les dents du malheur

pour éloigner la nuit qui vient
je pense à toi l’exilé
banni aux cendres des forêts incendiées
enfant allumé à la haine par la guerre
tu traverses le cauchemar le feu la menace
homme
tu oublies le rêve qui te fonde
et ta tombe vertige en tournoi

lâche je détourne les yeux mais je sais …

le puit sans fond des pulsions meurtrières hécatombe la planète des dents du malheur le coeur de l’homme est un entassement d’ossements où les viscères des amours perdues sont livrées au désespoir des couteaux-morsures à la lueur du dehors au carrefour des ombres maudites

le labyrinthe des rêves s’égare à l’embranchement des fables illusoires
éloigne les beauté-mensonges travesties d’un voile de jamais

l’ultime fin

 

tu es apparue comme la houle
roulant de toute la force de l’océan
impérieuse
porté par ton courant je me suis senti traversé
toutes les couleurs les émotions les expériences les visions de la chair
transporté au sommet d’une joie ma force sans limite
à peine conscient que tu n’étais qu’une poussée de l’eau
que tu dépendais des marées des fonds rocheux de la dynamique de l’air
tu étais à l’intersection des éléments
tu étais le vent
les étoiles
fille la lune
l’eau et la terre
écume
de l’amour qui uni
noeud
de la mort qui sépare
vent
des contraintes
des désirs
du caché
du secret
de l’indévoilable ,qui porte … loin 

au sommet de la houle
au frisson de ton eau
j’ai rit du destin de la vie des hommes
je n’ai pas vu les rochers se rapprocher
le sable arracher ma peau
me briser la nuque
l’élan m’a projetté sur le roc du réel
impitoyable granit du concret
étendue de sables stérile
absente de tout sens
présence
inéluctable
vide
étale
je me suis perdu là
triste du silence immobile de ton écart
inconsolable
de n’être plus un
échoué sans connaissance
car la houle m’a tout retiré
avant que le reflux n’opère sa déchirure
et rejoigne le flot des possibilités
lointaines
globales
absolues
et ressurgisse portant d’autres vies
brouhaha de l’univers
femme qui refoule de ton don
énergie du flot
dans le renvoi inévitable de ton offrande
l’anéantissement de ton mirage
je me suis vu brin de paille roi déchet
vision libératoire et extase multiple
et toi tu es la vie tu ne peux t’attarder
femme immense
en révolte désemparée
me retrouver seul dans ma fin
privé de ma force motrice
le long de cette plage sans fin
dans le renouveau de l’interrogation
dans l’embrassade éphémère du trajet
dans la danse d’un instant
dans l’éternité des vies qui se recoupent
je me suis joint et disjoint
comme il est normal
dans la grande marée des hommes
Tu gravis l’escarpement des blocs arides aveuglément en résistant au saignement des yeux qui te guident orientée par delà l’épuisement dans la déchirure des brumes à travers les filaments d’obscurités neigeuses la fatigue recouvre les branches la poussière parsème les ombres embranchées
Tout à ton effort tu n’as d’autre choix que d’aligner les pas d’égrener les secondes qui résonnent de la violence de l’astreinte les mains les yeux le corps à l’urgence d’exister ne voient plus que ce puits qui te remonte sans fond tendus vers ce but premier qui efface tout autre survivre
Tu effaces le ciel sur le chemin que tu suis brume attenant aux forêts opaques que tu devines inaccessibles insaisissables à n’en pas effleurer l’image rivée à cette évidence des caillaux du cœur qui te font sentier le regard gravé dans la fixité du passé
Les pieds blessés continuent l’ascension l’œil ne voit plus devant lui que l’évidence ultime
à tenir dans la marche la main tendue qui répare tu t’apprêtes à soutenir ce qui vacille attentive à tout ce qui t’exige envahie par la nappe qui te captive évidée du mirage
Dans la nasse de la nécessité l’aide le secours le dévouement entièrement tournée vers les jambes qui ne portent plus désemparée tu puises à ta fatigue l’exigence de continuer ce que tu ne peux éviter .

langage-tangage

comme une rayure griffure qui envoute le cœur
j’ai plongé dans la vague de ta rive
les couleurs ont remplacées dans tes bras
le désespoir des pigments encrés

salis d’une vie qui se retirait dans l’ombre
qui suivait l’escarpe des chemins inaccessibles
me laissant dans le noir vertigineux de l’absence

je tangue dans le précipice amoureux
mais mon filet d’eau était trop mince
trop aride et craintif

anémié
étranglé
pour que tu prennes goût à t’y baigner
pour que tu en fasses ta jouvence
ton renouveau ta fontaine de joie


tu n’as vu que désert de rocailles
où ta fleur peinait à s’étoiler
delta du corps à l’aube
où se faufile sous tes paupières
la veine irrigué au soleil de tes seins

vent violent

 

un vent volant
ouvert à la terre
secoue l’enlacement des troncs
en ballet chaotique d’aiguilles
en désorientance affolée
les pins épousent les râles du vent
l’aloès s’étoile en fleurs amoureuses
tige en mât de senteur ébouriffée
pousses aurifères
rouille
au roc
en touche odorifante

je te vois allongée au rouge
assoiffée de bleu
à la marge de l’embrun
en écho au chant de la rive
trilles violettes
sous l’algue évadée

au vert du bleu élagué

tu t’assoies au gouffre tranchant
sur la roche émoussée
épousée en pointes rosées
sur l’éclatement volcanique

les pieds rêvent de l’eau
où serpentent
vert tendre
comme au flot du courant
le cœur porté par le souffle carmin

tu t’ébroues à la brise
au frisson du clair de ta peau
piment doux ,
ma surprise en perles salines
sussure en tressaillant ton effarement

tu minaudes à l’inconfort de l’air ,
giclée de repos froid

caresses boutoirs les rayons blonds

se farde
la lumière insulaire
se garde
en déchirure solaire
s’épure
en tâche au brasier allumé
s’égare
à l’indigo étal à l’horizon
se meurt
perdue en eau bleutée

le rut de l’air
battu
se rue en écume contradictoire
au bond de cristal
au vent vertical

par delà le noir ancien des profondeurs
regard ricochet
du haut de la redondance des crètes
l’eau
l’espace
se soumettent au blanc perlé de la distance

coché
à la clarté noisette de tes yeux
luisants
au projet du lointain dérivant

ton bras à l’enjambée
granites
reposoirs de ta nuque

la fraîcheur m’attire
je dévale de pic en roc
à l’outrance du corps
les muscles à l’aise de l’eau
se détendent
se referment sur la peau

qui s’écrie
qui s’ébat à tout rompre
au fil glacé du libre écart de l’onde
qui résiste en caresses

l’allongé s’élance en coulées fluides
enjouées
trouble mouvant
survit en embranchement des plaisirs

je perce le trou de sable
ce ventre d’écume

je défie l’étendue tendre
qui permet à l’œil
ce que le profond répprouve
la densité sourde m’accueille
à l’ombre cachée
attire à moi
la sirène nageoire
du mythe

mon élancée
ma vitesse
tu te jouis dans la trajectoire

à l’accord
à l’ivresse
au flanc du rire

homme éblouit dans cette étreinte
je te cherche au loin dans la nudité

invocation

 

Mémoire
à travers la matière
sonorité d’une langue ancienne
inarticulée

l’écho en est cette empreinte

trace
densité incontournable
brute
massive

ancrage
s’impose dans l’espace
crée espace

air eau fer roche feu
métal pierre arbre forêt
vibrent d ‘un souffle archaïque
racines imperceptibles et immatérielles
plongent dans le corps de la terre à travers le sien propre

la voix s’élève
cisèle le rêve dans la masse du monde

Euskal herri
dit ce pressentiment d’être

au vent de la forge
au murmure de l’air

ouvert
vers
l’immensité d’être
agur…