lettre au matin de la lumière

Et voir un matin se lever
être témoin au soleil
à la barre citer ce qui en lui
serait contradictoire

on se réveille au matin dans la lumière

jambes et paupière refuseront de se fermer

seuls le soleil
et l’oiseau
dictent la journée

nous allons lui opposer

testament de fer
demeure de pierre
ligne inflexible et rayons
les casques vides
l’épée fictive
je ne vois pas
bâtiment de traine
le long de la rive
le long des rues
dans la démarche
la pierre et l’herbe
éviteront la rive

seul à écrire le long du jour la détermination
à évider
de l’œil et de la joie
liste et calcul
mais des œillets
de nos dictionnaires ôter les mots pour ne pas avoir à les dire
rajouter la source
apeurer l’encerclement
et de l’œil de sabre
veiller

œil de jacasse
froid de silence
opposant au vide
je renvoi sans timbre
ni enveloppe
de ma main
et de mon œil
Je n’ai pas à répondre

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les aguets

Écrire un journal des jours la nuit , sans verbe car tout est dans l’inattendu, les tâches sans nombre sur la peau du léopard, la contradiction au dessus de la respiration le long du cou ou tout bascule pour que rien ne soit tout à fait, pleinement conscient de l’abandon et de la gouvernance, mouvement abondant de l’imprécis, plein de cette sève elle lèche à la surface amoureuse du soleil et s’y jette à rire, jouissance avide les mots se précipitent comme des mouches, rigolards et volontaires, devant cet enthousiasme, je me suis mis à voir avec intérêt l’effort de préciser, non la précision en soi, mais une simple envie de rendre plus clair cette précipitation à s’arrêter sur ce qui est matière, espace, fibres, lumière, torsion, buée, eau, air et chaleur. Me voila en quelque sorte aux aguets pour cette sorte d’extase,  attendant,  que se précise cette lumière ou de la nuit ou de l’eau, plongeon et que revive, intact, devant un crépuscule ou ne aube,  l’instant.

un accord, c’est cette expérience qui affine. 41WJJ34VP8L._SS500_

surgir de la crête

Ecouter un grand penseur et poète parler du monde, au petit déjeuner, est entrer en une relation complexe entre une vie et le temps et l’on se rend compte bien vite que l’on ne peut qu’ y entrer , non seulement écouter mais en tirer tous les débuts de prise de conscience (même si un long compagnonnage, il semble toujours que les implications sont à comprendre).

La nuit , pour y revenir, fut prise entre le discours de Stockholm de Toni Morrison (réflexion dense et émotionnelle sur le langage et la politique au sens fort du terme , l’imaginaire vibrant, comme un oiseau sur la paume, et la question : mais que faites vous de la vie ? du langage, de ce qui est dit , n’est que le pâle reflet de ce qui vit , est) et ce court moment intense  où Edouard Glissant,  vie de poète vue comme les deux mains qui accompagnent le mouvement vers le monde , l’imaginaire et la relation , un monde en poésie comme un morne.  Nuit, ne fut qu’un point vague entre ces deux crêtes et la crête n’est pas le point où l’on se repose mais l’endroit d’où l’on se propulse car alors complété par la pensée entière, culmination d’une vie attentive, moment où l’on ne peut se soumettre qu’ à l’entièreté du langage et de la présence, il nous est un devoir de se mettre en chemin et de commencer à répondre à la question (posée) qu’en est il pour toi …

… she holds in her hand , a bird, wether living or dead …

une traversée

les grains noirs de café flottent à la surface c’est la nuit qui affleure. Dans la gorge le rugueux et l’éveil restituent les brumes. Il luit une étendue fini par délivrer le limon et c’est l’odeur qui défait la surface. La nuit épuisante est mystérieuse. Je me suis tenu serré à toi dans la traversée, un visage vert illuminé, une bouche de raisin ravive les yeux clos et la nuit est chevelure. Le détroit est source de la bouche dans la langue pleine de cette lumière la nuit  balaye mais le parfum règne, iles, les cheveux revêtent un par un une exigence douce et le tambour bat dans les lèvres qui aspirent. dans l’arrondi la lumière mauve fait jour.

Kayhan kAHLOR
Kayhan kAHLOR

écoutant kAYHAN kAHLOR

les plaintes

A m’être endormi en écoutant cette musique, je me remémorais les plaintes du Bosphore, les saveurs du café et les ombres, en fermant le livre qui parlait de musique et de cette extraordinaire moisissure à vivre que certains trainent avec soi, le regard n’est pas conciliant , il y a des pointes qui lorsqu’elles piquent font sursauter, surpris de soi être aussi fragile comme la musique le dit, ou ambigu, méandre où l’on se surprend, entouré par la beauté qui est au cœur même des gestes qui nous activent, la musique encore est un fluide dont le courant pourtant se frotte aux pierres, est pris dans les algues et les tourments de bourbe, l’on est surpris de ces pointes qui nous déchirent , l’on se révèle comme ce caprice ou cette exigence qui t’oblige à me regarder différemment, rien n’y fera je ne pourrai endiguer cette demande comme une tête qui roule dans le panier , je crois bien que l’existence tourmente, les dérives étant tout autant exaltantes que vives,

je pourrai parler du toit de la vie ou du Thibet de notre âme , mais c’est ce retournement à l’instant de m’endormir que je retiens, la couleur ambigu de ma pression et de cette idée que j’ai

c’est une mue

c’est uniquement ce qui est remonté de loin ou qui était si proche, que l’on a pas vu venir

on  s’y était habitué

on lui prête des traits de bête alors

que dehors dans le jardin humide grouillent

et sur ce la statue ramène doucement le regard de celle qui rappelle les infatuations que j’ai perçu

Anne Slacik
Anne Slacik

en cous les tendres plaintes de Yoko Ogawa

Jonas dans le texte

tu me dis  » texte »

ce qui est mis en mouvement est

en ce texte

qui est vu comme finalité et objet est ce quelques bribes soudées un circuit d’électrons en somme

si tout d’un seul tenant refusait de tenir

alors que le mouvement et vivant et tous les processus à l’œuvre superposés ou perdant l’apparence des choses

de la cohérence

et même si dans les strates de ce qui opère le texte qui seul apparait comme ultime espace ou structure finale sans doute encore entravé ou travers

ou pire encore

non complètement ingéré ni digéré non finalisé mais traversé de pulsation / radiation, difficilement repérable

la structure en est déviée le corps soumis à des pressions que le texte ne se connait pas aussi précis ou trouble

se voir comme texte sous l’ordre des priorités et l’énergie qui l’a constitué non qu’il soit immuable

et c’est pourquoi souvent il reste ouvert

et ne se veut pas comme teneur  hermétiquement close ni définie

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fin penchant et cependant et comme un sushi fut morceau de poisson vibrant de truite

ou fine lamelle

imminence gustative

jus de citron cette sauce ne prend pas le processus et tout ce que l’on peut y  rapporter ce n’est pas de creuser ni de laisser filer

ce générateur électrique cette vague cette impulsion est générateur de texte avant même de s’admettre comme prononcé ou énoncé comme une photo prise mais assez des métaphores

et que rien ne se saisit

luit comme une truite qui s’échappe

mais brille

comme texte refusant d’advenir sans arrêt propulsé hors de lui même

réchappant de l’image et du son des crépitements de la poêle qui cuit et tout cela à la fois

et observant ce bond de la truite sur l’eau et se sachant truite

ou eau

ou poêle

ou épice

capturé sous la langue quand il dit le mot et le laissant filer

étant déjà ailleurs

qu’en lui même

le cadre alors n’étant plus texte

ne cherchant plus ni à rapter dans les mailles ni à constituer

mais advenant et laissant venir la faim

déglutissant

qui cependant n’a pas le temps – ni l’occasion

d’advenir tout dans le même temps étant pris d’un seul tenant

sans qu’un seul trait ne soit capable de résumer

le ventre de la baleine

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le journal des jours est le journal des réveils, car c’est entre la douche et le café que le peu de temps que j’ai à écrire est pris. Alors au réveil saisir ce que la nuit a ramené sur la plage. Il y a un peu de la violence de la journée d’avant, que le bain et la promenade n’ont pas réussi à effacer, la journée est violence, elle est comme une compression exercée sur soi. Dans la journée , c’est la résistance que j’émets parce que je suis contradictoire et que je pense, désire, aspire, inspire et que le jour  ne permets pas d’œuvrer un bel et beau travail comme l’on parle d’un orfèvre, artisan ou penseur. La journée voudrait me noyer et je miaule de terreur.

Il s’agit de s’approprier ce temps que je suis forcé de donner, travailler à se mouvoir en elle comme dressé dans une cape, épouse les plus fins replis de ce qu’il faut bien appeler sa vie. Ce simple article n’est pas tant possessif qu’il exprime une intention d’appropriation, de cohérence entre ce que l’on me fait faire et le lent travail du rabot sur soi, soi et le monde, une fine particule recouverte de son corps que l’on prête.

La journée use, l’on en sort effilé comme d’une violence à laquelle il faut survivre : indemne comme la laque que passe le facteur pour protéger la musique, âpreté de l’instrument, potentiel conservé des membres à laisser le fluide suivre son cours, c’est dans ce rapport entre le rabot et la musique qu’il faut voir l’obstination a conserver et à ne pas se conformer

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@ lire Deux Marchés, De Nouveau Ryoko Sekiguchi

pleine la malle, un collage

Lever-de-soleil

pour ce soir
pas de temps pour un poème à moins qu’il ne me rattrape
ai lu l’envoi d’Angkor et j’ai vu les belles photos du Cambodge,
je voulais écrire un poème ,
l’ange est nécessaire
et la mer est immense pour deux amis assis dans leur regard les yeux perdus dans le vide et n’espérant rien
et l’eau n’est rien
que des fruits
un rideau
s’il est vrai que trois voyageurs regardent un lever de soleil, la malle est pleine de tous les échanges de nos vies et la poésie est défaite
un endroit secret venant de loin et se levant d’une nuit fantasmagorique chien  fantôme chien noir et chiennes et chiens se relèvent d’une nuit versatile mais blanche
aux environs de la fête foraine, on y perd aisément la courbe le long du fleuve le baiser est bleu
les manèges et deux trois choses posent problème quand rien ne claque
c’est peut être cela qui barbouille
car à bien y regarder
qu’est ce que cela change qu’on les ait à l’endroit que l’on ait un air féroce ou qu’on les ait à l’envers quand on s’attendait à trouver la douceur et que tourne le manège et que l’on ne comprend pas le cheval de bois va dans l’autre sens
mèches démêlées le visage du matin grince
le violoncelle rode et colle
rien ne cherche à apaiser il s’éveille seulement sans trop rien comprendre
la raison pour laquelle
il tourne
car on touche et ce n’est que comme si  de rien était
et le sourire que j’ai vu avait la forme d’une orange quand il s’est glissé dans la mer
qu’il s’est mis à nager dans la journée
rattrapant le temps perdu
s’imaginant que l’été était vert.

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pleine la malle, un collage

pour ce soir
pas de temps pour un poème à moins qu’il ne me rattrape
ai lu l’envoi d’Angkor et j’ai vu les belles photos du Cambodge,
je voulais écrire un poème ,
l’ange est nécessaire
et la mer est immense pour deux amis assis dans leur regard les yeux perdus dans le vide et n’espérant rien
et l’eau n’est rien
que des fruits
un rideau
s’il est vrai que trois voyageurs regardent un lever de soleil, la malle est pleine de tous les échanges de nos vies et la poésie est défaite
un endroit secret venant de loin et se levant d’une nuit fantasmagorique chien  fantôme chien noir et chiennes et chiens se relèvent d’une nuit versatile mais blanche
aux environs de la fête foraine, on y perd aisément la courbe le long du fleuve le baiser est bleu
les manèges et deux trois choses posent problème quand rien ne claque
c’est peut être cela qui barbouille
car à bien y regarder
qu’est ce que cela change qu’on les ait à l’endroit que l’on ait un air féroce ou qu’on les ait à l’envers quand on s’attendait à trouver la douceur et que tourne le manège et que l’on ne comprend pas le cheval de bois va dans l’autre sens
mèches démêlées le visage du matin grince
le violoncelle rode et colle
rien ne cherche à apaiser il s’éveille seulement sans trop rien comprendre
la raison pour laquelle
il tourne
car on touche et ce n’est que comme si  de rien était
et le sourire que j’ai vu avait la forme d’une orange quand il s’est glissé dans la mer
qu’il s’est mis à nager dans la journée
rattrapant le temps perdu
s’imaginant que l’été était vert.

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sortant d’un rêve

Maintenant quelques rayons du soleil me tirent peu à peu de la grande apesanteur – ce ne sont pas les sommeils de l’engourdissement,  le tout magmatique des jours comme une terre qui putréfie et je me trouvais là semblant un resplendissant nocturne

la vérité cependant est que pendant que je reconstruisais ainsi la vision déchirée, l’imprévisible divertissait de l’essentiel me creusant et je me retrouvais à des milles de rêves d’ici

un papier m’accueillait les larmes fleurissait en encre et se fut à l’imparfait, un clavecin m’accompagnait, un merle bavard

les mots n’y parvenaient plus1012260_635484443150885_513951380_n, les images, des nuages perçaient et je me retrouvai à gazouiller dans une musique , je dis bien « dans » , l’inclusion musicale permet à ce corps pesant de n’être plus que bouc furieux et aigrette ailée

je me suis retrouvé avec toi à deux doigts du typhon, je l’ai saisi délicatement comme l’on fait d’un ami et l’ai emmené à concilier, à adopter une attitude plus raisonnable,le rapt des effilochement affolants de l’eau ne fut plus qu’une fine ceinture

le ciel bleu m’ennuie et j’aime les nuages, les nuées 999199_519168128160142_850038419_net le temps mais trop point n’en faut, comme disent les paysans qui fauchent les hauteurs de la-haut et font les fenaisons attendant que la lumière pointe pour que le feu prenne

on parle de l’hiver

j’ai fin par me réveiller, je me suis habillé et ai claqué la porte de la voiture de nouveau ne comprenant plus rien à ce qu’il fallait faire et n’inventant plus, je me suis laissé glisser.