, dessiner et me revient quand j’ai trop souffert de l’incarcération de la vie quotidienne, abrutissante, de cet éclat d’obstination esclavagiste dans l’oeil hiérarchique,

alors je prends la clé des champs , je regrette de ne pas croiser un santo da casa  , je chante mae Minininha minha maï minha maï même si cela semble bête ou un peu court, j’appele le son des batuque et je ris avec eux, et je ris de moi et forcené je cours dans les chevauchements de la couleur et je ne veux plus arrêter conscient des milles vies qui se vivent et poussent sur mon corps, d’en dessous et sont la seule richesse et je force mes yeux à voir et je chasse le sérieux, qui me hante mais est zombi

Bleu , battement dans l’oeil de bleu, c’est comme cela que c’est imposé d’un clin de cil (”Je te reconnais entre cent, entre deux, Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire. « (Rabemananjara)  l’évidence de ce qu’il me fallait retenir et même si je n’y arrive pas, je me remémore à chaque fois ce charme, cet envoutement de celle qui fut, est toujours pour toujours la Ouistiti là et qui me légua ce rire, ce sourire et cet élan qui ouvre le chemin qui ne finira pas.

je vis en ile , en marin qui parle une langue étrangère et je déplore les boites de plastique sur la surface de l’eau, ma langue est un bateau, navigation de cabotage qui cède au courant.

cela n’explique rien, sauf que les iles sont les points lumineux où le soir viennent bavarder les baleines.

Merci Vinicius, et toi mon Ouistiti, ton intuition qui ma ouvert le coeur

i-je rien

Gauguin

en rebond à l’article de Gérard Larnac sur Poétaille que je cite :

L’Universalisme est sous le coup d’une double naissance : expansion globalisante du même à l’exclusion d’un tout autre qu’il s’agit systématiquement de nier, et dans ce cas totalitarisme au sens strict du terme ; trame unique de toutes les diversités assemblées, dans l’écoute, le respect et le partage – et l’invention d’une table commune.

 

 

La pensée de Glissant condamne l’universalisme comme un héritage des pensées globalisantes, qui, soit à l’aube de l’occident et de quelques autres civilisations à racine unique, impériales et totalisantes, soit à l’époque de notre « Renaissance » et c’est ce qui a permis à la science telle que nous la connaissons de pouvoir prendre le contrôle, elle pouvait avoir raison et je pense à Galilée mais ce n’est finalement qu’un regard qui, pour pouvoir penser le monde à besoin de s’en saisir comme d’un objet fini ou du moins « défini », il en résulte que l’univers obéit aux mêmes règles communes à tous. Valables pour tous , or en fait la pensée du monde est en accord avec la façon que l’on a de le vivre, y a t’il une vérité ou est ce question de point de vue, de vie .

Les secousses politiques et pratiques de cette pensée sont impérialistes. les grands empires occidentaux ont la main mise sur les mondes, pluriels, et c’est cette diversité qui rend la vie si étonnante, la conquête se fait aussi par l’emprise sur des systèmes de pensée comment les peuples pensent ils ?  les peuples pensent, leur vie sur terre et il émane une tentative d’élucidation, une hypothèse qui fonde la vie qui sera civilisation, l’occident en se lançant dans les mondes brise ces élans car même dans le cas d’une tentative de compréhension il y a préhension, la pensée de l’autre est asservie,  détruite pour être assimilée.  Les fondements de ces pensées ne sont pas compris, la diversité non relationnelle commence à faire des dégâts.

Edouard Glissant

Car  l’univers entier apparaît il de la même manière à tous ou est il dépendant d’une vision? d’une hypothèse à vivre , voyons nous tous que ce que nous voyons ? les différences ne sont elles pas au coeur même de l’être humain et de sa présence, et l’interpréter, n ‘est ce pas déja un début, non seulement de trahison mais de destruction. Il m’a toujours semblé impossible d’aller vers ces autres peuples en ayant ma propre proposition, définition, langue et habitudes,  et , c’est s’imposer soi à l’autre, anthropophagie et non pas anthropologie, l’ethnologie est condamnée. Seule la poésie et ce qu’elle suppose, l’intention poétique de Glissant mais aussi intuition, par laquelle on réussi à s’imprégner, à se prendre à l’autre, l’écoute, l’attention, et même comme le fait ressortir Ségalen, la présence de l’étranger, de soi dans l’autre lieu fait déjà basculer le monde, lire Nicolas Bouvier c’est s’en convaincre , mais alors ?

Il serait intéressant de se pencher sur l’histoire de la notion d’universalisme, de sa présence dans l’histoire, des temps anciens aux notres, il faudrait être philosophe, ou historien : l’idée que nous procédons tous d’une ligne unique et donc que nous pouvons être ramenés au même est combattu par Edouard Glissant .

Le penseur de la créolité en sent bien les dangers, et surtout l’inanité, car si sa pensée mène à la créolité, idée fabuleuse mais pragmatique, car à un point de l’histoire, il n’est pas de retour possible et surtout JE suis le produit de la diversité, dès lors comment me penser en dehors de notions d’ordre « rhyzomique » ou relationnel, et non comme le fait l’occident en en appelant à l’universel et à la pensée unique, idée qui le renvoie surtout à lui-même mais qui est désespérée, elle ne résiste pas au fait et aux conséquences du monde d’aujourd’hui.

La pensée créole est de tous les créoles (superbe article de Maxette Olson à lire ici ou sur potomitan  ) mais se pense dans un temps, les conditions de son avènement, et un lieu, qui peut être multiple ou étendu, ce point du lieu qui articule la pensée de Glissant est un point délicat, des auteurs comme le réunionnais Carpanin Marimoutou étendent le concept de créolité à l’outre-caraïbe et même s’il se sent plus proche de Glissant que des autres penseurs créoles, semble indiquer qu’il y a un développement possible, même nécessaire. C’est la définition même de la créolité de Glissant que d’échapper à ce qui le restreint puisqu’il est le contraire et est en devenir de vivre, la vie en mouvement, se construisant elle même et donc échappant.

Zoran MUSIC serie bizantina

Nous souffrons de strabisme, et nous pensons que chacun est plongé dans le même monde par les mêmes yeux que nous,les choses se ramenant à ce que nous croyons être, de manière scientifique ou aveugle, d’elles. Le monde en est rétréci, les poètes et les artistes, nous montrent que l’apparence que prend la diversité, pour ne pas la réduire, pourrait être un chemin vers la vérité plutot que comme nous le croyons une fantaisie. Des peintures rupestres du Tassili aux toiles de Roberto matta,  des sculptures de Chillida aux dessins de Zoran Music,  tous les voyages où les mots mènent, que ce soient en philosophie, en poésie ou autours d’un feu, au hasard de la marche, voyons nous un divertissement ou nous engouffrons nous par une porte vers ….  quoi au juste, l’humain, quelque forme qu’il ait, semblable et si terriblement unique. Avec l’intention poétique et ces oeuvres opaques, que l’ont pourrait appeler des metaromans, Glissant entame une réponse qui ne finira pas. mais qu’il sonde.

Mais la créolité vient après la lutte pour la négritude, Césaire, décrié, a quand même écrit « le cahier d’un retour au pays natal » qui est l’écrit de tous les retours, de toutes les reconnaissances, de la connaissance et de la différence. Abderrahmane Sissoko dans son film « un jour sur terre »,  ponctue son film , de l’écho du texte de césaire et du « discours », l’-An-deux-mille qu’est ce que cette notion a de commun avec un petit village du Mali, ou l’occident n’est présent que comme une blague, celle du téléphone, et nous dit clairement que ce que nous nommons le monde n’est pas le monde, et qu’il n’est même pas désiré.
Le cahier a ceci de surréaliste, je vois le surréalisme avant tout comme une reconquête de l’intériorité sur le monde extérieur, comme la recherche effrénée de la vérité dans les méandre du cerveau, de notre être véritable qui est à creuser plutot que le monde autours sauf à le penser pour s’en libérer, car sous-entendu, dehors la vérité humaine a déserté. Je pense que c’est pour cela, et parce que le temps était venu, que les reconquêtes des  identités bafouées par les colonisations ont pu se faire. Césaire a lâché les chiens. La pensée de la créolité si elle est obligé de penser l’Europe se pense avant tout au dela d’elle. Elle est une reconquête de soi. Tous les cahiers sont ici chez eux pourvus qu’ils s’ouvrent et s’écrivent, toutes les pages se tournent, l’homme noir se redécouvre, s’accepte, dans la souffrance, dans le regard sacrifié et estropié. Et s’accepter, entamer la reconquête dans la modernité.
Mais on ne peut voiler la face du monde. la guerre d’Europe jette un immense filet sur le monde ou l’homme blanc est présent, et les échos retentissent de Paris à Sao Paulo, de Madrid à Lima, de Budapest à New-York, la pensée issue de la guerre  vient jeter son ombre dans les mondes qui prennent conscience de leurs marges, elles sont partout, des non-lieux aux centres des villes, de la folie aux espaces hybrides où les pensées ont fusionné, dans les rues et les complexes industriels où la vie n’a plus rien de simple, en l’homme du commun se découvrant et en se découvrant est projeté  dans un siècle nouveau.

Lac malawi, vallée du rift

La prise de conscience est énorme et la diversité est indubitable, le monde ne se pensera pas sans elle, l’universalité devra être revue, les centres glissent vers les marges et occupe l’espace mental pendant que progresse la gangrène dans les villes et partout où la logique industrielle, post-industrielle et futuriste rejoint la forêt et le hululement des chouettes. Dès lors que comprendre, qui sommes nous au delà des brumes du conventionnel.

L’universalité insiste comme aveuglée, nous ne renonçons pas facilement au rêve d’antan, celui de la caravelle et du concorde, alors même que pousse la mère (terre mère) le déchirement dans les douleurs de l’enfantement, cet être hybride aux milles visages dont un seul contient tous les autres, qu’il n’est plus possible de penser en dehors de ces systèmes, mais l’être humain, le visage, le corps, le crime, l’effort, je pense à Salgado à ce réel impossible, que l’on nomme tout-monde et qui repeuple la tour de Babel, reconquise, et aussitôt détruite, de fait, dans la relation mère que nous annonçait le panthéon vodun, la ville et la mine de nouveau jette à bas les fondations possibles. Ou est-ce que nous ne savons pas voir et regardons nous de façon torve, sans se soumettre à l’évidence.
Infinité des possibilités, prédites et dissoutes ce que nous en voyons et sème le doute, au contraire, la libération de devoir se limiter à une vision factice.

Sans sortir de là, mais tu (l’autre) est sur la même ligne, recrée de la cendre, de la minute égarée, de la blessure et la souffrance, le monde est à naître et cela sans fin et perdu de vue, repousse à coté, incompréhensible, chaos-monde, alors il suffirait d’écouter sans ce projeter dans le discours mais faire la place aux bruissements des langues, aux imaginaires, au tremblement, signe de la fragilité et de l’instabilité de toute réalité, que nous sommes sommé d’écouter. mais qui inintelligible, fuit.

On recourt facilement, croyant bien faire, à l’idée d’universalité, philosophiquement l’idée est séduisante mais elle est aussi suspecte parce que si elle semble combattre l’obscurantisme et l’isolationisme, autres plaies de notre époque et de toutes celles qui nous ont précédées, l’idée en même temps s’acharne à nier la différence, et imposer, sans qu’il y semble, une autre pensée, celle là unique, terriblement pauvre, elle fut annoncée, encore et encore et le monde moderne accouche comme d’un mort né encore et encore à chaque naissance tué, dans l’oeuf. Comme le rappelle deleuze, si la philosophie ne se mêle plus de penser les concepts, la fonction en reviendra aux publicitaires et aux politiques et la quel monde quand nos mondes seront livré à la bêtise ! (à écouter plus loin sur ce blog)

Le tout-monde réclame à la fois le bruissement de tous en tous mais réclame le lieu, irrésistiblement collectif, de façon inattendue, le divers, le dévalement de la vie que la pensée enfin reconnait, mais peut être la reconnait elle déjà dans la modernité car la pensée moderne est si complexe que je n’y risquerait un oeil que par l’entrebâillement, encore n’y verrais-je rien ou un souffle capable de nourrir mon intuition.  La géographie, toute chose est située, mais je n’en suis pas sur, et le tout-monde n’est il pas aussi dans l’espace,  la notion de lieu comme essentiel au tout-monde, se situer même de façon contradictoire, le temps ne l’a peut être pas attendu, n’est-ce pas ce que pointe David Lewis dans sa pluralité des mondes ? Mais je ne saurai m’avancer . sables mouvants et il me suffit d’être.

peinture rupestre du Tassili, sefar

suspecte aussi tout de même par la grande difficulté/ ou l’impossibilité de comprendre la complexité qui nous est interdite, celle de la pensée aborigène par exemple, des mondes du Tassili ou des esprits de la forêt,  bantoue, amazone ou cubaine, native ou créole,  ou est-ce d’accepter les termes mêmes par lesquels les hommes se signifient / se pensent et établissent leur existence jusque dans le dit et le non-dit de l’autre  (que l’on trouve dan le geste rwanda par exemple, la Palestine de Jousse, le « qu’elle était vierge ma forêt  de Matta mais aussi de tant d’autres)

L’universalité battue en brèche, tous les uni_ du monde s’entendent au pluriel. Pour ma part , il m’a toujours semblé que la compréhension entre les différences ne pouvaient pas se faire d’emblée ( par perspiration mais aussi initiation, immersion, traduction, comparaison, hybridation, « révélation » (je pense à la réaction de malaurie face aux mondes inuit) mais généralement il est besoin d’une passerelle , ainsi l’Afrique que l’occident contemple, le pont qui le fait accèder à l’Afrique, mais l’Afrique de la rencontre, qui n’est plus l’Afrique des origines, que l’on a forcé à ressembler suffisamment à l’occident pour que le dialogue, ou le constat puisse s’envisager, l’Islam a fait de même, est-ce qu’elle a déja commencé à se perdre ou est ce qu’elle est rentré en relation et a commencé de se préparer à l’échange, entre ses deux idées, mais aussi l’hybridation créole dont nous nous obstinons à ne pas prendre en compte la fabuleuse avancée, car ces mondes sont de tous les mondes, dans la souffrance de tous les temps mais aussi dans l’aujour’hui quand hier rejoint les ombres et laisse la fascination d’être en vie, prendre le dessus, même dans les situations supposément les pires, l’être humain se révèle à renaitre, vivre quoiqu’il en coûte, puisque vivre il n’est rien d’autre et la souffrance et la négation ont été vaincu, je pense la plus grande richesse du monde créole dans ce sourire, ce rire, qui obstinément avance,
Et la question, les indiens de l’Amazone devaient ils être changés, les mondes étaient ils si différent que l’on ne pouvait pas entendre ou suffisait il d’écouter ?

Il y aurait besoin de transformation pour accéder à l’autre et communiquer, je suis perplexe et bien sur la vie est dans la transformation. (relire Coomaraswami et l’Inde ne nous l’a t’elle pas promis? )

or l’écoute et l’acceptation entière est nécessaire , car sinon l’autre sera t’il encore l’autre et ne sera t' »il pas amoindri, sombrant avec l’idée de différence, de diversité et d’entente.

L’ idée que suggère Ségalen (relayé par Clifford) est une idée de voyageur, eux ont su se glisser dans les étonnements et en faire une force, se vouant sans se renier à s’augmenter constamment, donnant tout son sens au voyage qui est de traverser l’alterité sans qu’il n’y ait de but, mais, chacun nous le dira, on en sort transformé, augmenté de connaissance, un soi qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, ayant traversé et imprégné tous les points du trajet, l’homme a eu l’intuition du tout-monde dans la rencontre, dans le lien le laissant en devant de lui, quand il y parvient.
Je relis « ébène », « le voyage avec Hérodote » de Kapuscinski tout entier dans ce qui pourrait arriver et qui arrive, et je me demande si le rapport à la différence qui devait être si criante, ou était elle ressentie comme moindre, parce que moins ancré dans sa propre différence et dans l’idée, à la bien penser, de l’universalité qui est un leurre si elle repose sur une constante, sur un rapport à une normalité fixe, à une norme quand règne le divers,  l’imprévisible et l’inacceptable, je me prends à me demander si cela a toujours été vrai ou s’il a toujours fallut user des passerelles et des moyens véhiculaires. Il y faut peut être seulement un carnet (gris) ou un claquement de langue qui amusée tente de reproduire en riant les sons. Tout alors parait proche. Même s’il n’est jamais à atteindre, cela en fait il un  lointain ou est on entre deux eaux. finalement heureux et sujet du destin.

Deux idées me viennent, l’antiquité ne faisait pas référence à la couleur comme critère et  certaines régions comme celle de  l’ancien Niger qui, selon Hampate Bâ, étaient des zones de partage du territoire ou chaque ethnie se répartissaient les fonctions, les lieux et les divinités, ainsi les Bozos étaient les maîtres du fleuve,  les bambaras les forgerons et les peuples, vision idyllique mais est elle sans fondement, vivaient un espace partagé.  En était il partout ainsi ? le Rwanda et les régions des grands lacs vivaient ils suivant ce mode, comment un pays comme le Cameroun et ses quelques deux cent langues parvient il à ne pas s’incendier en guerre tribales, quel est le miracle de cet équilibre ?

et surtout qu’en est il de nos villes et de nos mondes qui s’enchevêtrent formant un monde dissemblable toujours au bord de la rupture ?

Comment se sortir d’un tel étranglement, qui va croissant et ne connait plus de limites ?

Shanghai tower

as ilhas dos Açores

et pour ne rien dire,

les déchirements l’océan vers ces îles ouvrent le jour

de la voix

le vent se mêle au noir et au silence

bleu la chaleur cogne en dessous

sans fond,

comme une muraille

la croix sur la voile crie l’extinction de la douleur

d’Afrique

les grands recouvrements de l’or et du sang

suivre les baleines, se coucher et mourir avec elles

as ilhas dos Açores

ilhas pigments Lamber sav 2010

la voix me prive de la mienne et je me couche à ses pieds pour dormir rêver au son des cordages quand le vent et les embruns présagent de l’île les flores de la mer et la déesse  porte le songe vers les fonds les roches d’un astre strié voilé de rouge

et filles tranchantes comme la lave du volcan, de toujours fières et noires, immobiles sur la jetée du temps semblables à l’écume ont le corps enveloppé de blanc

 

musique : Madredeus, « ao longe o mar »

d’ours à ours

rapports parents enfants

qui est qui

qui de l’un montre à l’autre

et qui gronde

est grondé

le plus grand

le plus petit

celui qui a de plus grosses dents

ou qui malgré son age

sermone

la ramène, dans ce cas insolent et je sens la baffe

même pas peur qui pourrait venir

L’image transposée dans l’imaginaire car elle y réside déjà, a commencé à créer des histoire,  à prendre le ton rassurant des veillées, on est pas couché à écouter l’éveilleur des consciences qui raconte pour édifier, passer le temps ou simplement lancer un fil dans l’imaginaire et voir ce qui des fondements ramène,

la parole semble agir de même elle se hasarde et plonge, parfois selon un schéma établi et un rite ou l’itinéraire est tracé obéi à une vision du monde inscrite dans la relation, celle de l’écoutant et de la source

celle de cet enchevêtrement relationnel que contient l’histoire

celui qui parle puise à l’expérience commune que les bergers, laboureurs, guerriers, fous, prêtres et homme et femmes, enfants qui quittent la famille ramènent un jour,

en appeler à d’autres sources, et rêver, écouter l’oiseau est toujours utile, mais l’histoire est toujours la même…

c’est un puits commun, car tous ont pour vocation de revenir, remettre l’expérience en parallèle au tronc commun, établir des divergences, des convergences, un embranchement et une poussée,

couche superposées qui sont l’avancée du groupe, de ceux qui marchent ensemble car ils proviennent du même endroit, habitent  la même terre et se partagent la survie du jour

ce qu’ici on nomme le travail mais qui est plus vaste, qui est la survie du jour,

veiller à ce que la survie corresponde bien au jour, veiller à ce que l’enfant parte s’en assurer, prenne les chemin et rapporte la moisson comme une orientation, serait-ce son role, est ce le moment de sa vie où dans le groupe il doit veiller à la bonne phase

et face à l’océan jouer les notes et dire les mots qui font lever le soleil, le rite est essentiel, il ne faut pas y faillir

est ce cela qu’explique, le grand à l’enfant ou l’enfant au parent, convaincu d’être dans la bonne phase, de quelque tour que ce soit, la rumeur circule et la scène est édifiante, édifie, est prélude à ce qui se joue et qui doit se préparer

on sait que des deux extrémités de l’age se joue la survie

langue la montagne

est ce de nostalgie ?

ces mots ont murmuré les vieux hêtres dans la langue des premiers temps ont surgis les couleurs de l’écorce et le bruissement des jeunes pousses

l’aigle glissait entre l’air et le plomb la vallée embrassée dans l’envergure de ses ailes

les verts des forêts et la nudité des déserts

les brumes ont repoussés les glaces

les dos rougeatres des suds

dans l’ombre se sont retirées les vallées douces comme la descente des seins entre les pics dévalés des chemins escarpés à travers les fougères les arbres géants s’interpose gutturaux

le repos aux grandes pierres levées pour rendre grâce à la nuit

les chouettes gardiennes des écarts et les vautours sont la mémoire

c’est sans doute l’ours qui a murmuré une patte levée et cinq soleil sous la plante et griffant l’arbre-roi

la cosmologie du visage hérite des pétales et la fleur à désigner la pierre

le haut le bas

et le bois  là- bas au lointain de la mer et au dela vaincre la peur de la brume

c’est sans doute quand les moutons rassemblés que le premier chien a jappé et que l’homme taillant son couteau a chanté, mots qui reprenent le choeur de la montagne

que rugit le tonnerre et dans les yeux l’éclair

Etxea, Lamber sav, 2003, encre

ces mots les souffles enflés et rentrés dans le pas de la marche

succession des enfilades

comme une avalanche un son pour caresser la distance

échos des vallées en vallées

relié du fil si tenu

couloir dans les gorges

les phases alternatives  absorbent l’émotion

et mer qui frôle les sommets la langue est le tissages des franges

noeuds l’homme marche comme déroulent les mouvements de la journées

l’oeil a englouti le jour dans la marche

rude comme la sève

il grimpe le massif et effrite les roches et adouci cueille le brin d’herbe que fredonne la création

aux  plis du minéral il fut convenu que leur nom serait le nom même de la terre, copiant en cela l’ours,  le hêtre et le granit

c’est sans doute lorsque la première femme

enroulée dans l’étoffe

le lin ou les feuilles elle se fond au végétal enroulant ses racines dans la boue caline

se fendant pluie rude

son corps comme un printemps

le roc fleuri et la charge des vagues

lamber Sav, Euskal Herri, 2003, encre et pigments

nostalgie dans les sédiments du corps et plus profondément dans les prières

les arbres renvoient aux vents cette langue

les roches en surplomb de l’océan et le ciel quand attouche les étoiles libérant la soif  et le lait des pâtures

de la montagne montent les champs

le manteau lourd des forêts

Visage

dessin, visage ~1983

Contre tous les déversoirs de haine Moi me reconnaissant dans ce visage et le corps lourd, après tous les virages en épingles et les boulots dans ces banlieues ou vivre s’essouffle, dormant la nuit dans les meublés, le poids sur les épaule baluchon et casquette de travailleur je récuse la crasse la saleté et la déprime, mes pas sans que rien ne parvienne à m’arrêter, ni un quelconque confort ni une idée pour laquelle mourir, souffrir et se sacrifier, dupé par les puissants et convaincu que la vie n’est que les vertiges du néant et vestige du jour, par les villes traversées, les campagnes désertées et les chemins goudronnés, que reste t’il à l’homme ? je me lève séant et convaincu   de la beauté nostalgique de l’existant me mets à marcher, souriant en sortant de la ville et soufflant

photo : Mariene de Castro, Tabaroinha

éclaboussé de vie et ayant tout vécu je ne retrouve plus ce jardin, il est peut être à la lisière dans le creux des bois et la mer l’abrite t’elle ?  les voiliers blancs que je confonds avec l’écume, l’étendu bleue et les écailles de mer j’y entend un appel Ulysse entendit les même et Boutès plongea, réunis sur la grève nous nous rassemblons tous poissons et écumes, algues coiffant les rochers moi j’y ai vu l’autre bout, la terre à traverser ou cet ailleurs que je confondais avec ce voilage arrimant à la femme se tenant auprès du palmier, arbre du bonjour au soleil et que la mer lèche, navire ou voile du vent, femme, brume ou déesse, est ce la mer ?

dessin : vers la voile ~ 1987

l’essentiel me disait de croire et le mouvement du vent et la joie de la source me conviait à la réjouissance sur cette langue de l’eau et dans toutes les mers, même les plus froides, des roches ou des lagunes, dévalant à pics ou s’étendant à mes pieds le chemin à travers les arbres y mène, de cette forêt où les plants et les herbes sont plain-chant, herboriste et fleuriste, il  y manque la fleur, là au dela de la route qui, si on y va mène vers les villes et je le jure, même au coeur de celles-ci, sur un balcon ou coincé entre deux tuiles, surplombant le vide et prête à tomber, la fleur surgissant des entrailles rappelle le chant magique qui comme un filet de sable mais qui est d’or, comme de la suie et de la poussière celle des hydrocarbures et du charbon mais qui est or

quand le soleil à travers les yeux surplombe le vertige et glisse en mots de douceur, tobbogan de l’âme, martelant l’âme que l’on conserve contre les mauvais coups et que l’on éparpille partout où il y a la beauté fut elle laide et de béton ,

mais dans le sourire de mon crayon et dans mon obstination à contourner la rime et promener mes jambes vieillissantes, à tremper mon corps dans  l’eau de vie quitte à y voir la déesse s’il le faut et même y aller à rebours à dos de l’incroyable pourvus qu’il y ait cette offrande et que déverse la musique sur la peau et l’or de l’oeil plonge dans la vie que je reçois, là où je suis où que je sois et plongeant comme ivre au fond.

fleur des eaux

sous le signe du collier

comme des gouttes perlant à l’eau

la divinité

porteuse d’eau

l’or laisse aller le filet dans le creux des paumes

la fleur ouverte sous la paupière

respire comme un ronflement

l’éveil tendre de la matière au monde

quand aspire l’esprit

riche

la vapeur

voile de la porte au soleil

dévoile

la peau bruine

lustre d’eau quand flottent les reflets

couleur illuminée

creusée de lumière

regard coiffé dans les peaux de soie

offrande dressée de l’or aux marges des offrandes

vive voix

déposée dans les feuillages

enroulée des plis à l’infini

la couronne

s’offre à la terre ile par le souffle des mers

la possibilité émise par le tranchant de l’épée

l’humidité

du bout des lèvres et célébrée par la danse

la peau interroge

à la nuit

noire

la peau sombre

l’oeil

tâche sur la peau

à la criée des flots

aux fils du vert tresses dans l’eau

dans le chant la trouée bleue par

les pieds nus

marquent le sentier à la lisière

marque le temps

ouvert

l’oeil occulte

de main en main

interroge les histoires

d’une main à l’autre

sable

la  traversée devine les versants