tout petit – de tout petit je suis venu petit pois trainant sur le sable les vents ont soufflé et détourné de la dessiccation mais j’ai changé de mains
j’ai pu ouvrir les yeux et caresser la chèvre – les traine – dans les pattes et marche à reculons l’eau ensuite est venue elle à fait fructifier la mane
dans les traces et les pas j’ai tourné et retourné négligemment le feu et attisant le vent dans ceux du chien et imitant la main j’établis des correspondances fermant le livre le temps s’est retourné et je l’ai suivi tentant des sauts et prenant le large je me suis tenté aux reculades m’évanouissant sept passages à la fois dans un mouvement de faux d’un grand coup élancer et ne sachant pas bien qui des anges psalmodient je me suis heurté les genoux et le sang a coulé
près de l’eau le sabre et le brou de noix sur les mains les cheveux coupés court j’ai sondé l’aveuglement aux passages et m’en suis retourné de là d’où j’étais venu
du moins le croyais-je
le temps cette fois ma collé face à terre me faisant reconnaitre chaque motte et ne transigeant pas me sommant de continuer si j’en avais la force – je ne l’avais pas – j’ai tenté de reconnaitre les portes et voyant loin là où elles menaient _ je me suis étiré dans la longueur reclus dans une boucle et le menton en avant je me suis appesanti ne cessant pas de répéter le motif et tentant de l’écarter par là même cinglant dans le vif et j’ai commencé d’un trait là où j’allais en foulée
le temps m’a relâché me disant de ne plus bouger sachant bien que j’étais parvenu à l’envisager j’entrais dans mon age en m’inspirant de l’âne qui lui ne bouge pas sauf si le pas est assuré et que la somme est exacte sans que l’on puisse retrancher au passé le temps oppose l’Inertie qui est mère de l’avenir qui n’arrive que s’il sait qu’il n’ai pas attendu- c’est du moins ce qu’il m’a semblé à bien regarder l’âne et dès lors m’éloignant de la chèvre qui trottait je me suis attardé rêvant fort happant à pleines dents les mûres du bord du chemin le nez dans les naseaux
c’est ainsi du moins que je l’ai compris et alors peut être s’il le veut – je partirai.
sachant bien qu’il y a du creux dans les vides et les pleins y habitent et c’est ce qui me fut dit
et puis si au bord de l’eau et si les flots,
les femmes tendent leur beauté comme un reflet
potentiel leur ventre qu’elles veulent arrondi
à l’eau
que leur chevelure ondes aux algues qui peuplent l’océan
aux flots même qui chevauchent comme la chevelure
le dessous de la magie sur lequel submerge l’amour
immense
si le corps si dense enveloppe la chair
et vibre la vie libre
si l’air enfle les robes
invisible
tournoie dans le sens inverse à la corvée
regard tournée vers l’eau de l’intérieur
richesse des gestes de tous les jours
et le don du corps à la fécondité
embrasser les flots qui déterminent
la jouissance et la puissance
relatent
le rite des corps à corps
histoire histoire
et les lèvres offertes
et le blanc rappelle l’écume à la mort
livré au vent qui se démène à la vie
la métamorphose de la gestation
l’océan est femme
au couchant l’argent
libère la poussée
tournoi des flots
on y voit l’immensité
réverbérée dans les yeux
immense de la présence
noire
au grand bleu de l’eau
ou se croisent toutes les couleurs
l’âme et les étreintes
et tout l’or dans le blanc
dans le fracas sur les roches et le cliquetis des bracelets
l’éclat solaire des perles et les colliers ramènent la spoliation à la terre
en appelle au soleil
énumération des vagues
surplis sans fin de l’arc en ciel des colliers
aux couleur de l’amour
ambre et rythme de tambour
comme les coups de l’enfantement
la gestation
qui enfle
humidité alliée à la folie solaire
un chant invocatoire
cette pulsation
s’énumère en beauté
dans le noir et le blanc
la peau
une résidence
une offrande ramenée des floraisons
offerte aux labour des vagues
au calme plat de la surface
à la chevelure
surgissante
cheval marin caressant l’air
pulsant comme la chair
l’esprit y est
qui ramène
aux fonds des gouffre
la prière
la ferveur
la femme essentielle
incantation
génitrice de la boucle en retour
le bateau passe, ce sont sans doute les pêcheurs ou est-ce cette navigation de cabotage le long des cotes, délaissant les grands fonds ceux des gouffres et de la traversée,
es tu jeune fille sur ton parterre de rose, roses blanches comme l’habit voile blancheur que tu as ôté, sur lequel tu reposes de la fatigue des grands vents, chevauchées de la flotte s’il faut être bref et que vogue la coque, l’aile de tissus ne vole plus, es tu endormie Sirène, fille de Iémanja égale de MamyWata , d’où ta féminité s’ouvre coquillage ou baiser dans ton sommeil les lèvres ensemencent entre les vagues et les fleurs que le bateau à l’entrave repousse, coupant en travers des courant qui mènent à Praia, de l’ovale le long de tes cils apeurée sur le sable où battent les paupières, la larme vers l’eau ouvre le passage aux eaux de l’enfantement, l’océan, peut être que tu contemples s’embrume dans la largeur.
Tu as les cheveux parfumés de roses et la peau apaisée en écho à la roche, là où l’on a encore pied, personne n’oserait s’aventurer plus loin là où plonge l’irrémédiable, où commence dans le chant vertical des hirondelles marine la douceur au large la tempête là où échouent les colliers des chants, les noms allongés comme le bruit des bois fort serré en toi comme dans les veines des couleurs se reposent réconciliée en blanc le noir comme une découpe des personnages de papier, comme la taille cordiale des vies dans la planche et encrées d’autant de tons qu’il y a de gravier au sable où ton corps se confond, racontent les histoires que les bouches n’ont pu taire et que la poésie rencontre.
« En s’affrontant à la mémoire de ce terrible événement, avec toute la pudeur et la subtilité qui conviennent, Patrice-Flora Praxo vise moins à représenter l’insoutenable qu’à donner à voir et à ressentir le processus de déshumanisation qui affecte la figure humaine dès qu’elle se trouve privée de son essentielle dignité. »
à lire le formidable texte d’Edouard Glissant véritable réflexion sur l’histoire et la trace, la densité humaine et la matière de l’existence, secoué une fois de plus par la puissance du penseur poète, peut être dans la concision amené au plus près de sa réflexion qui se canalise dans la griffe des présences humaines sur ce qui nous reste des fureurs de cette nuit
Oui, c’est un poème d’amour à Mycéa, oui. C’est vrai, c’est vrai! Mais je ne puise pas dans mon affect quotidien pour nourrir ma littérature. En revanche, j’essaye de remonter très loin.
Un des sous-entendus de ce que j’écris, disons de mon œuvre, un des sous-entendus c’est que avant la traite c’est-à-dire dans le pays d’Afrique d’où nous venons il s’est passé quelque chose entre les gens qui ont ensuite été déportés en particulier les Longué et les Béluse et que nous n’arrivons pas à savoir ce que c’était et que c’est cet impossible là qui crée la blessure. L’impossible de savoir ce qui s’est passé là, avant la déportation. L’impossible de revenir jusqu’à l’explication, à la source de l’explication ou l’explication de la source.
Remonter dans cette filiation d’une manière tout à fait tranquille, pas tranquille mais enfin, tout à fait sûr, on sait qu’on vient de là, etc. Je crois pas à ça. Je crois que il est plus beau d’envisager l’infini et l’illimité dans cet avant là, dans cet avant africain, que d’envisager la précision, la certitude, etc.
D’où la réalité même d’aller au delà de ces traces, griffures, zèbrage , fibrilles, biffures, fourbis (et non que je mêle Glissant à Leiris quoique les deux lignes en moi se réverbérent) d’accéder à l’ avant, , réalité qui fut mais n’est plus, ne nous appartient plus, est demeuré en arrière et nous oblige, à devenir . dans ce devenir s’entremêle l’ incertain, du mélange,
Le trait doit, s’emparer de ce qu’il peut percevoir du passé annihilé, sacrifié, déjeté et de cette trace re naître le trait nouveau, par lequel l’être vieux se fraie un chemin dans la pluie et les griffures du présent qui demeure opaque et mystérieux,
des lianes un lignage mêlé, car accoster est aussi incertain en ce qu’il devient
D’où le tout-monde » , mot seul qui respecte l’insensé de ce qui mêle et démêle dans le respect de la source qui continue à œuvrer en secret ou en silence, condition de l’appartenance à soi
Mais s’atteindre par delà le gouffre que dessine l’écart, que Glissant et Chamoiseau en conversation nomment la cale et que fibrilles enserrent et remémorent, deuil mais aussi ferment de renaissance
fibrilles qui constituent les parois cellulaires
D’où le mythe qui peut être le point d’ancrage de l’imaginaire auquel maintenir un équilibre possible, l’image, non seulement des traces noyées ou anéanties par l’esclavage mais de ce qui comme un chant peut invoquer la survie,
Le prolongement mêlé de ces filets des racines s’élançant aux embranchements les plus imprévus rejaillissent non ce qui se rencontre mais ce qui se recompose. Le chant se transformera, s’appuyant sur la figure mythique, de Mycéa à Jémanja, évoquera une figure à partir de laquelle se reconstituer, la figure ramène au mythe ancien (d’où l’on provient) et incorpore des éléments rappelant la réalité actuelle, se mélangeant avec d’autres apports qui sont comme les croisements de la vie, le mythe grandit, change de direction et permet à l’exilé de se retrouver des deux cotés de la rive, en avant et se devançant.
On l’entend dans la langue et la syllabique même de la langue perdue se retrouve dans la langue acquise, créolisation qui est comme la sève recueillie des arbres nouveaux,
Ces si grands arbres qui s’élèvent et agrippent le sol créant un socle et s’augmentant, dérivant dans l’aujourd’hui l’impossible à contenir.
Par ce geste renouer la trace dans un filin des jours, liant les profondeurs aux nœuds de l’expérience, invoquant les feux de l’espérance, il a du en être ainsi dans ces rituels et cérémonies qui permettaient de se renforcer en essence et guérissant de la cale ou du fouet, de la mort inéluctable, lui donnant sens ou tentant.
«Parmi les taureaux un zébu veille il mord
L’odeur d’herbe est bleue il sommeille peut-être
Il fait troupeau de ce qui va paraître.
Il ensemence dans la mangle vérité.»
Les expériences multiplient, s’accouplent dans le mythe qui, récit de l’abstraction parvient à attirer le néant de la négation, la mort du fond des cales ou celle de l’esprit, et par là renouveler le miracle d’exister et de la survie,
Survivance et apprivoisement de la terreur, l’impossibilité du retour joint la trace au bord de l’invisible
Expérience ultime (Dachau-) la trace, survivance béante, lucioles de la négation.
Et vainquant la peur, le mythe fait remonter des fonds l’insondable, nos être mystique, les peaux sont confiées à la matrice, mère de l’indéfini, le vivant suit sa propre marche qui désormais gouverne, ouvert se mêlant et entremêlant, là est l’étonnement des créolisations qui rebondissent, vies, quelque chemin qu’elles prennent, dénoncent l’entrave des refus, mort, blessure, anéantissement, asservissement, viol, meurtre, amour, déchirure, punition, on ne saurait le décrire tant l’être asservi est hors d’atteinte du récit.
et comme en clin d’œil à Utopia (lui même renvoyant peut être à ce lieu du désert ou Emily Kngwarreye s’empare de la souffrance en milieu désorienté et répare, où la vie blessée se réinvente, où l’immémorial se mêle à et démêle le présent, l’emmêlant d’ Utopia i-mémoire, à ronger le présent et préparer l’esprit à se survivre en confrontant le socle de la modernité, là où les mégapoles,
célèbrent la vanité comme nouveau genre, modernité insensé des anciennes vanités, où le crane mystique est remplacé par les signes reflet du commercial ambiant, la situation prévaut et l’aborigène s’empare du concept et l’emplie de sens.
comme un clin d’œil à « la mémoire des esclavages » dont Édouard Glissant a été un chantre et qui désormais mémoire bien ancrée et défendue, figures blanches sacrifiées dressées vers l’océan, l’eau dont elle parle, l’eau de mort de la traversée que l’inscription dans la langue de la mémoire, c’est le travail de l’opaque poésie, giacométisation comme créolisation, sculpture de l’humain dans la souffrance du bloc pour aborder le siècle comme un nouveau départ, non comme un retour mais une continuation permettant de laisser les fers défaits les corps et l’esprit devenir moins lourd,
l’opacité gagnée au tremblement se laisse aller à la nécessaire utopie, ailes de papillon joignant les bords d’un présent d’incertitude, Fukushima est peut être le battement d’aile que Bonnard entrevoyait , ou bien les couleurs sont elles à venir ? le peintre reprend les pinceaux et déterminé à incarner, soudain, les emplit de couleur – mais d’abord le blanc, le blanc comme impossibilité de se servir du noir trop proche, trop connoté, le blanc me renvoie au spectre de hantise,
la couleur démenti par le sourire viendra plus tard
Édouard Glissant – des attracteurs étranges
et comme un clin d’œil cette jeunesse arpente les « traces » écho aux fastes et chaos invoqué par Edouard Glissant, elle insiste sur les traces car on vit sur les traces, traces qui sont empreintes, restes et mémoire de ce qui fut vie, geste et souffrance qui se retrouve dans le quotidien antillais, même enfoui ou revécu sous d’autres formes, comme un recommencement dont il faut guérir, les peintures de Patrice-Flora Praxo ramène aux lieu des « Abymes » de l’indicible, semblent tisser des liens le long des déchirements que la civilisation occidentales s’est infligé, a infligé à l’autre, à la peau noire pourtant nommée couleur donc puits de vie, des esclavages dont la jeunesse tente de refleurir la part d’elle même laissée là d’où l’on ne revient pas ou mal ,
Édouard glissant dit « Il faudrait une peinture réaliste pour montrer le gouffre… »
la peinture dit ce poids tout comme les livres « tout-monde, « Mahagony » et d’autres ont tenté de le dire. L’esclavage après un bras de fer avec la bonne conscience blanche est finalement reconnu crime contre l’humanité, la colonisation n’est pas un bienfait qui aurait apporté la connaissance mais une déchirure, l’humanité tente de gué&rir d’une part d’elle même – les holocaustes, mot poli pour dire le massacre, la peinture reçoit, tout comme la littérature, (Césaire, Fanon, Glissant ont ramené à la surface ce qui stagnait dans l’âme intranquille, la fracture présence malgré le calme apparent, malgré la surface apparemment joyeuse, la volonté et la poussée tropicale, les chants de biguine ou calypso, zouk qui cachent la cassure mais maintiennent ouverte la force de vie, le bel air qu’ils célèbrent, que je vois dans la vitalité de qui sait l’anéantissement et heureux d’en être revenu, la force tatouée dans les plis de l’âme, qui dit pli dit envers et endroit qui finalement forment un tout vibrant dans le sourire de terre, l’obstination inscrite profondément dans les rythmes sacrés, rappel du vital que les mains et les pieds revenant d’Afrique célèbrent, gwoka, samba, condamblé, les échos semblent vouloir disperser l’entassement, la négation d »être quand la mort est préférable quand René Depestre dit que le zombi, image de mort vivant hante la condition.
Mais l’œil ne cligne plus et le peintre comme le poète pour résister au crime quand Celan dans la langue du crime finit et relance la poésie et que le peintre Zoran Music dessine les traits d’un voile jeté par les camps sur la mort ; la peintre antillaise les rejoint, supporte le poids pour traverser le gouffre, se libérer et se révéler en vie, colorée de nouveau, couleur que je trouve de la plus belle peau.
une pensée me vient, que loin d’éclipser la force tragique du tableau, la beauté rayonnante conquise sur la souffrance vient se superposer à la hantise et donne une direction nouvelle qui veut … être ? quoiqu’elle vienne de là, et malgré le poids, elle n’y est déjà plus et a rejoint le présent de celle qui en ce moment même est et vie.
c’est réparer la souffrance toujours présente, même indistinctement chez les jeunes générations qui n’ont pas connu l’esclavage, mais comme dans « humus » de Fabienne Kanor, qu’elle évoque comme une figure importante du panorama créole, qui a cessé d’être créole pour être de ce temps, revivant la meurtrissure du passé voulant peut être rallier le lieux et les êtres d’avant avant que d’être là où les différences n’ont plus cours et que seuls demeurent les lieux où l’on se trouve , qui ne sont qu’à vivre, assurément pas intrus, en espérant que d’autres n’en entament pas la conquête,
il n’est d’autre solution que le Tout-monde et les traces des corps sur le tableau entasse un surplus à vivre, grave le support des arrachement qui sanglants encore affirment qu’il n’y a plus de là ni de quand ni de lieu ; le eux de chacun se résume à eux de ceux qui sortent de ses traces, humains dont les vies brisées giclent du mélange pigmentaire que la toile recueille , que l’on trace sur le sable et que le vent emporte chargé d’énergie de ceux qui tentent,
en attendant la jeunesse s’en empare, réactualise la mémoire et la tisse aux fibres les plus communes de la vie contemporaine, cinéma ou photographie, d’aujourd’hui le temps plonge ou chevauche le récit des ancêtres, trou béant et déchirure faite à l’humanité et que Glissant convoque dans son intuition et que l’on voit rêver assis sur le rivage à sa résolution, qu’il voudrait voir vivre et sortir de la brume, il y faut du réalisme pour franchir le gouffre .
elle dirait mettre sur pause, car le définitif est du domaine du sacré, preuve que ceux qui ont précédés ne sont pas loin, pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, le siècle et tout ce qu’il recouvre de l’éphémère en ligne de mire, du présent que l’on veut vivre que le parcours de Patrice-Flora Praxo est important, elle nous ramène le siècle comme une trace venue de loin.
Utopia en lien cette touchante vidéo, loin des conférences figées mais teintée d’amitié, l’homme Glissant nous parle, enfants que nous sommes et croyant être les maîtres
Edouard Glissant chez Agnès b., news du tout-monde
… La pensée du tremblement, c’est une pensée où on peut perdre du temps à chercher, … qui nous permet d’être en contact avec le monde et les peuples …
Utopia , quand les mots nous manquent, où est-ce le monde ? qui nous manque ce qui nous manque , nous , manque , Utupie ! on ne peut que l’imaginer et ce que cela produirait, comment le monde nous serait plus proche et serait le tout-monde
C’est peut être aussi et nous n’en avons pas le droit , que nous manquons au monde ; et nous avons le devoir d’imaginer comment y parvenir, liberté ?
Au delà des systèmes il faut trouver par soi-même, car les civilisation occidentales ne nous y mènent pas ou nous font retourner à une pensée unique, pensée de système, alors qu’il la faudrait multiple, relationnelle plutôt que pensée un instinct, une intuition du monde que la pensée de système ne nous procure pas
L’humanité, la reconnaitre, nous sauve de la domination, nous aide par l’imagination à rejoindre l’autre en se trouvant soi-même tel peut être que jamais l’identité close ne nous l’avait permis.
Écrire c’est toujours ramener des profondeurs du « moi » tous les trésors cachés, toutes les fleurs nocturnes du subconscient, et c’est aussi, par conséquent, éveiller tous les démons et les dieux cachés »
…. dans le secret de l’âme un halo de cette Afrique, une trace de la douceur de ces senzalas, qui en pénétrant le brésilien, a perdu toute son âpreté douloureuse pour devenir seulement une musique de rêve »
Roger Bastide 1944 et 1973 cité dans « images du Nordeste mystique en noir et blanc – Babel
D’où vient que le mot modestie résonne dans ma tête depuis le réveil ? La lecture d’un texte sur « flânerie quotidienne » déborde largement ce seul thème mais a ignitié cet écho, la modestie, qu’est ce et suis-je modeste ? au réveil il me semble que des confusions sont possible et je tente de réfléchir à ce que cela implique ; Est ce de ne pas se situer au dessus de la mêlée et d’être sur un même plan que les autres, j’y distingue un contenu social, le social qui intègre, et ce n’est guère une qualité mais un état ou une capacité car on peut ne pas se sentir intégré ou au sens propre situé »sur la même longueur d’onde » que d’autres ni en accord avec les lignes directrices, fondatrices de notre être social,
Mais la modestie ce peut être « rester à sa place » et n’en pas convoiter d’autre. alors même que l’on ne se sent pas intégré
Car on peut sentir l’envie de développer d’autres lignes, quelles qu’elles soient, on serait dans le cadre du non-conformisme et de la recherche de sa spécificité, qui si elle n’atteint pas la divagation ou l’erreur et la prétention, mot clé, peut quand même permettre la modestie. Ou bien non ? la modestie a t’elle à voir avec le social ?
J’avoue que l’idée de la nécessité de se refléter dans une communauté, au sens propre, et comme dirait Edouard Glissant, d’établir relation, me semble un aspect essentiel de la condition humaine et que le monde moderne ne favorise pas, au contraire. Le bien être social me semble essentiel et pour cela il faut qu’il puisse y avoir reconnaissance, intégration de l’individu à plus grand que soi car c’est un fait l’individu est partie de ce que l’on peut appeler l’univers, donc quelque part qui le dépasse et l’englobe. La reconnaissance de ce fait est un premier pas vers la modestie, si cette piste de sens se révèle juste.
Mais cela ne suffit pas, et cela ressort assez du texte lu hier soir. Nombre de gens se réclamant ou fonctionnant en accord avec le corps social, parfois même le tordant, sont en profond désaccord avec cette idée et absolument immodestes, prétentieux, asocial etc. J’ouvre les yeux et je vois toutes les tares humaines que la société accueille et même suscite, il n’y a qu’a lire les grands fabulistes et pamphlétaires, d’Esope à La Fontaire, de Voltaire jusqu’aux fables et caricatures populaires. Les bassesses et faux-semblants pour parvenir à survivre ou s’enrichir dans le monde n’ont rien à voir avec la modestie, un exemple de survie sociale, ce livre d’Amadou Hampate Bâ « Wangrin » rejoignant « Leuk » le lièvre des contes peuls et ouest-africains.
Le social ne génère pas la modestie, pas forcément.
Néanmoins le sujet me semble lié et l’appartenance, la connaissance et l’acceptation de sa place, du niveau et de la qualité de ce que son existence peut générer à l’intérieur de l’acceptable et de l’accepté.
Les candomblés du Brésil qui m’intéressent en ce moment et que décrit Roger Bastide, me semblent passionnant à ce sujet, l’individu souvent en servitude parvient à retrouver une estime personnelle et sociale ainsi qu’un lien à l’identité, celui de l’Afrique matricielle dont il est privé et qu’il convient de convier et rétablir pour permettre une acceptation des conditions de vie, d’une identité en conflit avec les conditions sociales imposées (le Brésil portugais) et l’on voit que ces phénomènes se sont créolisés et perdurent aujourd’hui encore, en effet les créoles et même les portugais brésilianisés ont du se transformer d’une certaine façon pour s’adapter à un environnement typiquement non-européen, les maitres étaient eux aussi en rupture culturelle. L’homme brésilien est d’ailleurs dit « cordial » , qu’est ce que ce terme recoupe ? On est loin de la modestie, mais ce que Glissant apelle la relation est il un aspect nécessaire à la modestie, ou celle -ci est elle toute autre ? Un certain type de solidarité ou de reconnaissance mutuelle me semble favoriser une humanité simple et généreuse, est-ce utopie, que reflète le petit peuple cher à Jorge Amado (la boutique aux miracle par exemple) et que favorise ce partage irrévérencieux, souvent.
Est-ce une manière d’être au monde ? Tant de gens « faisant » le modeste sur un point ne le sont pas du tout sur un autre ou selon un autre angle de vue. La modestie serait elle aussi une façon de faire accepter sa place et sa voie alors même que les qualités humaines déployées sont inverses ? Peut il y avoir un être modeste total ou ne peut il être que partial ? y a t’il une philosophie ou une sagesse de la modestie qui serait, soit savoir-vivre, soit attitude mûrement réfléchie d’équilibre, un tao en quelque sorte ?
La manière d’être de la femme, flamme et séduction mais qui ne se résume pas à cela, est elle modeste ? Un auteur africain parlait de la navrante immodestie de la femme qui rompt l’ordre et attise le désordre, l’idée est elle défendable ?
L’être humain n’est il pas un condensé des deux ? nécessité d’être situé dans le mouvement de ce qui l’englobe (au niveau humain et universel, religieux ou intellectuel) et la tentation (nécessaire ? ) de se valoriser, d’être honoré, de briller, bref de tenir sa place dans le monde, car s’il est vrai que le monde est monde l’Homme demeure homme et existe en tant que tel sur ce niveau individuel aussi, du moins dans nos société, et n’est-ce pas que nous avons perdu ce sens de la prédominance de l »‘appartenance qui rend la modestie nécessaire. Son identité, la valorisation de soi et sa capacité à créer et à revendiquer sa place détermine sa condition d’homme. L’être humain dans ce sens se doit de transgresser tant en respectant non pas l’ordre mais plutôt l’état des choses tant en y participant, est ce cela , aussi, d’être modeste? à chacun sa façon de l’être, ou bien tout au moins n’est ce pas en contradiction avec la sagesse de l’être et de la folie de ne pas l’être.
Ce que je cherche à dire là, c’est qu’être modeste n’est pas forcément en contradiction avec le développement de soi, la recherche utopique ou idéale qui nous pousserait vers un inconnu, vers un non encore atteint, dans la mesure de la mesure, si l’on peut dire, c’est à dire d’un cadre acceptable. La poussée en avant D’Aguirre, dans ce sens, est une rupture de l’ordre, mental aussi et ne peut qu’échouer, il me semble ; La modestie serait une qualité sociale qui permettrait de maintenir un cadre sain mais d’épanouissement. L’exemple de la Chine confucianiste et Taoïste est elle une forme de modestie ? Existe il un idéal humaniste de l’être modeste et qu’implique t’il ?
A ce point, comme on dit et l’heure s’approchant de rejoindre le rang des travailleurs modestes, je sèche et reprendrais, ou pas , plus tard ….
Oui un retour d’une flamme … la colèreest un sentiment que je comprends parfaitement mais que j’essaye de maitriser et qui m’interroge, ce sentiment doit je crois être utilisé à son bénéfice et non à sa destruction par plus fort que soi ou en effet l’injustice et le mépris (voir par exemple le numéro de la pensée de midi sur le mépris . Ici j’essaye de reconnaitre ce sentiment en faisant appel de façon plus ou moins déguisée, c’est à dire que je me l’approprie, à l’expérience aborigène en Australie , .
Fiona Foley est une artiste aborigène contemporaine et cette peinture est l’illustration idéale ; « l’image »situe le propos dans un contexte soudainement politico-métaphysique », tout simplement de souffrance.
Voila qui éclaire le sens que j’y mets, même si je n’aime pas trop l’expliciter et que j’ essaye de garder une portée universelle (au sens où elle est offerte) à la réalité de mon expérience qui se rattache à un plus grand ensemble, social, politique et philosophique, esthétique et humain ; c’est le rôle de la poésieet de la pensée poétique , qui peut être pourra ainsi échapper au « non ce n’est pas moi », gardant un caractère opaque qui lui permet de résister, d’exister et de se développer comme ce prolongement en est la preuve, (suivant en cela la pensée première qui m’a inspiré: celle de Gandhi).
Le flux sur lequel nous vivons permet à la pensée de vivre et si nous nous en saisissons, d’infléchir la façon dont nous pouvons percevoir, peut être, loin d’un consensus social appauvrissant,
les réseaux sociaux en sont la preuve : d’un statut sur facebook (Qu’est-ce qui vous fait croire que le mépris n’atteint pas la colère ? ) suivi de commentaires pertinents mais qui ne prenaient pas en compte une expérience vitale et sociale et privilégiaient la sagesse et l’acceptation candidienne (quelque part) mais finalement aboutissant au retrait (c’est comme cela que je le comprends l’ayant pratiqué) ou au renoncement (chose que je ne parviens pas à faire, je mets « l’habiter au centre de ma pensée et ne parviens pas à roder mais désire ouvrir ) et le lendemain voyait mon envie développer les quelques mots en exergue et laisser dériver ou enfler dans un post (https://aloredelam.com/2012/06/09/le-jus-presse/) qui aujourd’hui rallume le dialogue ; preuve que la flamme n’était pas éteinte et le sentiment vivant toujours à l’œuvre ; aujourd’hui le commentaire de M C T vient montrer qu’il y a une base sociale et révoltante : vivre avec 600€ et peut être même personnelle, à la colère ou à l’injustice, à l’inadéquation de l’existence sociale nommée « mépris » à la réponse non tolérée (par les pouvoirs imbus) .
Je m’apprêtais à écrire un autre texte, encouragé par la vidéo d‘Angélique Ionatos sur Médiapart qui dans ses propos rejoint les statuts que j’avais publié quelques jours plus tôt sur la nécessité du rêve et de l’utopie et l’amplifiant, lui donnant un socle social et politique : la situation en Grèce mais aussi celle que nous vivons et dont le mouvement des indignés témoignent, un texte de Dimitris Dimitriadis poète grec contemporain s’en faisant l’écho et donnant un poids immense à la notion d’être là dans ce temps de maintenant, prélude à un monde nécessairement nouveau ; une dimension philosophique, artistique et poétique : la conscience et l’intuition d’Odysseus Elytis toujours bien présente est la preuve que la poésie que l’on croit sage et enfermée dans les livres est un retour de flamme que le moindre souffle humain ranime ; car là est le cœur de l’art et le fondement de l’engagement : l’humain et la relation (un autre de mes poètes, central, peut répondre : Edouard Glissant a basé son œuvre sur cette pensée et cette révolte qu’il nomme « tout monde »); idée que ce texte développe car sommes nous en train de faire si ce n’est un tour du monde de la révolte, du mécontentement et de la volonté de l’utopie née de l’insatisfaction et du mépris qui peut aller jusqu’à la négation, comme les esclavages en témoignent ;
Il est fascinant de voir comment la pensée sur internet peut enfler et s’augmenter de l’apport de l’autre ; donner un souffle plus fort à la réaction, à l’action aussi infime soit elle, qui du fait de son énonciation, existe et fait fleur autour d’elle, empêchant l’adverse de s’établir, du moins on l’espère ;
Là, le commentaire que je comptais écrire devient « post » à part entière, me donnant l’occasion d’expliciter et de développer un propos et déjà j’envisage des thèmes futur, en gestation ou à délivrer, m’enflant de force et poussant ma pensée plus loin, la faisant sortir du ghetto de l’opacité ou elle était confinée car en effet elle refuse de se soumettre et de se concensualiser ni de se radicaliser à outrance.
Ainsi l’échange et la relation favorisent l’écriture et le contenu qui se diffuse a finalement la densité de la pensée, oblige à plus de fermeté dans la tenue et l’élocution, au sens on l’on « dit » fait vivre une attitude au monde, trottoir qui déborde les maisons. l’écriture atteint son but en s’enrichissant de l’autre et s’amplifiant, donne envie de continuer la navigation de cabotage (Jorge Amado) l’exemple, ç’aurait pu être celui de José Saramago, n’est pas innocent.
Comme le disait Barbara Glowczewski dans ses ouvrages sur les sociétés et la « politique » aborigène , nous pouvons mieux comprendre les logiques culturelles des sociétés aborigènes maintenant que nos sociétés ont intégré les logiques de réseau dans leur fonctionnement , bref notre pratique et l’existence d’internet permet un éclairage sur les pensées aborigènes que les penseurs de jadis ne saisissaient pas, l’ethnologie toute entière et la réalité des peuples autochtones est d’ailleurs à repenser, ou peut être faut il simplement se passer de les regarder (s’en saisir par la pensée) mais simplement les laisser parler et nous laisser happer ; la boucle se boucle ainsi ou plus exactement est renvoyée comme un boomerang à son point de départ, préparant à entamer une boucle de plus car ce sac de nœud qu’est l’univers quoique bouclé n’est jamais conclu.
Cela avec internet est possible et la réponse dont se nourrit le blog qui est conscient de devoir revendiquer sa position de libre-pensée en tant qu’action, vent-brouillon qui n’est jamais conclu mais toujours en mouvement même quand il semble au repos ; la pensée – écriture n’est pas uniquement mots mais est parole active ne cessant jamais.