Pernambouc

en avant dans l’avant

la bouche

en

dedans des boucles

d’or

lumineuse orchidée

ou accordéon fatal

mes jambes à mon cou et les cheveux comme embarcation

je flotte

bois vif  la fibre repose

gratte sur la planche qui surplombe l’eau

© photo Fiona foley

lambi de l’onde l’eau goutte et le filet engorge

en rond le son spirale éparpille le sens comme les gouttelette dans  la mer

en bleu femme le flanc de l’indigo

ta caresse peinte sur la fleur

la tige nourrie des sargasses

à l’endroit de l’envers resitue bien la spirale

exténuée de paraître un jeu sans fond

là où le bleu est si profond que tu ne vois pas sa queue

se reposer au fond de la grotte

rauque les écailles sont des  grains d’or perles à mes oreilles

tu te parfumes pour m’entrainer dans les abîmes de la confiance

quand vers le soir ma foi laisse échapper les vagues

rauque

j’embrasse à plein vent ton écume et je m’allonge pour m’en être saisi

les embrasements de ton rouleau m’illuminent

je jette à ta face les cauris de ma peau comme les mors de lumière

quand tendrement  je m’entoure de ta violence

que je me jette dans les flots bleus de ton champs

agenouillé sur la roche

l’océan m’emporte et engouffre le corps dans les viscères de la mer

rauque

je me laisse couler

pour m’en revenir ruisselant d’or

patauger dans la mare ou recueille le troupeau

brin superficiel aspirant l’étouffement

© photo Fiona foley

credit photo Fiona Foley sur Artguide.com Australia

Les inspirations se rejoignent, et se fertilisent, l’artiste aborigène Fiona Foley dont les photos me conduisent entre deux fils d’océan à la grotte de Yemanja,  divinité du Brésil noir et dont les courants de manière incertaine ramène les effluves du cap-Vert, archipel de feu, fille de l’Afrique, juste voyage en retour que les courants marins ne cessent de prendre et qu’il suffit de chevaucher, le Roi d’Afrique ne l’a t’il pas fait ?

l’eau- (flots

et puis si au bord de l’eau et si les flots,
les femmes tendent leur beauté comme un reflet
potentiel leur ventre qu’elles veulent arrondi

à l’eau

que leur chevelure ondes aux algues qui peuplent l’océan
aux flots même qui chevauchent comme la chevelure
le dessous de la magie sur lequel submerge l’amour

immense
si le corps si dense enveloppe la chair
et vibre la vie libre
si l’air enfle les robes
invisible
tournoie dans le sens inverse à la corvée
regard tournée vers l’eau de l’intérieur
richesse des gestes de tous les jours
et le don du corps à la fécondité

embrasser les flots qui déterminent
la jouissance et la puissance
relatent
le rite des corps à corps
histoire histoire
et les lèvres offertes

© Ivã Coelho

et le blanc rappelle l’écume à la mort
livré au vent qui se démène à la vie
la métamorphose de la gestation
l’océan est femme
au couchant l’argent
libère la poussée

tournoi des flots
on y voit l’immensité
réverbérée dans les yeux
immense de la présence

noire
au grand bleu de l’eau
ou se croisent toutes les couleurs
l’âme et les étreintes

© Ivã Coelho

et tout l’or dans le blanc
dans le fracas sur les roches et le cliquetis des bracelets
l’éclat solaire des perles et les colliers ramènent la spoliation à la terre
en appelle au soleil

énumération des vagues
surplis sans fin de l’arc en ciel des colliers
aux couleur de l’amour
ambre et rythme de tambour
comme les coups de l’enfantement

la gestation
qui enfle
humidité alliée à la folie solaire

un chant invocatoire
cette pulsation
s’énumère en beauté

dans le noir et le blanc
la peau

une résidence

une offrande ramenée des floraisons

offerte aux labour des vagues
au calme plat de la surface
à la chevelure
surgissante
cheval marin caressant l’air
pulsant comme la chair

l’esprit y est
qui ramène
aux fonds des gouffre
la prière
la ferveur
la femme essentielle
incantation
génitrice de la boucle en retour

© Ivã Coelho

© crédit photos Ivã Coelho

l’eau ) -les sources

© Patricia Carmo

à découvrir sur Flickr (http://www.flickr.com/photos/patriciacarmo/)

en résonance multiple

le bateau passe, ce sont sans doute les  pêcheurs ou est-ce cette navigation de cabotage le long des cotes, délaissant les grands fonds ceux des gouffres et de la traversée,

es tu jeune fille sur ton parterre de rose, roses blanches comme l’habit voile blancheur que tu as ôté, sur lequel tu reposes de la fatigue des grands vents, chevauchées de la flotte s’il faut être bref et que vogue la coque, l’aile de tissus ne vole plus, es tu endormie Sirène, fille de Iémanja égale de MamyWata , d’où ta féminité s’ouvre coquillage ou baiser dans ton sommeil les lèvres ensemencent entre les vagues et les fleurs que le bateau à l’entrave repousse, coupant en travers des courant qui mènent à Praia, de l’ovale le long de tes cils apeurée sur le sable où battent les paupières,  la larme vers l’eau ouvre le passage aux eaux de l’enfantement, l’océan, peut être que tu contemples s’embrume dans la largeur.

Tu as les cheveux parfumés de roses et la peau apaisée en écho à la roche, là où l’on a encore pied, personne n’oserait s’aventurer plus loin là où plonge l’irrémédiable, où commence dans le chant vertical des hirondelles marine la douceur au large la tempête là où échouent les colliers des chants, les noms allongés comme le bruit des bois fort serré en toi comme dans les veines des couleurs se reposent réconciliée en blanc le noir comme une découpe des personnages de papier, comme la taille cordiale des vies dans la planche et encrées d’autant de tons qu’il y a de gravier au sable où ton corps se confond, racontent les histoires que les bouches n’ont pu taire et que la poésie rencontre.

© Patricia Carmo

le sens d’un battement et le sons des cloches

La tabaroinha (la paysanne)

C’est le pays qui s’étend et s’éprend du réel, se tend dans la nécessité de ce qui est – le pays est fait de ce que l’on a laissé et que l’on retrouve  mais qui surprend car plus du tout ce à quoi l’on était habitué, quand même les mots que l’on avait pour désigner pierre forêt rivière, lenteur des flots , profondeur lumineuse de l’océan, terre et plantes qui renferment les vertus, la mort et la maladie – sexe et langueur, tous les mots dérivent et s’accouplent aux nouveaux, indianité surgissant de l’inconnu, la forêt, qui a toujours recelé les fils les plus inexplicables, case de végétal en géométrie opposée à la luxuriance, ici l’or est de lumière et la chaleur la transporte, la moiteur et la sècheresse en fond un habit que l’être habite.

la tabaroinha, c’est celle « qui sort de chez elle et se mêle au monde mais sans perdre son essence ». Et c’est exactement ce qu’a entrepris Mariene : partir à la conquête du Brésil sans perdre son âme bahianaise.

(selon Afro-Samba)

l’œil renonce, d’abord parce qu’il y a beaucoup trop d’or, que la femme semble sortir d’un monceau d’or elle-même,  qu’elle sème au vent, jeu tactile de mots comme « s’aime » , l’or reste sur la peau comme une sensualité à fleur et la voix grave qui parsemée à la peau aime l’envie du monde, sa dure prégnance, on le verrait s’éparpiller et rejoindre l’âme des terres et du feu tapi si on prêtait attention mais comme on n’y prête pas attention on ne voit que le corps d’une femme parée d’or, l’or déjà de la peau, giclé du vert de la forêt et la plante, l’ocre du chemin, mais qu’éclaboussent les flaques de la boue tropicale et la voix recouvre le goudron le bruit mauvais et les tôles de la ville, sans qu’on y prenne garde, qu’on ne le chante, les troncs, entremêlés où hôtes les lichens et la mousse, caresse anthropophage du monde au monde là où le monde s’efface c’est l’esprit qui rit ou rage ou pleure, maladie, accouplement ou danse de joie du corps qui s’apprête de tout un vert , ce pourrait être cauris et plumes, chants et becs , cimes et ras des feuilles, tiges et or de la lumière , on ne sait plus rien de ce  que l’on voit et c’est pour cela que dans ce chant se retrouve toutes la parure des profondeurs, venues d’où ?

Le chemin se perd mais est là à chaque pas, accent des beaux mots d’épices, couleur et étincelle de l’étreinte recueillie dans la paume et jetée sur la peau qui rejoint les profondeurs dans les veines de cet œil qui jouit, dorénavant, rejoint les ouvertures du monde et la voix lascive creuse, entoure comme un habit sacerdotal la peau et s’empare de l’âme en la retrouvant, en fait les mots sont peu, primordiaux et choix cordial, ils font écho , en litanie, feuille remontée d’une décoction d’écorce, le long prolongement de cette coulée de vie, l’on sait que c’est là où l’écho veut en venir, à ces tous premiers débuts où sur le front perlé et porté sur les épaules un tissage de mille fibres répétant tous les passages, devançant les croisements des mondes, ici se retrouve dans la douceur ce regard qui d’or se mêle au vert dans une lumière d’eau ou de fer, sure de l’angle et riche des chœurs qui prolongent.

L’or clique et c’est toute la nature qui se met en branle, dans la voix intime de ce corps, la ville, corps que l’on ne voit que lorsque le chant se lance et qu’on est pris, que l’on ondule et que l’œil ne voit plus rien, pris dans l’amour et de ce fait chevauche l’indiscible présence

blancheur du noir la lumière est tout

je sais que vous ne m’écoutez pas, que vous ne l’écoutez pas, que vous cherchez des significations, oh il y en a, des subtilités sémantiques là où le mot invite à la danse, la danse qui n’est que l’inséparable de l’âme à la vie, il suffit d’un refrain, sorte d’obstination à se maintenir enfin en face , dans les yeux que tu ne vois pas et qui regardent, en face le creux de ton orbite et t’attire, t’enjoins à te taire. fort de l’épaisseur du chant, puits creusé dans l’humus de la forêt, chemin qui mené à la rive vers la rivière

… apponte

Samba de minha terra (coin coin coin) des souvenir d’étoffes se meuvent, mouvement immobile dans un mot incantatoire, le mot est ce qui est pris et lance ce qui contient tout  et qui vole comme la liane se colle à l’arbre et que l’or agrège, or du soleil ou de l’air, atome précis issu de décomposition du tout venant, venant du tout , du tout qui vient , présent de l’indicatif dans notre langue et qui se suffit d’un mot-là : va ; on est pris sur la pointe du temps comme la salive perle sur la langue et qui chante s’enlaçant de tout,

vaillance hypnotique,

elle rejoint, d’où son sentiment de lascivité, qui n’en est pas, ce n’est que rythme et puissance de l’invocation, certaine de ranimer le sol sous ses pieds et la chevelure sous la coiffe, à l’air libre, la seule chose qui braille et qu’elle porte,

rien qu’à dire  » Bahia  » ba hi A ,  pris dans ce qui nous prend, esprit des orishas, sens à fleur, gisant de l’eau, prédominant de l’être au sol qui prend soin et n’insulte pas, prend dans le sens la prise et là s’arrête ce que l’on en peut dire, l’écoute et le tourbillon de l’énergie dans l’arrière , à l’intérieur, à fleur d’âme, deus, est à l’œuvre et le pays résonne, le pays de tout ce vif, on pousse une porte que l’on veut bien laisser ouvrir et le chemin des plantes avance dans la ville ou à l’orée vers ce jardin ou lignes des forêts des arbres, ils y habitent et la science ancienne des plantes,  peau vieille qui brille sur l’or, pigment laissé à l’eau vive et que l’air transporte et que les tambours portent

la robe blanche entoure de son mouvement l’éternelle bonne volonté de l’eau

* pour une lecture enrichissante et mieux connaitre cette chanteuse bahianaise, des articles sur afro Samba : Mariene de Castro, l’esprit de la forêt et Mariene de Castro, sans perdre son âme de Bahia

le pli de l’air

 

Issu d’une résidence au brésil ce livre libre me semble regarder de son oeil plissé l’irrationnel se glisser entre les ombres et les lumières du vivant, sans poétiser, presque en récusant la forme poétique pour mieux l’installer au coeur, de ? qu’est ce que cette écriture ? une vue, un rendu compte, un marmonement, le surgissement de l’invisible dans la conscience et l’émergence du réel, solide, brut et dérangeant presque par son vulgus, bruit, donc , ou les conversations des inverses, bruits inaudibles du réel car il y a sans doute plus à entendre de ce qui est dit dans le réel bruyant mais finalement dense comme une pierre, et ce silence si bruyant, mais le mot ne convient pas, musical, infiniment musical et plongeon dans les polyphonies secretes de la foret, des être à la tension des ondes que l’on nomme magie et de l’intériorité,
 le pli de l’air,
 serait-ce ce point ou tout se fausse et ou tout apparait dans les prolongement et les retranchements du réel , car nous sommes au dela du visible et de l’invisible, audible, criant muet, improbable frontière qui n’est qu’un pli, je ne sais pas bien , mais le livre qui se déroule ou s’offre  un peu comme un pli, pli comme un glissement de terrain ou courbe multiple de la réalité, tout cela dans la plus grande simplicité apparente,
ce n’est pas si simple de voir mais est ce voir, le réel dans la chaleur de la multiplicité, ou rien ne semble fixe
métamorphose uniquement à l’oeil mais est ce l’oeil, qui fixe alors que tout coule entre envers et endroit, vilain mot, pourquoi droit, tout me semble mouvement, il faudrait préciser mais le peut on à vouloir laisser libre, autre mot pour insaisissable, le vrai est ce dans cette attente inlassable?
est-ce bien le texte ou est ce moi qui prolonge, m’empare de cette évocation, à tout prendre et rejoins mes rives …
un livre ou l’on revient, revient, comme vers un lieu où l’on attend
où la vie et les vivants manifestent

note , » Le pli de l’air » d’Erwann Rougé

lecture d’antoine Emaz (http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/07/le-pli-de-lair-derwann-roug%C3%A9-lecture-dantoine-emaz.html) à lire pour une autre approche

page de présentation d’Erwann Rougé , poète essentiel à mes yeux : http://www.artpointfrance.org/Diffusion/rouge.htm