Arriskua

Tu aimais le risque.

de l’avis de certains, une enfance difficile
aurait définitivement gravé des ruisseaux taris dans les paumes
de tes mains

d’où cette tendance à briser les limites
à t’approcher de la marge, de l’abime.

Les camions venaient d’Irlande, du Danemark,
embarquer le poisson.
Tu aimais grimper en marche sur les pare-chocs arrière
et sauter quand ils prenaient de la vitesse,
faire deux ou trois pas, et te jeter à terre.

Tu prenais entre tes mains ces anciennes bombes
que l’on trouvait sur le front d’une guerre passée;
entre les buissons on apercevait des tranchées,
pareilles à des blessures trop profondes pour guérir un jour.

Tu aimais le risque,
et j’ai réalisé que, sans risque, on ne fait rien:
ni franchir une porte, ni embarquer, ni aimer.
Le temps à passé depuis ces années
et aujourd’hui, les yeux qui prédisaient ta fin
sont ceux des chardonnerets tués par l’hiver.

(Kirmen Uribe, entre-temps donne moi la main, ed. Le castor astral 2006

euca7_500© l S 2007

U

Arriskua

Tu aimais le risque.

de l’avis de certains, une enfance difficile
aurait définitivement gravé des ruisseaux taris dans les paumes
de tes mains

d’où cette tendance à briser les limites
à t’approcher de la marge, de l’abime.

Les camions venaient d’Irlande, du Danemark,
embarquer le poisson.
Tu aimais grimper en marche sur les pare-chocs arrière
et sauter quand ils prenaient de la vitesse,
faire deux ou trois pas, et te jeter à terre.

Tu prenais entre tes mains ces anciennes bombes
que l’on trouvait sur le front d’une guerre passée;
entre les buissons on apercevait des tranchées,
pareilles à des blessures trop profondes pour guérir un jour.

Tu aimais le risque,
et j’ai réalisé que, sans risque, on ne fait rien:
ni franchir une porte, ni embarquer, ni aimer.
Le temps à passé depuis ces années
et aujourd’hui, les yeux qui prédisaient ta fin
sont ceux des chardonnerets tués par l’hiver.

(Kirmen Uribe, entre-temps donne moi la main, ed. Le castor astral 2006

euca7_500© l S 2007

U

Ken Bugul au Musée

banniere-home

RENCONTRE LITTÉRAIRE AU MUSÉE DAPPER

Samedi 21 mars, à 15 h

AVEC KEN BUGUL

Pour son dernier roman Mes Hommes à moi (Présence africaine, décembre 2008)


Avec ce nouveau roman, Ken Bugul livre une parole forte, une introspection profonde d’une grande lucidité et d’une incroyable franchise.
Une histoire en forme de confession, que l’on voudrait entendre chuchotée à son oreille, une parole libre dont on a aussi envie de crier les moments de révolte.
L’écriture de Ken Bugul, toujours engagée et volontiers dérangeante, en fait une des grandes voix de la littérature africaine contemporaine.

Ken Bugul au Musée

banniere-home

RENCONTRE LITTÉRAIRE AU MUSÉE DAPPER

Samedi 21 mars, à 15 h

AVEC KEN BUGUL

Pour son dernier roman Mes Hommes à moi (Présence africaine, décembre 2008)


Avec ce nouveau roman, Ken Bugul livre une parole forte, une introspection profonde d’une grande lucidité et d’une incroyable franchise.
Une histoire en forme de confession, que l’on voudrait entendre chuchotée à son oreille, une parole libre dont on a aussi envie de crier les moments de révolte.
L’écriture de Ken Bugul, toujours engagée et volontiers dérangeante, en fait une des grandes voix de la littérature africaine contemporaine.

Maux dire

La poésie peut elle éviter qu’on s’écrie ? outré, fatigué, rallebolisé, désespéré :

DES MOTS, DES MOTS, des MOTS !

DES MOTS !

croyant bien faire le poète n’écrit que des mots , alors qu’il y faudrait bien plus, des épices, des ciels bleus des nuages qui dévalent les gris des claques qui pètent des baisers qui s’engouffrent dans nos langues et salivent des noirs qui cachent les voluptés, copulations aristotéliciennes sur le sable, déchirements érotiques des néons aveuglent le ciel, des placages dans la boue et des mêlées qui poussent en touche des barbies qui crient au viol vodka qui se croient limonade et des bouffées qui continuent à tirer mais des mots , des mots qui ne soient que des mots , écartelés dans une toile d’araignée imparable, ciselés et pattes de mouchées sur une page immaculée, non des mots qui ne soient que des mots le journal en est plein et la poésie s’asphyxie

il y faut des mots qui soient plus que des mots, bien plus que de ces traces de pensées qui n’éclairent qu’à la façon des lampadaires alors que c’est de la voie lactée qu’on veut téter, des idées fanées des mots valises déversées d’un charter et qui ont perdu leur adresse cassé la poignée et se pavanent éventrées dans les sas d’aéroport qui devraient se balancer accrochées aux verdeurs des banians étaler soutien-gorges, dentifrice, panties et accroches-cœurs aux sommets des nuages et de là aux risées du ciel trampoliner aux gouttes de pluie en salto arc-en-ciel raccrocher et le fleuve et le vert de la mer et l’amer de la terre se parfumer de mousses s’enivrer de vent et lécher les étoiles se caresser les mots jusqu’au coït virginal

pas les mots s’ils serrent les fesses sauf s’ils couvent

flor4_500

Maux dire

La poésie peut elle éviter qu’on s’écrie ? outré, fatigué, rallebolisé, désespéré :

DES MOTS, DES MOTS, des MOTS !

DES MOTS !

croyant bien faire le poète n’écrit que des mots , alors qu’il y faudrait bien plus, des épices, des ciels bleus des nuages qui dévalent les gris des claques qui pètent des baisers qui s’engouffrent dans nos langues et salivent des noirs qui cachent les voluptés, copulations aristotéliciennes sur le sable, déchirements érotiques des néons aveuglent le ciel, des placages dans la boue et des mêlées qui poussent en touche des barbies qui crient au viol vodka qui se croient limonade et des bouffées qui continuent à tirer mais des mots , des mots qui ne soient que des mots , écartelés dans une toile d’araignée imparable, ciselés et pattes de mouchées sur une page immaculée, non des mots qui ne soient que des mots le journal en est plein et la poésie s’asphyxie

il y faut des mots qui soient plus que des mots, bien plus que de ces traces de pensées qui n’éclairent qu’à la façon des lampadaires alors que c’est de la voie lactée qu’on veut téter, des idées fanées des mots valises déversées d’un charter et qui ont perdu leur adresse cassé la poignée et se pavanent éventrées dans les sas d’aéroport qui devraient se balancer accrochées aux verdeurs des banians étaler soutien-gorges, dentifrice, panties et accroches-cœurs aux sommets des nuages et de là aux risées du ciel trampoliner aux gouttes de pluie en salto arc-en-ciel raccrocher et le fleuve et le vert de la mer et l’amer de la terre se parfumer de mousses s’enivrer de vent et lécher les étoiles se caresser les mots jusqu’au coït virginal

pas les mots s’ils serrent les fesses sauf s’ils couvent

flor4_500

carla ferro , poète(esse) du Cap Vert

maison de la poesie de Namur

Sur les bords des volcans où j’ai fait mon jardin
Ce matin l’Afrique en rognures
Mes rêves en plasmas coagulés
Je maudis
les hommes de glace
des temples cupides
Et je meurs de soif
sur les bords des volcans
En feu,
Mes os
S’effacent et meurent
Poussières de sable
d’un passé moite
Verdoyant
En boue
Écrasées par des grues
Je vous hais.
Vous.

Et vos frères!

Et je pleure
Mes enfants affamés
Mes toits colorés
Dessinés en henné
Sur les mains calleuses
Dans la cale moisie
D’un navire
Espoir criblé de balles
Souillé
De départs et de sang
arrosent
Des cimetières en prières
étendues
En une poignée de main.
Et je rêve
Du vent
Qui sème
L’Amour.
Sur les bords des volcans
Où j’ai fait mon jardin.

Ibaia

img_6689

En d’autres temps, ici  il y avait une rivière

à l’endroit où se trouvent aujourd’hui des dalles et des bancs,
Il y a plus d’une douzaine de rivières sous la ville,
si l’on en croit les anciens.

A présent ce n’est plus qu’une place dans un quartier ouvrier.

Et seuls trois peupliers indiquent
que la rivière continue à couler au-dessous.

Au fond de chacun de nous, se cache une rivière sur le point de déborder.

Si ce ne sont pas les peurs, ce sont les regrets.

Si ce sont pas les doutes, c’est l’impuissance.

Un vent d’ouest agite les peupliers.

Les gens avancent péniblement.

Au quatrième étage une femme agée

jette des vêtements par la fenêtre:

Elle jette une chemise noire, et une jupe à carreau,

et un mouchoir de soie, et des chaussettes,
et ces souliers vernis noirs et blanc qu’elle portait
ce jour d’hiver où elle arriva du village.

Dans la neige, ses pieds ressemblaient à des vanneaux gelés.

Les enfants se sont mis à courir après les vêtements.

Enfin, elle a sorti sa robe de mariée,

qui s’est maladroitement posée sur un peuplier,
comme un oiseau trop lourd.

Tout à coup, un grand bruit. Les passants ont été effrayés.

Le vent a déraciné  l’un des peupliers.

Les racines de l’arbre ressemblent à la main d’une vieille femme,
espérant qu’une autre main la caresse.

Kirmen Uribe (Entre-temps, donne moi la main, Le castor astral 2006)

Ibaia

img_6689

En d’autres temps, ici  il y avait une rivière

à l’endroit où se trouvent aujourd’hui des dalles et des bancs,
Il y a plus d’une douzaine de rivières sous la ville,
si l’on en croit les anciens.

A présent ce n’est plus qu’une place dans un quartier ouvrier.

Et seuls trois peupliers indiquent
que la rivière continue à couler au-dessous.

Au fond de chacun de nous, se cache une rivière sur le point de déborder.

Si ce ne sont pas les peurs, ce sont les regrets.

Si ce sont pas les doutes, c’est l’impuissance.

Un vent d’ouest agite les peupliers.

Les gens avancent péniblement.

Au quatrième étage une femme agée

jette des vêtements par la fenêtre:

Elle jette une chemise noire, et une jupe à carreau,

et un mouchoir de soie, et des chaussettes,
et ces souliers vernis noirs et blanc qu’elle portait
ce jour d’hiver où elle arriva du village.

Dans la neige, ses pieds ressemblaient à des vanneaux gelés.

Les enfants se sont mis à courir après les vêtements.

Enfin, elle a sorti sa robe de mariée,

qui s’est maladroitement posée sur un peuplier,
comme un oiseau trop lourd.

Tout à coup, un grand bruit. Les passants ont été effrayés.

Le vent a déraciné  l’un des peupliers.

Les racines de l’arbre ressemblent à la main d’une vieille femme,
espérant qu’une autre main la caresse.

Kirmen Uribe (Entre-temps, donne moi la main, Le castor astral 2006)

bbbbbbbbb

bbbbbb

bah ,

un a b c d’aire qui commencerait par a

aaaaaaaaaaaaaa_________    __________   aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa  deux fois , oui , avec un je ne sais quoi d’harmonieux ,  je tiens ce son des commencements cette lettre  en forme de nœud  qui enfle,  « a » murmure comme une eau solaire, ils se tiennent la main et frissonnent d’un ____ deux fois puisqu’ils sont deux

puis reviendrait le bbbbbbbb, qui tranche d’avec la promesse, le b est comme un bond en l’air il invite et appelle , le c ? trop facile ça ne voudrait rien dire , non je verrai bien _______      ce frisson ne se laisse dire, ce n’est pas un « a » il est déjà dans l’air, ce n’est plus une lettre mais un son comme la jointure des ivresses ces vitesses dans les calmes profonds qu’une irruption des foudres , ces libertés qui en disent plus que l’isolement de l’ombre ou le pli du plein soleil , il y a des accents et un claquement doux , laissez le « b » aller, se prolonger dans ce qu’il contient déjà , il y a toute  l’immensité de l’eau et du vent, le charme du rouge et le bleu , ce souffle n’est plus une lettre,  c’est une élévation, une fracture dans l’évanoui, une rayure qui tranche sur le gris, c’est un battement et réuni  une embrassade dans le rouge , ce son pourrait être n’importe quoi

il emplit tout le mouvement , baise le « b » parfait

s’arrête là ou il continue,  dans le poème qui s’étend s’entend se tend comme une eau ruisselle au bleu des deux miroir de l’air, nue, elle ce pourrait être ce par quoi je commence, cet élancement replié

la poésie même

envolée

amina

© L S 2008