Vase communicants avec Danielle Masson

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre…
Bienvenue à Danielle Masson le temps d’un échange

l’idée des vases communicants a été initiée par François Bon dont le but de se faire se rapprocher les écritures de nos blogs dans des échanges qui devaient sans doute créer une émulation et un foisonnement encore plus grand, car les blogs sont isolés.

Ce soir je reçois Danielle Masson qui elle me reçoit sur son blog

=> mon texte sur son blog

.

12207593_10207949034626394_1791261575_o

« Une poule qui glousse est la meilleure maman du monde » …

Il n’arrêtait pas de répéter cela.

Une ritournelle, obsédante, qu’il tentait de mettre en musique depuis trente-deux jours maintenant. La première fois que cela lui arrivait depuis qu’il composait.

Mais, ses doigts n’arrivaient pas à caresser de nouveau les touches du blanc piano droit qui ornait le salon.

Pourquoi cette ritournelle lui trottait-elle sans arrêt dans la tête ?

Il aimerait tant le savoir.

Peut-être que la couvaison de Lilla l’avait perturbé. La première fois qu’une des pensionnaires du poulailler lui avait offert trois nouveau-nés. Il ne se lassait pas d’aller les voir, craignant tout pour eux. Il se reprochait de bêtifier ainsi mais, c’était la première fois.

Il imaginait avec plaisir la joie qu’aurait Milan en découvrant Calimero, Titi et Pioupiou. Il devait arriver en fin de journée. Il ne lui avait encore rien dit. La surprise, il voulait que la surprise soit totale. Les trois oisillons avaient tout juste dix jours. Milan arrivait pour les vacances d’automne. Quinze jours trop courts à partager.

Mais il devait trouver les notes pour habiller la ritournelle qui l’obsédait.

Tout d’un coup, il se rappela : Le livre d’Anne Geddes, Le jardin des fées.

C’est là qu’il avait lu la phrase.

Le livre était ouvert à la page où cette phrase était imprimée. Il l’avait lue, elle s’était emparée de son esprit et depuis ce jour-là, son crayon ne courrait plus sur les portées.

La cloche de l’entrée tinta.

C’était Milan qui arrivait…

12200428_10207949033226359_1748543680_nIl était sûr qu’avec lui, la machine à composer allait se remettre en route.

« Une poule qui glousse est la meilleure maman du monde » …

© 5 novembre 2015 – 32 Octobre

L’occasion de découvrir d’autres textes

l’actu des vases communicants de ce mois de novembre:

François Bonneau : L’irrégulier
et  José Defrançois : Les pages du petit bonhomme
————————————————————————————–
Clotilde Daubert : Rixilement
et Françoise Gérard : Le vent qui souffle
————————————————————————————-
 Angèle Casanova : Gadins et bouts de ficelle

et Mickaël Berdugo : Bakurael

————————————————————————————-

et Lamber Savigneux : Les vents de l’inspire
————————————————————————————-
Hélène Verdier : Simultanées
et Dominique Hasselmann : Métronomiques
————————————————————————————–

Zakane : Les mots de Zakane

————————————————————————————-

Christophe Sanchez : Fut-il

Julien Boutonnier : Peut-être
————————————————————————————

Anne-Sophie Bruttmann : Annesodiversetvariations

et Marie-Noëlle Bertrand : La dilettante

————————————————————————————-

dumasm1
(c) Marlene Dumas, Feathered Stola

Il parait que le sexe est l’endroit le plus odorant

du corps

et que certains n’embrassent pas car la bouche et les canines

aussi voient de près la viande les exubérances du végétal

la langue est plus douce l’amande et l’eau et la salive sont parents

la cascade quand vu du pont

j’écoute, je meurs et je regarde j’humecte et hume

je vois les odeurs et les sonorités le lavis trouble dans la glande et dans la glotte j’attends

AND SUDDENLY THERE IS BEAUTY

0c10d12aaff5f5e2391a03c1f31b4d78

j’ose le dire un seul de ses regards d’où qu’il vienne et la soie de ses cheveux et sans que j’ai vue sur son corsage chien que je suis

m’ont mis par terre il y a cette eau qui m’a noyé

encore une fois je le murmure en aparté ce torrent qui gronde les pépites entre les mains

(c) Marlene Dumas
(c) Marlene Dumas

par elle il y a les ambivalences

les équivalences les aller retours qui me ramènent toujours

au point de départ qui est le

point de non retour

et cela est
le résumé de la
journée
en 3 images

Hommage à Ozu
Hommage à Ozu

été sur la tombe de ma mère ai chanté les vivants et les morts ce jour là il n’a pas plu mais depuis qu’est-ce qu’il tombe et pour que les racines creusent dans la terre il y a les fleurs comme une épée et un caillou pour s’abimer les doigts sans bateau à l’ancre pour partir loin vers les iles et comme fait le vent entre les voiles aller vers le couchant.

i went to see my mother’s grave and i thought about the living and the dead

So it didn’t rain then and now it pours

 

016f93dd192d18ea57135a604546fd65144b154954

 

 

i saw roots and flowers  dug deep into the earth like a sword

i took a boat

waiting at the anchor

the wailing wind spelled  the words i didnt dare

drifting us well afar

Un échafaudage pour que l’ombre puisse s’y
asseoir
sujet au frottement
et au déplacement
– comme des couches frottant recouvrant la terre de bruns dont le gris constitue l’armature et laissant crisser les crayons inciser – les directions que les grandes entailles donnent à la toile

ad1d09c1944f9bae381624cd146b0c05
(c) Richard Diebenkorn, drawing

Sur une liste accumulant les voyelles
ou le départ des trains
comme les plis du sable  ou des vagues
parce qu’elles entament ou
laissent apparaître par un subtil plus clair
un redémarrage de l’ensemble
à la faveur d’un repli
où un oubli
le cru ou le blanc
est gris est écru la toile des commencements
enduit d’un présent pesant
de multiples aller-retours du bras
des terrains vagues d’avant le béton
des ponts de fer et de la terre sous l’asphalte
c’est une histoire
de tous les passages des traversées des chemins

richard-diebenkorn-untitled-albuquerque
richard-diebenkorn-untitled-albuquerque

il  y a toujours un corps immobile ou du moins
inclus repris dans un présent
la notion de temps est là très importante
car ce qui apparait comme sur le fil de la crête ou
comme sali par le plus récent des événements  est assis sur une succession de strates que l’on a cousu ensemble, creusé ou juxtaposé
laissant paraitre une densité
un voisinage
un cousinage
une parentèle de la couleur
de coups de traits qui font plus que marquer la toile
lui donne une direction
un sens
une succession d’amplitude en dehors de la chronologie
mais qui d’emblée place face à un présent d’épaisseur
qui se monte jusqu’à nous
pendant que s’écaille les couches anciennes
là où sont pris les notes fossiles
les sédiments et les couleurs
de la peau sous le vêtement de l’épaisseur réduite du tissus comme dans toute recette  sous un fard  couche et sous couche
ou la crevasse
non recouvert
une tentative noyée dans la matière
une peau
un tissu
une intention
poétique
radicale
médicale
une formulation de la vie incomplète qui oublie les contours
se résorbe dans un visage qui de ce fait
semble immobile.

(c) Richard Diebenkorn, albuquerque-no-11
(c) Richard Diebenkorn, albuquerque-no-11

Il n’y
a aucune place
pour un Instant.  c’est une histoire qui flirte avec la peau
Ensuite il faut voyager
prendre un départ
accepter de chevaucher
partout où il perle une précision comme appelant les gris
qui lorsqu’on les laisse – par temps de pluie- éclairer de l’intérieur
former une semblance
qui n’ait que la stature
de la ressemblance
un fond de rouge
s’affaisse en  un lieu aussi profond
que la remontée
des ages

Rester dans un seul endroit me déprime
penser qu’une vie n’a qu’une face
qu’un seul visage est une pièce qui tourne en l’air
et retombe par terre

et je vois ton dos dans la distance
se détourner quand je reste
je vois un squelette qui me fait signe
avant de sombrer dans les sables du désert
sous les carcasses des voitures

ton corps mon corps

c3ac7baf1362a12f6bdd02e78322b289
(c) Richard Diebenkorn, figure

jaillit
l’étincelle
déprimée
de ces flancs
est cet astre
qui contredit
la chute
libre et l’aurore
le jour boréal
la flore
est juvénile

Il y a plus
le son de la furie les grelots de l’absence dans le brouillard
il y a
la macération des regards mort nés que j’ ai lancé
quand
ours blanc sur l’iceberg et toute la documentation
in extenso
la dérive des continent le trou d’ozone et la fonte des glaces
un brisant
et le vapeur concassé par manque de combustible
et que se tait
ma désapprobation muette prise dans la banquise fondue
la jetée
d’un visage naît l’animosité de la tendresse animale
et
qu’enfin mes deux jambes brisent la surface du lac triste

3c63ca031bf7bd9e04a3349acafa6fd9

Pourquoi
ne puis je plus faire venir
sur la feuille
une taupe
quand ‘attends chez le coiffeur
un terrier un
renard des loutres et un canard
la trajectoire de Magellan
Youri Gagarine
et le cri de jouissance
de Louis sur Bassin st.
une trompette une clarinette
le phantasme le plus pur
à l’heure du café
le son de l’eau
une onomatopée
OU comme dans loup
ou uniquement ou
la ligne des toits
papiers somnambules
mais déchirés de notes folles
d’étendues désertiques orange
lettres jazzées jetées pèle mêle et puis plus rien
un son horizontal
des césures et l’immédiateté du sens
des bruits de pelles et de cymbales
pelletées rauque et pleines
des pamplemousses
des anges plantureuses
comme Cléopâtre ramant
sur le flanc
de l’Amazone

(c) Bo Carpelan, un poète
(c) Bo Carpelan, un poète

Pourquoi ne puis je faire
rimer
la grande
inondation
le moment ultime sur les seins
de Yemanja
poème
qu’attends tu
loup où es tu ?
ma vie est en
fanfare

rêvé

La vie est devenue si étroite et le courant vers l’imaginaire a été coupé. cela fait comme un placage d’une image sur celle mouvante de mon corps sans image, mouvant émouvant une auto dans la distance. Penser ne parvient pas à faire naitre ces images, penser ne permet que d’allonger les pas et fixer le soleil au bout du chemin, aucune métaphore mais un son de furie, de sirène, d’extrême urgence la poésie est là quand rien, rien ne vient divertir et que perce ces paroles que rien ne sert de reproduire, répéter comme saoules, il pourrait y avoir une musique, un collage de son, de sons en arrière plan comme des tuyaux de première urgence. La vie nous laisse dans le hasard. deux yeux dans la nuit, secs, sans rivière alentours et un gris épais.

(c) Diebenkorn
(c) Diebenkorn

Je l’entends pourtant en faire une chanson, elle mêle les accords électriques et le son d’une voix au dessus des distorsions  invente les paroles qu’elle plaque comme des accords avec un bruit métallique, résonne et s’enfuie dans la mer, elle reste, elle s’applique à retracer des contours, secoue le pinceau le vide de ses couleurs, elle trempe, secoue, retrempe, laisse sécher, passe un autre papier dans le pot redessine les contours trempe en couleur. Il n’y a plus de poésie elle pose ses pieds dans les pots comme une marelle quand elle marche, elle saute elle fait splash splash splash et c’est déjà un début pour  tracer des lettres profondément dans le sol à la place de ses pieds.

(c) Diebenkorn
(c) Diebenkorn

 Cette fois l’homme sur le fil n’est plus saoul ni désespéré, la voix qu’il avait rêvé ou pas rêvé a disparu, loin derrière le talus et de loin plus loin encore vers l’avenue, Il devrait s’y rendre s’il avait le sou, la bas il n’y a personne, des taches de lumière dans la pluie et il brille les trainées de sang des virées qui ont mal tourné, l’homme couché regarde dans le vide et se ressaisi de soi là où il s’était laissé, juste un départ rauque de fauve pour entonner une chanson. Un arbre à ras dans la distance.