dans l’épaisse ombre

sur ma terrasse là où le soleil chauffe, je suis en train de lire ou d’écrire, bien que perdu dans la ville et étranglée par les voies rapides,  les grandes gueules par intervalles des lampadaires, ma terrasse résiste,  en plein coeur de la ville neuve,  elle rêve et se souvient qu’elle  était une ferme, plus de vaches, l’herbe est folle  et le chien n’aboie plus, la  terre presque glaise voisine  avec une plaque de béton où je passe la majorité du jour car il ne sert à rien de le nier, il fait meilleur vivre dehors et ma haie me protège des regards, j’aime vivre à l’aise et sentir l’air sur la peau, et même si je n’ai plus d’arbres pour suspendre mon hamac,  je m’assois dessus, mais plus important, ma terrasse de béton frelaté, creusée par l’eau et la chaleur,  les lézards y sont nichés, ils filent quand darde le soleil et paressent, je crois bien qu’ils se sont habitués à moi qui chasse les chats et réponds vertement aux pies, les goélands, eux, volent dans mon ciel citadin en criant à l’imposture et à qui mieux mieux, je les laisse en paix car il me parlent de la mer et moi aussi j’ai besoin de croire que je peux, d’un coup d’aile ou d’une salve de bec m’envoler et ne plus revenir, de toute façon ils n’en veulent pas des lézards… j’aime le croire, quoique le poisson sur le bitume ? mais les goélands ont leur raisons que je ne peux imaginer,

Lizardi, huile de Lamber Sav, 1995

les lézards sont poètes de la première heure et vrai,  de les voir traverser ce désert de béton et d’un coup se cacher dans les interstices de l’ombre transformer le ciment en roche et espiègles faire surgir leur monde reptilien à la face de la terre là où il n’y en a presque plus, ils me ramènent à ma résistance contre cette ville,  s’ils le peuvent, survivre ici sans que rien ne semble les toucher ni ne les concerner, ancêtres surpris de l’étonnement que je nourris face à ce traffic et aux défilés voila bien le miracle de ma terrasse d’être visité par ces présences, on ne peut plus ambiguës,  frère alchimique, signe et ouvreur des failles dans les murs, j’accueille toute ta population et je suis tes trajectoires comme un baume, je n’en connais pas le sens, lézards, créatures du soleil et mangeur des ténèbres du granit, fouilleur des cavités tu as de sombres activités, à quoi dévoues tu tes journées, quel dieux sers tu , en es tu un ?  l’ombre entre la queue et les pattes, l’oeil qui vert est un soleil, me trouble, me ressemble non que je perde ma queue, qui  le soir semble se détacher comme un hommage à la lune, ô  que le soleil me chante à en souffrir, douleur du jour je m’offrande à l’astre,  je lui livre ma tête,   je gravite et  iguane, de mes dents je ris comme eux, sorciers sont voisins des tours

 dans les herbes et les roches bien caché le lézard est là, on ne le voit pas parce qu’il se refuse à fixer l’objectif, avec détermination il m’assure que je ne le vois pas et qu’il n’est pas là, est ce un message à l’hostilité, ne me tolère t’il qu’en diagonale quand il vaque à ces poursuites ou qu’il dore au soleil, vrai,  lézard je jurerai que je n’e t’ai pas vu, même si rassuré je sais que je ne suis pas seul à faire comme si rien autour de moi n’avait d’importance, boucan que je tolère et n’entend qu’à peine,  vide d’imaginaire et silence alors que tout grésille, lézard, par toi la nature entre dans la maison qui de ce fait, est vraiment une maison, et j’attend la nuée des cigognes .

l’éblouissement décontenancé

c’est cette grande vague qui s’échappe de leur bouches faite pour enlacer et qui sont comme des tambours qui résonnent de la puissance forte et tendue de leur poitrine arquées leurs jambes sont des troncs et leur corps une arche, l’enceinte du labeur se réjouie des paroles zèbrent à grands traits

l’éblouissement décontenancé

les fleurs dans quelques pots sont le signe de la résistance et le figuier contient le soleil quand éclatent les figues, il n’y faut y voir que cela

les hommes ne peuvent rien y faire, ils élèvent des cathédrales pour tenter de colmater cet élancement qui touche au vertige, les murs taillés à grand carrés d’angles effacent l’impression de sève qui s’agrippe aux colonnes et dans les travées la vie désordonnée rompt les lignes trop brisées,

les rondeurs s’enchevêtrent et gagnent sur l’édifice qui même de brique et de broc admet le collage si  le jour est rongé par la lumière

et le palmier qui s’élève

C’est la que commence la forêt dans le cœur des femmes  les arbres ne se voient pas bûches mais entendent les tambours des veines crier comme la couleur qui ne se maitrise plus

se mélangent dans la certitude le sens qu’il faut agripper le réel et n’en laisser qu’une goutte au blanc que lape l’air et souffrir la chaleur qui embrase, la touffeur  témoigne et quand souffle le vent et que rien n’est à sa place

l’aigrette

maitresse coupe moi mes tresses

je me sens à l’étroit et sur mon crâne poussent des palmiers des allusions multicolores au cri des singes

dans mes cheveux vibrent des quintaux de charges inélucidées et je me terre dans l’ombre qu’assaisonnent les mousses et les fougères

c’est suivant la saison et pas un souffle d’air ni de vent quand pourrissent à l’abri des cimes, la masse informe avec mes pieds j’en retire une feuille oblongue et je vois ce qui grouille

les aras font croire à la couleur dans l’épaisseur ou est-ce la couleur qui fait croire qu’ils sont là,

je donne un coup de pied et je casse la tige en voulant dire que je ne crois plus à l’ordre

la rivière me reprend , elle me tend et le bois et la flamme faire un trou pour que je navigue

mes yeux font le tour mais reviennent à chaque fois, je crois qu’ils sont repartis, bredouilles,  pour l’instant pas un bruit à part celui que je fais

ma jambe qui me fait mal me fait penser à la branche il n’y a pas vraiment de différence,  un peu de chair dessus mais finalement, il pourrait y avoir comme sur les cachalots des coquilles qui s’agrippent ou une aigrette qui grappille à coups de bec les pattes sur mes cotes casse-croutant les bouts de peau ou même les veines si elle a de la chance, je ne sentirai rien

je ne vois pas vraiment ce qui se passe car j’ai l’esprit ailleurs,  mon entendement s’arrête là,  mon œil pêche à la ligne je la démêle quand je suis bien calme et que  rien ne bouge et que  je n’essaye pas

près de ce gros tronc si souvent que des branches me poussent et mes cheveux, si tu ne les coupes ? s’ébouriffent des oiseaux, des verts et des rouges, surtout ils y font leur nid,

j’entends rugir, ce n’est que trois fois rien , à sept je ne dis pas, je me mettrai à courir

j’ai la lumière dans les yeux harassés

je pense à toi qui est loin et je me dis que ça ne veut rien dire être loin pas plus qu’être près, on y distingue si mal je n’y vois goutte j’ai des fourmis dans le cul et les bourses pleines et  je me dis que ça ne change rien,

au creux de l’arbre où rien ne bouge je me laisse jaguar aller à l’eau, ou l’eau dégringoler sans rigole je perfore les digues et je ris tout bas, comme un macaque, ou un python, un nénuphar, un de ces mots qui interpellent, anaconda c’est peut être ce que je fais, de mon œil qui rixe cherche la bagarre, le soir je provoque la journée et je lui plante des épingles, je l’étrangle je ne lui laisse plus un souffle,

je lui tourne le dos

Géographies sacrées

Sacred Geographies of Ancient Amazonia: Historical Ecology of Social Complexity

by Denise P Schaan
Left Coast Press, 2012
Cloth: 978-1-59874-505-4 | eISBN: 978-1-61132-799-1

(traduit librement de l’anglais de  Bibliovault.org

Si le légendaire « El Dorado » n’était qu’une légende, la cité de l’or, les étonnantes nouvelles découvertes révèlent une civilisation ancienne majeure en Amazonie qui était plus complexe que tout ce que l’on aurait pu imaginer jusque là. Les spécialistes mettaient en avant le fait l’écosystème de l’Amazonie réduisaient les possibilités en termes de taille et de complexité des cultures mais cette idée est renversée par Denise Schaan, une chercheur de premier plan, en montrant comment les gestions des ressources et des terres de culture sur une grande échelle peut nous donner une image complètement différente de l’histoire de l’Amazonie indigène. Elle nous entraine aussi dans un débat sur des questions de fonds comme les perspectives de la complexité sociale  et l’importance de l’Amazonie ancienne dans une perspective globale. Ce livre, novateur et interdisciplinaire est une contribution majeure à l’étude des relation entre l’homme et l’environnement, la complexité sociale et les sociétés indigènes du passé et actuelles.

Ce livre tombe à pic ! il y a quelques jours je relisais le prologue au livre « Saudades do Brasil » de Claude Levi-Strauss, j’avais été fasciné par ce qu’il disait des observations faites en 1541  par les premiers explorateurs espagnol de l’Amazonie qui remontant le fleuve, aperçurent de véritables villes.

Le frère Gaspar de Carvajal rapporte qu’elles s’étendaient chacune sur plusieurs lieues et comportaient des centaines de grandes maisons d’une blancheur éclatante, habitées par une population très dense à la manière de chefferies avec tous les alliances et antagonismes que cela suppose. Ces villes étaient défendues par des fortification ornées de sculptures monumentales, des routes bien entretenues, plantées d’arbres fruitiers, traversaient des champs cultivés, allaient très loin jusqu’à on ne sait quelles autres centres habités.  L’abondance règnait.

Un siècle plus tard, toujours selon Lévi-Strauss, une expédition était missionnée pour éliminer tous les indiens, qui étaient si nombreux, disait on,  qu’une flèche tirée en l’air serait à coup sûr retombée sur la tête de quelqu’un. Par la suite, cette civilisation semble avoir disparu et les envahisseurs européen, voyageurs et savants, ne virent plus que tribus sauvages, le mythe de l’Amazonie s’était installé et était entériné.

Jusqu’à ce que ! Et pourtant les récits des premiers voyageurs relatés plus haut, le disaient clairement, mais on ne voulait pas les croire, cela semblait trop invraisemblable, car les tribus étaient sauvage ou était-ce le mythe de la forêt ? Trop souvent, comme le démontre les dessins et les textes des européens, l’idée que l’on se fait de l’autre prédomine et l’inconcevable demeure erreur, aujourd’hui encore, et bien que l’on sache tous les merveilles de la région, bien que l’on s’aperçoivent de la richesse des cultures indiennes, l’idée n’a toujours pas changé. mais les recherches avance et ce qu’elle découvre finit par s’imposer.

L’embouchure de l’Amazone avec au centre l’ile de Marajo

Les recherches archéologiques, en particulier sur l’île de Marajo, à l’embouchure de l’Amazone, laissent percevoir qu’une véritable civilisation amazonienne autonome, et non un résiduel des civilisations andines, existaient. Cités, vestiges en brique, cultures , réseaux de routes conduisant à des régions éloignées, sont mis à nu. Les différence entre les types d’habitat laissent  percevoir une société fortement hiérarchisée. Lévi-Strauss estime que les populations du bassin amazonien comptaient de sept à huit millions d’hommes, dont les peuplement remonterait au deçà du dixième millénaire, période où le détroit de Béring est supposé avoir vu passé les migration indiennes.

Levi-Strauss :

A Marajo et sur le bas-Amazone, des objets de pierre superbement polis, des céramiques peintes et ornées de motifs modelés étaient attribuées à l’influence des civilisations andines. Elles auraient dégénéré, croyait on dans la forêt tropicale humide, pauvre en ressources animales et végétale et dont le sol et le climat défavoriserait les établissement humains C’était méconnaitre les possibilités agricoles offertes par les plaines alluviales le long du fleuve et des rivières, et surtout le fait, démontré par les botanistes travaillant sur le terrain et d’après les photographies aériennes, que la forêt amazonienne n’est pas partout aussi primaire qu’on se plaisait à le dire. En maints endroits, la forêt a repris le dessus quand furent exterminés ou chassés dans les interfluves les indiens qui l’avaient défrichée et cultivée.

La photographie aérienne sur les pourtours de l’Amazonie, en Colombie et  Bolivie,  montre les vestiges de systèmes agricoles perfectionnés datant des premiers siècles de notre ère. Sur des dizaines et parfois des centaines de milliers d’hectares de terres inondables, des talus élevés de main d’homme , longs de plusieurs centaines de mètres, séparés par des canaux de drainage, assuraient une irrigation permanente et mettaient les cultures à l’abri des eaux. On y pratiquait une agriculture intensive à base de tubercules, qui associée à la pêche dans les canaux, pouvaient nourrir plus de mille habitants au km / carré.

sources http://www.formesdufoncier.org

[Cet article présente la découverte, tout à fait spectaculaire, faite par les archéologues brésiliens, de structures agraires précolombiennes situées sous la forêt amazonienne et mises au jour par les défrichements du front pionnier. Ces centaines de structures de terre, visibles par leurs microreliefs, indiquent qu’avant cette forêt, et dans cette région des confins entre le Brésil et la Bolivie, le milieu était ouvert et occupé.]

 

Levi-Strauss fait ensuite remonter les découvertes archéologiques les plus anciennes à des dates antérieures aux anciens empires pré-colombien ce qui ferait du bassin amazonien le berceau d’où sortirent les civilisations andines. Pire il faudrait remonter à des strates archéologiques datant du troisième millénaire pour trouver un mode de vie comparable à ceux observables actuellement.

On imagine combien ces idées ont pu m’enthousiasmer et m’intriguer.  Même si les découvertes sur l’ile de Marajo sont bien connues, je cherchais des études qui confirment l’existence de cette fascinante civilisation amazonienne, que l’on refuse toujours de reconnaitre, se tenant toujours dans une posture facile et confortable du bon sauvage qui après tout n’a aucun droit à la terre de la forêt, des plateaux, car il n’en fait rien , croit on , cette étude qui semble d’ampleur, vient à point nommé creuser cette idée et l’étayer, mettant l’accent, apparemment sur le rapport écologique entre l’homme et la nature, improbable, à prime abord mais qui semble montrer à quel point l’économique peut aussi rimer avec l’écologique et l’exige même, ce qui est tout de même un des points les plus fascinant de la période que nous vivons.

long after time

le temps n’est rien à éclaircir, entre les ombres, claire, diffuse la roche mesure l’obscurité, la masse diraient l’opacité mais les mousses et les fougères s’y glissent, accrochent et rendent à la surface la douceur, le pourrissement donne au sommeil la force génératrice

démocratiquement ou au plus offrant, libéralisme sauvage de la clairière où le bullldozer loin de dozer, lire sommeiller, est à l’affut chasse que le sanglier mégalithique même à terre malgré le lierre repousse de ces dents, 44, symbole de sauvagerie pacifique, les lignes se hérissent impénétrables caressent la lumière établissent un flirt redondant au végétal la pierre conserve la lumière, la nuit s’insinue sans sens

le refuge temporel

on  peut s’y assoir

sentir l’eau couler en cascade et conter les histoires des rides, contes du talent qu’absorbe l’humidité créatrice, mémoire qui rappelle, appelle et remembre

on s’y sent à l’abri et les oiseaux commune de leur plumes, accordées aux feuillages y chantent

la lumière s’évade jaillissement comme de cristal de la roche à l’air et rejoint le lieu, le seul, l’herbe stagne

Runes nature

la certitude est ouvragée de manière à ce qu’on y lise comme dans un livre mais la nature ne connait pas le livre, est elle même le livre et les bestiole sculptent de leur vie la marche croustillante des dents

être l’éclair s’est forgé dans la lenteur comme en dehors du temps que la rune décrypte

le bois mais c’est la même chose pour la terre et ce que l’on ne voit pas mais qui est omniprésent dans le pouls sans que puisse s’arrêter

car c’est comme ça le mouvement

comme des mandibules qui tracent les pattes qui laissent la trace et ponctuent ce sur quoi elles pérégrinent la lamentation de ne pas pouvoir arrêter poussent à absorber ce qui de plein se creuse et rejailli matière fécale mais qui est laissé au vent ou tombe

trace de ce qui vit sans que pouvoir finir se retranscrit dans le livre dont les pages s’ouvre comme une vulve d’écorce

les runes ouvertes des veines n’entourent que le cœur que la destruction active

se referme quand tombe et se désagrège face à l’oeil

lignes de fuite

entre les feuilles et le lointain l’écorce introduit la certitude, là ou la matière verticalement s’édifie concentrique et plonge entre les terres et l’air

ce qu’offre le tronc n’est rien de plus que la densité un chapeau où les saisons alternent les rivalités et les retraits, feuilles et pointes en rais de lumière

entre ces deux photos une géométrie l’une plongeante et l’autre ascendante il nous semble nous situer entre attraction et évasion le long des lignes de fuite.

traduire ou conduire ou reluire enfin ouïr…

Car en effet je crois que la langue de l’un doit se faire engrosser par la langue de l’autre et ne pas en rester aux préliminaires,
je refuse l’idée d’une langue littéraire figée, qui se satisferait d’être littéraire ,
il n’y a pas de littéraire il n’y a que  la langue et la jouissance.

Intéressant paradoxe du traducteur,ramener la langue de l’autre vers la sienne, mais la sienne quelle est t’elle?l’étranger que l’on invite à la maison ramène avec lui dans ses vêtement ses flagrances ses puanteurs ses accents ses façon de penser , tout un monde , le traduire en français ne change rien , le ramener telle une équation à un  produit de ce que nous connaissons change tout, c’est une erreur, même si on ne le comprend pas laisser l’étranger parler, il apporte ses richesses, d’autres contrées, il nous regarde de ses yeux différents – que voit il de ses yeux cerné d’étrange – il voit l’étrange – le dialogue peut commencer, il va nous apprendre beaucoup sur nous même et c’est pourquoi il faut taire notre langue quand on l’écoute, renoncer à faire croire que l’ailleurs c’est ici, gageure impossible , – mais c’est l’appel du large ! c’est la promesse de l’océan et du désert, du bidon ville et de la salsa ; il fzaut donc se taire et taire ; Segalen ne disait pas autre chose quand  i l écrit que le simple fait de la présence de l’étranger transforme l’ici, être dans l’ailleurs transforme ; l’énorme paradoxe.

Au fond j’aime plus la possibilité d’une langue étrangère, ou étrange, que le français ; la France ne m’évoque rien de merveilleux, juste un habituel de passage, un ailleurs qui serait ici et qui m’ennuierait ; la langue littéraire constituée, prétentieuse et figée, les quatre bords du pré carré de la pensée et de l’expression française, sous sa forme la plus convenue, les convenances (est-ce l’héritage des salons, est la possibilité d’un rationalisme qui évacue l’inquiétude) m’ennuie, cette langue bien pensante a été de tout temps bousculé ; c’est ce qui la fait vivre, bouger bouger rien n’est acquis!

Du français j’aime quand elle pulse par en dessous, quand le ciel tombe sur la tête et quand les vents ramènent l’inconnu !

De plus la langue aujourd’hui est ouverte à des possibilités infinies et n’est plus close sur elle même, le monde et tous les ailleurs poussent par nos bords, la frontière de verre n’a plus les rideaux tirés ; les limites et le sens de la supériorité a poussé à l’intérieur même des mots et des phrases, plus que ça, de l’esprit et d’une idée de finitude polie (polir) ou nulle brutitude tu quoque mi fili n’était permise, bref une langue paternaliste, royale et universelle dans son advenir, centre du monde pile poil sur les restes du marécage.

Moi, j’aime qu’on la torde ou la mette en doute car elle n’existe pas; Manciet se plaisait à dire que le français n’est qu’un dialecte du latin (et d’ailleurs la royauté et le centralisme universel de l’hexagone est bien Romain dans l’esprit.

Aujourd’hui on a le sentiment que la littérature s’est quitté sans doute pour mieux se retrouver, pour l’instant elle erre et s’arrête pour tenir de beaux discours  et  s’adresse le plus souvent à elle même ; pontifiant volontiers ; Mais la France elle même n’existe pas ; je ris de me rappeler ces hommes du milieux du vingtième siècle qui, l’ORTF nous le transmet, s’exprimaient dans un parler qui se semblait  singer et s’étendre à tous, quelle déception d’entendre un brillant esprit qu’on croyait exceptionnel déclamer dans un français d’usage mimétique : la langue existerait bien elle serait mimétique et nous ramènera au post-primate.

Moi qui croyais que la langue était invention ! que l’esprit se frayait des chemins à coup de machette et non de bouton de manchette; certains esprits et corps le font, en général ceux que j’aime, Cami, Rabelais (taisez vous! vous qui tentez de le récupérer, R est irrécupérable parce qu’il court libertaire devant et vous fait des pieds de nez et tire la langue), ils sont tous devant et s’amusent franchement, Mais la censure règne et le bourreau n’est pas loin, rions sous cape et feignons la bosse, n’est pas Σ qui veut – en attendant les libertaires sont conviés parfois à souper et se doivent de se tenir correctement sous peine qu’on leur coupe les mains et les doigts de pieds, ET il est important de souper ! Primordial !!!! j’ai beau verser dans la poésie mes chèvres disons le crûment croquent la marguerite et rabattent leurs oreille sur mes vers, il me faudrait donc soit souper ou m’enfermer dans ma cabane et me mettre à vitupérer de plus en plus fort à mesure que l’on ne m »écoute pas, parler pâtois jusqu’à en devenir pâteux (la pâte de la langue creuse creuse fais des tas empile des consonnes et envoie à la volée des voyelles! le pâtois pateux voila mon credo, pas le patois d’ici non le patois de partout rassemblé en un grand tas, un compost evolutif si vous préférez, c’est écologique c’est un nous en décomposition, un nous tiré jusqu’aux extrémités du nous sur lequel pousse le Je : en effet il  y a plein de crottes et de trous de taupes, de vers de terre et de palais cellulaires dans le jardin tiré au cordeau : non il convient de s’interroger, penser en toute liberté, laisser déborder, déplier le hamac et s’allonger dans nos rêveries et divagation philosophiques – oui je suis Sternien c’était donc inévitable et stern veut dire étoile ce qui aggrave le cas, le rend plus aigu selon le cas , l’empire sauf que je déplore les empires, la richesse commune ! Commonwealth my foot ! la richesse commune c’est le compost non-écologique parce que libre d’enfanter les plus belles déviances.

La langue même si elle existe d’une certaine façon, n’existe pas en soi, admettons que l »‘on puisse tracer un vague cercle autours de ce que l’on entend communément par français, cercle vague et impersonnel, la littérature c’est un peu forgé sur cette idée courtisane, cette idée du château, la littérature est un attrait  idéaliste, derrière elle l’écrivain s’efface à moitié, et harangue  dans un style supérieur qui me rappelle le singe mais ne nous égarons pas;

la langue celle que je parle c’est une langue qui s’étend sur des ramifications de langues possibles, enfouies et à venir. Que j’entends dans les intonations expressionnistes des mots que je comprends mal mais qui empathent le sens, que je parviens à donner à ceque je mesure mal, le mots devient abîme et montagne, mystère qui me plonge dans une méditation sur un sens vertigineux. La langue espagnole de Guillen a été pour moi cette musique ou ce tableau de lumière, qui me donne envie d’écrire parce que l’humain en moi c’est aussi ça, loin du pré carré, pourtant si proche car dans la voix de cette femme, sans apprêt j’y vois l’humanité pieds nus et courant

moi même quand j’écris de la sorte je me fixe des limites et évacue mes désirs de turpitude littéraire, mais vous l’avez remarquez vous que je ne remarque pas, ou pas encore, que j’ai le pied voyageur et que j’ai du mal à tenir en place dans le pré carré qui quoique un peu voltairien, quand même m’ennuie ;

les langues qui m’ont attiré faisaient appel (elles braillaient) à toutes les possibilités de l’univers, pèle mêle dans le domaine de l’écrit …. des tas de livres, de, disons VW, WF, St, WCW, EEC, TW, MT, JJ, R, M, BM, SLT, enfin un tas de monde écrivant auxquels il faut rajouter un tas d’anonymes ainsi que les langues dans leur libre exercice non appliquées à la littérature,

Quoi de plus jouissif que des enregistrements ou des transcriptions de langue inconnue que l’on ne comprend pas et qui nous chante un tas d’ânerie (j’aime les ânes) ou nous parle d’une sagesse inconcevable pour notre pré carré, c’est le cas des codex aztèques irrecevables en français pas plus qu’en español, magnificence  des langues aborigènes et inuits, de l’islandais et du caucasien, l’accent surtout est essentiel, c’est la source jaillissante

En fait je ne crois pas qu’il faille continuer à écrire – pas de la même façon qu’auparavant et nous  n’avons aucune réelle idée de ce que parler veut dire, réellement parler, s’adresser aux étoiles, au cri jaillissant de la jouissance et à la morsure du loup, à l’ombre immense de la sagesse de l’ours, nous ne savons plus nous adresser au réel (choses que nous faisons – mal) nous le décrivons car nous l’avons parqué dans l’enclos du pré carré et nous croyons que cela suffit, or une serpillière est un épopée en puissance et le bêchage est une action métaphysique pure, si l’on y réfléchi, taper sur un ordinateur est un cosmos ramené à une volubilité des doigts, excroissances de l’univers – le décrire est impossible – même pas essayer – ou alors plonger en rigolant dans un gros rire fin et inébranlable car le conte nous ramène à la profondeur infime quotidienne de ce que nous pouvons être, écrire n’est rien, ce n’est qu’essayer d’atteindre, de comprendre un peu, d’emporter avec soi.

Le sens imparfait, dès lors que les frontières ont implosées ne se laisse plus parquer, délimiter, il s’échappe démembré mais plus vif encore, ainsi les sons font des leurs et portent des sens qu’ils empruntent à d’autres, d’autres langues, réminiscences, le long de la ligne oblique de la faille, voyages entrevus, rêves et associations les plus diverses, des étincelles jaillissent de l’entrefilet, des lignes de fuites déchirent des épanchements couleurs et rayures tâchées s’emparent du bloc et le nient car elles sourient d’une irrévérence – on ne peut plus contenir – il ne fallait pas tenter de circonscrire et d’absorber car alors plus rien ne tient et comme dans le conte la vie sort de l’ogresse et s’en va batifoler – libre ou tentant de l’être – chemin fou, confronté à la vérité.

comme dit Boris Vian : jusqu’à la prochaine fois

(à suivre, car cela n’a pas de fin surtout lorsque l’on est un adepte de la digression, c’est à dire du chemin inexploré de traverse)