éternua

Je suis fait de la matière la plus sonore, l’air passe à peine par les espaces laissés libres, la vitesse et les fibres de chair ; le mouvement du train me secoue. Je parle. Certes les mots me complètent. Je requiers l’illumination. Ce que j’ai pris l’habitude de penser comme me définissant, ces moments qui n’étaient pas délivrés du hasard finalement l’étaient peut être, advenus par prise, pas de surprise mais ce sentiment de prendre ce qui arrivait à soi. Il faut commencer par mettre en doute la croyance que l’on va de soi, comme étant le fantôme électrique de ma présence, les vertiges quand l’élongation est si fine qu’elle pourrait se briser et tomber de haut. Alors on observe hagard ce qu’il reste des chants.

Éternua n’en dit pas plus, pourtant que sait t’on de ce qui est mis en mouvement par cet événement, l’un des plus violents.

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le gris fond

Car il faut bien le dire,

Mais il n’est pas qu’une façon de respirer

souvent je m’attriste je désespère de ne pas respirer comme ceux que j’aperçois, qui sont clairs dans la lumière et parlent en hochant la tête, frappant et que je vois en premier

et puis je m’envole, désespéré et presque mort puisque autre, du moins il me semble, distant et introuvable
et puis mes doigts s’envolent et je me pose et je me découvre

c’est dans le paysage ou ce surplus sur les yeux qui augmentent la charge,
à travers un vol , d’autres vous dont les doigts me touchent, ce sont une caresse, alors je reprends espoir, différent mais rassuré même si encore en chemin et je marche

les fils dans le ciel trace au silex une rayure qui me traverse et il faut bien que je meure puisque la traversée crisse et que tombe l’autre bout et que sur le sol les vides sont deux oiseaux qui s’aiment, ou se chamaillent,

je poursuit la promenade dans le sombre du creux et s’il y avait la mer je me jetterai dans le gris, mais le gris n’est que le ciel, bas en haut mais hors d’atteinte et que je marche épuisant ma révolte qui en redescendant m’endormira, pas sûr que j’eus pu me jeté dans le gris sans fondre.

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l’ici qui marche dans l’ailleurs

Mais pourquoi raisonner uniquement en terme de territoire, d’identité de corps, vassalité et communauté ?

quid de l’esprit comme des courants qui ne sont pas que marins ou mammifères, s’inscrivent dans une mathématique, aussi surement que le soleil brille les aléas aimantent les affinités et gravitent, les pôles de nos circulations intérieures sont en mouvance, attirés les uns vers les autres selon des itinéraires qui doivent rester secret, rivés aux affinités déployant des attractions

loin en apparence, les corps ne cessent de s’alimenter l’un l’autre, de se bécoter en aller retours, le grand vide est un champs magnétique où les dérives en veulent aux rives, imperceptiblement se fondent dans un même esprit même si immobile en apparence, un fil à linge qui au jour semble relier les maisons comme les voix des commérages de la rue et ce de rues en rues descendant vers le port mélange de la lessive à la nuit et au large les voiles des navires

mouvement en forme de fleur, aquarelle de Lamber Sav 1997

Edouard Glissant : un champs d’îles, la terre inquiète, est-ce cela qu’il à voulu dire ? les êtres sur la terre sont en constant soucis de correspondance, déplacement hors de la place dans le mouvement et le temps, de façon récurrente ou par accident pour susciter la fécondation

ainsi fait le vent ou la grand marée sous le repicage de la lune

dans les trajets en dessous tout bouge et se rejoint, se déplace dans quel soucis, déposer les oeufs là à des milliers de lieues plutot que sur place bénéficie t’il à la grande circulation,

photo Vasil Qesari , Lisboa

ils échangent l’esprit comme ils mêlent les salives, le mouvement aide à l’éclosion et la posture statique ne fait que tromper l’incompatible pendant que la vitesse joint les bouts

et patchwork, les proximités sont trajets de bouts en bouts

des iles que nous sommes tous ou quelques uns, coques de noix naviguant de là en là où le monde ne va pas ? le monde des masses continentales est percé des veines qui irriguent et créent des voies établissant là aussi un réseau de correspondances, et on voit de îles couver un continent, maillage des chaumières circonvenir à une forteresse

sailing away (photo inconnu)

le monde n’est pas ce qu’il parait, si solide ou liquide et dans ces états des correspondances, attractions, répulsions, émulsion, révulsion et si on y parle toutes les langues, si le filet entre les mailles touche à l’émotion, les bouches s’abbouchent et sexe de femme en fleur éclosent, dans les yeux le fluide courant qui zèbre l’univers

un socle de terre traversé des mille faisceaux est comparable à l’archipel et , l’esprit en pluie fines gouttes scintillant d’arc en ciel porte et préjuge des transports, la matière en mouvement

bouillonnant  des alliances.