respiration

des tours et des détours traquer ce tapi dans le lointain
les mots s’en chargent
carte,  relevé topographique, coupe transversale et sonde ;
pièges on louve à travers bois

quand peut être il faudrait laisser aller, se relâcher
y aller tout de go
sans effets
ni intention
sans carte au trésor
ni attention forcenée
et laisser le corps témoigner, l’esprit vide le laisser déblatérer – rien d’apparent

la vie qui s’expulse – qui se reremplit – les mots qui sont à leurs affaires- quoi

on est surpris – tout y est – jamais on ne saura – on écoute -respiration

Où est passé le titre-bouchon ?

VASE COMMUNICANTS novembre 2010

ISABELLE BUTTERLIN D’ AEDIFICAVIT

Bien sûr son blog Aedificavit @ http://yzabel2046.blogspot.com/ de son coté accueillera mon texte

j’en rêvais depuis plus d’un an, celui là je l’avais annoncé dès le 15 aout 2009 mais n’avais pas pu répondre présent; un échange de texte avec Isabelle Butterlin dont j’aime l’esprit et la finesse d’analyse, le style à la fois limpide et d’une précision inouïe, bref, ce vase communicant est particulier pour moi et parce que nous voulions de la légèreté nous avons décidé que notre thème serait :  Où est passé le tire-bouchon ?

Où est est passé le tire bouchon ?


Non ! Non et non ! où est passé ce fichu tire-bouchon ! Il a disparu. Non, ce n’est pas une invitation, les invités ne vont pas arriver, la table n’est pas mise, il n’y a pas de cristal, ni d’argenterie, ce n’est pas la question. Je ne peux pas tout esthétiser tout le temps, assez des dandys et des esthètes, des invitations, des rictus, des mondanités, et de la vaisselle juste après ! Non : je cherche le tire-bouchon, c’est tout simple. D’accord, je n’avais qu’à ranger, et je n’ai pas rangé, parce que j’ai fait autre chose et que le temps glisse entre mes mains comme du sable autrefois.

Autrefois, c’était le sable que je laissais filer entre mes mains, il les caressait, et les vagues se répétaient, je gardais les yeux mi-clos, je m’amusais du sable, le temps ne m’était rien. Je me réveille sur les rives du monde adulte, il y a bien longtemps que le temps file, et je n’ai rien rangé, je n’ai pas eu un moment de calme, le jour me dépose sur les rives du soir, et je ne trouve plus le tire-bouchon.

Mais ce n’est quand même pas le moment de ne pas trouver ce fichu tire-bouchon. Un truc du genre une visse sans fin (pour une fois qu’il y a un peu d’infini dans ce monde), et il a fallu qu’il disparaisse dans le tiroir. C’est juste que c’est samedi soir, le téléphone a sonné, j’ai répondu, j’ai raccroché, et soudain, il faudrait un peu de la légèreté d’un Châblis. Non, parce que le Champagne résoudrait certes le problème du tire-bouchon, mais je… non… revenons à l’hypothèse Châblis, c’est plus raisonnable. Si je ne retrouve pas le tire-bouchon, je peux toujours remettre la main sur le couteau suisse, qui doit être dans la valise, elle-même au fond du placard. Il y a ça, sur un couteau suisse, un tire-bouchon ?

C’est alors que les difficultés commencèrent. En principe, avec un couteau suisse, une bouteille de Châblis et un verre à pied, j’aurais dû pouvoir recréer un petit espace de calme et d’ordre au milieu du monde. Je n’ai pas d’ambition, un microcosme suffira. Tout sombre, j’en conviens, je sais, nous courons tous à notre perte, l’air que nous respirions est pollué, les innocents meurent, les menaces se multiplient s’accroissent se démultiplient, mais là, je tiens l’équation parfaite pour une soirée tranquille. J’ai révisé mes ambitions à la baisse.

Et c’est pourtant là que les difficultés commencèrent. Viser le centre exact du bouchon ne fut pas une mince affaire. J’avais réussi un coup digne d’un grand sommelier en découpant le … enfin… ça doit avoir un nom, le papier métallique qui entoure le bouchon, même si je ne maîtrise pas totalement le vocabulaire, c’était très bien découpé, sans bavure. Disons la collerette, voilà, j’ai découpé la collerette. Mais le point fixe au milieu du bouchon ne se laisse pas viser aisément. C’est un léger décalage, certes, mais qui augure mal de la suite des opérations. Je tourne. Je tourne encore, un peu inquiète, le tournillon part de travers, je sens que le bouchon va se déchirer, je ne vais pas me faire du thé… mais je sens que tout est en train de déraper. Ne pas renoncer.

Peut-être pas. Maintenant l’opération que je maîtrise le moins, tous les indicateurs passent au rouge : ressortir le tout (bouchon fissuré, et tire-bouchon) du goulot. Pour les miettes, heureusement, j’ai la passoire qui est pleine de thé, mais là, mes gestes sont d’une précision chirurgicale. Revenons au goulot. Je ne comprends pas pourquoi on appelle ça un tire-bouchon ! Avec une brochette, les opérations seraient aussi simples. L’hypothèse sabre me tente aussi, je déjoue d’une connexion neuronale les changements de consonne, sabrer, sabler, mais ça me ramène au Champagne, mais j’ai beau être un samouraï, il se trouve que pour le moment je n’ai pas mon sabre (je sais, c’est une faute, mon honneur en prend un coup).

Mes rêves de sommelier sont loin. Reste à tirer comme une brute sur cet assemblage méréologique parfaitement immobile, et d’un entêtement abyssal, composé d’un bouchon effrité et d’un tire-bouchon qui a usurpé son titre, coincés dans une bouteille. Le seul objet en mouvement de tout cet assemblage est la bouteille qui glisse, je n’arrive pas à la retenir, nous sommes au bord de la catastrophe, le basculement est inévitable, et la destruction de ce cosmos commence avant même qu’il ait été contemplé dans la perfection de son accomplissement par un seul être. La perfection qui n’existe pour personne est-elle une perfection. C’est une perfection plus grande d’exister que de ne pas exister, et ce précepte cartésien me traverse l’esprit, heureusement.

Il reste encore une chance… Je lance un S.O.S. sur Twitter… dans les minutes qui suivent, quelqu’un entend ma voix … et me conseille de taper sourdement la bouteille contre un mur, à condition de l’avoir préalablement glissée dans une chaussure… le désastre est proche, mes forces me fuient, mon courage vacille. C’est bien un conseil masculin, ça : je porte des ballerines, des escarpins, ou des bottes. Pas question de massacrer mes ballerines. Je risque de me faire mal avec le talon de mon escarpin. Reste les bottes… la bouteille va disparaître dedans. Faisabilité : néant. Accablement.

Reste à sonner chez le voisin, celui qui a garé ma voiture la fois où j’avais écorniflé le poteau dans le parking, et lui confier le tout, sans voir sa mine déconfite devant le désastre. Mon indépendance et mon autonomie sont sauves ; c’est seulement que les tire-bouchon des couteaux suisses ne valent rien. Ou alors que les goulots des bouteilles de Châblis vont de travers. Mais moi j’aime bien ce qui va de travers.

Isabelle Butterlin

LISTE DES PARTICIPANTS AUX VASES COMMUNICANTS DE NOVEMBRE

Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/ et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/

Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/ et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Lambert Savigneux https://aloredelam.com/ et Isabelle Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Joachim Séné http://joachimsene.fr/txt/

Marianne Jaeglé http://mariannejaegle.over-blog.fr/ et Olivier Beaunay http://oliverbe.blogspirit.com/

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Bertrand Redonnet http://lexildesmots.hautetfort.com/

Landry Jutier http://landryjutier.wordpress.com/ et Jérémie Szpirglas http://inacheve.net/

Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Lauran Bart http://noteseparses.wordpress.com/

Juliette Mezenc http://juliette.mezenc.over-blog.com/ et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/

Murièle Laborde Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/ et Sam Dixneuf-Mocozet http://samdixneuf.wordpress.com/

Urbain, trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/ et Scritopolis http://www.scriptopolis.fr/

Arnaud Maïsetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique1 et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/

Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/

Brachial

J’ai demandé à l’interprète de nous aider mais elle m’a priée d’attendre que la traduction instantanée prenne fin, en fait cette jeune femme avait étudié de nombreuses années à l’étranger et n’était revenue que depuis quelques mois, …. les études qu’elle avait faite ne l’y avaient pas du tout préparé, c’était par son père qu’elle était parfaitement bilingue, mais quand elle s’était retrouvé à l’étranger elle s’était rendue compte   que la langue  qu’on lui avait apprise et que dans sa famille du coté de son père donc on parlait n’avait strictement aucun rapport avec celle qui était en usage sous la même appellation dans ce pays, elle a complètement paniqué se demandant ce que tout cela pouvait signifier et son père lui a promis des explications à sonretour, elle a travaillée énormément parce que tout était à reprendre à zéro pour elle et ce n’est qu’au bout de quelques mois qu’elle a pu rentrer chez elle, voir sa famille mais alors elle a été doublée en fait complètement parce qu’entre temps sa propre famille s’était mise aussi d’arrache-pied à cette même langue et en effet maintenant chez elle tous la parlait admirablement plus ou moins, ce qui fait qu’on ne l’a jamais cru ni son père, ni personne d’autre d’ailleurs et que maintenant bien sûr cette autre langue qui n’existe pas qu’on ne parlait que dans sa famille, comme elle ne la  pratique plus elle ne la connait pas.

© Jerome Mauche, Electuaire Du Discount, le bleu du ciel 2004

poetry (missed it)

rumeurs

mais chausser des palmes pour grimper à l’arbre ?

sur la chaume du monde  un orme

un gecko dans l’aile de l’hirondelle

le kérosène s’allie au feu de brousse

j’entends

les sanglots désolés de la glace
la fonte creuser un trou pour y cacher
l’eau tant qu’il y reste du froid

au printemps les mésanges parlaient de l’ours blanc

Trace du rêve

e                     muet
s’efface                  l’ourlet

articulation inusitée                  ces sons en disent long
qui entend                                       le vent
qui entend                                       l’inaudible sous les branches des voyages
ploie                                              la masse se fait sentir

sont-ce consonnes                      cette alliance             ce lien

nécessaire pesanteur                             arrime

les masses dans le mot                          écrase                               rythme l’air

sinusoïdale                      longe  sans fin la bave de  la chenille                  empilement                    cataracte des anneaux

l’homme immergé saisit des bribes et articule                se remémore

forme dans la bouche l’aspect fulgurant du monde       ce qu’il en sait

mouche               termite                     abeille          points de repère et traces              voyance                 le  journal du Rêve est la mémoire de l’infini                             que le geste termine                                   reprend                                 atermoiement du vivre

goutte sur le sable                                      temps                         que la bouche expulse                                  que cueille la main

passe

sur la table je me mets à courir je m’arrête et je prends mon café

 

 

 

je reprends ma respiration

et je plonge

j’évite les lignes trop claires                           je voudrai les embrouiller

en créer d’autres                     elles iraient en tout sens          sans souci

ce n’est qu’une possibilité                                  ‘il faudrait éviter

 

un cercle                            reprend les énumérations des points

 

 

dans les champs             lents                       semblent surgir les couleurs
les rassembler                         pour ne pas béer                      s’y retrouver

on dit cela d’un trou           d’un ordre inexplicable

 

 

ouvert

 

quand on sait bien que les pas doivent suivre   mais                       dérive en tout sens
du moins  d’après ton sens            suivre             se perdre dans les aberrations

du temps

même s’il semble que le flot conduise      un fil irradie les pôles

tout du long de la travée

accorder l’inéluctable              ou renfrogner à l’aléatoire        satisfait du pas

Ivbre

être à la marge du monde contemporain en son milieu et de tous cotés, il y a tant de livres qui sont des bribes, des condensés de vie et qui dorment et parfois ne poussent pas leur premier cri, alors le passeur serait aussi observateur et son désir permettrait à des livres d’exister, pas uniquement les gros arbres de la forêt ni les mauvaises herbes mais les bosquets et les plantes fragiles des recoins et des clairières ; certains livres sont errants et d’autres poussent en rond, cachés ou protégés ils trouvent d’autres façons d’exister (festivals, circuits parallèles, internet etc,)mais la forêt est traversée de multiples flux, au détours on se trouve nez à nez avec des biches, un ours dort (hibernerait mais peut être repose) sous un amas de livres « morts » ou une congère inutile, leurre qui serait l’habitat de l’ours, des ruisseaux la traverse, des glaneurs-chasseurs, des amoureux la pénètrent interagissent, agissent le fou tout comme le forestier,

la preuve que l’être humain existe, un livre rassemble tous les livres et s’écrit dans le vent, un livre est la rêverie d’un seul sous les combles de l’écrasement, il est survie ;

Je convoque Pessoa, Hrabal, Stétié, Frankétienne, Mallarmé pour qui le livre est instrument spirituel, Cendrars et les tréteaux de Shakespeare je convoque tous les livres perdus brulés ou muets, ceux qui sur du papier aimé furent le rêve d’artistes et d’éditeurs utopistes, livres rares traces d’encre et mots libres, SMS twits et tout ce qui n’est pas livre et écrit les rides d’un homme debout, les mots secrets d’une femme

le monde veut les écraser et lui ne veut pas – lui – s’étend aujourd’hui à l’inconnu – qui n’est pas défriché – l’intelligence est vive et libre, elle arpente sans limite pour conserver ces étincelles ces flux de foudre, le vent qui habite le papier ou les vides

J’ai rencontré des amoureux, qui furetaient dans les rayons et les cartons des vieux libraires ont étés mes amis et confidents, ils me confiaient des traces, somme de la connaissance et eux toujours en recherche, dingues amoureux du hasard, chien fureteur ramassant un livre anonyme défraichi, lui même anonyme lui même inspecteur Colombo Pessoain enveloppé dans un par-dessus de pluie rassemblait les évidences des trésors d’enfance, qui devenaient livres, vérité ou imaginaire ou galaxie pulsionnelle, lui né d’un moment de magie, disons Peter Pan ou Flicka, ce jaillissement était devenu quête éperdue, les livres se pointaient tous au rendez vous, par cartons entiers comme cet envoyé du Cardinal qui achetait les livres au mètre (Naudé si j’ai bonne mémoire), ne lui en voulant pas d’être mis en pile ou hurluberlus dans les rayonnages , ils parlaient entre eux et faisaient corps, un corps dépareillé, d’autres mettaient un malin plaisir à se faire désirer, il fallait les chercher toute une vie durant battre la campagne, le libraire le savait, il avait le flair, il lisait, il savait ce qu’il voulait sauver, les étoiles le lui rappelait quand il sortait, son paquet de tabac contre un livre, beau comme un ticket d’avion, les livres aimés se savaient sauvés attendaient et aimaient de nouveau, car un livre c’est l’amour, préférant un foyer rude à un meuble vitré grillagé et fermé car un livre revit entre les mains et les yeux le chauffent, rappelant qu’il fut cerclé de lettres amoureuses et formé par des mains tout autant, de celles qui tinrent la plume à celles du maître imprimeur de celles de l’illustrateur au programmateur, l’amour menait la danse ou est-ce une piste vers les voix des histoires aux corps de sueurs, des rêves sous la couette aux pensées en volutes chaudes des tuyaux des pipes, résistance d’une maladie, foi en la victoire, carnets et feuillet, livre avant le livre ou couverture de cuir insubordination à l’ordre qui est barrique de poèmes, Omar Khayyam le sait bien, radeau sur le Syrte ou zodiac sur l’Acheron ?

les rêves s’inscrivent aujourd’hui, connaissances d’avant le tri, mais les leurres aussi et le réconfort des bourgeois ;

pourchassé je les traque assoiffée de voyage ma vue veut élargir

Carvahlo les brûle pour allumer le poêle et dire son désarroi que les livres aient mentis, Carvalho sait que c’est le monde qui a menti il sait qu’il a été nourri et trompé ; il n’aspire plus qu’à un bon savarin, il résiste par ce geste car le livre qui fait figure de vérité est mensonge, il sert le pouvoir, le monde tentaculaire et l’état, il faut le brûler, j’y vois cela et le crois aussi. Toi qui sais tu ne sais rien.

Car on pourrait rêver d’un monde sans livre, sans lire et sans construire,  un écart peut bousculer le monde et le livre en château de carte peut basculer, s’écraser comme un chêne, s’écrouler et pourrir. Une forêt aux hurlement de sourds – Sherwood et l’Amazonie, poumon libéré pour un temps  avant la poussée pacificatrice – elle est en creux et vous n’en voyez que les talus – je ne crois qu’à la parole qui bouscule, réinventée à chaque nuit à chaque tour de la roue, la parole est libre quand elle se nourrit de tout,

sauvage au large, l’aventurier arrogant, mort est momifié, un souffle le ranime – des murs en empêchent – les vergers sont plus sûr

Tous les livres se résorbent dans la sueur, tous les livres s’écrivent en un seul, le sien point d’ancrage de son voyage!

barrage sur le fleuve de la connaissance, qui doit contourner, emprunter des détours de bayou, à moins que , à l’intérieur détournent les énergies des guetteurs qui nourrissent à l’insu, rassemblent conservent les paroles insaisissables, les font passer, bousculent et permettent à la vivacité d’aujourd’hui d’exister, pèle-mêle sans passer au crible d’un filtre,  furet –  des trésors de guerre aux musées- n’est ce pas aussi désamorcer ce qui était un condensé de vie dans un acte de résistance ? –  la frange des poubelles urbaines peut en abriter qui folles poussent leur trolleys, poésie vive de ce qui reste de l’activité incessante –

peuples premiers dépossédés de leur symboles existentiels conservés dans des rayonnages, comme des prisons, symboles eux aussi en captivité – la bibliothèque est un fortin bourré de dynamite, pourvu qu’un lecteur ouvre un livre- lise et se mette à rêver, aimer le monde autrement – si seulement – et l’édifice se mettrait à trembler quand les pages se feuillettent et qu’un lecteur s’en empare – la puissance est cachée là aux yeux de tous – dans cet état de captivité où nous sommes –

je rêve souvent d’une cabane – celle de Thoreau – à la lisière du bois – là où la forêt parle, livre les secrets sans retenu – cette cabane pourrait être remplie de livres s’il le faut, ou exempte s’il le faut, les livres sont là où il faut qu’ils soient et le ciel et l’écorce en sont, l’homme s’en pare, il y écrit de ses mains les plus belles histoires et des génération, servent de lien , entre lui et la forêt et lui et lui même, ascendant et descendant au centre de ce qui l’entoure, le livre n’a besoin de rien si l’homme est libre et témoigne le soir, porte à sa vue sa musique, son amour, le puits du nouveau-né

mais l’homme est encagé – il a besoin des livres – pour se repérer, se réparer ou se libérer . si le langage tangue libre – le langage parole se déploie – le livre en détient une partie – l’homme en a l’écho en lui – il pense-bête

car je suis insensible aux gardiens de prison et aux soldats

et si le monde insensible se moque des livres en tant que force vive ce serait peut être de déjouer, insidieusement rappeler que dehors, partout dans les cimes des chemins et les recoins du monde, ici et ailleurs, dans les ici de l’ailleurs et les ailleurs de l’ici existent des chants et des récits, des paroles qui diffèrent de ce tel que nous le connaissons pour le vivre par bribes quotidiennes –

Les livres pourraient être comme les fils d’un grand tapis qui relieraient les endroits de laine, les rêves d’écorce et les pensées végétales, les trous du ciel et les mottes de terre sur lesquels l’humain circule et glane- je dis qu’il faut mettre en doute le monde – la bibliothèque doit être ce lieu – et les enfants y viennent pour cette raison même et son contraire – car la curiosité pousse à connaitre, imaginer aussi bien le dedans que le dehors ; cet endroit ou des forces vives de création se manifestent – il faut pousser des ses bras ces reliures qui cachent les ouragans, l’esprit souffle n’importe où et l’homme sait qu’il doit rassembler ce que lui peut assembler – plus uniquement être de conservation mais d’agitation …

soi un aboriginal ?

Soi un aboriginal  ?
fossé le pas est grand et le monde est vaste et va si vite si vite qu’il en devient fou, à mes yeux, de moi qui suis resté un peu en marge, un peu aborigène, un peu seulement

mais tant que j’ai mon cul sur le sol que je caresse le brin d’herbe et que je ris tout seul des tracés des BOINGs
que mes livres s’écrivent sur le sable
et même si je déroge – est-ce si grave – que j’envoie des étincelles sur le clavier – je sais qu’elles ne font pas mal au temps – je caresse le cuir
est ce que ça suffit ? ça ne suffit pas –

alors disons que j’ai ma part à l’eau , la muse bouillonne et je me tiens droit, je me remémore et que je vois tout ça de loin, je sais que je risque de me trouver en rade,

mais le train ne me prendra pas même si j’ai perdu la piste ,

envie de dire sabot, jonc et orgasme, et j’en ris – assis
j’ai quelques marques de ton temps – le tutoiement établis la distance et la nie- curieusement – signe que tout et toi se noient dans le non-temps – on ne  voit même pas – je peux marmonner et rester en arrière

le – il n’y a pas de réponse à la question,  bien sur non, mais il suffit que mes yeux lavent pour que je vois

et

tandis que le mot se traine la parole n’est pas rien elle est ce qui nous porte

car les murs se resserrent et je crie c’est quand je souffle que je le suis , lassé du mot garre quand je me retrouve sans <Je et que je me noie dans le flot

Patte au lointain

oui mais moi j’ai toujours pensé que la plus belle eau remontait des profondeurs

les plus lointaines

j’ai rêvé de continents

j’ai tendu l’oreille pour saisir des bruits de langues et derrière toute la face un monde en mouvement éclaire le mien, lumière étrange qui ne cherche pas à éclairer, mais irrigue

j’ai vu les taillis et les arbres, les collines au loin ou toutes proches et je les ai peins comme elles me parlaient, j’étais traducteur de l’incongru, je traçais des signes et la couleur était musique, moi je voulais être voix
j’ai pensé l’essentiel dans ces rythmes et les fulgurances piochées dans le murmure du froid au matin quand la glace ; la chaleur je mettais du rouge
primitif, en moi la part voulais la place,  je n’ai jamais aimé le sophistiqué et surtout pas l’artifice

je voulais parler et il me fallait écouter – l’espace autour de la voix est nécessaire

il me fallait lutter pour laisser le vent revenir des cheminées

j’ai aimé la terre, celle que l’on peut écraser entre les doigts et la poussière qui file ou se nuage et l’eau de la mer et l’immensité de la vague qui s’abat sur  l’humidité – c’était à Saint-Jean de la lumière et l’océan et le ciel se fâchaient je m’époumonais- c’était dans les bois ou c’était dans les livres et j’écoutais dans les visages burinés et jurais de ne jamais écrire comme dans un livre mais l’écouter lire
seulement ; il n’y a rien d’autre – surtout pas une voix qui écoute sa pensée et que l’on entend lire – le livre est un témoin pour que ne s’éteigne pas – il n’est rien d’important -muet  l’homme qui fait cet effort s’écoute et tait les étoile – je ne voulais pas faire ça – je veux les écouter et frémir

je jette le livre

la musique ne s’arrête pas lancinante- elle est de tous les temps

mais les abos d’Australie et les rengaines caucasiennes – flute de bois de rose d’Irlande ou chants des potlatch – la figure des grand-pères qui à dos de train ou à long de rivière récoltaient inventaient les récits- tout ça n’est rien – je croisais dans les Highlands les tombes des Camerons et la ville berbère étincelait , on en finirait pas et cela n’a pas de fin

C’était chercher le rien dans quelque chose qui remonte, en saisir la peau, susurrer, en retenir l’aliment, assis ou courant dans les bois parce que peut être je ne pouvais pas parler et qu’il fallait écouter laisser le vent entrainer la foudre sans s’en saisir,  laisser voler,  s’inventer le murmure obscur qui doux dansait cette fille-forte-croupe et cheveux des rimes du vent – ondulent – Patrichiea – S’il fallait être moderne et écouter ma vie alors les nuages et l’histoire le feraient pour moi – le présent se portait en avant d’avant moi et ceux qui criaient le plus fort devant pourrissaient autours d’eux –

moi mes yeux bramaient

que je sois vieux blues ou incantation – seule, Pat me ferait remonter – je porterai papillon ou oiseau mon manteau de cérémonie – ce serait ma casquette et mon cuir saluerait le monde