Ibaia

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En d’autres temps, ici  il y avait une rivière

à l’endroit où se trouvent aujourd’hui des dalles et des bancs,
Il y a plus d’une douzaine de rivières sous la ville,
si l’on en croit les anciens.

A présent ce n’est plus qu’une place dans un quartier ouvrier.

Et seuls trois peupliers indiquent
que la rivière continue à couler au-dessous.

Au fond de chacun de nous, se cache une rivière sur le point de déborder.

Si ce ne sont pas les peurs, ce sont les regrets.

Si ce sont pas les doutes, c’est l’impuissance.

Un vent d’ouest agite les peupliers.

Les gens avancent péniblement.

Au quatrième étage une femme agée

jette des vêtements par la fenêtre:

Elle jette une chemise noire, et une jupe à carreau,

et un mouchoir de soie, et des chaussettes,
et ces souliers vernis noirs et blanc qu’elle portait
ce jour d’hiver où elle arriva du village.

Dans la neige, ses pieds ressemblaient à des vanneaux gelés.

Les enfants se sont mis à courir après les vêtements.

Enfin, elle a sorti sa robe de mariée,

qui s’est maladroitement posée sur un peuplier,
comme un oiseau trop lourd.

Tout à coup, un grand bruit. Les passants ont été effrayés.

Le vent a déraciné  l’un des peupliers.

Les racines de l’arbre ressemblent à la main d’une vieille femme,
espérant qu’une autre main la caresse.

Kirmen Uribe (Entre-temps, donne moi la main, Le castor astral 2006)

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