Je me sens vieux, penchant vers une jeunesse
vais-je tomber et ne faire qu’un avec le sol ?

Je me sens vieux, penchant vers une jeunesse
vais-je tomber et ne faire qu’un avec le sol ?


C’est attendre que l’avalanche arrive et qu’elle m’emporte dans son éternuement seule façon de se déplacer utilement. Car on est nu, les vêtements déchirés quand l’avalanche avale et qu’enfin ça glisse. Qu’on est l’envie dans la baleine.
Parfois on se lance comme à ski et rien ne se passe , on reste immobile et le tonnerre est dans le blanc.
Maison est loin des pages, dans le brouillard et les forêts, hors piste attendant le loup et criant à la nuit si c’est la nuit ; les étoiles alors nous voient et c’est un privilège ; les dents des fauves sont bien plus aiguisées quand ils bavent, l’échappée nocturne les met à l’abri du gout de la sieste, ou de la conversation qui d’une certaine façon tue, sans armes au lieu du rendez-vous, crie bien fort comme à la courre et ventre à terre.

Au seuil de la déprime, la tristesse et la rage ne pas fermer la porte, la laisser ouverte pour que rentre l’air et que s’envolent les peaux mortes
toujours debout souligner quelques mots de rouge puisqu’ils ont fait le sel de la vie ouvriront les Offices, les salles de concerts, les cargos, les ports et les ponts, allez à Lisbonne, Prague ou Tokyo
Souligner les mots et en faire une liste, l’ossature d’un renouveau, la carnation d’un sourire et le sniff d’un halo de loin le contour de tes lèvres, alors je partirai suivrai l’itinéraire d’un nouveau printemps entre deux voitures de corail

Cela faisait longtemps que je voulais faire un échange de texte avec Lan Lan Hue dont j’aime le blog rencontres improbables. D’elle, j’avais aimé un texte sur la francophonie et la saveur particulière que le français , la langue, peut prendre alors. Son texte , l’écume des mots illustre cette fascination à merveille.
Voila le moment est venu et je suis heureux de l’accueillir ici

J’ai regardé l’écume s’en aller, disparaître dans le vent, dans les vagues et puis les goémons. J’ai pensé aux mots, écume flottante eux aussi, dans leur valse ritournelle. Ne dit-on pas des mots qu’ils s’envolent et ne sont que vent, vent, vent… Je les avais cueillis jusqu’à présent comme une bourrasque venue du large, fraîcheur retombée sur le monde comme par inadvertance.
Des mots se sont levés, ils ont construit d’éphémères existences. Des histoires, des anecdotes, des théâtres de marionnettes ont mêlé leurs fils. Ils ont raconté les impasses, les espérances et les déceptions. Symptômes acides, vieux restes inassouvis, dans le courant des mots, ils ont tissé leurs phrases. C’était un cours limpide, discipliné, organisé. Mais dessous, grondant dans le monde sous-marin, est arrivée une onde forte, tourmentée d’algues et de coquillages. Telle une encre noire, elle est venue racler le sable, l’éclaboussant de vide et le trouant de figures inconnues.
Goutte à goutte, s’en est allée l’écume. Et puis avec elle, les mots, doucement égrenés, un à un sur la crête des vagues.
C’est la vie en ses histoires minuscules qui se réveille en levant le regard vers l’horizon.
Nacres soleil, erre du vent, vogue le temps.

La solution est dans la tendresse
mais ne nous protège en rien
la tendresse
c’est s’appuyer sur la trique de tous les matins

D’une grande partition
la déception
un néant fait aussi mal que place à la mort
le vide est un million de larves
alors pourquoi partir my love
c’est pourquoi Saikaku de retour de voyage
a traversé le pont
posé son balluchon sur la rue des plaisirs
osé éternuer croyant hennir
la bouche sur d’autres bouches, les mains sur les fesses
de l’arctique à l’antarctique
un sourire fend la pastèque
et aspirant à la pointe de la langue d’un phare tournoyant sur l’océan
à toutes volées par les doigts
grande caresse courbe et creuse
remue de l’Xtreme douceur les noyades et les triques
moi l’hibiscus étale la couleur rouge
transpire sous les aisselles
tant dans les pépins que dans les bris de pulpe
il faut bien gravir
pourfendre la montagne onctueuse
mais en gros plan sur le grain
la peau et l’eau salivent par la bouche
il se jura de ne plus dire que tu

rien qui m’éclabousse
aussi puissant que deux seins
émincés du corsage
que je louche que je touche
que je bouche que je souffle
quand par un fin doigté je remets les mailles du monde à l’endroit
l’une sur l’autre, l’autre sur l’une et ainsi de suite en laissant passant le fil
tout s’entend sans qu’il soit besoin de murmure
si partir à travers
les steppes et les montagnes à suivre les fleuves
succomber dans les mousses les floralies de fougères
la pâquerette
bien au delà du pont et des cages à plaisir

un bateau est arrivé il sentait bon le cuir et la nuit troublée les odeurs parlaient des dessous de l’océan oui je sais une fine dentelle riait sur le body de la mer et je me suis réveillé en tremblant
J’aime ces êtres comme ce paradis de corail à la surface sans qu’elle le sache la main dessine des fleurs qui s’embrassent sur la bouche et font l’amour en piaillant
sur l’œuf de la poule il y avait un duvet et un jus de citron comme un fleuve de couleur
elle m’a appelé j’ai plongé je me noie juste pour voir, juste par plaisir pour mieux voir son visage
je l’ai suivi au bout du couloir au bout de la terre léché les babines baluchonné mon désir
sac à dos vers ces grands beaux lacs sont limpides ses yeux de belle renarde sont gris, ils sont verts ou rouges ou bleus je bois alors tout autour de ses cils la rosée bleutée, sur mon doigt les traces de pigments rouges du creux de ces lèvres
qui ne disaient toujours rien j’ai pensé sans rien dire
lèche, dévore, dévale, il y a les poudreuses, les torrents de pierres précieuses il faut s’en recouvrir à mi cœur se laver la peau blanche palper dans le lit à grande eau les couleurs qui font plouf c’est moi qui disparait le long des cotes rauques et tout ça au bruit de l’eau
