embarquer

Traversée du sommeil suspend la lenteur, dans cette chute, qu’est-ce, la mélancolie des souches et cette obscurité des fonds, les rafraichissements des lavis loin de l’aube, les éloignements  des étalements des ombres et la lenteur de tout mouvement.  Les attentions s’étirent, s’égarent hors des doigts de la séparation qui glissent, l’annulaire tombe à l’eau, la corne de brume pleure ne dit pas si l’attente referme les portes. La rencontre a bien lieu. Elle tire. Les cordes sur les lignes du quai de tout temps éprises de la ville, les lumières noient les flots. Obéir à ces injonctions tombe l’empire muet répandu d’immobilité, c’est ce que veut dire être à quai quand même embarquer participe de la même pesanteur.

Bosphorus Ferryboat Departing from Kandilli at Dusk, 1965 by Ara Güler
Bosphorus Ferryboat Departing from Kandilli at Dusk, 1965
by Ara Güler

pleine la malle, un collage

pour ce soir
pas de temps pour un poème à moins qu’il ne me rattrape
ai lu l’envoi d’Angkor et j’ai vu les belles photos du Cambodge,
je voulais écrire un poème ,
l’ange est nécessaire
et la mer est immense pour deux amis assis dans leur regard les yeux perdus dans le vide et n’espérant rien
et l’eau n’est rien
que des fruits
un rideau
s’il est vrai que trois voyageurs regardent un lever de soleil, la malle est pleine de tous les échanges de nos vies et la poésie est défaite
un endroit secret venant de loin et se levant d’une nuit fantasmagorique chien  fantôme chien noir et chiennes et chiens se relèvent d’une nuit versatile mais blanche
aux environs de la fête foraine, on y perd aisément la courbe le long du fleuve le baiser est bleu
les manèges et deux trois choses posent problème quand rien ne claque
c’est peut être cela qui barbouille
car à bien y regarder
qu’est ce que cela change qu’on les ait à l’endroit que l’on ait un air féroce ou qu’on les ait à l’envers quand on s’attendait à trouver la douceur et que tourne le manège et que l’on ne comprend pas le cheval de bois va dans l’autre sens
mèches démêlées le visage du matin grince
le violoncelle rode et colle
rien ne cherche à apaiser il s’éveille seulement sans trop rien comprendre
la raison pour laquelle
il tourne
car on touche et ce n’est que comme si  de rien était
et le sourire que j’ai vu avait la forme d’une orange quand il s’est glissé dans la mer
qu’il s’est mis à nager dans la journée
rattrapant le temps perdu
s’imaginant que l’été était vert.

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quand on pense aux morts

Ramassé

comme un serpent dans un panier

le nœud

se confond avec les fruits

et les herbes posées un tapis

assis est comme debout

même si la nuit dehors

Comme dans la rue

l’étendue

et même dans la boue

ne la percevant pas

les arbres de la forêt

et les sourcils froncés

suffisent à la marche

deux mots bien taillés

même le brin le plus fin

quand il est coupé

Le nasal au plus près

de l’odeur et de l’ocre

on se rend compte

qu’au dessus de la tête

Il n’y a pas d’oiseaux

Ni outardes

Ni éperviers

allègre ou amère

l’année se suffit à elle même

et tu te redresses

de tes points de suture

la plaie

cousue d’un fil

le front puissant des rides

saisit au vol

libre de ce qui échappe

les feuilles dont ne fait rien

si elles ne sont pas la branche

le fruit que l’on mange

les nuages voyagent le ciel

plus qu’ils ne le découpent

un souffle c’est le vent

au dessus fonce de la force

et se tapie au fond du panier

à force réussit à élimer le corps

dont il ne reste plus que l’essentiel

à la survie

l’exercice

ce qui est déjà bien

quand on pense aux morts

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mots cargos doux de nuits

Que dire d’un matin de brume issu des tempêtes

que dire d’une nuit bouleversante

de l’ahurissement des boulimies d’orage

cale surpeuplée de chaines ou de ballots

mots cargos mots doux de nuits

que dire d’un nom que l’on n’aperçoit qu’au lointain

détail sombrant dans la généralité

fumée noire assauts et coups de la diversité

coup de fourchettes et découpes sauvages

mettent parfois en déroute

recroquevillé sur ce qui pourrait être une plage

ou un lit de draps défaits

Turner, Staffa, la grotte de Fingal
William Turner

le songe de la lumière

La baie est ouverte sur la lumière, elle irradie,

Ce sont toutes les lumières au delà la forêt qui comme un prisme étend le visible dans une ardeur qui est à la foi et à l’éblouissement, l’idéal que chaque voilier en partance emmène s’il tient à revenir. De la fenêtre sans ombre l’idéal se fond dans la mer, les élancements de la pensée distingue des fonds sanglants avant que ne se durcisse la terre.   L’œil est pris dans les vagues et se dilue dans l’étreinte.

la quête de la lumière est brûlante.

Idéalement l’ombre dessine à trait distinctif, versant l’eau la figure d’une femme dans le feu se confond avec le filet de lu vase, la poésie, est ce un lin noir qu’elle destine au vent et à la chaleur ; carafe exquise les yeux sont de braise se doivent d’être dans le flot sombre, elle apaise l’air qu’elle attise le paradoxe lui font songer à la nuit quand elle est de jour.

Quand  je suis parti ceinturé par la voix et cherchant l’écho allant au centre de l’arc de pierre, un chien y passa sans s’arrêter mais bouscula le rire secoua la chaleur et posant La question, il n’était pas philosophe il ne faisait que passer, à ce frisson des dieux répondit les jets des pierres.

J’ouvris la fenêtre

L’éveil de la lumière prolonge tout ce que rappelle la pensée, la sérénité consacrée créant l’indubitable et  les formes aimées qui ont fini par devenir la voix comme la ligne le bouillonnement de la mer, le vol d’une pensée par delà la puissance des mains.

L’insondable et l’indéchiffrable aussi violents que le vent qui déroute.

Je fais quelques pas.

Incrédule je vois le sombre tomber, on nomme cette échappée la nuit, les paupières sont comme fermées sauf ce plissement où l’œil inscrit les étoiles, où même traçant un chemin celui du lait issu des mamelles et que je suis depuis l’enfance la nuit quand mes pas enfin remettent à la solitude et que le monde à son tour rassure, apparente fixité du temps l’espace donne la position quand en fait il engouffre.

La nuit je cherche le jour ou le songe que j’en ai.

Ton échappement, le signe de ton absence.

Est-ce que je ne parviens pas à te saisir, est ce l’angoisse de ne pas saisir, mon impossibilité à retenir lorsque tombe la nuit dans le rêve j’habite un monde obscur et le matin, je m’éveille et me mets à te chercher craignant fort de voir tomber le jour et surgir la nuit, le corps s’enfuit en même temps que s’éloigne le geste du jour, mes doigts secouent un sac de rêve pour en faire tomber des lambeaux, de  ton corps ta présence et le toucher et la brulure de tes yeux me raniment si ne s’éteignent ; ma main, mon œil qui aime agrippe la couleur, suscite la lumière comme une étincelle comme la buée que je voudrais enlacer de mes mains vives, tenir comme amour et entamer le pas, dans une pleine lumière d’un même pas riant sans que s’interrompe le rêve ni que s’efface l’embrassade.

Claire Je te vois hors de ces lignes , le corps à pleine bouffées s’emparer du réel.

d’un grand rire le chien se met à japper.

feuille à la main

Dans le grès se refléter de feuille en feuille, cette masse, accentuée par les mains, les cygnes, un raccourcis sème l’élégance

Le soir descend, le soleil prolonge l’incessant qui descend

Dans l’alcôve de la chute mon œil dans cette osmose désire l’harmonie , cette  syncope des temps

Simon Hantai-Mediales

La percussion et la précision dans la main dissimulent la pensée, la clarté exige du geste qu’il se délie,

L’effacement quand le monde  exige

L’habitude de la peau cette nuit le songe m’a mené jusqu’à toi, l’infini sans mesure, l’éclat de luire file la préhension, les mains y songent comme une glaise un rocher.