Versant Est

A l’orée de chaque poème, dans le souffle inaugural qui le suscite, il y moins chez Octavio Paz le désir d’une affirmation qu’une sorte de sursaut matinal, un élan quasiment incoercible de l’être, spirituel et charnel tout ensemble, vers l’indéfini du dehors, vers ce qui n’a ni lieu ni forme ni figure – et qui l’attent d’un homme et de son regard.

(…) par delà même la magnificence d’une parole, c’est bien ce refus de l’inéluctable, cette rébellion sans relâche fomentée contre les certitudes acquises, les savoirs de la veille – et, devant eux, comme inentamée, la muraille obscure du monde.

 

 

J’ouvre les yeux
                                je suis

Encore vif
                      au centre

d’une blessure encore fraîche

 

 

La parole de la poésie est à l’image de cette terre, de cette histoire que nous vivons : éparse, dévastée de vide, lacunaire.

 

 

 

Furieusement
                            Vire

Sur un reflet
                          Tombe

En ligne droite
                               Blancheur

Affilée
              Monte
Le bec sanglant déjà
Sel épars
                    A peine ligne

Quand tombe
                            Droit

Ton regard
                       Sur cette page

Dissoute

 

© Octavio Paz, Versant Est et © préface de ClaudeEsteban ; ed. Poésie/Gallimard.

 

 

 

 

Théorie des signaux coûteux, esthétique et art

© Jean-Marie Schaeffer , Théorie des signaux coûteux, esthétique et art , ed. Tangence, coll. confluence, Presses Universite Du Quebec

 » Les oiseaux-berceaux (bowerbirds) sont une famille d’oiseaux dont les espèces vivent notamment en Australie et Nouvelle-Guinée. Ils appartiennent à la famille des Ptilonorhynchidés, qui fait partie des sous-ordre des Oscines (oiseaux chanteurs), qui lui même fait partie de l’ordre des passériformes. Il en existe entre dix-huit et vingt espèces . Ils doivent leur réputation notamment au fait que les mâles construisent des architectures complexes et très décorées, appelées « berceaux ». La construction est à base de rameaux d’arbustes entrelacés de manière remarquable. La décoration tire profit de multiples objets prélevés dans l’environnement et recyclés : fleurs, plumes, capuchons de bouteilles, morceaux de verre cassés ou de vaisselle, ustensiles en plastique volés (par exemple dans les campings voisins) et ainsi de suite. Souvent l’intérieur du berceau est « peint » avec une mixture de baies, d’écorce, de charbon de salive et de terre. Il occupe les mâles une grande partie de l’année : ils ne compte pas leur temps pour le construire, le perfectionner, le réparer et le « retaper » par exemple en remplaçant les fleurs fanées.  L’oiseau bercé satiné d’Australie par exemple commence la construction du berceau au début mai, alors qu’il n’est utilisé qu’au mois d’octobre et de novembre.

Pourquoi tant d’investissement dans une construction sans fonction »utilitaire » (puisqu’il ne s’agit pas d’un nid pour les jeunes) ? En fait le berceau fait partie de la vie amoureuse des oiseaux-berceaux : il est un élément central dans la stratégie de séduction du mâle et il joue un rôle important dans le choix que la femelle va opérer parmi ses amoureux. Sa fonction est triple. D’abord, en tant qu’œuvre architecturale et décorative, il attire l’attention des femelles qui l’inspectent minutieusement. Ensuite, dès lors que l’œuvre a convaincu la femelle que l’architecte en question valait la peine qu’elle s’y intéresse de plus près, il fonctionne comme une salle de spectacle. En effet la femelle vient se placer à l’intérieur du berceau et regarde l’architecte- le mâle- exécuter  la phase  cruciale de son opération de séduction : une danse couplé à un spectacle sonore, dans la mesure où, en dansant, le mâle émet toutes sortes de sons, en partie mimétiques (il imite d’autres oiseaux), en partie auto-mimétiques (il imite ses propres cris de menace) .  Une fois la parade finie, le mâle essaie bien entendu de s’accoupler avec la femelle sans lui demander son avis.Le berceau rempli alors sa troisième fonction : comme le mâle doit faire le tour de du berceau pour atteindre la femelle , celle-ci a le temps de prendre son envol et d’éviter ainsi la copulation  forcé, c’est à dire de préserver son libre choix. Mais comment la femelle choisit-elle?  Qu’est ce qui lui importe davantage : l’architecture, la décoration, la danse, et les imitations vocales ou tout cela ensemble?  (…)

On aura déjà compris ou je veux en venir. (…)

Concrètement, ce qui est en jeu ici ce n’est pas l’idée que la relation d’appréciation dans
laquelle les femelles s’engagent par rapport au chant des mâles relève de la fonction esthétique,
où que l’art remplit une fonction de sélection sexuelle ou une fonction du même type,
mais uniquement que la structure de la production pöiétique ou actantielle et de l’activité
attentionnelle à travers laquelle se réalise la sélection sexuelle chez les oiseaux est homologue
de la structure de la production artistique et de la relation esthétique chez les humains. » (…)

 à suivre .

La grande balafre

Même si

La grande balafre

 accroché à la carcasse du monde vieux
c’est la solitude coupée de la vitalité

vies sur l’autre rive les cent défaites de toutes les défaites
plus nettes que l’étincelle  la mémoire portée en rive
les strates chapelet les graines rouges au toucher comme pour les couver de la paume le songe de la folie fable de la source
ici git la dérive de l’im-pensé pulpe rouge le sang du rêve est in-attendu.

à partir dans le non – dire le oui
le rire émietté
  les vagues insensées absentées du réel l’esprit serait un jardin contradictoire
fleur épineuse les crocs de l’énergie un trou noir un phare,

l’humain veille
duvet le sol sur le monde
baobab fou

comme le fou les Paroles entre les écorces et la terre en frémit elle les entend ressasser  les remous dans l’intensité

le temps sait  être obscurité et profondeur
Chemin qui s’ouvre dans l’invisible alors qu’il n’y a pas de chemin

promontoire une absence se survit parole

secret partagé propagé de main en main clin à l’œil à l’acte à l’être
tracer les points et l’ambitus  de l’ambigu qui situe
le puits dans la terre sèche  rien à que ce qui se cache  que d’éveillé;

comme une chair la terre et les fruits  pâteuse la voix noire eau de la révolte s’accorde au vieil homme et ramène au sable la douleur  la mort et le recul de l’enfant

pays rompu
éternelle résistance
l’homme a le corps dans le peuple et se souvient
sagesse incarnée dans le temps
un chant contourne les implications et se soumet à la nécessité

sourire qui pourrait être paysan et qui l’est quand il appartient à la terre.

Ma queue sacrée sifflante comme un naja d’étoiles broute à la massivité noire

velouté la grenade crépue plus forte que le renoncement s’entrouvrent  les lèvres l’extatique pulpe sinueuse

bouche

les muqueuses de la douceur  voile la clarté une attention soleille  au bord de l’oeil

ton fiel la contrariété de ta violence

!dégonfle vieille barrique ! pourpre ton rouge me meut! tu me tances à travers l’asphalte blanc croyant me dégourdir quand je me tue tout à fait tu crus que le lait du ciel se renversait du seau d’orient

au nord la pointe de la connaissance  au sud le tumulte s’érige  dans un tressage de finitude et d’accomplissement fil à fil   la chevelure a la voix du serpent

l’inertie et l’attente des béances ne firent qu’aguicher la colère enlacée à  la peur enflammer la douceur mutilée

sublimer

le corps s’allongeait cachait le dard sous son pli

des temps que les courbes se prélassaient  préfigurant le sacrifice buccal ou l’offrande des songes le déluge des chairs et le sens du monde fut respecté l’empifrage comme déchiffrage réfractât les arceaux boréals d’un jet de  chiasme les tentures des soirs se déchirèrent et le désir s’en fut

ce que des deux mains je maintenais

plus loin qu’à l’ouest vers l’ insondable nomade le sommeil recouvrit la terre d’épis des déchirements d’éclairs et s’en fut

la vie ruisseau se mit à couler arrêtée par les pierres qui ne pleurent pas même de désir même secouées d’étincelles même dessinées de pollen les pierres restent des pierres et ne livrent  pas le secret contenu elles éclatent quand la châleur est trop forte et que l’insupportable est atteint c’est ainsi qu’elles geignent sans que rien ne se déserre ni ne cède

ce fut une secret bien gardé et ceux qui cherchèrent s’en revinrent la queue à la main les pieds sanglants d’avoir trépigné sans que l’écho ne s’empare d’un soupçon d’éveil en eux ou en dessous

la lave ce jour fut muette

©Nurcan Giz

attendait la nuit qui ne fait qu’assourdir les rugissements des fonds des fards le rouge simulé pour que foncent les rouges piquetés de chaud

ils ne firent qu’aller de porte en porte et se lassèrent les mots illustres roulent comme le vent la verticalité ne retient pas l’étalement de l’eau ils dévalent  et roulent et les creux les engouffrent  les salivent et ne recrachent ni ne déglutissent

il faut que la terre soit meuble étreinte douce des veloutés des pluies de joie et la fierté immense pour que s’entrouvre le verrou

le fer dans le vert de la fente

il faut un trou profond de cent mille mots pour que le réveil et un oeil ameuté plus vaste pour que s’élargisse l’ouverture

le sang portance de la potence

Soi un aboriginal

soi un aboriginal ?

Soi un aboriginal  ?
fossé le pas est grand et le monde est vaste et va si vite si vite qu’il en devient fou, à mes yeux, de moi qui suis resté un peu en marge, un peu aborigène, un peu seulement

mais tant que j’ai mon cul sur le sol que je me caresse le brin d’herbe et que je ris tout seul des tracés des BOEINGs
que mes livres s’écrivent sur le sable
et même si je déroge – est-ce si grave – que j’envoie des étincelles sur le clavier – je sais qu’elles ne font pas mal au temps – je caresse le cuir
est ce que ça suffit ? ça ne suffit pas –

alors disons que j’ai ma part à l’eau , la muse bouillonne et je me tiens droit, je me remémore et le train ne me prendra pas même si j’ai perdu la piste ,

Envie de dire sabot, jonc et orgasme, et j’en ris – assis
j’ai quelques marques de ton temps – le tutoiement établis la distance et la nie- curieusement – signe que tout et toi se noient dans le non-temps – on ne  voit même pas – je peux marmonner et rester en arrière

le – il n’y a pas de réponse à la question,  mais il suffit que mes yeux lavent pour que je vois et tandis que le mot traine la parole  est ce qui nous porte

Car les murs se resserrent et je crie c’est quand je souffle que je le suis, lassé du mot gare quand je me retrouve sans <Je et que je me noie dans le flot

photo (c) Inconnu
photo (c) Inconnu

le sang épars ou l’écho de Glissant

Non pas l’oeuvre tendue, sourde, monotone autant que la mer qu’on sculpte sans fin – mais des éclats, accordés à l’effervescence de la terre – et qui ouvrent au coeur par dessus le soucis et les affres, une stridence de plages – toujours démis, toujours repris et hors d’achèvement – non des oeuvres mais la matière elle même dans quoi l’ouvrage chemine – tous, liés à à quelque projet qui bientôt les rejeta – premiers cris, rumeurs naïves, formes lassées – témoins , incommodes pourtant, de ce projet- qui, de se rencontrer imparfaits, se trouvent solidaires parfaitement – et peuvent ici convaincre de s’arrêter à l’incertain – cela qui tremble, vacille et sans cesse devient – comme une terre qu’on ravage – épars. 

(© Edouard Glissant, le sang rivé)

 

 

ma poétique se retrouve dans ces mots et cette façon de regarder, de concevoir et de se situer

déshéren_ce

Ma queue sacrée sifflante comme un naja d’étoiles broute à la massivité noire

velouté la grenade crépue plus forte que le renoncement s’entrouvrent  les lèvres l’extatique pulpe sinueuse

bouche

les muqueuses de la douceur  voile la clarté une attention soleille  au bord de l’oeil

ton fiel la contrariété de ta violence

!dégonfle vieille barrique ! pourpre ton rouge me meut! tu me tances à travers l’asphalte blanc croyant me dégourdir quand je me tue tout à fait tu crus que le lait du ciel se renversait du seau d’orient

au nord la pointe de la connaissance  au sud le tumulte s’érige  dans un tressage de finitude et d’accomplissement fil à fil   la chevelure a la voix du serpent

l’inertie et l’attente des béances ne firent qu’aguicher la colère enlacée à  la peur enflammer la douceur mutilée

sublimer

le corps s’allongeait cachait le dard sous son pli

des temps que les courbes se prélassaient  préfigurant le sacrifice buccal ou l’offrande des songes le déluge des chairs et le sens du monde fut respecté l’empifrage comme déchiffrage réfractât les arceaux boréals d’un jet de  chiasme les tentures des soirs se déchirèrent et le désir s’en fut

ce que des deux mains je maintenais

plus loin qu’à l’ouest vers l’ insondable nomade le sommeil recouvrit la terre d’épis des déchirements d’éclairs et s’en fut

la vie ruisseau se mit à couler arrêtée par les pierres qui ne pleurent pas même de désir même secouées d’étincelles même dessinées de pollen les pierres restent des pierres et ne livrent  pas le secret contenu elles éclatent quand la châleur est trop forte et que l’insupportable est atteint c’est ainsi qu’elles geignent sans que rien ne se déserre ni ne cède

ce fut une secret bien gardé et ceux qui cherchèrent s’en revinrent la queue à la main les pieds sanglants d’avoir trépigné sans que l’écho ne s’empare d’un soupçon d’éveil en eux ou en dessous

la lave ce jour fut muette

©Nurcan Giz

attendait la nuit qui ne fait qu’assourdir les rugissements des fonds des fards le rouge simulé pour que foncent les rouges piquetés de chaud

ils ne firent qu’aller de porte en porte et se lassèrent les mots illustres roulent comme le vent la verticalité ne retient pas l’étalement de l’eau ils dévalent  et roulent et les creux les engouffrent  les salivent et ne recrachent ni ne déglutissent

il faut que la terre soit meuble étreinte douce des veloutés des pluies de joie et la fierté immense pour que s’entrouvre le verrou

le fer dans le vert de la fente

il faut un trou profond de cent mille mots pour que le réveil et un oeil ameuté plus vaste pour que s’élargisse l’ouverture

le sang portance de la potence

esperanto desespérento

…les langues multipliées multiplient les imaginaires . En passant à l’acte d’écriture on en déstocke le trop-plein en restituant une bibliothèque d’histoires, d’énigmes et de rébus. A la parole spontanée se superpose la parole invisible, on passe du conscient à l’inconscient en dérivant de la langue au langage. on donne aux mots une deuxième dimension, élaborée inconsciemment à partir de sédiments, … sables, graviers limons en  proportions inégales selon le parcours de chaque vie dans des territoires inconnus .

…le vagabondage au milieu de syllabes qui changent de sens dès qu’elles changent de ton ou d’accent me projetterai sur une longue route aux multiples déviations … Ma palanche serait alourdie de mots agencés à la manière fantaisiste de colporteurs qui proposeraient le soja avec du sirop de sucre parfumé au gingembre, le manioc bouilli avec une poignée de bonbons à la banane confite  Des mots inégaux qui mettraient en déséquilibre les paniers au bout de la palanche . Des mots pour tomber à la renverse et pour marcher à reculons en broyant du noir aux cotés des âmes errantes, déambulatrices de l’autre monde, amputées de langage ou de sons et dotées seulement du don de hantise. Des mots à avaler, mâcher ou croquer en déambulant en compagnie de tous ceux qui s’agiteraient autours de moi, seuls ou en famille, souvent chargés eux mêmes de lourds fardeaux : canards vivants, arbres à cames, arbrisseaux, pianos à queue, bouquets de nénuphars équeutés.

© anna MoÏ ( esperanto desespérento)

Anna moï écrit aussi sur son blog dédié à sa passion des jardins, à lire ici

http://tropicalediblegarden.blogspot.fr/

Verglas balte

Comme quoi faut pas désespérer et se résoudre à être perçu comme une garbure sur le feu une fiente à travers les couches des graisses centenaires d’un relais du XVIII ( je pense à celui de Maubourguet mais est il du dix-huit-Hième?) , allez savoir pourquoi ? entre les mains d’un cuistot saxon qu’aurait lu on the road et les haikus ceux des blues de Mexico  se serait résolu à se croire gascon sur la blue route de Compostelle , pourquoi ça ? l’idée lui en serait venu alors qu’il méditait un compost de tout ses déchets méningers et se perdait dans la contemplation des deux ailes blanches d’une mouette égarée dans l’azur passablement gris et bas de la côte de Poméranie et ce en plein centre blême d’une ville de la Hanse, le délirium trémens le saisissant à ce bref instant, l’écart était trop prompt d’où la sanglante allitération, de pouce en soupe, (virgule) de l’ontheroad à l’ontherocks le vagabond céleste s’enquit d’une vieille Fiord qui finalement l’échoua sur les rives neigeuses des Pyrénées sans que les embruns atlantiques ne s’en mêlent , c’est ainsi que le pétard mouilla dans la baie d’églantine d’une arrière court gersoise et engloutit son chargement hallucinogène ibère cargo digne de Soupalognon y crouton qu’il ne fit hélas que rêvasser les soirs où la lune le ramenait à cette baie glaciale et verglacée balte, touyant à grandes brassées l’immonde garbure hivernale.

 

_elle lil


Ah les îles ! les ténébreuses îles filantes


les gueuses les pubéreuses filles îlantes