plus que la présence le choc violent de la pluie a interrompu la nuit
elle s’est mise a déverser un flot d’insultes, de coups bas elle était aidée par le vent
elle a essayé de m’atteindre dans mon sommeil et de fait je me suis réveillé
j’ai bien compris qu’elle m’en voulait d’ailleurs le rêve m’avait prévenu
Elle a tout inondé et j’ai du éponger
Un regard extérieur qui n’aurait pas été prévenu et réveillé par la pluie
n’aurait pas crié à l’assassin, tant de violence ne peut être fortuit
il aurait simplement fermé la fenêtre et bien sur, épongé.
Mes amis me diront « pense à fermer la fenêtre et ne laisse pas tout ouvert
J’aimechargement…
Suppose qu’elle ne te regarde jamais ou pas,
suppose que la lumière du jour ranime ce feu éteint qui brûle dans l’ombre,
que tu ais froid, feu froid, my boy,
que tu ne respire plus
que tu t’éteignes sans orbite
ayant banni l’amour, qu’à jamais disparue la ligne des lignes de ta main se détache
ne t’enflamme plus
visage évanoui que tu recouvres de tes cheveux
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Alors que je m’apprêtais à geindre, sans doute fatigué ou déprimé quelque chose dans la journée d’hier et qui me tient à cœur m’a mordu les fesses. J’ai eu un haut le cœur, j’ai sursauté. Se mettre en orbite, impulser un mouvement décisif et puis quand tout tourne pourquoi ce silence soudainement qui accompagne mon regard, no doubt il y a une rougeur et si l’orage est à l’extérieur même mes jambes flageolent et ne se montrent pas à la hauteur, mon sens de la dérision efface la tristesse et je reste sur les belles choses dites.
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Suppose qu’elle te regarde
ou pas,
elle est nue dans la vase
la rivière
éteinte qui brûle dans l’ombre,
comme la lumière
ce feu des hanches
ne retient plus l’eau
devenue lézard s’échappe de la calebasse
perd sa queue
l’eau est feu froid,
il ne faut pas que tu ais froid, my boy
ayant banni l’eau, la digue,
qu’à jamais disparue la ligne
de ta main se détache
flamme comme un oiseau dont tu as les plumes
ne t’enflamment plus
visage évanoui
deux traits que tu recouvres
la raideur triste
de tes cheveux
La voix mise en scène quand elle se met en transe semble ne plus obéir à un commandement antique qui la voulait porte-parole ou medium de la communauté
Mais la pensée du répons si fréquente dans les terres africaines et la diaspora, ailleurs dans les franges de l’oralité indienne ou rapeuse ne pervertie pas l’écho
où participer est l’écho de la voix privée de personnalité dénuée d’exemplarité rendue à la ville et à ses méandres comme les rues qui s’allument ou les blocs d’immeubles qui engouffrent, aléas des parkings
happening veut dire que sans temps l’événement à lieu comme un autre dans un lieu ou un temps
Parler est comme manger
que la voix suit initie un mouvement qui retravaille ce lieu sans temps ce temps sans hommes et qui est l’écho d’une remontée
celle-ci en prend le rôle, pas plus démiurge que poète car elle récuse le terme s’évertue à souffler, Matana me semble exemplaire bien plus qu’Anne qui s’évertue
que je trouve bien plus intéressante à lire dans ses méandres ou le mot perd la coloration d’événement hors du star système,
Ce n’est plus parler mais couler dans le filet d’eau aussi mémorable que le caniveau après la pluie qui pourtant tous les jours quand il pleut répète sa performance
comme un rituel nécessaire du à la vie de ceux que rien ne réuni hormis l’occurrence de la pluie
A l’entendre elle copie, s’inspire, elle charge des pelles de scories d’égo, s’habille de vêtements et met un chapeau comme pour dénoter ne cherche pas à capter une vue d’ensemble
personne qui remonte non avec humilité de la vie d’un qui reviendrait prendre un flambeau laissé mais de celle qui pour un temps confond les jours avec la charge triomphale quitte à ne pas se tromper tout à fait
du moins je le sens ainsi face au public et non dans le public, simple échange de voix alors qu’il faudrait du liant pour que la sauce prenne
voix qui se prêterait au chœur et lui fait face elle avance vers sa répétition,
à peine relais, volcan des scories de l’égo qui ne dicte plus et qu’on ne sait pas suivre,
Pourquoi pas Annette ?
Pourquoi un chaman si on ne sait si on ne veut guérir
C’est pourquoi je fais confiance au medium de l’esprit qui va chercher le matin la ligne qui désarticule l’organique et la rend à l’anonymat par une abstraction désincarnée mais que l’on peut reprendre
je préfère laisser la trace creusée de l’écrit lentement creuser sa mythologie, résonner de l’eau qui y coure mais à condition que lui non plus ne cherche pas à se donner en maitre et accepte la saine et lente, l’humble relecture où l’on distille les traces des petits événements de la pensée dans les réseaux de la fusion de l’esprit.
Perdue car quand ré ouvrira-ton le livre, peut être perdu et délaissé sans importance dans la vague des jours
Mais comme la voix anonyme charge encore des tonnes des possibilités, appelant la mémoire et l’imagination où le mot provoque ce retour à la ligne mais dans la langue.
Une phrase sombre à l’intérieur d’elle même
l’ombre cette extinction de voix
cette toute lumière scintillante
Paradise lost
sous la paupière et la bouche fermée
Un visage s’est écrasé
les fruits rouges dans le ciel
ont taché la nappe
les lignes se sont brisées cela n’a rien d’essentiel
juste un brusque changement dans les directions des vents
chauffé à l’hélium survolant l’Atlantique
soudainement s’est disjoint
Il y a ce nez et ces ruptures qui ne signifient rien
maintenant les morses
et ce ballon rouge au milieu de la banquise
Largement comme porteur d’eau au désert sur le visage est un périple bleu fait d’ombre qui revient à l’ambre
Couleur de sable et plutôt lumière c’est un vitrail et non une mappemonde
Il y a les hauts faits sur la barre du front et les crevasses qui entassent le vécu couches du passé et le repassé qui commence à craqueler
Les touches de la touffe qui ont été amoureuses et le vent froid du désert blanc
Dans les fissures dans les abris des petits tas l’ocre des entailles dessinent le visage
tout comme posés pour un temps
Temps que le vent les disperse et tant que la pluie ose.
Qu’y a t’il de si magnifiquement apaisant à saisir à deux main un visage et l’approcher de soi, la main et le visage si proches à ce moment là le visage ne se contemple pas et se détache presque de soi où il se sait planté, le corps, la certitude, la psychologie, la relation vient rompre ou cueillir comme une fleur le simple fait de s’approcher, mouvement lent des sens et du toucher, l’haleine et la rugosité des mains corps de brune et parfumée si ce n’est la douceur, la prescience et la confirmation que l’immobilité solitaire et son angoisse a cessé, le portrait est flamboyant mais l’œil est apaisé, il est calme et complice, il sait qu’il ne risque plus rien.
Portrait of Kitty , David Bomberg (c) DACS; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Dans le cas contraire tout se fait flou et pesant, aucun nom ne conforte mais là dans le calme il y aussi ces moments et ces endroits ou la spatule est allée vite à grands traits pressée de soupeser hors de l’aléatoire les zones tendres qui lui sont permises, de la robe, de la bouche, de là où poser la main, le doigt et la pression douce, le visage est resté mystérieux, dans un visage et sans pluie, sans ces grandes allées et ces trainées de suie qui font craindre, de disparaitre.
Il y a vingt ans ,j’imaginais pour les décors d’une pièce de Tennessee Williams
des murs bleus aussi viciés que les vies allumées des voitures, des vies qui ne pouvaient manquer de se perdre quoiqu’on fasse et sans mélancolie ni sans l’aide de la bouteille, il fallait s’en tenir éloigné, tout était immobiles seuls les acteurs s’agitaient
j’avais peins cette fresque non par désespoir ni pour tromper le rouge mais parce que j’avais des souvenirs et que la campagne ne me consolait pas
les ravages d’un visage un mur que l’on ne peut repeindre, une madone de Bomberg ce n’est pas la pluie ce sont les jours qui s’éloignent je ne parvenais pas à la grisaille, je m’accrochai à la lumière pendant que leur voix tombaient
Bomberg encore, un nom , une ville,
Kitty 1929 David Bomberg 1890-1957 Presented in memory of the artist by Mr and Mrs J. Newmark through the Contemporary Art Society 1981 http://www.tate.org.uk/art/work/T03263
sont devenu opaque comme une photo qui s’éloigne, un marée moins haute que le sédiment les jours sans bords, sans fond, sans couleur
parce qu’il fait nuit tôt en hiver, la lumière une lampée de beau whisky un reste d’ambre quand ils passent sous les phares
ils pouvaient se rencontrer sous un lampadaire dans un flou, sans effets de drame à l’abri des ghettos dans une ville anonyme mais ce qui ne changeait pas c’était la pluie sous la pluie accrochées aux manteaux des phares il y a les vies aussi inspirées que les balais des essuies glaces
la voix caverneuse le halo des phares sous la pluie il y avait la crasse des jours sous le fard
ils n’avaient pas de visage, nous étions leur masque
moi le décorateur, à grand coup de brosse de peintre en bâtiment repeignant les murs et y laissant la trace des dialogues et les pleurs, la solitude accrochée au mur, délavée , eux les acteurs trouvaient cela dur, terriblement mélancolique
pour conjurer le sort nous parlions de lumière et de nature, de pique-niques à la rivière mais la ville se rapproche, il aurait fallu ne pas faire attention, écouter la musique de plus en plus fort et ne pas regarder en arrière, insensible et sans plans, sans idées grandioses de l’homme, ni petites, ni rien, se toucher immobiles
Il allait falloir s’en sortir faire comme si la pluie n’attachait pas.
parle moi comme la pluie, décors pour Tennessee Williams et une pièce à écrire