Passing fancy

Partir en courant. idée absurde puisque je venais d’arriver. Alors que faire ? Il est évident que cette pensée dénote un malaise. je restais donc planté là dans la plus parfaite immobilité, évitant toute figure de style convenue, évitant même de penser et surtout de faire le moindre geste ce qui m’aurait obligé à rompre cet équilibre instable . Le vent évidemment et la circulation artérielle, pendant ce temps continuaient leur mouvement propre indépendamment de cette apparente suspension. palpable le mouvement régulier du pouls rappelait que ni le départ ni l’arrivée n’étaient en soi indépendant ni une finalité et devaient se comprendre dans un ordre plus vaste où tout était interconnecté comme par exemple un mécanisme dont le fonctionnement aurait été interrompu par une méditation impulsive d’un de ses composants sur le sens à donner à sa participation à l’ensemble. Partir relevait du même ordre et y penser créait une fracture en soi perturbante, c’est pourquoi il ne fallait pas y penser. Mais pour autant, l’hésitation ainsi créée ne manquait pas d’interloquer car cette interruption ne répondait pas à un souci mécanique ni ontologique pas plus qu’à une préoccupation métaphysique, à quoi rattacher ce phénomène, indubitable quoique posant question sur le plan de l’ordre des choses et de la continuité. En effet pouvait t’on ainsi se soustraire à l’emprise de la nécessité, même dans un cas comme celui ci où l’impulsion est remise en question.

Mais pourquoi relater cet incident, jusqu’ici irrésolu, l’absence de décision se maintenant et devenant critique aussi bien pour l’individu ainsi arrêté que pour la circulation des choses et des êtres, étant devenu en lui même un obstacle et une gêne pour l’harmonie générale et la compréhension dynamique de l’existence. Mais la question demeure et s’impose : pourquoi a t’on cru bon d’en faire un article de blog et quel intérêt cet assoupissement soudain a t’il pu suscité chez ce scribouilleur (car le scribouillage doit il s’opérer à tout prix et contre toute attente). Je me le demande également et je pense que tout a pu se jouer dès le moment où le premier mot s’est installé sur la page provoquant comme un appel d’air ou plutôt de mots car alors il en avait appelé un autre et ainsi de suite. Embarrassé et ne sachant que faire, ayant du temps à tuer, symboliquement parlant, le mot lâché dans l’arène a provoqué l’arrivée d’autres qui rendant caduques les précédents et appelant les poursuivants n’a obéit qu’à sa survie dans une chaine ressemblant fort à une phrase. L’on m’objectera qu’il y a un rythme à la phrase et une logique interne (syntaxique, rythmique, dynamique) et que tout cela doit être pensé, voulu et prémédité. Certes. Mais il n’en demeure pas moins que le premier mot, tel une première pierre est en soi un élément déterminant de l’édification et du mouvement de la péripétie.

Or il ne se passe rien car nous sommes dès les premiers mots : coincé. N’ayant envie ni d’aller dans un sens ni dans un autre, n’entrevoyant pas la moindre solution ni intention on se retrouve planté là se demandant pourquoi et comment on en est arrivé là. Les lecteurs putatifs non encore arrivés sur la page non encore créée mais se défilant comme une pelote et éclaircissant l’obscur des possibilités (je l’ai déjà dit), le lecteur attentif mais pas maso ne se sentant concerné en rien par la chose (et l’on sait qu’il faut se saisir du premier membre disponible du lecteur afin de ne pas le laisser s’échapper, le lecteur étant très sollicité et disons le franco ayant autre chose à faire, le lecteur en un mot (non je ne suis pas payé au mot ni n’ai de la surface à couvrir, un léger ennui cependant m’anime, en est-ce la raison ? je vous laisse méditer sur la question ayant une pelote à défiler) le lecteur , je vais y arriver, n’en à cure ou presque, ayant lui résolu ses problèmes de dynamisme interne et ayant tourné la page. On peut le craindre.

Une question se profile immédiatement : pourquoi ne pas aussi tourner la page et cela ne serait il pas une solution à ce brusque arrêt ? Non, cela est mal comprendre le problème posé remarquablement depuis le départ puisque ce n’est pas d’immobilisme dont nous souffrons mais de deux propositions toutes les deux inacceptables puisque s’excluant l’une l’autre et de ce fait créant un trouble. Je vois que vous commencez à comprendre et que l’intérêt de cette situation d’un type  « i’d rather not » commence à s’imposer. Il ne s’agit pas en effet d’une posture philosophique réfléchie ou d’une figure de style mais plutôt d’une contrariété due à l’étiquette car dès lors où aucune solution au dilemme ne se profile que va décider de faire le protagoniste et comment s’extraire sans faux fuyant de cette situation embarrassante. il faut aussi considérer l’impact physique car l’on peut craindre la crampe mais aussi mental car le cerveau cessant de fonctionner peut commencer à présenter des défaillances et c’est le pire à craindre, décider de fonctionner sur un mode propre, rendant du coup impossible toute décision.

Ozu. Passing Fancy. Leaves Falling
Ozu. Passing Fancy. Leaves Falling

Kimura, dessin

N’attendez pas que je fournisse ici une solution car en effet la solution ne m’intéresse nullement et viendrait à contrario et je refuse de m’aventurer aussi loin. Nous laisserons donc les choses en l’état aussi insatisfaisant cela soit il.

Y a t’il une chanson

ou un dessin

ou une chemise

si légère

que les mots semblent dessinés sur le corps

à fleur de chemin

comme dans l’herbe

simple pousse-pousse

sans corole sans ailleurs

juste ici
apaisé

colère

La colère est le lieu d’une inquiétude sourde à tout ce qui n’est pas elle. Quel est le prix pour rester. La reconnaissance ou son absence équivaut à un combat inéluctable,  un grondement de chien. Il est trop tard pour demander.
Il y a un moment où l’on entend plus que le grondement, rien que ce qui comme une rumeur a commencé, puis à rugir, jusqu’à devenir ce mur armé .
Dans le journal des jours, entendre que le mépris, cette suffisance,  équivaut à se lancer à la dérive.  la queue entre les jambes, bafoué des rejets,  sujet de la médisance, bandeau d’une momie qui cache les squelette.

 goodgrief

Courir

Je cesse de courir .

Je coure dans les bois depuis vingt ans déja si longtemps que j’avais oublié que je courais. Du moins j’imagine que je coure car je présente tous les symptomes de l’homme en course, le halêtement, le brouillage de la pensée, la hâte. Tout semble néanmoins immobile et cela procurre un sentiment de révolte. Pourquoi tout demeure t’il inchangé ? et ce malgré l’épuisement. La distance. N’ai je fait que multiplier les pas dans la même direction ? Sans qu’il n’y ait de sens ni que l’enthousiasme ne se transforme en paysage. Ni la force de la pensée. Ni l’apaisement.

l’immobilité nouvelle me glace.

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renoncer

Les successions trop bien connues des doutes quand les questions se dissolvent dans des scenarii de dialogues platoniciens . Les peurs des mots fantasmés sont un poil trop court et une  répétition nocturne des coups de marteau sur le  jour, suis-je une enclume ? je résonne du creux des chocs d’un tournoi, d’une abdication, des méandres alluvionaires, de la somme mal formulée des coups de triques bien après que l’aube a repoussé les draps.  Des jours entiers à retirer. C’est que la nuit sans somnambulisme il nous manque les gestes et la précision pour bien se faire comprendre.

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désaccord

Les autres lisent tous les jours le même journal et ferment doucement la porte de chez eux pour se retrouver dans la rue. Ils ont fini par l’appeller par son nom, accrochés aux fils il n’y a pas de banderolles ni de rubans  elle n’est pas grise, n’a pas de couleur, il y sont chez eux. Depuis toujours à leur matin, le bus rouge, la file d’écolier et le mendiant qui s’est remis à boire. Il fait froid et j’ai mon air ennuyé, je ne suis pas content et l’air fouette.

Christian Dotremont
Christian Dotremont

Avant le jour

Le ton est donné. C’est entre les heures du réveil que sans bien comprendre, on laisse s’échapper, quoi, toute la question, et l’esprit ver se met à tisser des liens pour une belle couverture, fil d’Ariane soudain cassé; survient l’éveil

et tout autre chose.

feuilles séchées

Les couleurs jaunes

fumées

séchées

tombantes

des feuilles craquelantes restées accrochées

aux arbres d’hiver

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mixed feelings

Mais maintenant si je devais laisser parler ce que ma vie voit sans ton humble

si je devais laisser articuler ces droles de pulsations qui comme des poils poussent comme des mots

ou en serai je

et que dirai je

si je poussai un peu

j’enlèverai toute la ponctuation

et ne chercherai pas à expliquer, causer, circonstancier

pas de mais pas de’ou et pas de donc ni de or ni de  car

pas d’image

seulement quand je marche le bruit de mes talons

je laisserai aller ce vau l’eau  plus eau que le ruisseau

c’est me remettre en route so it seems

sans attente le menton et le nez en l’air et l’eau dans les tongs

je ne dis rien ne veux rien dire ne vaurien ne sais rien

que ce qui est rentré sous la peau

et tangue et insiste et remet  une fois de plus le cheveux sur la langue

sans rien dire

le faux pli de mon pantalon  et mes lacets sont défaits

enrayé je ne m’arrête pas

volaillerie

Une oie qui crie empruntant tout le vocabulaire de l’idiotie

voila comment l’on me voit,

la jacasserie du poulailler qui a réussi me pousse vers les bras de la fermière

qui tient l’entonnoir

ou le couteau à découper

la volaille crie excitée de me voir disparaitre dans la soupière

Canailles ….

je les regarde de travers avant de disparaitre dans le court bouillon

Sans commentaire aucun que de décrire l’événement

de façon la plus détachée qui soit il n’y a rien à rajouter