La tabaroinha (la paysanne)

C’est le pays qui s’étend et s’éprend du réel, se tend dans la nécessité de ce qui est – le pays est fait de ce que l’on a laissé et que l’on retrouve  mais qui surprend car plus du tout ce à quoi l’on était habitué, quand même les mots que l’on avait pour désigner pierre forêt rivière, lenteur des flots , profondeur lumineuse de l’océan, terre et plantes qui renferment les vertus, la mort et la maladie – sexe et langueur, tous les mots dérivent et s’accouplent aux nouveaux, indianité surgissant de l’inconnu, la forêt, qui a toujours recelé les fils les plus inexplicables, case de végétal en géométrie opposée à la luxuriance, ici l’or est de lumière et la chaleur la transporte, la moiteur et la sècheresse en fond un habit que l’être habite.

la tabaroinha, c’est celle « qui sort de chez elle et se mêle au monde mais sans perdre son essence ». Et c’est exactement ce qu’a entrepris Mariene : partir à la conquête du Brésil sans perdre son âme bahianaise.

(selon Afro-Samba)

l’œil renonce, d’abord parce qu’il y a beaucoup trop d’or, que la femme semble sortir d’un monceau d’or elle-même,  qu’elle sème au vent, jeu tactile de mots comme « s’aime » , l’or reste sur la peau comme une sensualité à fleur et la voix grave qui parsemée à la peau aime l’envie du monde, sa dure prégnance, on le verrait s’éparpiller et rejoindre l’âme des terres et du feu tapi si on prêtait attention mais comme on n’y prête pas attention on ne voit que le corps d’une femme parée d’or, l’or déjà de la peau, giclé du vert de la forêt et la plante, l’ocre du chemin, mais qu’éclaboussent les flaques de la boue tropicale et la voix recouvre le goudron le bruit mauvais et les tôles de la ville, sans qu’on y prenne garde, qu’on ne le chante, les troncs, entremêlés où hôtes les lichens et la mousse, caresse anthropophage du monde au monde là où le monde s’efface c’est l’esprit qui rit ou rage ou pleure, maladie, accouplement ou danse de joie du corps qui s’apprête de tout un vert , ce pourrait être cauris et plumes, chants et becs , cimes et ras des feuilles, tiges et or de la lumière , on ne sait plus rien de ce  que l’on voit et c’est pour cela que dans ce chant se retrouve toutes la parure des profondeurs, venues d’où ?

Le chemin se perd mais est là à chaque pas, accent des beaux mots d’épices, couleur et étincelle de l’étreinte recueillie dans la paume et jetée sur la peau qui rejoint les profondeurs dans les veines de cet œil qui jouit, dorénavant, rejoint les ouvertures du monde et la voix lascive creuse, entoure comme un habit sacerdotal la peau et s’empare de l’âme en la retrouvant, en fait les mots sont peu, primordiaux et choix cordial, ils font écho , en litanie, feuille remontée d’une décoction d’écorce, le long prolongement de cette coulée de vie, l’on sait que c’est là où l’écho veut en venir, à ces tous premiers débuts où sur le front perlé et porté sur les épaules un tissage de mille fibres répétant tous les passages, devançant les croisements des mondes, ici se retrouve dans la douceur ce regard qui d’or se mêle au vert dans une lumière d’eau ou de fer, sure de l’angle et riche des chœurs qui prolongent.

L’or clique et c’est toute la nature qui se met en branle, dans la voix intime de ce corps, la ville, corps que l’on ne voit que lorsque le chant se lance et qu’on est pris, que l’on ondule et que l’œil ne voit plus rien, pris dans l’amour et de ce fait chevauche l’indiscible présence

blancheur du noir la lumière est tout

je sais que vous ne m’écoutez pas, que vous ne l’écoutez pas, que vous cherchez des significations, oh il y en a, des subtilités sémantiques là où le mot invite à la danse, la danse qui n’est que l’inséparable de l’âme à la vie, il suffit d’un refrain, sorte d’obstination à se maintenir enfin en face , dans les yeux que tu ne vois pas et qui regardent, en face le creux de ton orbite et t’attire, t’enjoins à te taire. fort de l’épaisseur du chant, puits creusé dans l’humus de la forêt, chemin qui mené à la rive vers la rivière

… apponte

Samba de minha terra (coin coin coin) des souvenir d’étoffes se meuvent, mouvement immobile dans un mot incantatoire, le mot est ce qui est pris et lance ce qui contient tout  et qui vole comme la liane se colle à l’arbre et que l’or agrège, or du soleil ou de l’air, atome précis issu de décomposition du tout venant, venant du tout , du tout qui vient , présent de l’indicatif dans notre langue et qui se suffit d’un mot-là : va ; on est pris sur la pointe du temps comme la salive perle sur la langue et qui chante s’enlaçant de tout,

vaillance hypnotique,

elle rejoint, d’où son sentiment de lascivité, qui n’en est pas, ce n’est que rythme et puissance de l’invocation, certaine de ranimer le sol sous ses pieds et la chevelure sous la coiffe, à l’air libre, la seule chose qui braille et qu’elle porte,

rien qu’à dire  » Bahia  » ba hi A ,  pris dans ce qui nous prend, esprit des orishas, sens à fleur, gisant de l’eau, prédominant de l’être au sol qui prend soin et n’insulte pas, prend dans le sens la prise et là s’arrête ce que l’on en peut dire, l’écoute et le tourbillon de l’énergie dans l’arrière , à l’intérieur, à fleur d’âme, deus, est à l’œuvre et le pays résonne, le pays de tout ce vif, on pousse une porte que l’on veut bien laisser ouvrir et le chemin des plantes avance dans la ville ou à l’orée vers ce jardin ou lignes des forêts des arbres, ils y habitent et la science ancienne des plantes,  peau vieille qui brille sur l’or, pigment laissé à l’eau vive et que l’air transporte et que les tambours portent

la robe blanche entoure de son mouvement l’éternelle bonne volonté de l’eau

* pour une lecture enrichissante et mieux connaitre cette chanteuse bahianaise, des articles sur afro Samba : Mariene de Castro, l’esprit de la forêt et Mariene de Castro, sans perdre son âme de Bahia

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