Infuser

le thé infuse lentement

je laisse mes pensées vagabonder comme la feuille souffle et colore sa présence dans l’eau

sans rien toucher de ce qui entoure

mon regard comme une libellule se pose sur les choses les unes après les autres,  sans s’appesantir ni rien en conclure

le matin coule doucement

il serait difficile de dire si je dors

la vie autours de moi bruisse multicouleur pour autant que le bruit ait une couleur, ce serait comme de dire qu’il y a un mot pour chaque chose,  j’acquiesce puisque je suis là mais ne veut rien dire

je ne saurai dire ce que je veux, j’attends que le thé infuse

un temps très court porte en lui tant qu’il en semble infini tant par le nombre que l’amplitude

le singe sait bien que cela est trompeur

serait-ce que le monde infuse

on serait tenté de le penser assis au soleil ou protégé d’une mince pluie je serai tenté de le penser, si je faisait l’effort de penser

mais je préfère infuser

la trace le chemin

mais maintenir l’ébouriffement

soi et le chemin

support terrien

continue à la trace le chemin

songlines*

Tracking the white reindeer (Amid Sardar-Afkhami)

La belle amour humaine

« La belle amour humaine » Lyonnel trouillot

Le titre est emprunté à une expression de l’écrivain haïtien Jacques Stephen Alexis dont je suis en train de lire « l’espace d’un cillement » recommandé par Jean Yves Loude, donc un commandement –

Et même si J S A aura sa place ici en temps voulu, le temps que …,  le matricule des anges dans son regard sur le dernier livre de Lyonnel  Trouillot me permet d’introduire cette grande vibrance, sagesse des mots qui sont mystères et collent à une connaissance en avant de la Vie – que l’écrivain haïtien chante – car les mots sont aussi chants , bien sûr.

je cite (LMDA) …

Dans un grand nuage de sens, elle semble indiquer que le réel est toujours le plus fort et qu’un grand oeuvre attend quiconque souhaite entrer en scène, danser au bal,  être avec les autres ;Pourtant une rencontre est possible, qui tient du hasard et de la nécessité, pour que la belle amour humaine invente une autre vie ; une autre fraternité, des gestes d’accueil, des mots de compréhension, une attention à l’autre. Pour qu’au fonds, une réponse claire soit faite à la question centrale du livre : « Quel usage faut il faire de sa présence au monde » .

© LES DIGIGRAPHIES DE GERALD BLONCOURT

En lisant cela sans qu’il en paraisse une écoute très attentive aux mots se laisse résonner de sens, dans un enveloppement progressif de sens et d’évidence, de poids pesé de ce que le mot entend au monde car je n’ose pas dire : dit ; une noix que l’on savoure jusqu’à ce que remonte le sens et que la question apparaisse un peu plus clairement. On est alors saisi de la question, est ce comme cela qu’il faut comprendre ce qui est dit, le mots et leur charge perpétuent l’écho, une présence au monde est cela ? est ce de cela qu’est faite la  décision soudaine d’appartenir au monde et en relation d’esquissé l’amour. car la question est l’esquif de cette réponse par quelques chemins

Trop de paroles gâchent l’accès simple à ce mot qui mâchouillé, sucé, absorbé livre par la salive le sens.

la belle amour humaine, réel, bal, effort, consentir, autre accueil        les mots lachés résonnent

L’homme les saisit, les salive.

Bashô

Le livre sur la table est relié à la japonaise, une cordelette forme la main qui maintient ensemble les pages et la couverture, une impression de papier végétal, sur la couverture comme un vieux bois gravé un portrait de Bashô ; les lignes et les pleins laisse au vide ce que sera la lecture : entre ses lèvres esquissées le livre va se dérouler, se dire.

j’aime les livres de cette facture, ils nous ramène à l’auteur, à la vie de celui ci quand ce qu’il écrivit put prendre place, le long des chemins ou dans un espace semblable au mien, là le fil se perd.

le cadre est posé, le livre est ouvert

faut il en conclure que le livre soit un cadre? je laisse la question en suspend car tout dans le livre est suspendu,  je l’ouvre

« à Kyoto rêvant de Kyoto » toute l’ambiguïté d’un réel se recherchant  ou disant son réel est déjà dans le titre, invitation au voyage dans l’immobilité ou est-ce plus compliqué ? qu’est Être et qu’est ce que rêver ?

il faut ouvrir le livre.

Bashô, pour moi depuis longtemps est le plus lumineux et le plus irrespectueux des poètes, il écrit des haïkai , il semble penser que la vie n’est pas respectueuse et comme moi, il pense que le singe y parvient le mieux. En quelques syllabes concilier l’inconciliable.

Dans le Japon entre dix-septième et dix-huitième siècle un jeune homme nait à la société et à la poésie de son temps  : celle du haiku ; l’art en dix-sept syllabes. Dès son plus jeune age, Bashô se prend de passion pour ces formes poétiques , la poésie, lui fera tourner le dos au confucianisme et rencontrer la pensée taoïste, son existence prise entre zen, ermitage et voyage.

Le voyage ou plutôt l’errance lui fera quitter toutes certitudes communes et entrevoir la magie d’un réel qui se profile, à l’orée du présent, voire de l’instant. Convaincu de l’importance de l’ordinaire et du quotidien, source du poétique, Bashô va se chercher dans le voyage, départ à la rencontre du monde semant sa poésie.

L’ermitage et le voyage, pourquoi ? Il semble osciller entre besoin de solitude, proximité avec la nature, et appel quasiment insensé de partir ; ce besoin impérieux, j’ai envie de le penser comme le bord du monde, comme la rencontre qui ne peut naître que de l’errance, de l’imprévu, de ce moment où les habitudes de vivre, même chichement, n’ont plus court et où il est possible de voir ce qui s’agite et que l’on voit pour la première fois, l’ayant toujours vu  dans une fulgurance souvent contradictoire ou semblant telle, regard, ouïe, pont vers le satori, (l’éveil transcendant à la réalité évidente et immédiate) l’illumination qui prend souvent le visage d’un instant du réel qui pourrait sembler absurde mais révèle la complexité de la réalité du monde. Si simple.

Le pont suspendu
enroulés à nos vies
les lierres grimpants

La vie en est emplie, chaque instant en recèle, cela n’est pas un état d’esprit, ou si oui qui surprend le réel au pied du lit, s’étoffe de la capacité à se saisir d’étonnement  et d’en être simplifié.

Le haïku dans sa forme d’immédiateté et simultanée le dit bien, de façon souvent cocasse et qui rappelle l’énigme, soudainement tout y est, une impression fugace du monde en action – l’interpénétration de l’éternel et de l’éphémère.

La multiplicité apparente des choses, l’action, est exprimée de façon simultanée et révèle l’énigme, carrée dans le réel et illuminée dans le rêve, c’est du rêve que peut naître cette impression de décalage – comme il le confesse lui même à un moine : « nous sommes tous deux dans le rêve »

On est frappé de voir ces simple mots fortement encrés dans les plantes et les fleurs, les bambous, les bananier (Bashô en japonais) les chevaux et les oiseaux, en un mot tout ce qui vit et que nous côtoyons tous les jours, avoir une si grande charge poétique et pourtant rester si humble, presque dégagé de toute poétique, comme une peinture chinoise, esquissée d’un simple trait, acquérir un sens si fort quoique mystérieux (la poésie) et en être tout simplement dégagé, c’est là que le dépouillement et l’absolu de la simplicité parviennent à dire et soulever le voile que traités de philosophie et romans en quinze tome ne parviendrait à peine à évoquer.

Les graves thèmes ne rendent pas le haiku plus fort, ils renforce la charge mais c’est que le réel se fait plus pressant, le regard sur soi plus aigu et n’empêchent que la plongée d’une grenouille dans l’eau est capable de révéler l’existence au poète dans son essence:

Le vieil étang
d’une grenouille qui plonge
le bruit dans l’eau

se plonger dans ces pictogrammes élargis que sont ces instantanés de vie, ces énigmes visuelles saisies au vol et parfaitement mis en idéogrammes, écrits, à la façon d’un gros plan cinématographique ou suivre Bashô en panoramique dans ses voyages, rencontrer avec lui et l’écouter se questionner le long des routes du vieux Japon ; deux itinéraires qui se rejoignent – qui sont le même visage d’un homme voué à la poésie, la simplicité et la vérité.

dame

étoile

bruit métallique des fleurs

aigu qui fini

l’étourdissement des peaux

La force de la parole

Mais pour que la parole produise son plein effet , il faut qu’elle soit scandée rythmiquement, parce que le mouvement a besoin du rythme lui même basé sur le secret des nombres. Il faut que la parole reproduise le va et vient qui est l’essence du rythme.

Dans les chants rituel et  les formules incantatoire, la parole est donc la matérialisation de la cadence. Et si elle est considérée comme pouvant agir sur les esprits, c’est parce que son harmonie crée des mouvements, mouvements qui mobilisent des forces, ses forces agissant sur les esprits qui sont eux même des puissances d’action.

Tirant du sacré sa puissance créatrice et opératrice, la parole, selon la tradition africaine, est en rapport direct soit avec le maintient soit avec la rupture de l’harmonie, dans l’homme et dans le monde qui l’entoure.

© La parole mémoire vivante de l’Afrique, Amadou Hampate Bâ et jean Gilles Badaire (carnets de Bandiagara) ed. Fata Morgana

la fièvre rend fébrile le saule

les branchages se prennent pour le tronc

la rivière à ses pieds passe

<élucidation_

en sourdine
un fond obstiné et sourd sert au monde et à l’apparition, mains qui se choquent entre elles ou pieds qui heurtent la terre, ramènent à la cadence de la frappe sur le métal, en résonance au frappement des paumes sur les peaux des tambours, le bois résonne,  caisse de résonance, un bâton cherche à atteindre les veines du bois mais renvoi aussi à tout un univers de végétal, là l’arbre, mais aussi l’herbe, quel qu’elle soit , le monde s’entrelace à la  la culture, on pense à la pioche mais aussi à la main qui ramène la plante thérapeutique dans le panier, lui même tressé, étoffe ou vannerie, porté, sur le corps ou à bout de corps, tous ces liens entre les choses sont sont tus, mais vus , la culture cette mentalisation des habitudes , cette circonférence autours des choses captées par l’homme dans son sociétal.

rien n’est organisé quand l’œil décille, l’esprit se dessine

L’œil rejoint le corps qui écoute , le corps participe mais alors la musique, ce qu’il en ressort car  ce n’est que le rythme et la présence de l’esprit dans le corps à la participation aux choses,

la musique ne rend pas compte elle participe à l’esprit qui établit des liens

Il faut comprendre que par là est dit l’affirmation d’être vivant de la même façon que ce qui autour participe ou est simplement là, est intégré dans la sphère de l’homme, se relie et convoque ce qui voisine et dont il surgit

se mêle aux herbes

les herbes sont à la base de la vie spirituelle, culturelle, cultuelle et thérapeutique, elle sont aussi plus vulgairement les poils du sol, là ou le cul s’asseye et ce que mangent les chèvres et les moutons, mais un monde y est caché et renvoi à un autre, occulte ; la cuisine et l’aliment, les recettes et les saveurs s’imprègnent, des feuilles choisies comme épices flottent sur l’eau qui devient bouillon au contact en réaction chimiques des éléments premiers de la composition, déguisé en artifices de nature le monde se déploie et se transforme, la cuisine domaine des femmes qui invite l’homme en est l’antichambre et se mêle à la salive, fondement des circulations dans les organes,  l’homme entier est à la fête et touche à la dynamique des fluides, l’astrophysique se dans les espaces, la chlorophylle et le son se résume dans le gong des bois quand casse le pilon la graine et que chauffe la flamme qui fait cuire,

le rythme est tout entier là, c’est ce qu’il faut entendre par reson ;

mais avant tout cela est tu et appartient aux ténèbres fermées de la chambre ou du bois,  il est possible en plein jour de le voir par les yeux, il faudrait être aveugle ! le son du dooplé, le pilon qui martèle et transforme le végétal en ce qui sera la couleur de l’aliment est à la base de la danse. Tout s’enchaine , il suffit de voir et de comprendre

mais tout cela est tu

( à suivre)

Bougie et tête

cette figure semble sortir du néant,
émane d’une matière hasardeuse, pauvre, s’apparente au rebut ;

le fer tordu assène la figure, laissé pour compte, le fer tordu et la soudure  est elle réellement différente de nous figure humaine, matière humaine, lignes abruptes dégrossies par le marteau, fer contre fer et maintenues par le chalumeau  sauf pour ce que le vent a pu apporté, déposé sur les torsions des membres, peaux aléatoires, nourritures issues du végétal ou pierre broyées sont un revêtement est ce un habit, la partie visible de l’âme de la figure, sa puissance renvoie aux éléments du chemin de la clairière ou de l’océan, bord de la rivière; le paysage est ici colporté sur le corps, il en est partie intégrante, il colle et cache son origine mais est une porte, entrebaillée, comme des dents la langue et le larynx, le corps brille par sa peau et est paré d’une décoction qui le rattache
La tête est synonyme de lumière, de moteur , elle est ce par où ce qui s’ouvre s’ouvre, cette excroissance longiligne, semblable de tous lieux
connexion, bougie de voiture est cousine de masque tchiware , bamane forme animale qui n’est qu’homme car il la sculpte, la porte , porte encore , la tête porte, ouvre, se porte ,

mais trouvé dans les déchets, usée une bougie fera l’affaire, signifie plus qu’elle ne ressemble, amène au sens plutôt qu’elle ne convie  l’apparence de l’humain – dont il est question , qui d’ailleurs ne compte guère.
la trompe garde le brillant, est ce voulu ? elle est ce par quoi le sens transite, s’enfle se développe se multidimensionne – c’est pourquoi la trompe brille , cet assemblage de cuivre porte le sens, le souffle véhicule le pouvoir l’honneur et le sacré ,
autrement- il signifierait la destruction
c’est peut être pourquoi l’homme semble si hasardeux et indifférent, il n’est qu’un support,; les membre sont un autre sens au mot trompe, une circonstance et condition musculaire et osseuse, tel est squelette il est voué à disparaitre, seul le souffleur apparait, les membres beaux sont ternes poussés vers ce poids et cet effort
il est dit que si quel qu’autre portait la trompe à la bouche et renvoyait le sens la puissance du souffle de l’honneur le gonflerait comme une outre et éclaterait, une mort certaine
c’est pourquoi la trompe brille et que les lèvres ne touche pas l’éclat
la condition du souffle est évoqué
les membres rappelle le canal du souffle, son de sens .

il faut pouvoir l’entendre et cela n’est pas donné, le fer cache une redoute, avant d’arriver à entendre le son

cela est l’au dela de la sculpture , de l’homme esquissé, du cérémoniel évoqué.

© sculpture Simonet Biokou –