Commence à laisser sa pensée agiter ses doigts qui aspirent plutôt à toucher, laisse la sensation filer le guider dans le  mouvement, la peau guide dans les influx il y a toutes les couleurs qui lui parviennent mais ce sont les yeux qui réfléchissent

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(c) Tilly Losch par Trude Fleishmann, 1925

L’étincelance comme une voie de lait sur le corps, un tissus la recouvre de ce qu’il faut voir comme une robe légère et fine. Subtile est soumise à la souplesse et la musique partout perceptible tant en elle se rapproche – s’éloigne – Que sont les étoiles des points lumineux qui crient légèrement à la base de l’univers –

pour moi la connexion entre un être particulièrement sensible, une multitude de faces ou quelques unes, la danse, l’amour, le mouvement, l’odeur de la sportive, la beauté de l’amante et la gourmande, dans son regard l’envie de dévorer la vie, salons de vienne et modernité des gymnases et c’est pourquoi elle danse, aime, succombe à la beauté et la vitalité, anime – elle, photographie, dans son objectif la lumière dans le véhicule de l’énergie résume l’instant présent et capte dans l’objectif l’essence de la métaphore qui de fait n’en est plus une, non plus comparaison et équivalence mais tension d’une connexion ce par quoi elle et le monde sont liés

elle sent sous ces pieds remonter le voile vers la nuque les ailes et les allées de la subtilité et puis cet enthousiasme silencieux qu’est le visage, les yeux et les capteurs qui s’allument, lumière de la beauté Être  fredonne quand tu marches, envols et éclairages,  pour l’instant la danse  se laisse extasier et la caresse dans son corps est enveloppée de la nuit et elle boit les étoiles

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Trude Fleischmann-the-dancer-niddy-impekoven-vienna-1927

Notice sur Tilly Losch
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Trude Fleishmann
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 Ici, on ne peut compter que sur les mots pas les chiffres ni les couleurs. la soif d’amour au bas du ventre trouve que c’est peu. elle voudrait emprunter d’autres chemins comme la vase de l’Amazone avec ou sans la majuscule, la vouloir majestueuse ou trash un peu de ses cheveux dont elle bande son arc cache son intention mais elle s’écoule, d’abord en moi par grande secousses inondées et puis la pluie  la lumière rameutée par le vent, musique quand elle parle je l’écoute comme le peut tout un chacun, j’ouvre, je referme j’entrouvre la fenêtre, à travers la vitre j’écoute, je sue sang et eau m’écoule dans la pluie délavé   dans mes poches autant d’or que mes bourses peuvent contenir d’eau .

(c) Satsuki
(c) Satsuki shibuya

Il s’agit d’être libéré sur le monde, accidentellement fluide et trébuchant sur ce qui fait trébucher, emporté par le courant mais non jonché coincé et la cohorte des explorations qui va avec, la litanie des points brisés ce n’est pas être libre c’est être emporté par son mouvement et la suite des conséquences, alors un seul influx dérive une dérive.

image pour retrouver une force (c) Brigid Watson
image pour retrouver une force (c) Brigid Watson

La peur qui espérait retenir la folie de n’être retenu par rien a fini par devenir aussi verte que les algues par le fond, ce qu’elle retient s’est laissé porté sans pathos par le courant sans juger de rien ni être détenu ou alors temporairement le temps que les accroches cèdent et que les points obscurs de la tristesse s’effacent devant la cavalcade.

Autre verbe, importer, de porte, porter mais agir à un coté plus dynamique et décisif

La peur qui espérait retenir la folie de n’être retenu par rien a fini par devenir aussi verte que les algues par le fond, ce qu’elle retient s’est  laissé porté sans pathos par le courant sans juger de rien ni être détenu ou alors temporairement le temps que les accroches cèdent et que les points obscurs de la tristesse s’effacent devant la cavalcade.

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Il y a ces points d’acuponcture que je lie à la couleur et sous ce voile toujours la question de l’incertitude, ces yeux qui se posent pendant mon sommeil, ce besoin dans ma gorge sèche d’un peu de sa salive  soit de cette sève pour un peu plus de vert de quand je la vois et resplendis, c’est dire mon épanouissement ma végétation ma floraison quand je me tourne à la lune, c’est dire qu’elle me fait du bien, que je hurle silencieusement (howl) même si je ne sais pas, si je ne sais rien suspendu à un pan de son visage sa robe safran étalée de toute ma question non pour m’agripper mais pour m’envoler m’envoler toujours me rapprochant car je la confonds avec le soleil, le ciel la pluie et les nuages les tempêtes les coups de gel et ce trou sans fond où je tombe où je m’évanouis je disparais ces moments où je détourne les yeux et que je la vois en dessous comme un cétacé que l’on ne voit plus à la surface et qui est tout au fond sans doute chassant le plancton et qui peut être demain remontera crachant son geyser me dira tout des abysses me mouillera comme une plante que l’on arrose et me redonne vie juste en la voyant s’il y a un sourire, une ouverture dans le visage, un interstice par où je peux me faufiler et tenter de semer mon ivraie dont je ferai mon alcool retrouverai l’usage de la parole.

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(c) René GRUAU, femme au clair de Lune

Peut être que chercher à dérober quelque chose sous le couvert permet de laisser s’épancher, trouver un autre canal pour que s’écoule sans causer de boursouflure d’éclatement  ou de rupture dans le tissus, ce serait une blessure  une taille hors de la continuité , un champs d’épanchement  – alors que ce déferlement ou le juste écoulement sans catastrophe ni digue force le flot que rien ne retient à se voir comme eau, surtout pas une référence quelconque à une réalité qui n’existe pas. H2O pour ce qui ne se figure pas mais tombe en cascade, véritable rhizome de mes journées voila la métaphore. Voir alors qu’au fond il n’y a rien, autre que la résistance à un inconnu que rien ne permet de circonscrire, laisse couler, pas de papier pas de crayon, une digue cède, juste un endroit de crainte qui pousse à la dérive.

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photo perso, sous bois

Pourquoi ne pas parler est se mentir ou comme refermer un rideau sur un pan de la réalité. Mais dire c’est faire entrer dans le système de la réalité de l’autre et de la sienne, une autre réalité qui va effacer l’ancienne, c’est entrer dans une zone rouge. Les mots que l’on utilise dans un poème ou un texte ne sont pas forcément opaques, on pourrait croire qu’ils  servent à cacher tout en révélant un bout de ce que pour de nombreuses raisons on n’a pas envie de signifier avec toute  la clarté voulue. Je me souviens avoir lu un texte de Saïd citant Nietzsche à ce sujet. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le moteur de l’écrivain est ce qu’il ne veut pas révéler. Il faut donc creuser ? La poésie et le langage poétique par son déphasage est particulièrement propice à ce jeu ou à ce glissement de sens. Un texte vaudrait autant par ce qu’il cache que par ce qu’il révèle et les mots par l’ambiguïté lexicale et syntaxique, seraient un formidable révélateur de sens que les glissements permettent d’opérer entre proximité et parallélisme. Il se peut que laisser les mots à bride abattue soit aussi une façon de rechercher le sens, d’ouvrir une porte obscure d’apparition plutôt que de cerner avec une précision lexicale stricte  une « mais qu’est-ce qu’il se cache derrière cet apparemment vide », et puis tout un monde de couleurs et de sensations, d’associations d’idées et de rapprochements compliquent tellement les choses.  Ce pourrait être un appel, une célébration jazzistique dans son essence à convoquer la totalité de la vie dans ses mots, et partant dans son être que l’on espère mettre en partage.Ce que l’on aime dans les parades de la Nouvelle Orléans et cette décision de participer, de s’immiscer dans la session, peut on le trouver dans l’écriture, y a t’il un lieu où se retrouver, un espace où l’appel de l’écriture peut être repris en choeur, par des lecteurs et chanteurs, qui scanderaient , rythmeraient les phrases quand elles s’écrivent sans délai, tout à la joie de lire, je rêve. Il y a bien un décalage et un jeu de dupe.

 Mais au bout d’un moment il est bon d’appeler un chat un chat, laisser tomber l’opacité littéraire et les méandres de l’esprit métaphorique pour, sans détour, exprimer ce que l’on ressent et a envie de dire. Quitte à être clumsy, maladroit, gauche imprécis, insatisfaisant, mais, naïvement ayant envie d’accéder à un bout de vérité, de concret ne plus le lâcher.(pourquoi l’écrire si ce n’est pour le dépasser ou le révéler, le mettre en scène ?)  C’est ce que me semble, Henri Miller tente de faire, autant dans ses superbes écrits où il se raconte, tout au temps présent et à la naïveté de ses aquarelles. Il n’a pas cette hésitation qui est à la base de bien des romans fleuves, quoique c’est peut être toute son œuvre qui s’écoule ainsi.

Rentrer dans la danse. Avoir en tête une phrase à dire et la dire. L’aspect brutal de cette révélation a un effet de pavé dans la mare et nous prive de nager en eau trouble, oui , mais ça ouvre des portes. Alors délibérément dire le mot et voir ce que cela provoque,  tout comme cesser de penser à une femme tout le temps et lâcher un mot de trop, rougeur, embarras envie de se terrer ou sourire gourmand, les choses d’un coup ne sont plus les mêmes, question de perspective, d’ouverture ou de fermeture et c’est pour ça que je ne le lâche pas, le mot, enfin pas directement. Or supposons qu’au lieu de bavarder je lâche le mot que je ne tiens pas trop à dire. Que j’ai le temps de creuser et de dire un deuxième mot et ainsi de suite, et sans regarder ailleurs l’air innocent , je continue comme une mitrailleuse à dire des mots voulus, choisis, assumés. Ce serait comme un aiguillage nouveau.

Mais écrit -on pour affirmer quelque chose de définitif ou bien est ce le processus quitte à s’y noyer, qui nous intéresse. Auquel cas la recette est simple, dire un premier mot et se mettre à tricoter, avaler les kilomètres en resserrant le récit au fur et à mesure que l’on dévale ce paysage. Pendant ce temps là, ce qui pourrait gambader à l’air libre et risquer de se faire croquer à chaque coin de rue par les prédateurs, se terre.  Plutôt réclamer une clarté et une vision athlétique. Il y a un engagement à le faire, une tentative de se cerner, athlétique car elle renforce les chevilles et les mollets et exige de courir pourvu qu’on la mette en pratique, fatigué de l’immobilité mystérieuse et attentive.

Pas de talon aiguille mais un plat du pied noué à une planche en bois  filins de cuir comme pour nouer la jambe à l’air
et moi qui tremble

suis enchâssé
mate la hanche la remontée de l’ineffable juste une tornade
lagune et langue vont de leur long  évidant à la recherche l’un de l’autre cassant la route libérant la houle trouvant le reflux

le full des cumulonimbus
la masse de l’orage ce sont tes cheveux flous un rideau fixe de pluie plonge les yeux dans la nuit
L’esprit tente de s’échapper pesant les arguments pour les arguments contre pas un arbre ne tient dans la brume et il n’y a pas de vent juste une image cherchant des raisons de croire en ce qu’il voit

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je la regarde, je la vois avant tout en sandales lacées comme le calme salé de la jambe
c’est un long mouvement doucement de ses pieds un seul mouvement de ce corps
caresse le sol  prend le temps de survoler on la sent toucher l’eau, la mer par anticipation
sa robe est-elle noire elle est beige ou savane je crois que son dos est un arbre, je l’ai vu aspirer le soleil

corps

 Je repose le livre. Je suis noyé par des mots qui tournent en boucle. Sur eux mêmes, où la page où l’histoire. L’histoire qui est dans le livre et qui est trop loin, comme séparée de la vraie histoire, pas même encore mis en bouche et pendante, indécise, colérique et jouissive, au bout des mots de l’auteur qui vibre. L’autre, l’auteur qui est avant tout penseur et poète (Glissant) a beau ne pas être très clair, ils lâche les mots à bout de bras, les a lesté du passé et de l’avenir, les mots lâchés comme des fauves avec leur charge de dynamique, ouvrir le livre c’est s’exposer car ils sont prêt à mordre et ne sont pas bridés. Ce qui revient à dire qu’ils ont quitté leur condition de mots ils sont explosifs, chacun opposé . C’est un aspect des choses car les éléments du livre sont une accélération. Le livre possède sa propre vie et enflamme ce qu’il touche.

J’écoute la voix de Jolie Holland. Elle me dit la même chose, c’est peut être dans la voix, ou le chant, où l’accent systématiquement tordu ou c’est dans ce qu’elle ouvre, jamais certaine du présent et de ce qui se joue, il lui faut donc ouvrir, comme avec un ouvre-boite et à grand renfort d’énergie. J’ouvre une de mes voix préférée d’aujourd’hui, celle d’Ananda Devi (Pagli par exemple) sa voix, que l’on l’entends et que l’on sent comme une main, des doigts, un regard puissant, ouvre le livre comme une adresse, la voix te pose une question elle ouvre en toi un chemin, elle n’a rien d’impersonnel ni de stylistique, l’apparente poésie n’est que le contour du dessin que les mots empruntent pour aller jusqu’en toi. Sans aucune hésitation ni  prétexte , elle n’en a pas besoin, elle ouvre, inlassablement elle parle comme un tire bouchon en toi.

Cette réflexion n’a rien  d’abstrait , elle m’est venue après ou pendant que je rangeais la bibliothèque me demandant quels livres j’allais faire disparaitre. la plupart des livres racontaient une histoire terminée et fermée en boucle, une histoire bien cerclée sur le temps, un style prenant mais clos sur la narration, sans parallélisme et juxtaposition de deux ou plusieurs temps, caractères ,etc. Il fallait rentrer dans l’histoire pour y etre happé. L’histoire n’a t’elle d’autre existence qu’à l’intérieur d’elle même, pour elle-même et ne peut ‘on vivre à coté, en même temps ou malgré, comme quasiment en dehors.  Les longs poèmes-chemins d’Israel Eliraz ont cette qualité  et bien sûr les scénarios que nous propose David Simon dans the wire et treme , dont je n’ai pas fini d’explorer la magie, cette justement absence de finalité apparente qui est une qualité de ce qui ne peut finir. Comme refusant le confort intellectuel d’une chose se satisfaisant de soi et qui ne soit pas ouverte sur l’infini, ce qui bien sur est le cas, car tout, même formé, défini est malgré lui ouvert et sujet à l’infini, ce qui rend les choses difficiles si l’on veut ne pas s’éloigner de ce sentier, comme tomber sur le bas coté comme d’une falaise. Il faut être raisonnable, c’est celui de Tristram. Je veux dire qu’il faut être fou ou plutot constamment remettre la donne sur la table rien n’est jamais joué, tout continue sauf si l’on sort du jeu. On s’en sent bien mieux et la fausse prétention tombe.

Ne pas être affaire de style, ne pas se refermer sur soi ou le récit,  l’éloignement c’est peut être aussi ce suspens que j’ai recherché dans l’art, ancien ou moderne du Japon, dans cet inaccompli, boucle qui rejailli sur un vide à conquérir, arpenter, clamer car il y a de la promenade et de la feuille qui refuse de se clore dans cette vision de la poésie et du texte ouvert sur le geste de l’en soi qui s’affirme pour ou sans s’emparer. Si la fascination pour l’improvisation, le jazz dont les valeurs sont la vie elle même comme en danse le geste qui suspend l’existence, lui intime de se manifester. Le propos tenu doit fatalement en finir avec lui même pour se survivre, et je pense à la très belle réflexion de L sur la nécessité d’accoucher de ce que l’on porte, le porter déjà, et le passer ensuite comme un présent et s’en sortir grandi, sans que cela  soit contradictoire. On ne peut perpétuellement être gestation et ouvert sur l’inaccompli, de grandes joies s’ensuivent et il y faut une suite, ce rythme, celui des jours et des nuits. La page est constituée de points, de retours à la ligne mais quelque chose refuse de céder et revient continuellement sur le tapis, qu’est ce que c’est ?
Dans Treme, l’écrivain Creighton « Cray » Bernette enrage de ne pouvoir écrire avec la force de ses allocutions sur You tube, mais le livre est autre chose et l’écrivain est ancré sur l’idée que finalement la littérature demande cette maturation, que l’acte d’écrire revêt une importance que l’immédiateté n’a pas car il reste, qu’il y faut une distance (celle de presque un siècle et c’est l’inondation de 1927 qu’il veut décrire), peut t’il malgré lui être moderne et dans son temps en le couchant sur le papier. C’est avec raison et désespoir qu’il parle à ses étudiants de « the awakening » de Kate Chopin , où justement les péripéties et la succession d’épreuves n’ont d’autre finalité que de  rapprocher de l’éveil. C’est ce se passe dans toutes les histoires que ces  New-Orléanais vivent devant nous, la vie est chauffée à blanc et désespérée par la catastrophe, n’ayant rien à perdre, ils s’inventent, inventent, exige de la vie qu’elle se manifeste, comme dans le jazz et le vaudou, sans qu’il y ait d’issue ni de réponse que celle apportée à l’instant dans sa folie, dans sa bataille et sa détermination à remonter le courant.

Alors le livre doit il être clos comme témoignant d’un recul propice à l’observation et à la connaissance ou doit il être laissé dans le vif quitte à ne jamais guérir, l’accouchement doit il être perpétuel (bien sûr que non, yes , of Course L ) mais comme dans l’éveil, les phases d’accouchements successifs de l’être dans ou face au monde ne rapprochent ils pas d’une issue où ils seront comme entrenoués dans le passage. Le livre peut il se faire l’écho de ce trajet sans le fermer. Je pense à Dante, à l’Odyssée, à Ulysses de Joyce qui nient cette mise à distance et marchent au pas de ce recommencement.  Comment  s’emparer de ce perpétuum mobile, en refusant de céder face à l’écrit, qui est une autre tentative de muselage et de prise de distance. Par le truchement de la nuit, le jour ne s’ouvre que sur le jour, l’homme sur l’homme et toute prise de distance falsifie quelque chose de vif. J’aime Tristram Shandy pour cela. Et le livre quand on le reprend se met à aboyer. Reste ouvert sur soi-même perdu autour des autres sans nécessité de comprendre mais acharné à continuer.

 Treme