(c) Lamber Sav (me)
(c) Lamber Sav (me)

Ce qui importe c’est que je me trouve là où je suis et même si loin de là où je compte me rendre où je me rends effectivement. Il reste que ton regard me travaille et qu’un jazz m’assaille. Ton gout est mon gout du non fini.

Il y a bien tous les jours
la rumeur
et même quand je suis seul
l’embarras
cette tension cette distension
d’être face à face et pourtant
si éloigné
« miles apart »
(comment traduirait on ça)
sans être opposé mais si loin hors d’atteinte
un mur opaque un mur du son un son rouge
ou tout simplement
fait un signe de la main
remue des lèvres en corne de brume
à main levée  les deux rives rapprochent
un soudain mariage de fleurs blanches
de l’autre coté de l’isthme

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(c) Diebenkorn
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(c) Diebenkorn

un virage qui surgit du cœur s’efface le long d’un paysage sans fin
de nuit
deux jambes
cool
( un air qui fronce
de nuit les lignes noires )
bien accrochées
le regard perce
et quand il surgit
elle te fait fondre
deux phares qui pointent dans le brouillard
le dégel est arctique est tropical quand dans ces moments des deux mains un freinage te précipite sur le sein droit
Dans ces moments le corps va te happer
c’est le temps d’appuyer en trombe

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(c) Diebenkorn

Il y a des jours ou le crayon gris ne parvient qu’à rehausser les ombres, est-ce une émotion, la remontée du bras est comme une retenue d’eau, vient se jeter dans ces replis où se cachent les yeux, la bouche gorgée de mots, la retombée du cou
le bleu la chaleur rouge
sous le couvert
tu crie
tu pulse
tu broie
haro sur le vivant
tatouage à dos de cet épaule
Où sont donc les couleurs, pudeur estompée que j’ai aimé

(c) Diebenkorn
(c) Diebenkorn

Les couches que sont les ombres et les lumières pourraient être un paysage
que ce soit toi ne prouve pas que ce ne soit pas ce qui en devant de toi regarde
et que tu regardes – qui se réverbère – ouvert sur ta face
et que tout ralenti et que je suis arrêté

(c) diebenkorn-untitled-1957
(c) diebenkorn-untitled-1957

Il y a des moments où il y a l’absence de toi, l’absence qui sans odeur veut dire qu’il y a un trou
ou seule la mémoire permet de rapiécer – la nostalgie si triste que je te recrée
t’ comme une flaque sur le goudron

(c) Diebenkorn
(c) Diebenkorn

 Moments où tout dérape et que rien ne peut parvenir à rapprocher, où il ne faudrait pas être là où toute l’expérience de vivre ne sert à rien et l’on dérape sans pouvoir se retenir et que l’on a peur – bien sûr personne ne le comprend la carcasse pleine de bleus

(c) Diebenkorn
(c) Diebenkorn

Un peu triste, se dit que ce qui importe est à la pointe, éclate de la couleur et du plaisir d’être exposé, ce qui est fatigué tombe, reste l’envie d’être avec elle de se réjouir et il sourit. Les enfants dans la rue, d’ailleurs, ne font que crier. Ne t’encombre pas.

(c) Richard Diebenkorn
(c) Richard Diebenkorn

Il est dit quelque chose à propos du vent du soir et de quelque chose de bleu. Il y a des bribes de phrases qui semblent en liberté / le ton est celui de la simplicité / l’insouciance / plutôt une qualité de la couleur et ne se défini pas car ici rien n’est rattaché / Sur la vitre et sa chemise les paroles les surfaces sont polies et il est difficile d’appréhender ce lisse /  vouloir les questionner / engager la conversation / à toutes les questions sur l’existence il opère un regard oblique / les vies à l’extérieur sont dures et en tous points partielles /  se vivent vite lorsque rien ne  les assoit /  mais il aime ses moments d’hébétude au réveil où le monde est comme surpris / où il peut interroger à son tour /  il n’y a pas de réveil / il n’y a pas de sommeil / personne pour rendre compte de cet espace que seul la chaleur du soleil rend affectueux / ce n’est qu’apparent car  ici les adjectifs n’ont pas valeur qualificative / tentent de décrire, situent un cadre en dehors de tous phantasmes.

(c) Hopper , evening wind 1920
(c) Hopper , evening wind 1920

Sans plaisanterie aucune et sans sortir de mon rôle me tenir au centre de mon poil, mon cœur entre mes cotes sans gravité aucune saute dans la nuit. La patte est ferme et la nuit se déchire est faite de méandres tout dans mon corps est fonctionnel et l’esprit se tait. Sait ce qu’il doit faire procède par bonds et affirmations, la cohérence, se rapproche de la distance juste sans étouffer le bruit des pas dans la nuit résonne son intention, son envie attachée à son reflet. Rien ne regarde, le chasseur dort comme un sonneur, l’image de mon corps sautant là où la lumière est sombre s’il s’est égaré ou qu’il soit aveugle et que les étoiles se taisent.

Hobart Vosburg Roberts , A Leap in the Dark, c 1920
(c) Hobart Vosburg Roberts , A Leap in the Dark, c 1920

trude-fleischmann-the-dancer-tilly-losch-vienna-1929Les jambes autour de mon cou comme un serpent comme par un rapt Deux jambes très fines émergent de mon lit, qu’y  font elles ? je le sais très bien vu que c’est moi qui les y ai mis, à l’insu de tous  je les ai subtilisé et installé entre mes draps il y manquait le cou et et deux bras pour m’enlacer car enlacer une jambe et sans lui en parler…. et du moins la robe qui m’embarrassais dans la journée n’était plus là. Dans ma tête sa robe ses sandales son jeans sifflent comme pour m’arrêter  d’émettre le moindre son –  je suis comme à l’arrêt.
La peau s’est enveloppé sur ma rétine, papillon, je rêve un regard s’est posé D’Elle la peau s’agrippe à ma peau, sangsue qu’elle est. Je me suis appuyé sur ce que j’ai pris pour un regard, creusé dans le mystère et souligné de noir je l’ai pris avec moi emporté dans mes rêves fait le centre de mes conversations, j’en en ai fait un poster, une fresque au dessus de mon lit, une banderole dans mes pensées. Depuis elle me regarde et je respire fort, ma cage thoracique doit se soulever pour deux sa respiration parfois m’aide aussi haletante que douce et sexy je m’asphyxie.
et je rêve ému de ne pas savoir passer le cap sans lingerie et comme un souffle c’est le vent de la nuit elle pèse sur moi comme si elle voulait me libérer de l’impossibilité de parler. Je suis juste aux avant-postes, je ne fais qu’observer les hordes de hussards et les trompettes des uhlans qui sonnent la charge. Pourtant je sens que je m’éloigne tout se distend et le langage qui n’a jamais eu lieu a fini par gommer la force des traits, estomper l’incarnation, la force de son nom, la chaussée hurlante de ce métal  l’effluve de la bataille et les jambes ont quitté le lit.

Là il n’y a plus ni paraphrase ni  métaphore, le monde est poétique comme les croutons de terre adhèrent aux chaussures. La terre, le ciel et les vivants voyagent par les paupières, le pouls de la phrase dans la page de l’homme qui marche, va-tout et la crainte de l’enfant  qui s’embarque le bateau s’éloigne crève les flots et pousse le sable du rivage.

De ces rivages vides il m’est surtout resté l’abondance du ciel

Je lis les premières phrases et je vois l’espace et ses lignes de fuites, l’air de l’homme qui respire, le bosquet qui le déchire et la vue qui voit au loin, l’homme porte avec lui le ciel comme des tiques accrochés à sa peau, devant lui est l’abime qui projette son ombre sans qu’il en soit autrement question.