l’éblouissement décontenancé

c’est cette grande vague qui s’échappe de leur bouches faite pour enlacer et qui sont comme des tambours qui résonnent de la puissance forte et tendue de leur poitrine arquées leurs jambes sont des troncs et leur corps une arche, l’enceinte du labeur se réjouie des paroles zèbrent à grands traits

l’éblouissement décontenancé

les fleurs dans quelques pots sont le signe de la résistance et le figuier contient le soleil quand éclatent les figues, il n’y faut y voir que cela

les hommes ne peuvent rien y faire, ils élèvent des cathédrales pour tenter de colmater cet élancement qui touche au vertige, les murs taillés à grand carrés d’angles effacent l’impression de sève qui s’agrippe aux colonnes et dans les travées la vie désordonnée rompt les lignes trop brisées,

les rondeurs s’enchevêtrent et gagnent sur l’édifice qui même de brique et de broc admet le collage si  le jour est rongé par la lumière

et le palmier qui s’élève

C’est la que commence la forêt dans le cœur des femmes  les arbres ne se voient pas bûches mais entendent les tambours des veines crier comme la couleur qui ne se maitrise plus

se mélangent dans la certitude le sens qu’il faut agripper le réel et n’en laisser qu’une goutte au blanc que lape l’air et souffrir la chaleur qui embrase, la touffeur  témoigne et quand souffle le vent et que rien n’est à sa place

le trait ne remplit pas

le trait ne tient aucun compte de la chaleur, les toits où on ne poserait pas le pied continuent de cuire comme le pain chaud et rougissent établissant l’ocre rouge comme la dominante tranchant sur un ciel qui est simplement chaud

le blanc ne tient aucun compte de la chaleur, ignore l’ombre qui aussi mince soit elle à cette heure sent bon le poisson qui cuit dans les âtres et la boisson qui lentement rafraichi les hommes assis au pied la où tempère un croquis d’obscurité vif de lumière

le noir ne tient aucun compte des hommes la transparence de l’après midi se reflète sur la chaux qui peut paraitre blanche mais est plutôt bleuté et si l’on pouvait voir les femmes rire dans les rues ou près des fontaines colorier le jour de rouge

 

le trait n’emplit pas mais signale l’espace.

Lispoète

 

un rêve

entre corde et brume

tressée

des milles contemplations

 

l’eau du fleuve

à remonter les rues

pavées des fièvres de ceux qui sentiront la mort

 

les maisons multicolores dans la ville qui peut n’être que noire

noirs de l’Atlantique qui font croire au bleu malgré le sang

la ville

remontant dans le reflet des trams

 

qui peine,  danse,  chant,  bouscule les chaises dans la taverne

de la gorge

se fend la saudade voiles de la pureté les étoffes du mystère

lancé

 

sur les toits des négresses rient et les femmes dans l’embouchure déploient le corps que seule la jeunesse inonde d’eau, nageant se croyant surgi d’une fontaine la douceur de la mélancolie pour une fois rouge

vêtus de noir des hommes squelettiques, folie du pouvoir et l’orgueil, ne voient que

lèvres

au balcon où sèche le linge que

lèvres

couronne de fer forgé que

lèvres

deux seins entourent comme des jambes le bras et la main orientale

henné couve le

feu du corps débordant d’un peignoir mal fermé

et jurant

deux gros seins et le ventre

santa Maria ,

irradie

je t’ai peint

émergeant du tissu et les cheveux noirs

 

des orages d »été surplombent la plainte

et caravelles

la croix

devient voix

tue

l’arrogance

la blancheur devenue noire

et qui Mer à  bout chante

bord des voiles

© photo Pierre Verger

amené par les secousses les caprices et le rejet la vie comme une eau et soi comme le bois, ballotement, la tête à l’envers quand le monde ne semblait plus avoir de sens, la raison s’agrippe au peu mais la tourmente emporte le fétu alors on est tenté d’en rire et ce rire est cette branche qui reprend vie échoue sur le rivage de l’ile  fait fi des tempêtes et en riant crée des racines de la hachure ramené en rêve une foi par semaine au déballage de quoi s’ensoiffer d’espérance, entourant de prévenance le soleil, couronne d’or nouée en fichu et le pas décidé, marche entre les forêts d’un pas enjoué, la chemise déterminée et le froc ceinturé d’eau indigo

 

Kreol contre Krévindiou

extrait d’un article sur Potomitan par Maxette Olsson:

une idée de la créolité et de l’être au monde

il faut lire le texte en entier là : ==> http://www.potomitan.info/maxette/creole.php

outé pou tann! Tann pou konpwann!

Appartenant à la diaspora, en ce qui me concerne, être véritablement créole bannit tout sectarisme, dogmatisme ou ségrégation. C´est un état multiracial et multiculturel. Oui! Être créole n´est pas du tout un appel. C´est un état, une intelligence, une spiritualité, un parler, une souffrance, une éducation, une attitude, un proverbe, une histoire, un savoir-vivre, une belle manière, un style, une cuisine, un léver-fâché, une recette, un manger, une élégance, un son, une tradition, une décoration, une musique, un mariage, une chanson, un art, une nouvelle, une danse, une joie, une débrouillardise, une mèdecine, une discipline, une case, une courtoisie, une tenue, une sensibilité, une belle parole, une histoire, un instrument de musique, une littérature, une curiosité, une misère, un babiller, une poésie, un conte, un toiser, une boisson, une veillée, une susceptibilité, un bobo, une pensée, un patrimoine, une insolence, une passion, un piqué, une douceur, une chaleur, une générosité, une fête, une fleur, une épice, un diéser, une magie, un commèrage, un vêtement, une mode, une étiquette, une conscience, un bijou, …  Si-w sé Javèl ou a tiré-y!(Si tu es du Javel, enlève ces vérités établies), est une forte expression créole de la Martinique.

Pour vous dire, que l´on nous appelle créole ou pas, quelque soit notre histoire, que vous soyons Javel ou pas, nous ne pourrons jamais effacé cet état créole, parce que messieurs et dames, jeunes comme vieux, sachez qu´être créole est un esprit créatif en spontanéité existentielle qui transcende toutes les causes!  C´est un don! Quand on a un don, il faut être donnant. C´est l´interaction forte du don. Transmettre ne serait-ce qu´à une seule personne le bien-être créole est ma mission de gratitude d´être consciente de cet état d´esprit.

Encore une fois, je ne suis pas du tout colorée en noir par des couillonnaderies. Je n´écris pas pour être connue, mais pour apprendre à me connaître. En écrivant, j´ai capté qu´il est plus facile d´être connue que de se connaître soi-même. Je ne lis pas pour m´évader, mais pour apprendre à vivre Ô présent. En lisant, je retiens l´extra de mon ordinaire. Je ne parle pas pour avoir raison, mais dans la seule intention d´exprimer cet incessant dialogue intérieur. Étant une outsider exilée, je n´ai jamais eu l´ambition d´appartenir à l´intelligentsia, à un club culturel ou à une congrégation religieuse quel qu´il soit. Et je ne perd pas le nord. J´habite au Nord. Je suis tout simplement une Nègresse Créole lucide d´être descendante d´esclaves, ces nègres et négresses lesquels les négriers blancs parfois aidés de leurs comparses noirs, leurs mettaient entre autres une bombe dans le trou des fesses pour les empêcher de marronner. Bonda miné! est la rengaine. Toute l´histoire créole soit des nègres, des békés, des Syriens, de la présence des ancêtres du Mahatma Gandhi et des ancêtres de Mao est déjà écrite entre autres par Raphaël Confiant, Jean Bernabé, Hector Poullet, Sylviane Telchid, Ernest Pépin, Jala, Jean Sahaï, Jude Duranty, Gisèle Pineau, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Frankétienne… tous ces maîtres de la Créolité qui donnèrent une nouvelle vision, une nouvelle force et une nouvelle fierté de la langue créole et de l´état créole. Ne serait-ce pas une méchanceté gratuite d´éteindre cette flamme, cette énergie, ce souffle du “Tout-Monde”?

Ne m´appelez pas créole! On n´appelle pas ce qui est. Je suis divinement Créole, ce qui est parfois interprété comme une superbe.

Maxette Olsson

Homme, fragments ou îles

mais pourquoi raisonner uniquement en termes de territoire et de communauté ?  ne peut on être soit même pris dans des courants (marins) ou d’air, aller à la rencontre des iles et des continents, se sentant  soi-même coques de noix naviguant là où le monde ne va pas

© aquarelle lam_Sav

sommes nous continents, archipels et îles dans nos complexités ne pouvant nous résoudre à être pleinement l’un ou l’autre ? faute de définition claire, car pour l’un l’ile voudra dire ce qu’elle n’est pas pour l’autre et vu sous cet angle l’ile est plutôt courant ou soumis au courant, archipels avec ces relation multiples et ces entités relationnelles, navigant en relation,  en cabotage de l’un à l’autre, chapelet incertain des paroles entre elles, ne formant pas un corps mais étant soumis à un vaste réseau de lignes, espaces, surfaces, ténus et aléatoire, parfois disparaissant et surgissant comme à Tromelin, René Char l’a bien senti qui lia dans le terme les paroles,

l’archipel est riche échangeant les attractions et répulsions,  souvent existant de par même l’espace qui existe entre soi, dans le soi et que la pirogue parvient à mettre en contact, sa forme est oblongue ou circulaire, l’eau fait partie de son être, elle en est peut être l’élément le plus clair

opacité ,

© pigments lam_Sav

les fragments sont des entités et ces bords de terres roches ou sable sont relié à un bord plus grand qui sera continent, mais l’océan lui même est une masse qui ne diffère pas du solide, dont les courants relient, mettent en mouvement ce qui semblent figé mais est en fait en mouvement, continent qui est un enchevêtrement de lignes et de surfaces, dont la masse impressionne mais qui sait se décliner en un infinité sans ppdc et étant multiples forme une irridescence électrique vaste réseau, et que dire du jeu que la lumière attise, sur la mer ou dans les feuillages animé des tronc , n’est ce pas que  la luisance de l’esprit procède de même, reproduisant sur soi ce qu’elle impacte sur le monde, dès lors une multitude est fragmenté en une myriade réverbérant un principe qui laisse l’indéfini et la tentative solitaire libre de se jeter sur le monde sans drapeau à la manière d’un George Dibbern se déclarant libre au milieu de la tourmente pour qu’elle ne l’emporte pas, mais plus riche de sens est l’ile, chapelet d’îles et archipel, continent ou terre niant sa masse dans l’imbroglio, partageant comme un compost ce que nous croyons être et gardons par devers nous ,

© pigments lam_Sav

dans la forêt les sarbacanes sifflent de même que les serpents et les moustiques cachés sont les feuilles et se disputant aux flores vastes moments d’apothéose, d’un monde cellulaire en rupture

ce ne serait que de se percevoir, une densité comparable à l’océan ou l’être se trouve pris, comme un brin de lumière dans l’ombre

? quid de l’esprit ,

Pernambouc

en avant dans l’avant

la bouche

en

dedans des boucles

d’or

lumineuse orchidée

ou accordéon fatal

mes jambes à mon cou et les cheveux comme embarcation

je flotte

bois vif  la fibre repose

gratte sur la planche qui surplombe l’eau

© photo Fiona foley

lambi de l’onde l’eau goutte et le filet engorge

en rond le son spirale éparpille le sens comme les gouttelette dans  la mer

en bleu femme le flanc de l’indigo

ta caresse peinte sur la fleur

la tige nourrie des sargasses

à l’endroit de l’envers resitue bien la spirale

exténuée de paraître un jeu sans fond

là où le bleu est si profond que tu ne vois pas sa queue

se reposer au fond de la grotte

rauque les écailles sont des  grains d’or perles à mes oreilles

tu te parfumes pour m’entrainer dans les abîmes de la confiance

quand vers le soir ma foi laisse échapper les vagues

rauque

j’embrasse à plein vent ton écume et je m’allonge pour m’en être saisi

les embrasements de ton rouleau m’illuminent

je jette à ta face les cauris de ma peau comme les mors de lumière

quand tendrement  je m’entoure de ta violence

que je me jette dans les flots bleus de ton champs

agenouillé sur la roche

l’océan m’emporte et engouffre le corps dans les viscères de la mer

rauque

je me laisse couler

pour m’en revenir ruisselant d’or

patauger dans la mare ou recueille le troupeau

brin superficiel aspirant l’étouffement

© photo Fiona foley

credit photo Fiona Foley sur Artguide.com Australia

Les inspirations se rejoignent, et se fertilisent, l’artiste aborigène Fiona Foley dont les photos me conduisent entre deux fils d’océan à la grotte de Yemanja,  divinité du Brésil noir et dont les courants de manière incertaine ramène les effluves du cap-Vert, archipel de feu, fille de l’Afrique, juste voyage en retour que les courants marins ne cessent de prendre et qu’il suffit de chevaucher, le Roi d’Afrique ne l’a t’il pas fait ?

le soir

le jour  à voix basse je marche, je fais ce qu’on me dit, sans bien écouter je m’exécute, de ce que j’en comprends ça n’a pas beaucoup d’importance ni de sens et le soir je reviens là vaguement en déroute et contrarié,  je m’assoie ou je me mets à chanter pour moi seul un air que personne ne comprend ni n’entend ni ne me prend, le soir je ne suis plus les mêmes ligne, je fracasse le moule et je laisse échapper les points de suture, le soir je provoque la journée et je lui plante des épingles, je l’étrangle je ne lui laisse plus un souffle,

je lui tourne le dos

l’aigrette

maitresse coupe moi mes tresses

je me sens à l’étroit et sur mon crâne poussent des palmiers des allusions multicolores au cri des singes

dans mes cheveux vibrent des quintaux de charges inélucidées et je me terre dans l’ombre qu’assaisonnent les mousses et les fougères

c’est suivant la saison et pas un souffle d’air ni de vent quand pourrissent à l’abri des cimes, la masse informe avec mes pieds j’en retire une feuille oblongue et je vois ce qui grouille

les aras font croire à la couleur dans l’épaisseur ou est-ce la couleur qui fait croire qu’ils sont là,

je donne un coup de pied et je casse la tige en voulant dire que je ne crois plus à l’ordre

la rivière me reprend , elle me tend et le bois et la flamme faire un trou pour que je navigue

mes yeux font le tour mais reviennent à chaque fois, je crois qu’ils sont repartis, bredouilles,  pour l’instant pas un bruit à part celui que je fais

ma jambe qui me fait mal me fait penser à la branche il n’y a pas vraiment de différence,  un peu de chair dessus mais finalement, il pourrait y avoir comme sur les cachalots des coquilles qui s’agrippent ou une aigrette qui grappille à coups de bec les pattes sur mes cotes casse-croutant les bouts de peau ou même les veines si elle a de la chance, je ne sentirai rien

je ne vois pas vraiment ce qui se passe car j’ai l’esprit ailleurs,  mon entendement s’arrête là,  mon œil pêche à la ligne je la démêle quand je suis bien calme et que  rien ne bouge et que  je n’essaye pas

près de ce gros tronc si souvent que des branches me poussent et mes cheveux, si tu ne les coupes ? s’ébouriffent des oiseaux, des verts et des rouges, surtout ils y font leur nid,

j’entends rugir, ce n’est que trois fois rien , à sept je ne dis pas, je me mettrai à courir

j’ai la lumière dans les yeux harassés

je pense à toi qui est loin et je me dis que ça ne veut rien dire être loin pas plus qu’être près, on y distingue si mal je n’y vois goutte j’ai des fourmis dans le cul et les bourses pleines et  je me dis que ça ne change rien,

au creux de l’arbre où rien ne bouge je me laisse jaguar aller à l’eau, ou l’eau dégringoler sans rigole je perfore les digues et je ris tout bas, comme un macaque, ou un python, un nénuphar, un de ces mots qui interpellent, anaconda c’est peut être ce que je fais, de mon œil qui rixe cherche la bagarre, le soir je provoque la journée et je lui plante des épingles, je l’étrangle je ne lui laisse plus un souffle,

je lui tourne le dos

Géographies sacrées

Sacred Geographies of Ancient Amazonia: Historical Ecology of Social Complexity

by Denise P Schaan
Left Coast Press, 2012
Cloth: 978-1-59874-505-4 | eISBN: 978-1-61132-799-1

(traduit librement de l’anglais de  Bibliovault.org

Si le légendaire « El Dorado » n’était qu’une légende, la cité de l’or, les étonnantes nouvelles découvertes révèlent une civilisation ancienne majeure en Amazonie qui était plus complexe que tout ce que l’on aurait pu imaginer jusque là. Les spécialistes mettaient en avant le fait l’écosystème de l’Amazonie réduisaient les possibilités en termes de taille et de complexité des cultures mais cette idée est renversée par Denise Schaan, une chercheur de premier plan, en montrant comment les gestions des ressources et des terres de culture sur une grande échelle peut nous donner une image complètement différente de l’histoire de l’Amazonie indigène. Elle nous entraine aussi dans un débat sur des questions de fonds comme les perspectives de la complexité sociale  et l’importance de l’Amazonie ancienne dans une perspective globale. Ce livre, novateur et interdisciplinaire est une contribution majeure à l’étude des relation entre l’homme et l’environnement, la complexité sociale et les sociétés indigènes du passé et actuelles.

Ce livre tombe à pic ! il y a quelques jours je relisais le prologue au livre « Saudades do Brasil » de Claude Levi-Strauss, j’avais été fasciné par ce qu’il disait des observations faites en 1541  par les premiers explorateurs espagnol de l’Amazonie qui remontant le fleuve, aperçurent de véritables villes.

Le frère Gaspar de Carvajal rapporte qu’elles s’étendaient chacune sur plusieurs lieues et comportaient des centaines de grandes maisons d’une blancheur éclatante, habitées par une population très dense à la manière de chefferies avec tous les alliances et antagonismes que cela suppose. Ces villes étaient défendues par des fortification ornées de sculptures monumentales, des routes bien entretenues, plantées d’arbres fruitiers, traversaient des champs cultivés, allaient très loin jusqu’à on ne sait quelles autres centres habités.  L’abondance règnait.

Un siècle plus tard, toujours selon Lévi-Strauss, une expédition était missionnée pour éliminer tous les indiens, qui étaient si nombreux, disait on,  qu’une flèche tirée en l’air serait à coup sûr retombée sur la tête de quelqu’un. Par la suite, cette civilisation semble avoir disparu et les envahisseurs européen, voyageurs et savants, ne virent plus que tribus sauvages, le mythe de l’Amazonie s’était installé et était entériné.

Jusqu’à ce que ! Et pourtant les récits des premiers voyageurs relatés plus haut, le disaient clairement, mais on ne voulait pas les croire, cela semblait trop invraisemblable, car les tribus étaient sauvage ou était-ce le mythe de la forêt ? Trop souvent, comme le démontre les dessins et les textes des européens, l’idée que l’on se fait de l’autre prédomine et l’inconcevable demeure erreur, aujourd’hui encore, et bien que l’on sache tous les merveilles de la région, bien que l’on s’aperçoivent de la richesse des cultures indiennes, l’idée n’a toujours pas changé. mais les recherches avance et ce qu’elle découvre finit par s’imposer.

L’embouchure de l’Amazone avec au centre l’ile de Marajo

Les recherches archéologiques, en particulier sur l’île de Marajo, à l’embouchure de l’Amazone, laissent percevoir qu’une véritable civilisation amazonienne autonome, et non un résiduel des civilisations andines, existaient. Cités, vestiges en brique, cultures , réseaux de routes conduisant à des régions éloignées, sont mis à nu. Les différence entre les types d’habitat laissent  percevoir une société fortement hiérarchisée. Lévi-Strauss estime que les populations du bassin amazonien comptaient de sept à huit millions d’hommes, dont les peuplement remonterait au deçà du dixième millénaire, période où le détroit de Béring est supposé avoir vu passé les migration indiennes.

Levi-Strauss :

A Marajo et sur le bas-Amazone, des objets de pierre superbement polis, des céramiques peintes et ornées de motifs modelés étaient attribuées à l’influence des civilisations andines. Elles auraient dégénéré, croyait on dans la forêt tropicale humide, pauvre en ressources animales et végétale et dont le sol et le climat défavoriserait les établissement humains C’était méconnaitre les possibilités agricoles offertes par les plaines alluviales le long du fleuve et des rivières, et surtout le fait, démontré par les botanistes travaillant sur le terrain et d’après les photographies aériennes, que la forêt amazonienne n’est pas partout aussi primaire qu’on se plaisait à le dire. En maints endroits, la forêt a repris le dessus quand furent exterminés ou chassés dans les interfluves les indiens qui l’avaient défrichée et cultivée.

La photographie aérienne sur les pourtours de l’Amazonie, en Colombie et  Bolivie,  montre les vestiges de systèmes agricoles perfectionnés datant des premiers siècles de notre ère. Sur des dizaines et parfois des centaines de milliers d’hectares de terres inondables, des talus élevés de main d’homme , longs de plusieurs centaines de mètres, séparés par des canaux de drainage, assuraient une irrigation permanente et mettaient les cultures à l’abri des eaux. On y pratiquait une agriculture intensive à base de tubercules, qui associée à la pêche dans les canaux, pouvaient nourrir plus de mille habitants au km / carré.

sources http://www.formesdufoncier.org

[Cet article présente la découverte, tout à fait spectaculaire, faite par les archéologues brésiliens, de structures agraires précolombiennes situées sous la forêt amazonienne et mises au jour par les défrichements du front pionnier. Ces centaines de structures de terre, visibles par leurs microreliefs, indiquent qu’avant cette forêt, et dans cette région des confins entre le Brésil et la Bolivie, le milieu était ouvert et occupé.]

 

Levi-Strauss fait ensuite remonter les découvertes archéologiques les plus anciennes à des dates antérieures aux anciens empires pré-colombien ce qui ferait du bassin amazonien le berceau d’où sortirent les civilisations andines. Pire il faudrait remonter à des strates archéologiques datant du troisième millénaire pour trouver un mode de vie comparable à ceux observables actuellement.

On imagine combien ces idées ont pu m’enthousiasmer et m’intriguer.  Même si les découvertes sur l’ile de Marajo sont bien connues, je cherchais des études qui confirment l’existence de cette fascinante civilisation amazonienne, que l’on refuse toujours de reconnaitre, se tenant toujours dans une posture facile et confortable du bon sauvage qui après tout n’a aucun droit à la terre de la forêt, des plateaux, car il n’en fait rien , croit on , cette étude qui semble d’ampleur, vient à point nommé creuser cette idée et l’étayer, mettant l’accent, apparemment sur le rapport écologique entre l’homme et la nature, improbable, à prime abord mais qui semble montrer à quel point l’économique peut aussi rimer avec l’écologique et l’exige même, ce qui est tout de même un des points les plus fascinant de la période que nous vivons.