Elle n’est pas une fiction. je la vois me fixer comme une fournaise, un four, un petit four, sur le pallier du volcan, tout de feu, tour de chauffe.
Coté sucré
Le pain d’épice dont on fait les fantasmes, confiture de groseille sous un faux air de biche tueuse, coté salé elle est l’anaconda étouffeuse de ses victimes qu’elle mange en marinade,
D’Or même, elle en est plein , sa double carnation, le roux carquois fuselé à col roulé elle s’habille du limon de la Terre s’embrase de lave succombe dans les typhon, la douce amande, l’embroussaillement fatal de la savane sur sa peau, le derme un dard je patauge sans respirer et pour finir sonne l’alerte à pleine voix dans l’ellipse sans fin du coquillage de ses cheveux, on y entend la mer, l’odeur tellement sexuelle des vagues et le basson tropical, et tout cela sans yeux comme une aberration, la calme assurance des iliennes.
L’Olympe est un hôtel ***
Comment les dents de cette fleur carnivore la langue passe repasse c’est une râpe douce effilée et pimentée, les retombées sont fauves alors cette sensation de calme de glissade dans la neige sauve dans la sérénité.
Une fiction qui n’ait pas d’yeux .. j’en entend qui pouffent, alors que que tout en elle est Yeux, ces cuisse, jarretières, sa crinière de cheval et tout le tralala tout n’est qu’yeux .
allez, je rêve
des mots que j’ai dit je retiens celui de fournaise
de volcan
de basse continue
de songe et d’apaisement
de tous les noms de poissons
entre les doigts souvent si froids
que j’ai laissé filer
souvent entre les glaces
battues sur la terre ferme plus plate
qu’un amour sans lune
Est ce pourquoi
tu es triste et mon obsession stérile
ce silence encombrant et la couleur sans parvenir à la briser
il faudrait que j’arrache
ton sourire convenu
je sens que tu te détournes dérive sans vent
Dans mon enfance j’étais souvent caché derrière la grosse armoire de livres acte prémédité poème oblitéré on me trouvait à lire dans le parc où sous les branches de l’arbre plus tard ce fut dans les trains comme soumettant les lieux à la percée et en fuite dans les halls j’aimais faire croire que j’étais passager c’était inconfortable mais attendre l’avion remettait en question l’heure et que je sois l’une de ces fourmis migratoires équilibre instable par dessus tout j’adorai les surplombs voir le lointain moi je déteste les vides j’enjambais pour lancer mes lignes comme des hypothèses j’étais l’écolier archer avide des coups de dé.
La lectrice
elle se demande
elle fronce son visage fronce
le blanc titane tout autour
lui aussi fronce
faire une barricade
d’abord on n’y perçoit pas de phrases
mais de grandes planches
presque une estrade
de là elle peut déclamer
en silence défricher
dessiner entre les lignes
apposer des mots
en recouvrir d’autres
de son pinceau
tirer le rideau
jeter l’eau du bain
ouvrir un coin de
ciel bleu et
mettre un point
(c) Kerry James Marshall
dans la pureté elle trace de
grandes lettres
elle est la star de ses pages
ces journées sont
ses couvertures
qu’elle tire à soi
alors elle
elle découpe les magazines
dans les jaquettes les romans à deux sous
elle fait des corsages
qu’elle portera dans l’épisode 4
maquille les ongles des poignées de porte
et par dessus tout
fait un discours sur les événements d’Omaha
un slogan
passionnants entrefilets petites annonces
et faits divers
une orange sera le fond gros rouge
vert brindille feu fondant œufs follets
un haïku en quelque sorte
poire belle Hélène et pêche melba
Comment peindre ce qui est indubitablement est, un portrait, fidèle avec ses envolées, dans cette série il y a le mystère qui indubitablement est. Des aplats, d’abord un regard, puis une surface, avec scratch ou aspérités, l’halène et l’aspic c’est un voyage de légende dans la toile. Le sable recourt le noir mais toute l’histoire des générations comme un instantané.
(c) kerry james marshall
Que me dit de toi cet ex-voto , tu signe la date, le nom, la peinture parle toujours d’un autre comme un témoignage en soi d’un mystère. Rehaussé au rang d’icône, les séances de psychothérapie ne disent pas tout de ce qu’il y a à voir et les traits immobiles, figés comme un photomaton ne sont pas l’œuvre d’un instant mais d’une aptitude à tous les actes d’une vie, et pas une ride, comme une prédisposition semblable à celles que portent les spermatozoïdes quand ils s’élancent, se fichent dans le monde, la tête la première au saut de l’élastique. Alors des grands coups de pinceaux plantent le décor, il n’y a pas d’épaisseur mais l’on devine le père, la mère, l’oncle, le grand père et les aïeuls d’Afrique et sur cet autel au seuil des lèvres, un tremblement, sorte de manifeste. Pour autant je serai mort demain ou après demain. clap de fin. Mais maintenant je vis, c’est manifeste, vibrant, criant tout est contenu ne demande qu’à sortir, s’exprimer. Il y a des roses comme à la naissance, tout autours de ce visage sans fard, beau, tout un champs de coton et les initiales d’un destin, il n’y a plus qu’à combler les vides et se laisser aller à être volubile. vita volubilis.
(c) Kerry James Marshall
Au delà de la peau, contrefaçon de textures de bois d’ébène, patine des masques, clichés pour la revue « ebony » il y a des images ressassées qui n’en sont pas. La peau fait masse c’est qu’elle n’est plus la peau qu’elle est plus que la peau mais une sorte de densité, qu’elle soit habillée d’un polo Lacoste ou nue, la couleur est pleine, semble attirer la peau à la vie, sans qu’il y ait d’extérieur ni que cette description ramène à la personne, celle décrite nommément, alors quoi ce serait une densité, une saturation telle que l’on n’y verrait plus rien d’autre qu’elle même et le rapport aux objets, qui tout de même, est possible, qui s’impose. Portrait à l’appartement rangé.
sob sob 004
Gauguin dans les cauchemars l’avait peint, est-ce plus facile que le blanc ? le blanc est-il plus détaillé et sombre t’il dans la complaisance de détail qui, sans sembler appartenir à plus vaste que soi? le corps quoi qu’il fasse est ramené à ce qu’il n’est pas ou à ce qui le dépasse, ce n’est pas tant qu’il lorgne vers ses possessions, qu’il semble lié par une quelconque familiarité, occurrence ou simplement l’occasion, la description d’un moment, état d’âme, car il y a de l’âme et d’une pensée. Je me sens aller vers la littérature et je voudrais citer Tony Morrison, celle de « Home », plutôt . Il y a de la description de quelque chose de la faille intemporelle, d’une rupture dans le schéma, là le croquis, la planche de BD ne fonctionne plus comme texte , alors il faut incorporer les éléments dans la chambre et redresser le schéma fictif. Le récit sanglote dans un seul tableau sans lien apparent avec la figure centrale, les yeux démentent, le corps raconte l’histoire comme cousue de fil blanc et point par point coud l’improbable ensemble, c’est très ressemblant. c’est un roman, un canevas, les yeux crachent l’histoire jusqu’au bord des larmes, jusque dans les bords parfois trop bien peints, parfois comme un tag ou une reprise au pinceau de bâtiment. C’est facile, rien ne ment.
(c) kerry james marshall
Il faut porter la fresque hors de la chambre. Mais alors on s’embarque pour une virée nocturne, alors le visage, la robe, les jeans ne sont plus l’histoire, elle s’échappe et c’est un leurre, à y regarder de plus cette succession d’histoire en une seule qui se répètent, c’est la voix qui la porte, la voile on souffle cette fumée de cigarette, ces objets de la spiritualité du quotidien comme une offrande, sur la table de nuit le candomblé redouble d’intensité, c’est palpable, l’on parle de quelqu’un d’autre. On a déjà parlé de densité, dans l’avenue il n’y a pas de bateau, il faut bien que ce soit une embarcation de l’intellect, un engagement dans l’avenue du sensible, sur les murs un recueillement d’hymne Motown à la messe urbaine, est une faille, une assemblée, une rupture, un credo, on a trop longtemps mis sur leur dos l’archétype, comme si d’un il n’y en avait qu’un, que chacun n’était pas clos et qu’il suffise de crack en crack, krik krak et Zora sur le porche à enfiler le collier des perles des devinettes, le deep south, les South et les scats de Harlem sont une succession tout en épaisseur digne d’un masque du Congo, planter des clous plutôt que choux, de guimauve de déhanché de disco, sensualité qui aime à sortir et brille, l’hallucination étincelante, proclame l’avènement d’un style nouveau : décrypter l’âme mais écouter, j’appelle à la barre la prochaine diapo, le témoin qui saura dire:
(c) Kerry James Marshall:
Il y a de la sensualité, et mes fantasmes sur fond musical, assis à une table de jazz. Que dit le portrait ? Rien que je n’ai déjà rabâché, ou plutôt tout contenu dans cette attente, cette attention , cet attendu , la somme des possibilité l’étreinte de tous les parfums dans un gloussement, mais l’on va m’accuser de partialité, de ne savoir écouter. Mais voici qu’au delà de la poussée fictive de mes fantasmes, tous les signes distinctifs y sont attachés dont on fait une peinture, black suburban middleclass my love, c’est bien sûr l’art d’attacher, subtilement et sans prétention c’est dans le poème, sur la toile étendue à l’accession au statut.
Et pour finir, l’auteur s’explique sur ces intentions, certes, le style est du plus pur comic strip mais n’est ce pas justement l’idéal pour laisser le portrait s’expliquer de ses intentions, dérives, contextes et subtilités inexpliquées.
j’aime les lèvres noir framboise
le reste a coulé comme une eau
noire aussi
le reste avait la chaleur du soir
le fruit avait les cheveux courts
le reflet pale et violent de la mer
le sang rosé
la nuque, l’oubli
deux pièces et le doigt qui panse
ont pressé la main dans la mienne
Bien , mais sérieusement il se trouve que j’ai maintenant plus de cinquante ans, cela comme la jeunesse m’est passé, n’a l’air de rien me dites vous , hum , je pense qu’au contraire je me suis lassé de tendre le bras à moi même, une Ola, des mots qui rejoignent leur sens et ne s’évaporent plus qu’à moitié pendant que le tuyau arrose les plants il se trouve que je n’ai maintenant plus besoin de me tendre la trace, deux yeux deux oreilles et des bouches à nourrir m’adoucissent, je ramasse encore le sac, pleurer du moins haleter, un âne, hum , peut être , une mule, peut être, maintenant je vois les petits enfants qui ont besoin de moi, là bas je vois que l’ocre a rempli son seau, j’en vois qui sont sérieux et triste, sans que ça doive être, devrait pas être, je marmonne, c’est que le temps de l’égo a cessé, non, j’ai bien des fois où, sur le seuil je dois donner un coup de main et sérieusement , parler avec vous, là me fais perdre mon temps, au lieu de ça, des turbines, des bras pour actionner la roue, qu’ont ils ces yeux inefficaces contre les morsures, mon regard à l’air de se perdre dans le vague alors qu’il rejoint les dents pas encore ébréchées et la langue qui semble déparler mais cherche l’eau, tout cela est bien confus et si clair, vibration de l’air qui ride la surface, de l’aide l’on veut de l’aide près de l’hiver près de la cabane en métal je demande est demandée héée et c’est pourquoi dubitatif de tout autre projet mon corps est redevenu sec tend la soif pour boire à la coupe.
(c) Kerry James Marshall. Study for Blue Water, Silver Moon. 1991.