asthénie

aquarelle Lamber sav

conversation, les deux hommes en traversant la route, dans leur habits serrés le chapeau au bord des yeux ils ne veulent pas voir l’été.

La grande maison du siècle dernier a les murs rose et  héberge une famille déshéritée, / cela est peu courant, pour mériter d’être souligné, // la gosse des îles quoique folle est une sacrée bringue

moi c’est le bananier qui a attiré mon regard, derrière le mur une végétation touffue,  et puis j’ai pensé que le jardin dissimulait bien le secret de la maison lépreuse,

la chaleur de l’été fume comme un cigare sur la chaussée qui s’éteint ou se rallume si le vent souffle, on se sent si loin des ports

partir ou revenir,

les gens que l’on croise ont du faire le voyage et se sont arrêtés ici,

il n’y a plus d’endroit où aller

j’ai pensé que la maison était l’endroit idéal pour vivre les rideaux tirés.

jardim aquarelle de Lamber Sav

faire court

hélas quelques bouts de phrases maldites mais aux idées claires, sitôt que l’on s’y penche deviennent une vrai forêt vierge (ou pas mais bon restons simple) de mots se fécondant les uns les autres (de ce fait plus vierges) et se démultipliant, perdent de vue l’idée, que l’on avait vu simple

Fiona Foley

alors ? lâcher la bride à ce qui pousse et se retrouver empêtré ou se demandant si quelqu’un n’aurait pas glissé de l’extasy dans une virgule (d’où ma méfiance à l’égard des virgules, à qui l’on ne peut pas se fier)

se dire que rien n’est simple et que l’on a pas étudié Tristram shandy pour rien …

ou bien au contraire se hâter de construire à coup de mots piquant une armature étanche

à coup de hachoir dégager le surplus pour, tout fier, sortir le noyaux de la pulpe et l’exposer à vos yeux admiratifs  (!) humm ..)

oui mais la pulpe ? qu’en fait on ? est t’on sur que ne se cache pas dans la pulpe d’autres noyaux et même un faisceau de noyaux si c’est possible ?

toute chose claire s’expose clairement ! oui mais :

1) est ce clair ! ?

2) le clair d’un moment est le pas clair de l’autre moment qui on le sait est systématiquement lié au moment précédent , il ne sert à rien de croire que le moment d’après serait le même que le moment d’avant car les choses ne seront pas du tout semblables quand la plume aura atteint sur le papier le mot suivant, sans parler de la phrase ! où ne sera t’on pas rendu !

3) bon, on peut cependant s’arrimer à une idée et acheter tout un équipement de sécurité conçu pour éviter les dérives et autres accidents inévitable , une ancre en quelque sorte , mais cela risque d’être « chiant » car qui veut vivre attaché  ?

non je vous le dis il vaut mieux accepter le risque ou se limiter à quelques mots , là est peut être la solution !

attraper le mot au vol et le smasher dans le bol à friture pour ne pas qu’il s’échappe !

l’ici qui marche dans l’ailleurs

Mais pourquoi raisonner uniquement en terme de territoire, d’identité de corps, vassalité et communauté ?

quid de l’esprit comme des courants qui ne sont pas que marins ou mammifères, s’inscrivent dans une mathématique, aussi surement que le soleil brille les aléas aimantent les affinités et gravitent, les pôles de nos circulations intérieures sont en mouvance, attirés les uns vers les autres selon des itinéraires qui doivent rester secret, rivés aux affinités déployant des attractions

loin en apparence, les corps ne cessent de s’alimenter l’un l’autre, de se bécoter en aller retours, le grand vide est un champs magnétique où les dérives en veulent aux rives, imperceptiblement se fondent dans un même esprit même si immobile en apparence, un fil à linge qui au jour semble relier les maisons comme les voix des commérages de la rue et ce de rues en rues descendant vers le port mélange de la lessive à la nuit et au large les voiles des navires

mouvement en forme de fleur, aquarelle de Lamber Sav 1997

Edouard Glissant : un champs d’îles, la terre inquiète, est-ce cela qu’il à voulu dire ? les êtres sur la terre sont en constant soucis de correspondance, déplacement hors de la place dans le mouvement et le temps, de façon récurrente ou par accident pour susciter la fécondation

ainsi fait le vent ou la grand marée sous le repicage de la lune

dans les trajets en dessous tout bouge et se rejoint, se déplace dans quel soucis, déposer les oeufs là à des milliers de lieues plutot que sur place bénéficie t’il à la grande circulation,

photo Vasil Qesari , Lisboa

ils échangent l’esprit comme ils mêlent les salives, le mouvement aide à l’éclosion et la posture statique ne fait que tromper l’incompatible pendant que la vitesse joint les bouts

et patchwork, les proximités sont trajets de bouts en bouts

des iles que nous sommes tous ou quelques uns, coques de noix naviguant de là en là où le monde ne va pas ? le monde des masses continentales est percé des veines qui irriguent et créent des voies établissant là aussi un réseau de correspondances, et on voit de îles couver un continent, maillage des chaumières circonvenir à une forteresse

sailing away (photo inconnu)

le monde n’est pas ce qu’il parait, si solide ou liquide et dans ces états des correspondances, attractions, répulsions, émulsion, révulsion et si on y parle toutes les langues, si le filet entre les mailles touche à l’émotion, les bouches s’abbouchent et sexe de femme en fleur éclosent, dans les yeux le fluide courant qui zèbre l’univers

un socle de terre traversé des mille faisceaux est comparable à l’archipel et , l’esprit en pluie fines gouttes scintillant d’arc en ciel porte et préjuge des transports, la matière en mouvement

bouillonnant  des alliances.

caquètent

sous les feuilles de bananier un coquelicot

le soleil pas content tape sur la mare

les grenouilles caquètent au fond de l’eau

les ombres

arbre, encre de Lamber Sav

ferme sous les pieds
un sol
qui a été un lac
et s’est asséché
les tiges portant les graines
et se fier au vent
sachant que la terre
l’eau sur la roche
l’usure de la pluie

 

l’humus des hivers
la mort des vieux jours
un arc en berceau

 

plis de l’ombre, encre de Lamber Sav

sous  les mousses
le soleil
la terre ferme
le lieu luit
la nuit
le froid
pour reformer
la courbe du temps

voir
l’arbre enraciné
l’herbe
sèche
les branches tordre
la chaleur
les nuages
s’abandonner au vent
et saisir
les germes
les lieux de l’ombre
savoir
qu’il faut partir
et où
 

seul dans le flot en même temps que tous.


constamment il est fait référence au choeur, le plus qu’un, la famille, qui symbolise le groupe, l’ethnie, l’appartenance

l’un cesse d’être un pour se retrouvé augmenté d’une parenté charpentée, d’une ascendance, fut elle en rhyzome, fut elle mythique ou choisie, fut elle une charge asphyxiante

confusion aussi

ou bien est t’on pris dans une toile immense, d’où l’être aveuglé tente de se sortir, de prouver qu’il existe bel et bien malgré le monde qui comme une obsession le maintient enserré dans l’infiniment multiple, coercitif et constitutif

vain de se penser hors des trajets et des rejets, pour accéder à l’un, vers l’indéfini,

pourtant le chœur ne cesse de répéter la même phrase qui inlassablement gonfle, se détache de l’ensemble et revient au point de départ suivant en cela les rythmes primordiaux, association du vivant, analogies et rites pour que renaisse la phrase

la vie est un effort pour que les lignes se surajoutent, continuation de la précédente,

stoppons là,

pour que le point ne s’en sorte pas

tout seul

imaginons un point tout seul

observons le

.

même à la ramener au un tant cherché qui inclue tous les uns qui de fait ne sont plus un

encre, Lamber Sav 2007

or on a pour habitude de penser qu’il est préférable de se recréer dans un ensemble où se refléter, se relier, se recréer, sur d’autres bases

qu’elles soient reconnues comme telles, on peut parler d’affinité,

ou pas, ce sont alors meurtrissures et attachements subis,

perditions

acceptation

et danser pour rappeler à soi le beau corps

échapper au néant, si cela est possible, résorbé dans la relation, duelle, charnelle, parentelle, ventouse de l’être au monde, même parasite, asservissement, accouplement, accouchement, illusion de la continuation et cela même si elle semble impossible.

l’homme seul crie à l’abandon mais le cri se perd

mais le chant est beau car le chant est oubli en même temps que remémoration, c’est pour cela qu’il est bon de chanter

portant à ébullition l’utopie qui permet  de se réinventer au monde par la participation

cartographies , photo inconnu

mot clé qui permet d’inventer une inscription dans l’inaccompli,
car même sans peuple, même dans une cohue on ne peut imaginer un homme sans peuple, et dans les cas où l’homme est sevré, rompu de ses racines, rejeté au néant, il retombe inévitablement le cul sur ses fesses, aïe ça fait mal, et peut être même sur un congénère comme cela arrive si souvent, en tout cas sur le sol et une pierre, preuve irréfutable de sa constitution dans le réel, qu’il en aperçoive le bout ou non, et ce dès le début de son existence, isolé, l’homme ne l’est pas et un regard à ces pieds suffit à l’en convaincre

les noyés sont nombreux, peuples invisibles, même si l’homme d’exil est un homme sans peuple

il peut aussi se vouer à l’idée d’exil et ne jamais trouver prise

mais le prétexte de la rupture, de la cassure,  si elle induit une errance et l’acceptation d’une perte de repère, ramène forcément l’homme désorienté à la conduite des flots, des courants pour reprendre l’image, à une réorientation dans les flux du monde, redonner un ordre à la succession incohérente des points et des lignes, à plat tomber dans cet angle est se laisser pousser, prélude à une reconstruction plutôt qu’à une noyade, quoique vivre soit se sauver indéfiniment d’un naufrage et ce en se sauvant, s »inventer

seul dans le flot et en même temps que tous.

portant comme un flamboiement témoignage même à la marge de sa parenté.

Roberto Matta

baobab

crabe

caché dans les rochers

la serviette

baume l’ambre solaire

baobab

mar en long

un grand merci à SiL pour son texte qui accompagne cette aquarelle

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Aqueuse éveilleuse.

En ces domaines racines
Eveil aux imaginaires

Se dénouent
Les vallées salines
Hors-champs, hors-temps

C’est l’Elan se levant
Quand Océane
T’imprègne

De ces arabesques
Engageantes lignes

Les enivrements profonds
Imprimés s’impriment

Inexorablement.
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Water Lily

Je viens à tes émois

Suffit la valeur du black-out

Oui je sais bien moi

La cadence des goutes

Eau nous incruste

Pour toutes ces fois

Ou soif ou joie.

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SiL sur son blog : http://flavors.me/souffledame

Catendè

une des choses qui m »émeuve le plus, j’ai peins une toile la dessus ,

Meu catendê … de lá de China
Luante, meu catendê

Meu catendê … de lá de China
Luante, meu catendê

Varre a voz o vendaval
Perdido no céu de espanto
Meu barco fere a distância
No disparo da inconstância
Me encontrei sem me esperar
Quanto mais o tempo avança
Mais me perco neste mar
E no rumo do segredo
Caminhei todo o caminho

Ei lá
Maré brava maré mansa
Ei lá
Vou na trilha da esperança
Ei lá
Vou no passo da alvorada
Ei lá
Mar amor enamorada

De segredo e de procura
Fiz do medo o meu amigo
E de força sempre pura
O meu canto se encontrou
E no fim da jornada
Vi meu canto crescer
Há tanto escuro na estrada
Esperando o sol nascer
Vou cantar pela vida
O meu canto de amor
Há tanta dor escondida
Tanto canto sem cantor

Ei lá
Maré brava maré mansa
Ei lá
Vou na trilha da esperança
Ei lá
Vou no passo da alvorada
Ei lá

vinicius de Moraes

Samba en vert, acrylique sur toile (150/200) Lamber Sav 1994

le ouistiti là

hommage à Ouistiti, enchantement de vie

oui planté profondément en nous la vie se moque de toutes ces tempêtes et sans palliers remonte à la surface provoquant un infactus et nous laissant … libre , déchainant les vents de l’envie, contre tout ce que l’oeil et l’intelligence ont pu observer, le coeur lui, rit et surgit comme Pan , tout peut enfin refleurir de la mort, c’est cela la grande leçon,
je crois bien que perçant les brumes des nords des bières de la tristesse,  Vinicius de Moraes et Maria bethania et compère s’y sont mis à plusieurs,  un soir de candomblé faisant battre le tambour pour raconter les milles vies contenues dans un regard, merveilleuses, les vies et les corps luisants de la simplicité.
Pour moi ce motif répété et qui vient de loin, d’une voile cinglant vers le palmier où se tient la femme, émergeant de la nudité de l’eau, elle, promesse dans l’échevelé multicolore comme un chant dans une toile, femme reine et guerrière, douce panthère et les hurlements de la peau tendue à rompre quand les mains et vient la mer et que s’éveille la ville, que l’on voit enfin les habitants, peuple de chair mais des rêves et de misères, la ville des humbles et la parole que la musique réveille,  une blague, ou un espoir que toute la crasse cache une âme, beauté revenue avec les cales et que cachent les parois des trams, les pitbulls et les immeubles, les yeux qui se baissent et les samedis de beuveries.

voisin est ce que je me trompe ? ou crois tu qu’il faut s’enfermer dans nos murs, tourner la clefs, mais pour quel résultat ? la mort nous trouvera, puant et oublieux, égaré dans la musique, le corps incapable de samba.

à fuir!

cruda belleza

coin coin coin si l’on veut , ô pato, canard et le sourire en coin, coin coin, en anglais ou cogne et c’est l’obstination que je trouve en poésie, celle qui fronde et c’est d’obstination de chanter plus fort que les turbines, les engrenages fateux de la destinée occidentale.

Vinicius a vu les vies et Jorge Amado avec lui ; ils défilent en dansant remontant la vieille ville, des éclats de favelas dans les mains et s’en servant de poignard ( A favela é, um problema social, seu Jorge)  ) brandissant la fierté plus forte que le mépris retrouvée au creux du sourire qui a tout bravé et sait qu’il ne craint plus qu’une chose c’est de ne pas vivre et se laisser envahir par la mélancolie, mélancolie, belle de fado et morna ou poisse qui me colle à l’âme, espérer en guérir ? aime et trace, sois vivant me dit ce regard, regard d’elle mais que je retiens de même plus loin, de si loin et je traque cet instinct de vie et quand je l’aperçois,  je l’admire, je m’y laisse aller conscient qu’il est encore difficile de s’y plonger entièrement.
Et depuis retentissent les tambours et la voix qui répéte inlassablement vis vis vis , bat et dresse la table , parle, pare , et ne tient aucun compte de ce qui se dit, ton chant est en toi et tu entraînes la danse même si tu ne les vois pas, sois en sûr, ta voix, du seul fait d’exister rappelle tous les instincts de vie et redonne de la force au jour, seul auprès des flots de ma pensée, rêve comme scintillent les vagues, un seul sourire contient les mouvements de la danse de tout ce qu’il faut savoir, à répéter tant que l’on a un éclair de lucidité, puiser à toutes les sources de mon Cap-Vert qui agit comme une source,  au Brésil de Bahia, du forro et tous les Orixas yoruba, ou bel air, danse des dieux de Cuba, polyphonie pygmées et la nécessité d’inventer le présent là  où il est, je suis attentif à toutes ces sources, des plus modernes aux plus anciennes résonne cette faculté de ne pas lâcher la force, renaître même dans la violence et la rébellion.

Minha maï la fleur, encre de Lamber Sav

Moi j’ai eu besoin de me joindre à ce train et écrire, peindre, dessiner et me revient quand j’ai trop souffert de l’incarcération de la vie quotidienne, abrutissante, de cet éclat d’obstination esclavagiste dans l’oeil hiérarchique,

alors je prends la clé des champs , je regrette de ne pas croiser un santo da casa  , je chante mae Minininha minha maï minha maï même si cela semble bête ou un peu court, j’appele le son des batuque et je ris avec eux, et je ris de moi et forcené je cours dans les chevauchements de la couleur et je ne veux plus arrêter conscient des milles vies qui se vivent et poussent sur mon corps, d’en dessous et sont la seule richesse et je force mes yeux à voir et je chasse le sérieux, qui me hante mais est zombi

Bleu , battement dans l’oeil de bleu, c’est comme cela que c’est imposé d’un clin de cil (”Je te reconnais entre cent, entre deux, Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire. « (Rabemananjara)  l’évidence de ce qu’il me fallait retenir et même si je n’y arrive pas, je me remémore à chaque fois ce charme, cet envoutement de celle qui fut, est toujours pour toujours la Ouistiti là et qui me légua ce rire, ce sourire et cet élan qui ouvre le chemin qui ne finira pas.

je vis en ile , en marin qui parle une langue étrangère et je déplore les boites de plastique sur la surface de l’eau, ma langue est un bateau, navigation de cabotage qui cède au courant.

cela n’explique rien, sauf que les iles sont les points lumineux où le soir viennent bavarder les baleines.

Merci Vinicius, et toi mon Ouistiti, ton intuition qui ma ouvert le coeur