Visage

dessin, visage ~1983

Contre tous les déversoirs de haine Moi me reconnaissant dans ce visage et le corps lourd, après tous les virages en épingles et les boulots dans ces banlieues ou vivre s’essouffle, dormant la nuit dans les meublés, le poids sur les épaule baluchon et casquette de travailleur je récuse la crasse la saleté et la déprime, mes pas sans que rien ne parvienne à m’arrêter, ni un quelconque confort ni une idée pour laquelle mourir, souffrir et se sacrifier, dupé par les puissants et convaincu que la vie n’est que les vertiges du néant et vestige du jour, par les villes traversées, les campagnes désertées et les chemins goudronnés, que reste t’il à l’homme ? je me lève séant et convaincu   de la beauté nostalgique de l’existant me mets à marcher, souriant en sortant de la ville et soufflant

photo : Mariene de Castro, Tabaroinha

éclaboussé de vie et ayant tout vécu je ne retrouve plus ce jardin, il est peut être à la lisière dans le creux des bois et la mer l’abrite t’elle ?  les voiliers blancs que je confonds avec l’écume, l’étendu bleue et les écailles de mer j’y entend un appel Ulysse entendit les même et Boutès plongea, réunis sur la grève nous nous rassemblons tous poissons et écumes, algues coiffant les rochers moi j’y ai vu l’autre bout, la terre à traverser ou cet ailleurs que je confondais avec ce voilage arrimant à la femme se tenant auprès du palmier, arbre du bonjour au soleil et que la mer lèche, navire ou voile du vent, femme, brume ou déesse, est ce la mer ?

dessin : vers la voile ~ 1987

l’essentiel me disait de croire et le mouvement du vent et la joie de la source me conviait à la réjouissance sur cette langue de l’eau et dans toutes les mers, même les plus froides, des roches ou des lagunes, dévalant à pics ou s’étendant à mes pieds le chemin à travers les arbres y mène, de cette forêt où les plants et les herbes sont plain-chant, herboriste et fleuriste, il  y manque la fleur, là au dela de la route qui, si on y va mène vers les villes et je le jure, même au coeur de celles-ci, sur un balcon ou coincé entre deux tuiles, surplombant le vide et prête à tomber, la fleur surgissant des entrailles rappelle le chant magique qui comme un filet de sable mais qui est d’or, comme de la suie et de la poussière celle des hydrocarbures et du charbon mais qui est or

quand le soleil à travers les yeux surplombe le vertige et glisse en mots de douceur, tobbogan de l’âme, martelant l’âme que l’on conserve contre les mauvais coups et que l’on éparpille partout où il y a la beauté fut elle laide et de béton ,

mais dans le sourire de mon crayon et dans mon obstination à contourner la rime et promener mes jambes vieillissantes, à tremper mon corps dans  l’eau de vie quitte à y voir la déesse s’il le faut et même y aller à rebours à dos de l’incroyable pourvus qu’il y ait cette offrande et que déverse la musique sur la peau et l’or de l’oeil plonge dans la vie que je reçois, là où je suis où que je sois et plongeant comme ivre au fond.