ken Bugul


Les matins de la rue Félix-Faure étaient des matins qui réconciliaient l’être avec lui-même, avec l’autre, avec la vie. Le philosophe de la rue Félix-Faure disait que les matins de la rue Félix-Faure réconciliait l’être avec ses élucubrations, ses incertitudes, ses angoisses, ses doutes, son égoïsme et, malgré tout, son espérance.

C’était l’espérance doublée de patience qu’il fallait pour que les instincts suicidaires, les penchants au stress, les faiblesses pour les angoisses, la disponibilité pour les déceptions soient récupérées et transformées en une énergie existentielle. Cette énergie, c’était ce qu’il fallait pour que l’être humain survive à la vie. En réalité disait le philosophe de la rue Félix-Faure, nous tous, même ceux qui ne voulaient pas le reconnaitre, nous avions envie de crever plutôt que de vivre certaines vies. Nous ne les vivions même pas ces vies-là. Ce n’était pas des vies, c’étaient des déchets de vies, des résidus de vies, des vies bâtardes, bradées, mises au tapin. Des espèces de vies qui se masturbaient devant la vie, des espèces de vies qui nous soutiraient des raisonnements, des explications, des justifications, des questionnements sans fin.

……………………….

Mais l’espérance doublée de patience n’était pas seulement et toujours rattachée aux situations insondables, inexplicables, au malaise de vivre, au désespoir, au doute, à l’impatience, disait le philosophe de la rue Félix-Faure. Il n’y avait pas de doute rue Félix-Faure, par exemple. L’espérance doublé de patience était surtout dans ce qu’on appelait les bonnes choses de la vie. Les bonnes choses de la vie qui avaient l’air éphémères, et l’espérance doublée de patience les faisaient durer quelque temps encore, encore un peu plus, encore et encore. Mais c’était quoi les bonne choses de la vie ? Pour le philosophe de la rue Félix Faure, c’était entre autres bonnes choses, les matins de la rue félix-Faure. C’était comme le sourire d’un enfant. C’était comme la jouissance.

…………

(©Ken Bugul, Rue Félix-Faure, Hoëbecke)

Tanella Boni

Elle sortit au grand jour                le ciel restait bas
Elle sortit au grand jour                 le ciel rampait à
reculons         il noircissait de plus belle          alors
elle comprit                qu’il pleuvrait haut et fort ce
midi là                  entre ciel et terre à deux heures
elle n’était plus  la   femme  à  la  poudre de manioc
elle ne cherchait plus des mains                  pour ce
fardeau à porter            car dans cette ville que l’on
nomme humaine                  chaque voyageur traîne
comme une coquille sur le dos                un fardeau
sans age            c’est cela le temps     cette peau si
légère                qu’elle ne risque jamais de prendre
pluie

(………)

L       était une lettre en majuscule              qui avait
des doigts si fins     des doigts-tamis      des perles-
pluie         alors elle comprit qu’une femme       c’est
comme la pluie       elle se déplace avec      le temps

(……….)

Alors la femme prendra feu                 pour troubler
le jeu du soleil                   alors la femme sera pluie
dans ce pays au visage de lagune                       elle
portera dans l’immensité du désert                comme
un pagne de fête                toutes les couleurs de la
terre                            elle portera  tatouées sur sa
peau        toutes les lignes du temps             comme
un livre ouvert              à la page de la vie majuscule

(© Tanella Boni, grains de sable, ed. le bruit des autres)

Isabel Lunkembisa ,sur  Média tropique

Tanella Boni

Elle sortit au grand jour                le ciel restait bas
Elle sortit au grand jour                 le ciel rampait à
reculons         il noircissait de plus belle          alors
elle comprit                qu’il pleuvrait haut et fort ce
midi là                  entre ciel et terre à deux heures
elle n’était plus  la   femme  à  la  poudre de manioc
elle ne cherchait plus des mains                  pour ce
fardeau à porter            car dans cette ville que l’on
nomme humaine                  chaque voyageur traîne
comme une coquille sur le dos                un fardeau
sans age            c’est cela le temps     cette peau si
légère                qu’elle ne risque jamais de prendre
pluie

(………)

L       était une lettre en majuscule              qui avait
des doigts si fins     des doigts-tamis      des perles-
pluie         alors elle comprit qu’une femme       c’est
comme la pluie       elle se déplace avec      le temps

(……….)

Alors la femme prendra feu                 pour troubler
le jeu du soleil                   alors la femme sera pluie
dans ce pays au visage de lagune                       elle
portera dans l’immensité du désert                comme
un pagne de fête                toutes les couleurs de la
terre                            elle portera  tatouées sur sa
peau        toutes les lignes du temps             comme
un livre ouvert              à la page de la vie majuscule

(© Tanella Boni, grains de sable, ed. le bruit des autres)

Isabel Lunkembisa ,sur  Média tropique

nuées

Ken Bugulsafi fayeveronique TadjoTanella Bonifatou Diomela petite vendeuse de soleilrêve, étoffe et piedswerewere likingcondélurafantani Tourémayra de Andradewangari Mathaï

nuées

Ken Bugulsafi fayeveronique TadjoTanella Bonifatou Diomela petite vendeuse de soleilrêve, étoffe et piedswerewere likingcondélurafantani Tourémayra de Andradewangari Mathaï

Safi Faye

le musée Dapper rend hommage  à Safi Faye, Mossane, ce mot veut dire beauté en langue serère

Mossane, à l’égal de la beauté Serère, la couleur de la langue dans la vivacité des déplacements du corps, étrange charme en suspend le temps est comme une peau disait Tanella Boni, et la lumière chante en corde kora cette beauté là , la plus belle qui soit , la jeunesse et l’appel du corps, innocence et maturité, lente possession dans ce soi dans la relation qui se tisse dans l’ombre et la nuit, le jour et les passages, fils couleur répondant à la luxuriance, mais à la beauté répond la gravité, murale villageois et désir entravé, que deviendra Mossane la beauté, quel est cet appel de fond baobab ;

J’ai voulu faire un film sur la beauté de !mon continent l’Afrique, disait Safi Faye, et je me souviens de cet entretien  ou la femme mure, belle et puissante, douce et profonde dans la voix pesée ou la pensée émettait ses pas, la cinéaste était plus belle encore que cette jeunesse peinte, son oeil mossane , son ton mossane , sa vie de femme mossane, sa générosité mossane , sa beauté mossane vivent toujours avec moi ,

résonnent ces mots qu’il est si difficile d’écrire, les couleurs, les corps et la langue enchantée en témoigne et rappelle qu’il est beau quand l’effort de dire parvient à trouver le mot par quoi les couleurs la musique le toucher et le vivre , le  boire et le manger happent l’attention et nous avalent

regard et parole, femme générosité pleine et proximité de l’offrande.

Safi Faye

le musée Dapper rend hommage  à Safi Faye, Mossane, ce mot veut dire beauté en langue serère

Mossane, à l’égal de la beauté Serère, la couleur de la langue dans la vivacité des déplacements du corps, étrange charme en suspend le temps est comme une peau disait Tanella Boni, et la lumière chante en corde kora cette beauté là , la plus belle qui soit , la jeunesse et l’appel du corps, innocence et maturité, lente possession dans ce soi dans la relation qui se tisse dans l’ombre et la nuit, le jour et les passages, fils couleur répondant à la luxuriance, mais à la beauté répond la gravité, murale villageois et désir entravé, que deviendra Mossane la beauté, quel est cet appel de fond baobab ;

J’ai voulu faire un film sur la beauté de !mon continent l’Afrique, disait Safi Faye, et je me souviens de cet entretien  ou la femme mure, belle et puissante, douce et profonde dans la voix pesée ou la pensée émettait ses pas, la cinéaste était plus belle encore que cette jeunesse peinte, son oeil mossane , son ton mossane , sa vie de femme mossane, sa générosité mossane , sa beauté mossane vivent toujours avec moi ,

résonnent ces mots qu’il est si difficile d’écrire, les couleurs, les corps et la langue enchantée en témoigne et rappelle qu’il est beau quand l’effort de dire parvient à trouver le mot par quoi les couleurs la musique le toucher et le vivre , le  boire et le manger happent l’attention et nous avalent

regard et parole, femme générosité pleine et proximité de l’offrande.

jupe de l’ourse

l’œil en grappe étincelle aux pans de la grande ourse

L S 2006

jupe de l’ourse

l’œil en grappe étincelle aux pans de la grande ourse

L S 2006

ronde deux

L S 2003

les deux mots cherche à entailler l’intérieur
charismatique la calligraphie de l’instable
perce les trouées en coulées bleues de noir

femme pluie déhanchée dans le rouge

ronde granitique à l’assaut des douces lisses
horizontalité contradictoire tu ouvres dans la largeur
bouche delta les faîtes du noeud ondulatoire

émancipation nivellée dans le pas
alezan propitiatoire
tu avances au tranchant précipité